La façon dont les internautes interagissent avec les blogs a changé de façon significative ces dernières années, essentiellement du fait de la montée en puissance des réseaux sociaux. C’est ce qu’indique une étude publiée par PostRank, une société spécialisée dans la mesure de l’engagement entre blogs et réseaux sociaux.
L’engagement, rappelons le, rassemble toutes les formes d’interactions entre un internaute et un contenu, de sa simple lecture (en direct, via plus rss) à une implication plus forte et plus sociale comme le partage de lien sur un réseau social ou le commentaire.
Postrank a publié une analyse basée sur des données telles que les commentaires, les trackbacks, les liens partagées ou les bookmarks des mille flux rss les plus populaires du monde ainsi que de 100.000 autres, choisis au hasard, pour chaque année étudiée depuis 2007.
Le résultat décrit une évolution nette : la blogosphère a changé, mais elle est, d’une certaine manière, en meilleur état qu’elle ne l’était il y a trois ans.
La tendance de fond est un ‘engagement’ avec le contenu en hausse, avec une baisse pour ce qui est de l’engagement avec son contenu sur le site, et une forte hausse pour l’engagement hors du site, comme c’est le cas avec le partage de lien sur des réseaux sociaux.
De façon inattendu, c’est cette dernière forme d’engagement avec le contenu qui est responsable de l’extension de la durée de vie du contenu, ce qui révèle une interaction assez inattendu entre web de flux et web de fond.
Parmi les points mis à jour par l’étude :
- L’engagement des lecteurs a augmenté de 30% chaque année, pour un total de 69% en ce qui concerne le top1000 qui inclu de gros blogs tels que nous ainsi que des sites d’information et d’actualité généralistes et des pure players.
- Pour les 100.000 blog sélectionnés au hasard pour chacune des années étudiées (200è à 2009)
L’engagement sur le site est en augmentation, mais c’est l’engagement en dehors du site qui retient l’essentiel de l’engagement de la part des utilisateurs : la ‘part d’attention’ des lecteurs sur le site par rapport à ‘hors du site’ est en baisse de 50%. Pour les petits blogs, l’engagement se fait de plus en plus en dehors du site, mais pas pour les gros. C’est ce que nous pressentions lors du débat sur Friendfeed, c’est désormais confirmé par PostRank.
- Les trackbacks sont en baisse : ils représentaient 19% de l’engagement en 2007 et ne sont plus qu’à 3% aujourd’hui.
- L’engagement sur les réseaux sociaux comme Twitter, Friendfeed et Facebook, qui représentait 1% en 2007 est grimpé à 29% de part de ‘marché’ de l’engagement (on pourrait probablement parler d’ “attention”). Et encore, les équipes de Postrank justifient ce faible chiffre par le fait que beaucoup d’activité a encore lieu en dehors des réseaux sociaux.

- Les grands segments de l’engagement avec les sites se décomposent de la sorte : 29% est composé de partage de lien sur des réseaux sociaux, 29% est fait de bookmarking ou de vote sur des sites comme Delicious, Digg ou Wikio, 38,5% est fait de commentaires sur ou hors du site, et les trackbacks ne représentent plus que 3% de l’engagement.
- “Les trackbacks s’effondrent” commente Ilya Grigorik, et “les sites de bookmarking sont en baisse constante ces trois dernières années, alors que les sites où l’on vote, comme Digg ou Reddit sont en progression”.
- Plus significatif encore : les billets des blogs ont désormais une durée de vie plus longue. En 2007, les billets sous surveillance par Postrank voyaient 94% de l’engagement se faire durant leur première journée, et 98% de cette activité avait lieu durant la première heure de publication. En 2008, ce chiffre est passé de 83% durant la première journée, et en 2009, il n’était plus que de 64%. Postrank affirme ainsi que sur les sites les plus populaires, 36% de l’engagement avec les internautes a désormais lieu après la première journée de publication. Un chiffre multiplié par 6 en trois ans, c’est plus qu’une tendance, et c’est probablement là l’enseignement le plus riche et le plus significatif de toute cette étude, tant il renverse et met à mal toutes les stratégies mise en place par les acteurs de l’information sur le web (qui généralement se soucient plus de leur prochain bilan comptable, on peu les comprendre, que de faire de la prospective sur trois ans).
