Vous êtes amateur de BD ; vous êtes connecté. Vous aimez feuilleter l’ouvrage ; vous appréciez l’objet. Vous êtes friands des dessins ; vous raffolez des histoires.
Et bien à partir du 1er mars prochain, pour le prix d’un café en terrasse (plus un petit pourboire), « Les autres gens » vous propose de vous abonner et de consulter en ligne chaque jour un nouvel épisode (30 à 40 cases) d’un feuilleton BD inédit, sur votre ordinateur ou votre smartphone. Pour ceux qui arriveront en cours de route, un résumé leur permettra même une mise à niveau expresse et hilarante assurée mois après mois.
Un véritable soap opéra d’un nouveau genre, réalisé spécialement pour le net par de nombreux auteurs, professionnels de la BD ou de l’illustration, qui vous propose de participer à l’avenir de la bande dessinée à l’ère du numérique. Tout un programme !
Nous avons voulu en savoir un peu plus sur ces autres gens pas comme tout le monde…
A l’initiative de ce projet, Thomas Cadène, auteur de BD, blogueur sur Rue89, Co-organisateur du PPPIFBDM.
Voici ce qu’il nous a confié :
> D’où vient le parti pris de ne pas proposer de téléchargement ?
TC : Nous avons remarqué qu’Internet est de plus en plus omniprésent. Le téléchargement nous est apparu comme accroissant de manière importante le risque d’un « partage » non autorisé et préjudiciable sans pour autant apporter un vrai plus au lecteur. Ainsi, il n’achète pas une BD (pour laquelle en effet, aux vues du nombre de pages, il faudrait un téléchargement) mais le droit de consulter quotidiennement un épisode d’une série. La lecture sans être aussi courte que pour la plupart des notes de blogs n’en reste pas moins d’une longueur très relative et sa consultation « sur place » ne nous apparait pas comme un problème.
> Comment percevez-vous la situation de la BD face au piratage sur Internet ?
TC : A mon avis le risque est absolument le même que pour la musique ou le cinéma. C’est donc en évoluant qu’on peut faire bouger les choses ou du moins s’y adapter. En ce qui nous concerne bien sûr que nous pouvons être piratés, mais vu les prix que nous proposons, il faut vraiment que le type n’ait rien d’autre à faire ; pour qu’il récupère d’une manière ou d’une autre nos images, qu’il les remette bien et qu’ensuite… Ensuite quoi ? Les mettre sous clé USB pour les vendre une fois par semaine ? Les envoyer à ses amis ?… Cela arrivera sans doute, mais à moins de 3€ par mois ça nous paraît énormément de boulot pour une satisfaction extrêmement relative. Par ailleurs en ce qui nous concerne on ne peut pas vraiment « idéologiquement » nous reprocher le tarif des albums puisque notre produit est spécifique au net et que le prix est étudié précisément pour ce support. Bref nous verrons mais nous comptons beaucoup sur l’intelligence de nos lecteurs.
> Quel est le modèle économique ? Envisagez-vous des évolutions possibles avec des annonceurs, du placement de produit ?
TC : Pour l’heure, le modèle économique est essentiellement l’abonnement. Les évolutions vers la pub sont possibles, mais toujours de manière inconditionnelle, et si ça arrive, dans le respect de notre plus totale indépendance. Il y a quelque chose de terrible dans les blogs qui deviennent des supports de pub, il y a parfois quelque chose de navrant dans les films qui le deviennent…
> Pourquoi ce prix (2,79€ pour 1 mois, 15€ pour 6 mois, 29€ pour 1 an) ?
TC : Nous n’avons pas fait une série d’offres « démentiellement » attractives pour les durées plus longues parce que nous considérons que le prix de base (par mois) est une sorte de minimum acceptable pour ne pas dévaluer le travail que nous faisons. Le prix est vraiment l’idée que l’on se rend plus qu’accessibles sans pour autant se brader.
> Comment ce projet est-il né ?
TC : D’une envie de faire une série en « temps réel », de s’essayer à ce format et de profiter du fait qu’Internet se révèle pouvoir être le support idéal de ce genre d’approche. D’une envie aussi de se prendre en main sur un projet d’œuvre.
