Mercredi prochain aura lieu la présentation du comité d’experts sur la Net Neutralité réunis par la secrétaire d’Etat à l’économie numérique, Nathalie Kosciusko-Morizet. Ce comité d’experts n’aura qu’un avis consultatif mais n’en reste pas moins important, en voici la liste.
Yochai Benkler est professeur à faculté de droit de Harvard, il y enseigne l’entreprenariat. C’est l’auteur de “The wealth of Networks”.
Il a fait un passage par la cour suprème des Etats Unis entre 95 et 96 dans l’équipe de Stephen G. Breyer, puis a enseigné à Yale avant de rejoindre Harvard. Il est codirecteur de la Berkman Center for Internet & Society. dont nous rapportons régulièrement les travaux dans les colonnes de RWW.
C’est un spécialiste du travail collaboratif et de la création de valeur dans des environnement collaboratifs numériques, à ce titre, il a longuement étudié des phénomènes comme Wikipédia, l’open source ou la bloggosphère, dont il affirme qu’elle donne naissance à une culture plus critique et consciente d’elle même.
Son livre “La richesse des réseau” est principalement axé sur l’économie, Benkler y argumente qu’une culture où l’information est partagée librement pourrait être plus efficace d’une point de vue économique qu’une culture où l’innovation est engoncée par les brevets et le copyright.
Ses positions sont proches de Lawrence Lessig, l’inventeur des Creative Commons, qui a un parcours professionnel très similaire (cour suprême, enseignement…).
Sa défense de la neutralité des réseau a toutes les chances de prendre l’axe libéral que je défends moi même habituellement dans diverses conférences et tables ronde, à savoir que celle-ci est un solide support, pour ne pas dire une condition nécessaire, à la création de richesse sur les réseaux.
Pour vous faire une idée du personnage, vous pouvez jeter un œil à sa dernière intervention à TED, dont des sous titre en Français sont disponible.
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Michel Cosnard est président directeur général de l’INRIA, il est un spécialiste mondialement reconnu de l’algorithmique, en particulier dans le domaine de la conception et l’analyse d’algorithmes parallèles et du calcul sur les grilles (le grid computing, à ne pas confondre avec le cloud computing).
C’est un chercheur extrêmement pointu en informatique qui se retrouve aujourd’hui dans une position plus politique (un classique dans l’évolution des scientifique de haut niveau), il milite pour une place accrue pour l’enseignement de l’informatique dans le secondaire ou la gouvernance ‘partagée’ de l’internet (entendez ‘sans la mainmise des américains’).
Il a également pris des positions tranchées sur l’ouverture de l’internet, sa dimension sociale voire universelle, s’interesse à l’internet des objets
L’INRIA est au cœur de l’innovation en France, elle collabore aussi bien avec des organismes similaires comme le CNRS qu’avec des entreprises privées. De nombreuses startups sont issues de l’INRIA.
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Tariq Krim est le fondateur de Netvibes et de JoliCloud, mais est-il encore utile de présenter Tarik Krim (full disclosure : c’est un ami). Le porte drapeau de l’entreprenariat à la Française aux Etats Unis, à l’origine avec Ouriel Ohayon et, entre autre, Pierre Kosciusko-Morizet, d’un fond d’investissement dédié à l’amorçage de startups, nous auront l’occasion de revenir en détail sur son rôle au sein de ce comité d’expert (parce qu’en plus d’être un ami, c’est un voisin, donc cela ne devrait pas être bien difficile d’obtenir des interviews.)
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Lynn Saint Amour est présidente de l’ISOC Monde, qu’elle a rejoint en 1998, et dont elle s’est occupé de l’expansion internationale. L’ISOC est une pièce centrale de la gouvernance de l’internet.
Ses prises de positions sur la net neutrality sont claires : “Le génie de l’internet repose sur le fait que ce sont les individus qui en font ce qu’il est, il y a plus d’un milliard d’utilisateurs, des centaines de milliers d’organisation et des dizaine de milliers d’entreprises qui prennent des décision chaque jour qui affectent la façon dont l’internet se developpe et ce qui s’y déploit, c’est le résultat des principes de bases qui sous tendent le développement d’internet, tel que le principe de “end to end” [ndt: crutial dans la neutralité des réseau est totalement en contradiction avec Loppsi] qui font que les utilisateurs [d’internet] sont libre d’innover, d’expérimenter, de créeer de la valeur, de profiter de leur connexion, l’information et les services que d’autres mettent en ligne. Plus que pour tout autre moyen de communication, ce sont les utilisateurs qui définissent ce qu’est internet et ce qu’il deviendra. Si nous travaillons tous ensemble, nous pouvons préserver l’ouverture de l’internet”, déclarait elle à l’OCDE lors de la conférence FuturInternet il y a deux ans.