Web de flux et web de fond ont une dynamique vertueuse, finalement…
“Alors que le web en temps réel est censé diminuer le temps de latence” commente Grigorik, “la nature pervasive [du web social] et le nombre de personnes impliquées aide à la découverte de l’information. Ceux qui s’inquiètent de ce que le temps réel détruise leur lectorat attiré par ce qui est nouveau sur Twitter” [doivent se rassurer]. Les chiffrent montrent quelque chose de radicalement différent. Il est tellement simple de disséminer l’information de nos jours qu’elle vit plus longtemps et trouve plus de niches – cette tendance aide le contenu à toucher plus de lecteurs”.
Cette dernière découverte est de taille à l’heure où la presse (qui est prise en compte dans cette étude) se plaint d’une dictature de Google et de Google News, qui les contraint à publier toujours plus vite et toujours plus, il semblerait que cette stratégie, mise en place par la plupart des acteurs de la presse en ligne ainsi que par bon nombre de blogs, soit totalement à contre courant.
Produire de la qualité serait, à en croire les chiffres de PostRank, une stratégie gagnante : elle permettrait non seulement de se différencier mais également de faire vivre ses contenus plus longtemps et de toucher plus de lecteurs.
L’autre enseignement, c’est le besoin impérieux pour tout acteur de l’information en ligne de maitriser et d’intégrer les compétences nécessaires à la maitrise de ce circuit d’engagement hors du site. Il devient petit à petit infiniment plus complexe que le simple référencement d’avant hier ou que la maitrise des subtilités de Google News d’hier : le recours à des community manager expérimentés et compétents est désormais aussi indispensable que ne l’était les kiosquiers au XXe siècle pour trouver son lectorat.
Autre enseignement, si plus d’un tiers de l’engagement se fait désormais à l’extérieur du site, il devient de plus en plus évident que la constitution d’une communauté autour d’un média est une condition nécessaire à sa survie dans la tempête actuelle, or très peu de sites ont su réellement développer une communauté parmi les acteurs de l’actualité en France. Un retard à combler pour certain, et une bonne nouvelle pour d’autres.











23 novembre 2009 à 10:25
L’auteur de presse-citron voit ces commentaires s’effondrer au profit des commentaires hors blog (twitter,facebook), il en a fait un article la semaine dernière.
23 novembre 2009 à 11:09
Interessant, ici cela n’a pas du tout eu le même effet. Il faut dire que nombre de commentaires chez pressecitron sont de l’ordre del’encouragement alors que ceux déposés ici ne tiennent pas dans 140 caracteres. On a par ailleurs clairement senti le trés net allongement de la durée de vie d’un billets, les ‘vieux’ billets reoresentent près de 20% du trafic journalier ici, ce qui est a priori très au dessus de la moyenne.
23 novembre 2009 à 17:33
Très intéressant,c’est très lié la question que j’ai posé sur mon blog : quel impact de twitter sur la blogosphere? http://site-communautaire.blogspot.com/2009/11/quels-impacts-de-twitter-sur-la.html
J’ai soumis un questionnaire à différents bloggeurs,n’hésitez pas vous même à vous prêter au jeu !
23 novembre 2009 à 18:46
Après de très nombreux articles sur le sujet, je crois qu’on commence à faire le tour de la question. Cet article fait une bonne synthèse.
Les blogs vont effectivement devoir “grandir” avec ce nouvel environnement : plus de qualité, de fond, une présence dispersée sur les réseaux sociaux.
L’audience de son coté, devient (encore plus) un nouvel intermédiaire de l’information. Bien sur les discussions se dispersent également, mais dans certains cas c’est positif. J’ai eu des discussions passionantes sur facebook avec des gens qui n’auraient jamais osé intervenir ici. Ils n’auraient même peut être même pas lu les commentaires.
En fait c’est vraiment les petits blogs hi tech qui font essentiellement du relais d’information qui risquent de perdre dans l’affaire. Avec twitter j’ai accès à de meilleures sources que ces blogs (via les RT) sans même à avoir à les chercher.