> Quels seront les thèmes forts de ce feuilleton ?
TC : Rien n’est exclu. Pour le moment, les questions qui arrivent tournent autour de l’engagement, de l’argent, de la politique, de la famille, des rencontres, du sexe (surtout en fin de mois !), de ce que l’on devient, de pourquoi l’on agit… Bref, de la vie en général. Il est évident que c’est une série qui n’est ni de la science fiction, ni de l’heroic fantasy, ni du « fantastique », il n’y a pas de virus mortel inconnu ni de vampire…
> Quel travail sur la narration ?
TC : En ce qui concerne le scénario, la formule est « classique » ; autour de quelques personnes, les histoires se croisent, se développent, se rencontrent, se terminent et on essaie de donner envie au lecteur de connaître la suite à la fin de chacun des épisodes et plus spécialement à la fin du mois. En ce qui concerne le dessin, c’est plus particulier, tous les dessinateurs travaillent en même temps, dans un format case par case et un relecteur vérifie que tout colle, que les décors, les habits sont respectés de l’un à l’autre. Les styles varient et donnent à chaque épisode un ton bien particulier sans jamais dénaturer ou saboter l’histoire. À ce niveau là, l’expérience est réellement passionnante visuellement.













26 février 2010 à 9:45
Je trouve l’initiative intéressante et demande à en voir plus… J’aime d’ailleurs beaucoup certains blogs de dessinateurs qui créent des RDV en ajoutant à un rythme régulier des BD à suivre ou des comics strip. Je ne suis pas opposée à m’abonner un jour, par contre, pour l’objet, je continuerai à acheter mes albums papier…
26 février 2010 à 10:01
J’aime la BD, passionnément.
J’en lit en album, en planche, en case, sur le web etc…
Mais rien ne remplacera, pour moi, le format papier.
Je n’ai pas vraiment apprécié le commentaire de Mr Cadène sur le téléchargement.
Peut être parcque je ne télécharge pas de BD sur le net, mais que je les lit en ligne sur des sites comme http://30joursdebd.com/.
Probablement aussi parcque ce discours qui consiste à partir du principe qu’un telechargeur est un pirate potentiel, ça vexe, dans le contexte actuel. ET aussi parcque je m’imaginais que les auteurs de BD étaient au dessus de ça.
Mais là, ce genre de discours digne d’un Luc besson, ça me désole.
J’irais quand même voir vos BD, parcque j’aime ça. Mais le coeur gros.
26 février 2010 à 11:51
On s’est très mal compris.
Outre le fait que je me suis toujours battu contre hadopi et autres conneries (voir mon blog toujours « black out » et ce que je disais sur le sujet sur http://www.neuvieme-art.com/actu/Allan-Barte-Christine-Albanel-Creation-et-internet-Hadopi-Henri-Filippini-Kek-Livre-numerique-Loi-Martin-Vidberg-Piratage-SNAC-Tanxxx-Tarek-Thomas-Cadene-516 mon propos n’était pas de dire « tous pirates » mais juste « en ce qui nous concerne on ne s’en inquiète pas trop » et aussi que sur la question du téléchargement s’est posé et qu’en plus de ne pas trop en voir l’intérêt (on peut lire en ligne comme tu le fais) je trouvais que pour le coup on prenait un petit risque inutile.
Sachant que l’idée c’est quand même de pouvoir rémunérer un travail on ne voyait pas l’intérêt de le faire. Par ailleurs techniquement c’était également un poil plus compliqué.
Bref je ne suis pas pote avec les artistes pro hadopi mais juste que si je peux vivre de mon métier je trouve ça chouette.
26 février 2010 à 12:48
Je relis l’article….
Effectivement on ne s’est pas bien compris. Mea culpa.
02 mars 2010 à 16:19
La BD a toujours été un bon terrain d’expérimentation, qu’elle soit narrative, graphique ou éditoriale. Ce projet est dans cette droite lignée.
Faisons bouger les lignes sans se préoccuper des esprits chagrins qui tentent de diaboliser telle ou telle initiative.
