Hacktivisme : détournement d’une campagne de pub de Google en Russie

Vadim Isakov, qui a écrit ce billet, est né en Ouzbekistan et a obtenu un diplome de journalisme en 2002 aux Etats Unis. Il est par la suite revenu en Asie Centrale pour travailler pour diverses organisation, locales et internationales. Il enseigne aujourd’hui le journalisme à la Roy H. Park School of Communication au Ithaca College. Ce billet a été traduit par Suzanne Lehn.

Tandis que la Russie et les Etats-Unis tenaient des rencontres sur la cyberguerre [en anglais], des activistes russes ont transposé le hacking depuis l’espace virtuel sur des abribus bien réels à Moscou, où ils ont quelque peu altéré les publicités originelles de Google.

Un collectif d’activistes en ligne au site internet baptisé pour des raisons peu claires Ovochtcham.net dont le nom russe peut se traduire par “Non aux légumes” a remplacé plusieurs publicités de Google sur des abribus de Moscou par d’autres apparemment identiques mais convoyant des messages politiques pas trop subtil. Un billet sur Ovosham.net intitulé “L’Action 3″ décrit brièvement [en russe] le hacking de Google dans la vie réelle :

Les affiches publicitaires de Google ont été changées à Moscou. Comme les affiches modifiées différaient peu des originales, the firm Wall, propriétaire des espaces publicitaires n’a pas remarqué la substitution, et les affiches sont restées accrochées trois semaines et ont été enlevées quand la véritable campagne publicitaire de de Google a pris fin.
Pour faciliter les choses, nous nous sommes procuré une tenue de travail [pour ressembler aux agents de “Wall”, note de l'auteur ] à 700 roubles [16 €] et pour un supplément de 500 roubles [11,40 €] y avons mis le logo du propriétaire des espaces publicitaires. Le prix total des affiches est de 3.000 roubles [68 €]. Le tout sur des fonds privés.

Voici à quoi ressemblait la publicité Google d’origine :

google-1

Elle listait des recherches comme “accepter des étrangers dans l’armée russe,” “idéologie jacobine,” “si ma petite amie est plus âgée que moi” effectuées par différents personnages historiques et héros de romans ou de contes de fées Russes. La véritable publicité incitait les gens à trouver qui avait pu lancer ces recherches en allant sur Google.ru.

Les activistes russes ont glissé un peu de réalité dans la campagne de Google en trouvant ceci :

google-2

La publicité modifiée comportait d’autres sujets de recherches : “Une police de la route sans pots-de-vin,” “le gouvernement pour les citoyens,” “Des chantiers sans bakchich,” “Alternance aux élections,” “S’amuser sans alcool,””Civisme actif” et “Télévision sans mensonges.” Les phrases sous les recherches disaient : “Tu peux trouver ça sur le Web. Peux-tu le trouver dans ton pays ? Ça dépend de toi !

Ovosham.net a aussi fourni une vidéo de “l’Action 3″ :

Les réactions de la blogosphère ont été largement positives mais n’ont pas dépassé les louanges générales et légèrement distanciées. Les commentaires sur Ovosham.net ont essentiellement consisté en “Bravo !” et quelques propositions d’aide financière.

De nombreux visiteurs du site ont aussi remis en question l’intérêt pratique de l’opération. Un billet de blog sur Roem.ru, par exemple, a souligné [en russe] une “distance traditionnellement longue” entre le peuple et ceux “qui aiment à exprimer leur opinion.”

Cependant, on n’a observé aucune excitation autour des affiches, ce qui a démontré la distance traditionnelle entre le peuple et ceux “qui aiment s’exprimer,” bien que le panneau ait été accroché sur la placette fréquentée du Mont des Moineaux. En plus de cela, les caractères étaient beaucoup trop petits. C’est pourquoi même ceux qui étaient coincés à côté dans les embouteillages étaient dans l’impossibilité de jouir de ce grand art.

Les commentaires sur le forum Yaplakal.com [en russe], s’ils approuvaient le travail, étaient également pessimistes sur les effets de cette action sur la réalité :

pas grand intérêt, la population ne comprendra pas. quelle désolante approche. Il faut secouer les gens ! EshiK28

L’intérêt est à peu près nul. Tout le monde sait cela, mais personne ne se décidera à y faire quoi que ce soit. Parce que ça n’a pas de sens.slavyano

L’idée est bonne. Beaucoup de gens comprendront, évidemment, seulement leur attitude est exactement celle de la majorité : “C’est bien, évidemment, que ces types y aient pensé, mais il vaut mieux que je passe mon chemin.” GoldFly

Cette réaction est tout à fait typique de la majorité des billets de blogs qui ont mentionné les publicités piratées de Google et des commentaires que ceux-ci ont suscités. Cet exemple peut bien montrer comment le cyber- activisme russe fait son passage dans la vie réelle, mais l’impact d’une action dans le monde réel sera aussi ténu qu’une poignée d’abribus perdus dans une mégalopole.
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Global Voices Cet article a été publié sur GlobalVoices.
Il est sous licence CC-by-3.0


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2 commentaires pour cet article

  1. Dominique Rabeuf

    Selon certains qui connaissent l’ambiance de l’est, il faudra du temps avant que la contestation ou la simple critique envahisse le paysage.
    Car là bas il y a une très ancienne tradition de censure très virulente et une forte tendance à l’investigation pour la recherche des mauvais plaisantins

  2. Jean

    C’est assez malin… La parodie est est une méthode publicitaire très internaute… (cf. ce post : http://nekid.fr/2009/10/23/des-films-penses-pour-etre-detournes/).

    C’est amusant qu’on la retrouve aussi dans la vraie vie

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