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Dany Vandromme est un chercheur, professeur à l’université de Rouen, et président de Renater, l’internet de l’éducation et de la recherche.
Renater, pour ceux qui ne connaissent pas, est l’infrastructure internet des universités françaises et de la recherche Française, un peu comme un fournisseur d’accès mais avec une dimension innovation bien plus grande. Il est connu pour allier les qualités d’un scientifique de haut niveau et d’un manager qui a su faire évoluer le réseau Renater pour en faire ce qu’il est aujourd’hui, une pierre angulaire indispensable pour toute l’éducation et la recherche en France.
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Winston Maxwell est un avocat d’affaire, et intervient plus particulièrement dans le domaine des industries réglementées, des communications et des médias. Winston est intervenu dans de nombreuses opérations, litiges et affaires réglementaires pour des clients dans le secteur des communications, des médias et dans le monde du spectacle. Il a très activement participé au processus européen de libéralisation des télécommunications et il a récemment écrit un important ouvrage sur le droit des communications électroniques et de la protection des données en Europe.
Cette dernière phrase est issue de son portrait sur le site corporate de sa société, Hogan & Hartson Law, qui nous apprend par ailleurs qu’il a eu une part active dans des opération d’acquisition dans le secteur Télécom ou dans la défense d’ayant droits lors de conflits juridiques.
Dans les différents interview ou articles qu’il a rédigé, on retiendra, entre autre, sa présentation très bisounours du DPI qui selon lui permettent de fournir des service à valeur ajouté (comme le repérage d’opposants pour le gouvernement Iranien, facilitant grandement le travail des forces de polices locale, en effet, aucun doute ici sur la valeur ajoutée). On se souvient que NKM avait affirmé récemment que le filtrage était exclusivement réservé aux contenus pédophiles et que le DPI était un fantasme de bloggeurs [edit : c'est à 38:00 de cette vidéo et non, la cyber manifestation ne confondait pas DPI et Loppsi mais demandait explicitement à la ministre de se prononcer sur le sujet]. La première affirmation s’est révélée fausse au regard des différents amendements déposés par le parti dont elle est secrétaire générale, ce qui ne fait que renforcer les soupçons qui pèsent sur l’arrivée du DPI en France, et sur l’usage des 2,5 milliards d’euros que le secrétariat d’Etat à l’économie numérique a affirmé vouloir consacrer à l’ « infrastructure ».
C’est un adversaire déclaré de la net neutrality, qui plaide pour un réseau à plusieurs vitesse, ou des technologies d’espionnage et de filtrages telles que la DPI donneront la priorité à certaines informations sur d’autres.
Dans une tribune publiée dans le Journal Du Net, il déclarait “La DPI, combinée à un système de reconnaissance d’œuvres protégées, est l’une des approches technologiques utilisées pour limiter l’échange illicite de fichiers sur un réseau. En France, les FAIs objectent qu’un filtrage de ce type serait illégal, comparant ce processus à un postier qui lirait les lettres qu’il distribue. Ces objections juridiques disparaîtraient en grande partie avec le consentement de l’abonné. Le principe d’un filtrage pour bloquer l’échange illicite d’oeuvres n’est pas différent du principe d’un dispositif anti-spam ou de contrôle parental, mais il faudrait que l’abonné donne son accord, et y trouve un intérêt, l’accès privilégié à certains contenus par exemple.”
Pour ceux qui se posaient encore la question de savoir ce que voulait bien dire le dernier slogan d’Orange “Il y a Internet et Internet”, la réponse est on ne peu plus limpide.













22 février 2010 à 14:29
Je comprends beaucoup mieux nos échanges de vendredi d’un coup.
Ce comité a un avis consultatif, mais en pratique sur quelles décisions ? Et qui consulte ce comité d’experts ?
22 février 2010 à 15:12
sur aucune décision, en fait, le secrétariat d’Etat doit pondre un rapport sur la neutralité des réseau à destination des parlementaires (après le vote d’Hadopi et Loppsi, on appréciera le cynisme), et ce comité est consultatif pour la rédaction de ce rapport.
22 février 2010 à 15:36
Très beau panel d’experts !