Pour ma part, je pense que la BD restera un des secteurs qui préservera l’avenir du livre. S’il est certain que les encyclopédies et autres guides touristiques ont déjà basculé en partie sur le on-line, si le gros de l’édition que sont la littérature et l’édition professionnelle attendent une certaine maturité technologique pour le faire, la BD fait partie, avec le beau livre, de ces lectures qui se consomment et s’apprécient au fond d’un bon fauteuil. Elle n’est pas née la liseuse qui me donnera autant d’agrément de lecture d’une belle planche BD sur papier glacé au format A4+.
Cela ne doit pas, pour autant, empêcher des projets comme « Les autres gens » d’émerger. Il y a de la place pour tous…
Pascal Beria
03 mars 2010 à 12:38
Désolé, mais grand fan de BD, c’est comme pour les romans et les disques, je n’aime rien tant que les faire lire, les prêter (sans toujours les récupérer, mais c’est le jeu, tant pis je rachète), bref les faire circuler. Et je me dis que si cet album là a été apprécié grâce à cette libre circulation, l’ami(e) à qui je l’ai fait découvrir devient susceptible d’acquérir le prochain, ou d’autres du même style, et de devenir prescripteur/trice à son tour.
Je ne vois donc pas du tout d’un bon œil ce système d’abonnement sans téléchargement, puisqu’il m’empêchera de faire circuler et, par capillarité, de faire aimer à de plus en plus de personnes ce que j’ai moi-même aimé.
ça ne m’empêchera pas de suivre le feuilleton, mais vraiment je trouve ça dommage, un peu comme se branler tout seul dans son coin alors qu’on pourrait se passer une formidable soirée orgiaque avec plein de gens beaux et bons…
Donc joli discours M. Cadène, peut-être vous leurrez-vous vous même, mais votre rapport à la BD et aux objets culturels (objets, pas produits…) en général semble un peu biaisé.
De plus, comme vous le dites vous-même, vu votre créneau et, pardon, votre notoriété, le risque est très minime…
04 mars 2010 à 8:26
En tant qu’auteurs, nous n’allons pas abandonner le format papier, loin de là. Il faut bien comprendre que nous cherchons à le remplacer par cette expérience ou anticiper un piratage et l’arrivée du livre numérique… il faut surtout s’intéresser à l’apport d’internet sur la narration dans cette aventure : proposer un épisode quotidien, parodier d’une certaine façon le fonctionnement d’un soap.. C’est une chose impossible à réaliser en livre ! L’équivalent pourrait se retrouver dans la presse mais nous n’avons pas la culture anglo-saxonne des strips quotidiens et rien n’existe en France pour supporter un tel projet. L’idée était clairement de proposer un type de BD exclusivement réalisée pour internet !! il n’y a pas de « planches », de pages. Je vois mal l’adaptation de ce type d’histoire en format papier car il faut prendre aussi en compte que ce qui est intéressant, c’est le découpage en épisode, l’attente que cela créé. L’abonnement permet idéalement de pérenniser cette expérience, de proposer quelque chose de professionnel. Ce n’est pas un blog ! Si je veux proposer une histoire à suivre sur mon site, je peux le faire mais ça sera bénévolement, comme de faire un tennis le dimanche. Là, c’est un boulot, donc je ne peux pas me permettre de ne pas être payé ! Alors, oui, on capitalise internet, on le rend payant mais à la différence des plateformes de téléchargement de musique, la différence de prix est là : 2,79 pour l’équivalent de 60 pages alors qu’en format papier, cela couterait dans les 18 euros (en comparaison, un disque en téléchargement approche les 15 euros, prix identique en « disque objet » mais sans l’objet justement…). Je suis, comme Thomas, un fervent opposant à Hadopi. Le téléchargement illegal vient qu’il n’existe rien de raisonnable en face.
Quant à revenir au sujet du partage, la circulation, je propose d’échanger le lien ou sinon de proposer les livres papier que les auteurs ont fait : Les autres gens a été fait pour internet.
04 mars 2010 à 8:28
oops.. il faut lire que nous ne cherchons PAS à le remplacer..