On fait parfois d’étranges rencontres sur la toile, et celle-ci nous a permi de lever le voile sur un aspect particulier né du fait même de la répression annoncée contre le P2P : le streaming underground. Comme l’explique Vince, le créateur de Beststreaming.fr, tous les sites qui proposent des contenus vidéo en streaming – sans respecter les droits d’auteurs – ne le font pas dans le but de faire des profits. L’idée du partage et de la gratuité, d’une économie non monétaire, où la culture serait un droit, persiste malgré l’arrivée d’Hadopi.
Rencontre et interview :
Bonjour Vince, pouvez vous nous décrire votre parcours dans le numérique ?
Je m’appelle Vincent, je travaille dans l’Informatique et j’ai 20 ans. Je développe des sites Internet pour des entreprises et des collectivités. Je me suis épris d’Internet en 2004, et depuis je m’émerveille chaque jour devant l’expansion de ce moyen de communication.
D’où vous est venu l’idée de proposer des contenus audiovisuels en ligne ?
J’étais utilisateur avant tout ! En 2006, je regardais des films encore postés sur Youtube, de très mauvaise qualité, et je ne connaissais pas de site organisé, sans publicités, avec un contenu de qualité. Il est vrai qu’à l’époque je ne connaissais absolument rien au cinéma.
Au début, j’ai créé un blog avec de simples liens vers des films de Dailymotion et de Stage6, organisés comme je pouvais, pour me faire une vidéothèque personnelle. Mais dès le deuxième jour, j’avais 1500 visites par jour ! C’est donc pour partager de la culture qu’en 2007 j’ai ouvert mon site web de streaming. Désormais nous sommes 2 bénévoles dans l’équipe pour gérer tout le contenu !
Quel est votre modèle économique ? Combien rapporte votre site ?
Le site se nourrit de ses bénéfices [ndlr: il est à l'équilibre]. Tout ce que nous gagnons en pub sert à améliorer le trafic, l’hébergement, la base de données… Notre but n’est pas le profit, mais le partage. C’est une chose qui nous tient vraiment à coeur.
J’ai le contrôle des revenus pub – tout ce que j’ai dit est honnête – je réinvesti ce que je gagne dans l’amélioration du site, et si je gagne trop (ce qui est rare) par rapport à ce dont j’ai besoin pour l’améliorer, je le mets de coté pour le moment où j’en aurais besoin pour le site.
A une époque quand j’étais en hébergement gratuit, les revenus pubs servaient à faire des concours et j’offrais des cadeaux aux inscrits.
Combien de personnes se sont connecté à votre service ? Combien de film ont été visionnés ?
Pour le mois de décembre, nous avons eu plus de 37 000 visiteurs uniques, et les films, séries et documentaires ont été vus plus de 120 000 fois au total. Notre plus grand succès fut Inglorious Basterds. Nous avons 696 membres, nombre qui augmente à une vitesse phénoménale, et 500 fans sur Facebook, une communauté se crée lentement.
Quel méthodes marketing avez vous adopté pour recruter de nouveaux clients ?
Etant dans le métier du développement web, j’utilise quelques techniques de référencement naturel, mais je ne vois pas mes utilisateurs comme des « clients », après tout eux et nous avons le même but, l’accès à la culture!
Combien cela coute pour l’utilisateur de vos services ?
Absolument rien. Nous n’avons aucun intérêt à faire payer pour un service non seulement illégal, mais d’intérêt général !!! Le streaming underground essaie de devenir un business, et c’est dommage. Il faudrait plutôt de rassembler pour essayer de trouver des solutions légales et gratuites pour l’utilisateur. Et ce n’est pas impossible. « Imagine »
Que trouve-t-on dans votre catalogue ?
L’utilisateur peut accéder, à l’heure d’aujourd’hui, à près de 1000 films, variés, connus et moins connus, il y a même du cinéma indépendant ou des films qui n’ont pas de distributeurs en France. Nous avons aussi les derniers blockbusters, et même quelques films qui ne sont pas encore programmés en salle.
Nous faisons aussi les séries télé, les plus connues, nous totalisons près de 2000 épisodes pour 90 séries, et depuis peu nous faisons les documentaires, c’est une nouveauté très intéressante, car même si elle n’est pas autant prisée par les visiteurs que les films, elle contribue à la culture.