Mais même Presse citron n’a rien à craindre. Ce n’est pas parce qu’il a moins de commentaires que les gens vont arrêter de le lire (moins le premier). Il fait du bon boulot quoi qu’il en soit !
23 novembre 2009 à 19:56
« or très peu de sites ont su réellement développer une communauté parmi les acteurs de l’actualité en France. »
Sinon, il y a les forums (ces grands oubliés) qui sont conçus pour cela. Mais vu la manière dont ils sont utilisés par les sites d’information, d’ici à créer une solide communauté de lecteur en ligne, il y a du boulot.
23 novembre 2009 à 21:37
Quid du protocole “Salmon” ? : http://www.technologyreview.com/web/23968/page1/ ?
Un nouveau protocole pour participer aux discussions de manière distribuée.
23 novembre 2009 à 22:02
intéressant… je connaissais pas… ceci dit, ca n’empèchera rien, ca permettra d’agréger plus efficacement, mais pas aux conversations éparses de n’en faire qu’une ;)
23 novembre 2009 à 22:07
“Web de flux et web de fond ont une dynamique vertueuse”
+1
24 novembre 2009 à 16:27
Intéressante analyse. Est-ce que le développement d’un petit blog comme le mien doit passer par une spécialisation plutôt qu’une généralisation? C’est-à-dire publier sur un même thème ou autour. Dans mon cas j’esaye de monter en créant une spécialisation autour de Ségolène Royal pour parvenir à devenir une référence et faire mon trou. C’est mon objectif.
Nous avons la chance d’avoir un média d’appel qui est Désirs d’avenir et qui a une large audience sur le web politique. Dommage qu’il ne parvienne pas à jouer véritablement son rôle de média permettant ainsi le développement de la ségosphère à ses côtés. C’est un manque alors que c’est l’outil d’avenir pour un développement j’en suis persuadé.
24 novembre 2009 à 17:15
Il n’y a pas d’exemple de blog généraliste qui aient marché, le futur est dans la niche… Ceci dit, les chances de réussites sont minces si vous n’êtes pas sincèrement passionné par ce que vous écrivez et que vous n’êtes pas expert… à méditer… Quand à l’objectif de ‘faire son trou’, il me parait bien flou, non ? Concrètement, comment comptez vous mesurer les résultats ? La largeur du trou ? Sa profondeur ?
Je doute par ailleurs sincèrement de la capacité d’organisation comme un parti politique de devenir média, un média, de nos jours, suppose donc capacité à adresser une ou des niche et un paquet d’expertises, soit l’exact opposé de ce que l’on trouve dans un parti, ou tout du moins de ce qui s’y exprime (disclosure : j’ai été proche un temps de l’experience de lesdemocrates.fr).
La ségosphère est une vue de l’esprit, cela supposerait une interaction et une perméabilité des esprits que ni Ségo ni qui que ce soit n’est en mesure d’accepter. Par ailleurs, le “très très puissant lobby d’internet” s’y opposerait catégoriquement (mais c’est une autre histoire). Pour reprendre Benoit Thieulin, Ségo s’est suicidé numériquement, changez de camps si vous voulez réussir dans le numérique, c’est une terre brulée, même Frédéric Lefebvre à plus de chances de réussite.
Le vrai danger, en pratique, et l’écueil dans lequel tombe Ségo, mais aussi Sarko (plateforme des jeunesse sarkozystes), et les autres, c’est de pondre publiquement le pret à penser débile qui devrait être exclusivement réservé aux militants les plus aveugles. La blogosphère est un lieu de confrontations et d’explications, pas de propagande.
Jetez un oeil à cela si ce n’est pas clair :-)
http://fr.readwriteweb.com/2009/08/25/divers/ump-limites-democratie-participative/
25 novembre 2009 à 15:02
Bonjour,
Ce blog m’a plu et je tenais à vous faire part d’une évolution qui me semble intéressante, elle concerne l’accessibilité des publications pour les personnes souffrantes de handicap. Il est désormais possible de rendre accessible des rapports interactifs avec la solution PubliSpeak. De plus d’être accessible, avec cette application les documents sont vocalisés grâce à une lecture à la volée. Sur ce lien vous pouvez trouver un exemple :
http://publispeak.ipedis.com/?pdfId=58&lang=fr_FR
25 novembre 2009 à 20:06
Depuis un an environ j’observe très clairement un déplacement des commentaires sur Twitter et surtout Facebook où les lecteurs ne sortent pas de FB pour lire mes articles.
