Il y a une heure, trois véhicules de pompiers ont été dépêchés au siège social de Nike à Portland à la suite de la découverte d’un homme inanimé. Comment suis-je au courant ? Un robot qui écrit automatiquement des dépêches de Nozzl Media me l’a dit.
Nozzl Media a fait la démonstration la semaine dernière de son premier produit, un widget destiné aux journaux cherchant à disposer d’information locale en temps réel, réalisée à partir de messages issus de Twitter, de billets de blogs, et d’extraction automatique de données publiques comme les rapports de l’inspection de l’hygiène faits dans des restaurants, des autorisations de permis de construire, et une multitude d’autres informations de ce genre, disponibles sur internet. C’est une sorte de robot journaliste, et la société prévoit également de le proposer sous forme d’application mobile dans un futur proche.
Nozzl soulève un bon nombre de questions, sur ce qui constitue une information, et sur le fait de savoir si l’on peu se passer d’humains dans une partie du processus qui consiste à produire des informations.

Nozzl a été fondé par une équipe d’anciens journalistes et d’ingénieurs qui ont quitté l’industrie de la presse au moment où il était clair pour eux que celle-ci était en grande difficulté. Aujourd’hui, ils reviennent et ils cherchent à apporter quelque chose de nouveau dans la presse en combinant le temps réel, les capacités offertes par le traitement informatisé des données sur internet, et l’information que l’on trouve dans la presse.
Les journalistes ont depuis des décennies écrit des scripts qui interrogeaient des bases de données en continu pour en extraire des données publiques afin de les analyser. L’équipe de Nozzl ont poussé le concept plus loin encore et y a ajouté les média sociaux.
La société a mis en place une page de démonstration pour la ville de Portland [où habite Marshall, ndt], tout le monde peut la consulter. Les flux d’informations publiques sont une grande valeur ajoutée et sont personnalisables pour chaque journal les utilisant. L’utilisateur final peut à son tour filtrer ces flux en direct, en tapant un mot clé dans une boite de saisie en bas du widget.
L’expérience utilisateur est loin d’être évidente pour les robots
Malheureusement, il subsiste deux gros défauts. Tout d’abord, le flot de Tweets est incessant, et tout est placé au même niveau. Sur le site de démonstration, les tweets prennent toute la place et noient tout le reste, ne vous laissant que le filtrage comme seul recours pour vous y retrouver. Si les flux automatisés en provenance de Twitter sont d’une réelle valeur pour les informations locales, ils devront nécessairement être traités de façon intelligente au préalable avant d’être présenté aux lecteurs. Enfin, si Nozzl proposait des catégories, cela le rendrait bien plus utile.
Le second problème est plus intéressant. Les données publiques qui sont extraites sont intéressantes en théorie, mais illisibles la plupart du temps. En réalité, Nozzl ne m’a pas dit qu’un homme inconscient avait été découvert au siège de Nike, il m’a donné un code issu d’un formulaire qui correspond à un appel aux centres d’urgences pour un cas de personne évanouie/non réactive au 1 sw Bowerman Drive, Portland.
La transformation de cette donnée issue d’un formulaire en une information lisible par un humain est encore loin d’être faite, et il reste du chemin à parcourir. Nozzl a encore beaucoup de travail avant de rendre ces données lisible par des humains et pour choisir si ce sont, ou pas, des informations.
N’oubliez pas les humains
Des ambulances se ruant vers le siège social de Nike pour porter secours à un homme évanoui ? Ca pourrait être une information. Même si cette technologie présentait les choses clairement de la sorte, il faudrait malgré tout un être humain pour choisir cette information dans une liste des appels faits aux services d’urgences. Il faudrait également qu’un humain décroche un téléphone et appelle le siège social de Nike pour demander des renseignements sur l’identité de la personne, afin d’ajouter des éléments supplémentaires à l’information et de décider de son importance. Mais ce n’est pas ce que Nozzl cherche à faire, pour l’instant il se contente de fournir des données brutes aux consommateurs d’information.
Au final, les journalistes humains pourraient s’allier aux journalistes robots pour gagner en efficacité. C’est apparemment ce que Nozzl cherche à proposer à travers son offre de widgets destinés à l’industrie de la presse. Mais qu’ils se présentent sous forme de widget ou d’applications mobiles, les robots journalistes de Nozzl ont encore besoin d’être améliorés avant de pouvoir être utiles aux lecteurs de journaux. Ceci dit, on peut facilement imaginer que d’ici quelques années, ils soient prêts pour le grand public.
(image CC-by de cesarastudillo)
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21 janvier 2010 à 14:09
Un pas de plus vers l’industrialisation de la production des contenus ! Et vers celui de la déshumanisation de l’information. Avec pour corollaire les questions : saura-t-on un jour parvenir à nourrir la demande exponentielle de contenus des médias on-line ? Cette offre automatisée ne présente-t-elle pas le risque du manque de traçabilité de l’information relayée ?
21 janvier 2010 à 14:26
pour le coup, non, au contraire, on pourra facilement remonter à la source (ce qui ne veut pas dire que celle-ci soit de qualité), donc question tracabilité, pas de soucis. Question déshumanisation, on peut aussi dire qu’elle a commencé lors de la doctrine du canon à dépèches, mais cela ne va rien arranger aux choses…
21 janvier 2010 à 15:18
@beria
Monsieur Epelboin a raison : justement ce système assure la traçabilité totale des informations publiées.
Difficile de faire mieux et plus efficace pour remonter à la vraie source d’une information brute.
Ces outils vont accélérer la désintermédiation entre la production de l’information et le lecteur final.
Et qui occupait ces places d’intermédiaires ?
Les vieux médias.
Les journalistes.
Les vieux médias sont condamnés car ils perdent progressivement leur monopole qu’ils ne parviendront pas à faire survivre, même en le répliquant sur le net et en essayant de le protéger à coup de subventions étatiques.
Par contre certains journalistes peuvent persister en exploitant ces outils et en leur ajoutant leur vraie valeur ajoutée : le facteur d’humanisation que vous évoquez.
24 janvier 2010 à 23:10
“Des ambulances se ruant vers le siège social de Nike pour porter secours à un homme évanoui ?”
Est-ce une info digne d’intérêt ??? Pour qui ?…à part les lecteurs de Facebook qui se passionnent quand leur voisin mange un sandwich.
plus une info est de masse, plus son niveau de qualité baisse…
24 janvier 2010 à 23:27
Les lecteurs de Facebook ?
Think again