Avez-vous tenté de négocier avec des studios ?
C’est notre rêve! Malheureusement je ne pense pas que nous soyons crédibles faces à des gros bonnets, nous avons quand même constitué un dossier bien concret, afin de proposer une offre gratuite et légale de contenus cinématographiques et télévisuels. Nous avons les moyens techniques, financiers, il faut juste oser!
Quelles technologies utilisez-vous pour proposer des films en stream ?
Nous n’uploadons aucune vidéos, par principe. Notre site doit rester un catalogue, un annuaire. Contrairement à la plupart des sites de streaming, notre contenu est à 90% hébergé par des membres de StageVu. Cette plateforme offre une qualité d’image allant jusqu’à la HD sans limitation de durée ! C’est donc gratuit, de qualité, et illimité !
Notre site est à la portée de tous, autant dans l’utilisation que dans la conception.
Le cout unitaire pour diffuser un film avec votre technologie ?
Cela ne coûte de l’argent qu’à l’hébergeur! Car il faut qu’il paye ses serveurs tout ça… Je ne connais pas tous ces frais. Mais sachez que ces hébergeurs (StageVu, Dailymotion, Megavideo…) sont très largement bénéficiaires et je pense que s’ils arrivaient à supprimer tout le contenu sous copyright, que ce soit les films, les leçons de musique « apprendre a jouer comme », les videos personnelles utilisant des chansons sans payer de droits d’auteur… Il ne seraient rien! Car ce genre de contenu amène des utilisateurs, et ils touchent beaucoup en contrats publicitaires!
Donc c’est en double sens, d’ailleurs ces hébergeurs sont un peu « mollassons » quand il s’agit de réprimer.
C’est difficile de monter un site tel que le votre ?
Ca dépend de votre expérience, mon site est basé sur un CMS modifié dont je suis spécialiste, donc pour moi c’est du gâteau !
Les gens moins expérimentés se servent généralement de blog avant de passer la « vitesse supérieure », pour ce site je dirais qu’il faut avoir un niveau moyen en développement web et en web design.
Le plus dur c’est de le mettre à jour le plus souvent possible. Ajouter les films, épisodes… et vérifiez ceux qui ont été supprimés par la plateforme!
Si techniquement, c’est trois fois rien, votre valeur ajoutée se situe au niveau du curatoring, comment procédez vous pour faire la sélection des contenus que vous proposez ?
J’essaie de mettre le maximum de contenu, qu’il soit intéressant ou non, car je ne les regarde ni ne les connait pas tous !
Après c’est vrai que je mets en priorité les contenus « les plus attendus » ou « les plus cultes », mais on en fait vite le tour, et je suis pour une sorte d’ »égalité des chances »… Je ne vois pas pourquoi un budget, une campagne marketing plus forte qu’une autre devrait être un choix de visionnage…
J’essaie de mettre tous les films au même niveau. Ensuite c’est aux utilisateurs de noter le film. D’ailleurs si on regarde bien, il y a une grosse différence dans le catalogue entre les films les plus vus et les films les mieux notés!
Aux Etats Unis, Netflix, qui au final propose le même genre de services que vous, vient de racheter Rotten Tomatoes, un site mythique de critique ciné, qu’en pensez-vous ?
Netflix est coté en bourse, et peut bien faire ce qu’il veut. Rotten Tomatoes est dédié à l’amour du cinéma, c’est un beau geste, mais je pense que c’est plus pour l’image de marque et les profits que par une réelle passion.
Pensez vous pouvoir passer l’année ? Avec Hadopi et Loppsi, les temps s’annoncent difficile, non ?
Absolument pas, au contraire ! D’après moi, Hadopi et Loppsi vont peut-être dissuader les utilisateurs non avertis de télécharger en Peer To Peer, et ils se rabattront sur notre solution!
Quant aux utilisateurs avertis, je pense qu’ils ne changeront pas leurs bonnes vieilles habitudes! Ils savent se protéger, et vous l’expliquez très bien dans vos articles!
Les services tels que le votre vont vraisemblablement être filtrés dans les mois qui viennent, quels alternatives vont, selon vous, connaitre du succès aux internautes assoiffés de culture ?