22 février 2010 à 15:57
Une commission d’experts représentatifs qui aurait eu une influence réelle et une vision réaliste de ce qu’implique la naissance, l’utilisation et la philosophie même de ces progrès que sont les webs et Internet reviendrait à ne plus vouloir imposer une vision ploutocrate de la politique et à renoncer à un pouvoir pour l’octroyer au peuple des internautes (qui devrait être le peuple français en son entier au moins). Ce n’est pas franchement la volonté de la politique actuelle qui a été décidée par les français.
La direction a été donnée en 2007, elle a été réitérée en début d’année 2010, les pions sont en place et Christine Albanel nous fera avaler de l’ »Internet par Orange » ou tout autre slogan vantant les mérites du filtrage par le FAI via les vieux média qui gardent encore pour l’instant un grand pouvoir sur la masse populaire qui n’a encore pas conscience de son illettrisme numérique ou qui refuse de le reconnaître comme certaines personnes qui « préfèrent le stylo et le papier ».
Internaute, libristes, il ne vous reste plus que quelques menus pouvoirs : former, voter, informer et faire voter.
22 février 2010 à 16:50
Lynn Saint Amour est présidente de l’ISOC Monde (Internet Society) et non de l’ISCO ;-)
22 février 2010 à 17:08
oups… c’est corrigé ;-)
22 février 2010 à 17:30
Concernant Winston Maxwell, l’un des experts du comité NKM sur la Net Neutrality, et ses positions par rapport à Hadopi, on trouve dans cet article du Point un éclairage intéressant :
la France, qui s’est pourtant vu confier le privilège mondial de la lutte contre le piratage, risque de se faire doubler par les solutions pragmatiques adoptées outre-Atlantique. Ce qui émerge actuellement aux États-Unis, c’est un système de riposte graduée contractuelle. Les grands studios négocient avec les FAI et proposent un accès avantageux à leurs contenus vidéo contre la mise en place d’une riposte graduée. « La loi Hadopi ne laisse aucune place à ce genre d’arrangement contractuel, souligne Winston Maxwell. Le temps que cette usine à gaz voie le jour, l’Angleterre et les États-Unis auront déjà mis en place des solutions innovantes risquant de rendre désuètes les solutions françaises… »
Là encore, cela éclaire les récents mouvement chez le leader des FAI Français…
22 février 2010 à 17:37
Tout aussi éclairant, cet article rédigé dans Les Echos :
ertaines universités américaines ont montré, par exemple, que l’envoi d’un avertissement pendant l’acte de téléchargement illicite était plus efficace que l’envoi d’un message électronique quelques semaines après. Il faudrait ainsi puiser dans les expériences d’autres pays, mais aussi d’autres secteurs.
Rapellons que seul la surveillance continue des internautes (le DPI, en clair) permettrait ce genre de mécanisme (on trouve ce type de mécanisme en Chine, d’ailleurs).
plus loin…
La Haute Autorité devra certainement s’inspirer de ces différentes expériences pour définir les outils les plus adaptées au problème du téléchargement illicite tout en assurant, en coopération avec les intermédiaires techniques et éditeurs de contenus, le développement de contenus innovants.
du coup, la mission de Christine Albanel chez Orange devient de plus en plus claire…
et pour finir…
En tout état de cause, l’utilisation de la réponse graduée seule ne conduira pas à un comportement vertueux de l’ensemble des acteurs. Elle doit s’articuler avec de nombreuses autres actions.
Après Hadopi, le DPI… c’est assez clair…
22 février 2010 à 17:40
« Ses positions son proches de Lawrence Lessig, l’inventeur des Creative Commons, qui a un parcours professionnel très similaire (cour suprême, enseignement…). »
= sont
Petite coquille Sinon merci pour vos articles :)
22 février 2010 à 17:42
oups… corrigé…
22 février 2010 à 17:49
En bref, il me semble qu’il ne reste que la société civile et quelques individus isolés politiques ou entrepreneurs de ci ce là pour que l’internet nauséabond et asservissant voulu par des gens comme servante agenouillée albanel (oui, il n’y a pas de mal à gagner sa vie à genoux donc pas d’insulte…) et ses maitres de la finance transnationale qui veulent un supermarché géant et quasimonopolisé avec videosurveillance à chaque coin de page web n’advienne pas.
Fabrice, il est temps de se rebeller je crois, vraiment…
La cause est juste et éminemment responsable et démocratique dans la mesure où ces gens là sont les metastases d’une démocratie moribonde.