Du coup le pourcentage d’arrivée sur le blog par requêtes venant des moteurs montent sensiblement.
25 novembre 2009 à 23:47
Billet qui confirme pas mal de choses chiffres à l’appui (même si on reste pour la plupart sur du pourcentage et des parts de marché et pas du chiffre).
Pourquoi ne pas penser que Twitter et Facebook apporte aussi une nouvelle sorte de commentaire?
Les commentaires que j’ai sur Facebook sont bien différents de ceux que j’observe sur mon blog. Certaines personnes se lâchent plus car elles savent que mon profil est fermé par exemple.
01 décembre 2009 à 7:52
@Fabrice : je crois qu’il est un peu injuste de dire que nombre des commentaires sur Presse-citron sont juste des encouragements de moins de 140 caractères, regarde par exemple la discussion sur les RSS ici : http://www.presse-citron.net/pourquoi-les-rss-ne-seront-jamais-grand-public
Cela étant la teneur des commentaires est bien sûr dépendante du billet qui en est à l’origine. Et puis certains trolls dépassent les 140 caractères :-)
Plus sérieusement, la dispersion des commentaires sur les réseaux est un effet collatéral dont nous sommes aussi responsables, en agrégeant automatiquement nos articles de blogs dans ceux-ci.
Cette stratégie est à double tranchant, et j’en ai la preuve fréquemment : mes amis dans la vraie vie me disent qu’ils viennent moins souvent sur Presse-citron car ils ont maintenant les titres de mes billets dans leur Facebook, et par conséquent ils sélectionnent davantage et ne cliquent que s’ils sont intéressés par l’accroche et le thème de l’article, alors qu’avant ils venaient tous les matins sur le blog pour voir ce qui avait été publié. Autrement dit la dissémination a aussi un rôle de “premier tri sélectif” qui se faisait auparavant directement sur le blog, avec toutes les interactions que cela pouvait générer. C’est autant de visiteurs, mais encore davantage, de pages vues, perdus…
01 décembre 2009 à 8:58
@Eric
ce n’est en rien un reproche, et certes il y a des exceptions, mais tu admettra qu’il y a sur des blog comme presse-citron (ou gonzague, ou des tonnes d’autres), les commentaires qui sont de l’ordre du lien phatique. Encore une fois, il n’y a la aucun problème particulier à cela, si ce n’est que la même fonction peut être parfaitement remplie par un retweet, qui du coup, fait concurrence.
Pour ce qui est de la dissémination, ce blog (rww) a des fils rss complet, et depuis le début, ce qui fait que bon nombre de personnes ne le lisent qu’à travers leur lecteur rss, mais comme cela à toujours été le cas, difficile de mesure l’impact de quoi que ce soit. A partir de là, est ce un problème ou pas, c’est à rapprocher au objectif de chaque blog. Le notre est de disséminer des idée, donc ça ne nous pose aucune problème. Si le but est de faire de l’audience, oui, il y a un problème. On a écrit pas mal de chose sur la dissémination des commentaires, qui pour le coup éclate les conversations, ce qui me semble autrement plus grave. http://fr.readwriteweb.com/2009/07/27/analyse/friendfeed-cest-mal/
01 décembre 2009 à 18:21
@Fabrice :
“Le notre est de disséminer des idée, donc ça ne nous pose aucune problème. Si le but est de faire de l’audience, oui, il y a un problème.”
C’est effectivement le cœur de la question. En fait les réseaux sociaux et Twitter sont des “outils” parfaitement adaptés pour des blogs qui n’ont aucune vocation d’audience ou de rentabilité, pour les autres c’est plus problématique. Twitter est cependant aussi devenu une source importante de trafic pour Presse-citron, mais il faudrait pouvoir mettre cela en regard de la perte de visiteurs (=commentaires) que cela génère.
C’est une remise en question permanente : le web a contraint la distribution a revoir son modèle, les blogs ont contraint les médias traditionnels à revoir leur modèle, et Twitter contraint les blogs à revoir leur modèle. C’est la chaîne alimentaire du web :-)