
L’engagement, c’est un mot valise d’origine anglosaxonne, qui qualifie la capacité d’un internaute à prendre part à une processus, que ce soit une campagne marketing, de l’activisme politique, ou tout autre chose.
C’est, pour le rapprocher de la désormais classique segmentation des internautes de Forrester, les « créateurs » et les « critiques », ceux qui créent des contenus et ceux qui les commentent. Les autres catégories, toujours selon la segmentation de Forrester, sont les « collectionneurs », ceux qui utilisent des technologies avancées comme le RSS et vont éventuellement tagguer ou noter un contenu, mais sans plus, les « suiveurs », qui maintiennent un profil dans un réseau social, les « spectateurs », qui lisent les blogs, regardent des vidéos, lisent les commentaires et les forums, et les autres, les « inactifs ».
Chaque année, Forrester nous gratifie d’une mise à jour de ses données, qui peuvent être lues par pays, par continent, et par tranches d’âge. Ni une, ni deux, armé de mon fidèle Excel Numbers, je m’empresse de faire le petit graphique ci dessous afin de constater l’évolution de ces typologies de profils selon l’âge des petits Français.

Que peut-on y lire ? Une bonne nouvelle pour les séniors (la seule, probablement), la proportion de collectionneurs, des personnes utilisant des technologies comme le RSS sans participer activement, se maintient d’une classe d’âge à l’autre, il n’y a pas de rupture générationelle sur ce type d’usages, qui reste, malgré tout, assez peu courant (le RSS n’est jamais devenu mainstream, c’est bien dommage).
Pour le reste, dès qu’il s’agit de mesurer les comportements actifs (oserais-je dire interactifs), la sénilité semble arriver de plus en plus tôt. Dès 25 ans, la capacité à créer ou à réagir à du contenu en ligne chute pour atteindre un niveau très faible dans la génération 68. La génération X s’en sort mal, elle aussi, si on admet qu’elle a 35 ans et plus (je sais c’est arbitraire) on pourrait même dire qu’elle est divisée en deux groupes, ceux qui s’y sont mis et les autres (la segmentation d’âge choisie par Forrester peut toutefois induire en erreur), mais force est de reconnaitre que la création de contenus et la réaction à ceux-ci n’est un comportement de masse qu’au sein de la génération Y.
Le seul point rassurant est peut être que ces courbes semblent descendre de façon douce, il n’y a pas de rupture abrupte, ce qui serait, sans doute, plus inquiétant encore.
Tous ces chiffres apportent cependant une nouvelle réponse à ceux qui affirment que seul une minorité d’extrémistes s’expriment sur internet : rassurez-vous, ce ne sont que des jeunes. Rien de bien grave, ils vieilliront. Bientôt, tout le monde s’exprimera sur internet, et ce sera alors véritablement représentatif.
Du coup, on comprend mieux la série de campagnes de buzz potaches comme #jeansarkozypartout, ou le buzz actuel qui a explosé suite à la ré-ecriture de l’histoire sur Facebook par l’équipe de Nicolas Sarkozy. Ils sont jeunes, ils s’amusent, mais surtout, contrairement aux seniors, ils ne sont pas du tout favorables à Nicolas Sarkozy.
Problème, ils sont majoritaires parmi ceux qui s’expriment sur le net, et ils ont grandit à l’heure d’internet, ce qui fait qu’ils ne croient plus vraiment ce qu’ils lisent – dans la presse ou ailleurs – et ont pris la mauvaise habitude de vérifier les informations, y compris celles qu’ils trouvent dans la presse (à tout seigneur tout honneur, c’est tout de même un journaliste qui a déterré l’histoire et un professionel du marketing qui a lancé le buzz).
On est pas sorti de l’auberge. D’autant qu’il y a des jeunes partout sur terre, et qu’ils propagent désormais le buzz dans toutes les langues… Cette nuit, on retrouvait ce buzz en anglais et en espagnol, d’ici moins de 10h, parions que ce sera le tour des Japonais et des Chinois de se foutre de nous.

Vous aussi, allez à la pêche aux données, Forrester a eu le bon goût de créer un outil dédié, si vous y trouvez des chiffres intéressants, faites nous en part :-)
On termine par une spéciale dédicace assez prémonitoire, qui date, elle, de 1982.













10 novembre 2009 à 9:20
Quand il est dit « Dès 25 ans, la capacité à créer ou à réagir à du contenu en ligne chute pour atteindre un niveau très faible dans la génération 68″, est-ce que ça ne voudrait pas plutôt dire que la tranche des jeunes a plus de temps pour produire du contenu créatif? (après tout ils sont encore étudiants, n’ont pas de famille à charge, et surtout ils sont stimulés par leur milieu éducatif/social, etc….)
10 novembre 2009 à 10:19
@rmasur
Bonne remarque… Ca pourrait avoir une influence, mais pas à ce point. D’une part, nous sommes dans le pays des 35 heures, d’autres part, les jeunes bossent quand même pas mal en terme scolaire, en tout cas au niveau horaire (par rapport à une moyenne européenne), et pour finir, les stats d’usages montrent qu’ils passent beaucoup plus de temps sur le net, au détriment d’autres activités comme la télé, là où la génération 68 est encore très télévore.
Pour faire un parallèle – mais il faudrait que je retrouve ces chiffres – l’usage du téléphone a changé radicalement quand c’est devenu un outil social et pas juste un outil d’échange d’information. Quand – dans les années 50, je crois – la ménagère américaine a commencé à s’en servir pour rester connecté à son réseau social et s’est mis à passer des heures au bout du fil. Le temps de consommation à grimpé en flèche, les usages avaient évolué. C’est un peu cela que l’on voit.
10 novembre 2009 à 10:42
Salut Fabrice,
Sympa ton article. Une seule critique : tu n’as pas donné de légende pour l’ordonnée de ton graphique. Ca peut paraitre insignifiant, mais la différence pourrait être de taille si on parlait en terme de quantité d’utilisateur ou bien de pourcentage d’une population.
10 novembre 2009 à 11:50
Yep, c’est vrai, c’est pas bien du tout. Elle commence à zéro, ca c’est certain, je crois que le plus haut est 70%… Désolé, j’ai pas fait gaffe.
Tu peux retrouver tous les chiffres là http://www.forrester.com/Groundswell/profile_tool.html
10 novembre 2009 à 15:34
Confirmation,l’axe des ordonnés va bien de 0 à 70% d’une classe d’âge d’utilisateurs d’internet.
11 novembre 2009 à 0:46
Je vais faire de l’anti-jeunisme primaire : la catégorie « le critique » (laissons le créateur de côté) accueille-t-elle toute personne faisant acte de commentaire (même insignifiant comme le mien, sans parler des MDR, LOL, et liens paresseusement copiés-collés qui sur certains espaces sont monnaie courante) ?
11 novembre 2009 à 10:40
@Thomas
Absolument, ceci dit, je vais modérer vos ardeurs anti jeunisme ;-) Les commentaires sur des sites comme Le Monde montrent que les jeunes n’ont pas le monopole du commentaires béta, ils sont simplement plus nombreux ;-)
13 novembre 2009 à 9:56
On remarque aussi une différence entre les sexes :
La femme de 18-24 ans est la plus créative de tous les profils.
Mais le taux tombe tout de suite et très (plus) vite avec l’age.
Elle est aussi moins « critique » (ou a un penchant moins prononcé pour le « commentaire ») que l’homme…