Nous ne sommes que des annuaires! Si nous trouvons si facilement les vidéos hébergées, alors les utilisateurs aussi! Ce site a une valeur sentimentale à mes yeux, car c’est le partage d’une culture. Si l’État ou un studio me demande de me retirer, c’est avec rancœur que je le ferais, mais je le ferais dans la seconde. Je me dirais alors que j’ai remplit une belle mission.
Les dernières évolutions de logiciels P2P comme Bittorrent promettent non seulement une décentralisation des trackers mais également la possibilité de visionner les films en stream, les voyez vous comme une concurrence, une relève ?
Cela pourrait marcher, mais je n’y crois pas trop. Les sites de streaming ont l’avantage d’être simples et accessibles à toute personne sachant cliquer, et ils sont « servis » quasiment immédiatement. Il n’y a pas de logiciel compliqué à télécharger, il y a juste à suivre le lien. Il faut que les éditeurs de ce genre de logiciels se mettent à la place des utilisateurs débutants, qui ne font que « surfer ».
Leur service sera surement très bien pour les utilisateurs avertis, mais le streaming underground n’a pas encore dit son dernier mot! On peut maintenant trouver des centaines de blogs, de sites de streaming, plus ou moins importants, c’est devenu une initiative, une volonté de partage comme on en voit rarement en dehors d’Internet!
Les webmasters ont de 12 à 55 ans, sont au collège ou à la retraite, mais tous ont un but commun, et je pense que c’est ça qui fait la beauté de cette pratique.
Donc face à une menace de censure, vous plaidez n’être qu’un annuaire qui ne fait que donner accès à des ressources ? Mais la loi pourrait bien venir régler cela, on voit comment elle s’attaque aujourd’hui à Google…
Je plaide coupable de favoriser l’accès à la culture. Je plaide coupable de devoir faire cela contrairement à la loi car on ne favorise pas assez les idées innovantes. Je plaide coupable de vivre dans un pays où tout doit être taxé, réprimé. Je plaide coupable de tenter de réduire le lobbyisme pour favoriser la culture.
Si le streaming illégal est aussi appelé streaming « underground », ce n’est pas pour rien! Je vois cette répression comme une boucle : Ils ferment ou attaquent les plus gros pour dissuader les plus petits. Mais sans les gros les petits deviennent gros, et d’autres petits apparaissent, etc.
C’est une boucle sans fin, et chaque site de streaming est un maillon de la chaine. Je prendrais en exemple l’affaire de Chacal Stream, perquisitionné à son domicile devant sa famille car webmaster d’un gros site de streaming : S’en sont suivis des fermetures de sites par « peur », mais 6 mois après tout était revenu à la normale!
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13 janvier 2010 à 9:15
L’interview est intéressant.
Ceci dit, je reste persuadé que les développeurs de logiciels P2P sauront intégrer de façon extrêmement simple le cryptage *et* le streaming. (Quand on voit la simplicité d’un logiciel tel que µTorrent, il y a de quo avoir confiance dans le futur).
Ajoutez à cela le catalogue bittorrent, et vous avez un succès assuré.
13 janvier 2010 à 9:58
salut je comprend mal l’intérêt du “c’est dommage” ? dans le titre de l’article…
Le STREAMING reste un moyen d’éviter le DL p2p
“L’idée du partage et de la gratuité” est ancré comme business plan…
C’est bien une boucle sans fin le monde mute chaque jour l’ère du temps réel sur le web et accompagné de son amis l’éphémère…!
13 janvier 2010 à 11:31
D’autres site de streaming sont réalisé dans le seul but de gagner de l’argent, c’est l’idée qu’il y a derrière le ‘c’est dommage’.
C’est la même différence qu’il peut y a voir entre un gus qui fait pousser du cannabis sur son balcon pour sa conso perso et ses amis et quelqu’un qui en fait un vrai business qui le fait vivre… Les deux sont dans l’illégalité, mais leurs situations ne sont pas vraiment comparables.
13 janvier 2010 à 13:18
Pour rester dans la comparaison avec le cannabis, le gus qui en vie, de ses récoltes, il est toujours utile à trouver lorsqu’il s’agit de faire une grosse fête entre amis et que personne n’en fait pousser.
Le point de vu de ce webmaster fait plaisir à entendre, il valorise sans le monnayer le plaisir de partager. Pourvu que ça dure!