Pour cela il faut un minimum de stratégie.
Aimez vous la stratégie?
22 février 2010 à 17:53
Question timing, je suis pas certain que ce soit le moment (par ailleurs, j’ai plus l’âge pour les barricades, hein, fait faire de la place au jeunes ;-)
La rebellion passe aussi par le militantisme, pas nécessairement par la violence. L’arrivée du DPI pourrait bien être la goutte d’eau qui fait déborder le vase…
22 février 2010 à 18:14
Je parlai de rébellion sans même avoir pensé ni aux barricades ni à la violence ; pas mon genre.
Rébellion saine et responsable doit pouvoir être symbolique et non violente, mais ferme et marquante, je crois.
Je crois que seule une forme de rébellion est honorable, car cet ordre là est inacceptable.
Pour tes gamins et tous les gamins, »le vieux » :-) et commence par cesser de donner de l’audience à des gens comme Morin, maintenant que tu as compris.
22 février 2010 à 18:46
Les gens comme Morin vont nous gouverner pendant encore une vingtaine d’année (la pyramide des âges en France est sans appel), ce sont les seuls interlocuteurs (en position de pouvoir) auxquels nous aurons droit, et comme je le dis souvent, je suis pour le maintien du dialogue entre Israël et le Hamas en période de guerre… Donc si, je continuerais de dialoguer avec eux, c’est important (tu notera qu’il a reconnu un droit au cryptage lors de notre dernière emission, comme quoi on obtien de trucs malgré tout).
22 février 2010 à 19:38
Un peu naïf peut être cette foi en un « acquis verbal »…
Alban Martin est resté bien silencieux sur ce plateau où se jouait une partie de dupes ; peut être bien plus lucide?
Et arrête un peu enfin avec ton renvoie vers le conflit israelo-palestinien où deux forces se disputent un territoire unique, c’est une manie chez toi ;-)
On est plus là d’une part dans une affaire d’orientations sociétales essentielles qui doivent corriger une logique dictée par les seuls acteurs économiques et financiers (tu feras le rapprochement avec Copenhague et la crise financière si tu veux, aussi), et d’autre part au coeur de fondamentaux tels que institutions en théorie au service de la démocratie et du peuple et en pratique devenues totalement dévoyées (lire par exemple Aron et les différentes façons dont les régimes démocratiques se corrompent est très instructif).
L’écoute dont tu parles n’est qu’apparence, et ceux qui y croient prennent le risque d’être des faire valoir bien utiles.
Enfin bon, c’est pas grave tout ça, faut juste le dire de temps en temps… :)
23 février 2010 à 0:18
Le ponpon sur Winston Maxwell :
http://fr.reuters.com/articlePrint?articleId=FRGAR53690420080525
23 février 2010 à 0:19
@ hoplaboum
Alban est juste plus timide face à des caméras et un ministre, sur le fond, c’est aussi un partisan du dialogue ;-)
23 février 2010 à 6:58
Hi Merci pour la correction mais surtout pour l’info et ta veille permanente :-)
23 février 2010 à 10:30
Ah d’accord, c’est donc ça… :)
Sur le fond mis à part quelques nerveux intégristes plus ou moins dangereux tout le monde est partisan du dialogue. Moi le premier.
Mais si on prend de la hauteur pour placer ces affaires d’internet dans un contexte plus général (voir mon commentaire juste ci dessus), il me semble que le dialogue est rompu et a cédé la place à de la communication unidirectionnelle déguisée en dialogue.
Je déplore cet autisme irresponsable qui à mon avis présage des problèmes, comme toi probablement.
26 février 2010 à 20:45
Dites, vous ne trouvez pas que Mr Maxwell ressemble un peu à Mitsuhirato, du « lotus bleu » ?
04 mars 2010 à 10:36
ce mot pour vous signaler que l’ouvrage de Benkler : la richesse des réseaux est traduit en français par les presses de l’universite de Lyon (http://presses.univ-lyon2.fr) avec une intro de Philippe Aigrain. Il est disponible même chez Amazon.
cordialement
jpd
05 mars 2010 à 13:20
Pour Michel Cosnard
« il milite pour une place accrue pour l’enseignement de l’informatique dans le secondaire ou la gouvernance ‘partagée’ de l’internet (entendez ‘sans la mainmise des américains’) »
Hum, voir ce lien :
Microsoft et l’INRIA renouvellent leur collaboration
http://www.inria.fr/actualites/espace-presse/cp/pre202.fr.html