13 janvier 2010 à 13:36
Super l’interview d’un mec dun site qui fait 40,000 visiteurs par mois, alors que les sites dignes d’intérêt font 300,000 visiteurs par jour. Tient et demain je vais demander a mon concessionnaire renault ce qu’il pense des performances moteur de la buggati veyron je suis sur qu’il à les connaissance pour en parler.
13 janvier 2010 à 13:50
300K/jour, c’est difficile de parler d’underground, non ?
13 janvier 2010 à 16:24
Bonjour dalex,
Il est vrai que je n’ai pas un “gros” site au niveau des visiteurs. Mais quelle importance? J’ai essayé de parler de ma vision des choses. Et sachez que le nombre de visiteurs n’est pas mon but. Si tu avais mieux lu, tu l’aurais vu.
13 janvier 2010 à 17:24
La culture n’est pas une marchandise !
Etant donné la multitude de films qui sortent ou de disques le consommateur, moyen se retrouve lésé et ne peut avoir qu’un accès limité à cette culture.
Le prix d’une place de cinoch peut être un frein pour une famille et au final le film peut s’avérer être un gros navet.
Le streaming permet de se faire une idée du film (screener) et après on peut aller le voir au cinoch, qui devient par la même un vrai plaisir (salle obscure, qualité visuelle etc..)
Sans oublié que ceux qui habitent dans des villages loin de toute salle de cinéma,l’investissement est plus lourd et exige un déplacement.
Le streaming a sa place et doit être reconnu, c’est au cinéma et à la culture de s’adapter à internet et non l’inverse .
13 janvier 2010 à 18:27
Moi pérso, JADOR se site.
il y a un grand nombre de films et de séri
en plus quans le films en charger a fond, vous faite clik droit sur la vidéo enregistré sous, et vous aver le film, tout ça sans télécharger.
14 janvier 2010 à 1:48
un autre site vraiment à partager 10000 films online,
http://www.filmserie.com
14 janvier 2010 à 19:00
Un site avec 6000 Vidéos ( série, mangas, films ) => http://vargeek.free.fr/
Mhhh vincent, vincent, vincent, une fois de plus j’ai bien rit :).
Voici un petit passage de notre récente conversation sur facebook, tu m’en voudra pas si j’en fait profiter les quelques lecteurs de cet interview..
“Oui je vis de mon activité, en témoigne ma vie actuelle, et je ne vois dans le développement web que du commerce,et seulement ca.”
Après ca difficile de croire tout ce que tu racontes plus haut… “Dommage” en effet :)
14 janvier 2010 à 19:12
Pour quelqu’un qui prône le partage gratuit sans bénéfice son site a plus de pub que la plupart.(ou alors utiliser une publicité moins gênante)
15 janvier 2010 à 3:55
@Vargy, je dois vraiment répondre à ça?
La conversation ne parlait absolument pas du streaming, tu détournes mes propos, je parlais du développement web professionnel, mon métier. C’est très facile de prendre des phrases pour les mettre dans d’autres contextes. Donc au lieu d’essayer de me descendre avec des phrases sans rapport, trouve de vrais arguments. Mais il n’y en a pas.
@Georges : Cela fait quelques jours seulement que j’ai mit une pub d’allosponsor un peu genante, car je dois renouveler l’hébergement et faire une demande pour plus de trafic. C’est temporaire. En général il n’y a que 2 Adsense insignifiantes. J’avais prévu de revenir aux deux adsense ce week end.
15 janvier 2010 à 18:14
@“Vince” Ha.. excuse moi j’ai pas vu la différence entre tes “sites pro” et ton “site” streaming. En même temps quand tu généralises en parlant du “web développement” (je n’ai absolument pas modifier la phrase que j’ai copié collé… ) mais avouons que ca transpire la mauvaise foi. Après il faut voir qui est dans l’intérêt de mentir.
Quand tu auras compris ce que je te reproche réellement tu arrêteras peut-être de t’enfoncer… A bon entendeur.
17 janvier 2010 à 16:08
Un billet qui risque de susciter des vocations chez les jeunes webmestres.
03 février 2010 à 15:37
Vince,
Votre site réagi très bizarrement, j’ai recensé plusieurs anomalies faisant craindre un manque de fiabilité, donc de sécurité…
Par ailleurs, aucune adresse mail de webmaster ce n’est pas très commode pour signaler ce genre de chose!