Dans une résolution prise hier, le parlement Européen critique sévèrement le rôle joué par Nokia-Siemens dans la terrible répression qui a suivi la révolution verte en Iran, qui protestait contre l’élection du président Ahmadinejad.
Selon les propres mots de la résolution, le parlement “critique vivement les sociétés internationales, en particulier Nokia Siemens, qui fournissent aux autorités iraniennes la technologie nécessaire à la censure et à la surveillance, contribuant ainsi à la persécution et à l’arrestation de dissidents iraniens”.
On ne saurait être plus clair : Nokia a du sang sur les mains.

Le parlement a également demandé à la commission Européenne de prohiber les exportations de technologies de surveillance vers l’Iran et vers les pays où “elles pourraient être utilisées pour commettre des atteintes aux droits de l’Homme”.
Nokia, qui a tenté de nier toutes les accusations portées à son encontre depuis que l’affaire est sortie dans les journaux (étrangers) et dans les blogs depuis l’été dernier, a tout d’abord affirmé n’avoir fourni que les systèmes légaux de surveillance standards et obligatoires pour tout types d’installations téléphoniques.
Dans un second temps, Nokia Siemens a admis que la technologie vendue aux Iraniens était en mesure “d’intercepter les conversations téléphoniques et les SMS”. Aucune allusion à des capacités d’analyse plus poussées.
En réalité, comme le révèle le site finlandais Fifi Voima la technologie fournie par Nokia Siemens va bien au delà de ce que Nokia veut bien admettre. Dans un document destiné aux autorités Iranienne qui leur est parvenu, Hanna Nikkanen décrit des capacités d’interception particulièrement sophistiquées.
Trois systèmes distincts de surveillance auraient été fournis aux Iraniens : une plateforme d’interception des conversation (LIG) complétée d’un dispositif appelé “Centre de Surveillance” (pdf) censé n’être utilisable que pour surveiller les conversations téléphoniques lui aussi, mais également des technologies plus dangereuses, surtout quand elles sont aux mains de régimes autoritaires : parmi elles, vous l’aurez deviné, le Deep Packet Inspection, comme le révèle ArsTechnica. (l’ensemble des documents fuités sont disponibles sur le site de Fifi)
C’est illégal !?
Non, pas du tout, et c’est là la réponse du berger à la bergère, ce qui semble ahurissant et criminel est parfaitement légal. Cette montée en puissance des technologies de surveillance n’a fait que suivre le fil des progrès technologiques en partant de l’époque où les écoutes téléphoniques se faisaient en posant des fils sur un raccordeur et en enregistrant les conversations sur bandes magnétiques (dans une cave de l’Elysée).
Pire, c’est nous, les Européens, comme l’explique Fifi, qui sommes à l’origine de tout cela. C’est nous qui avons rendu obligatoire la fourniture de technologies de surveillance lors de la mise en place de réseaux téléphoniques. Nous sommes ainsi passés du téléphone filaire au GSM, et le numérique est passé par là sans que quiconque se penche sur les conséquences que cela pourrait avoir.
Après avoir accordé aux gouvernements Européens le droit – sous le contrôle d’un juge – de surveiller les conversations téléphoniques, puis étendu cela au réseau GSM et 3G et à tout ce qui y passe (et donc à l’internet mobile), nous avons – généreusement – accordé ce droit à la terre entière.
Au printemps dernier, Nokia Siemens isolait dans une société dénommée Trovicor ses activités dédiées aux solutions de surveillance.
Isolé de la maison mère, le discours de Trovicor est du coup plus décomplexé que celui de Nokia. Fin février, lors d’une conférence à Dubaï, l’un des responsables de Trovicor faisait la déclaration suivante :
“Durant des siècles, les circuits de communications commerciaux [les réseaux téléphoniques] était sous le contrôle et la régulation des gouvernements” [...] “l’internet, avec sa structure et ses applications décentralisées, a laissé les autorités incapables d’obtenir un accès légitime à l’information qui leur est vitale pour prévenir et combatre les criminels. Dans cette présentation, Trovicor vous montrera un concept holistique pour reprendre le contrôle de l’internet et le remettre dans le mains de ceux à qui il appartien : les forces de l’ordre et les services secrets”.
On ne sait pas – contrairement à l’ACTA, si des représentants du gouvernement Français étaient dans la salle lors de cette présentation ;-).













04 mars 2010 à 17:57
Je suis curieux de savoir ce qu’en pense NKM.
04 mars 2010 à 19:17
Google, Nokia, Apple, décidément tout le monde tient à être au mieux avec les autorités locales: le respect des libertés fondamentales des individus ne fait pas partie des soucis de ces entreprises.
Ce n’est pas une surprise, ni une excuse.
A part ça, ce site nous avait habitués à un meilleur respect de l’orthographe
04 mars 2010 à 19:35
Respect de l’orthographe ? Vous devez confondre avec un autre site ;-)
Google a une position particuliere en ce qui concerne la cnsure, difficile d’y voir clair pour l’instant, mais ils pourraient bien surprendre tout le monde…
04 mars 2010 à 19:47
Ouch !
Arrêtons le massacre :
qui a *suivit* la révolution
Nokia Siemens a *admit* que la technologie *vendu* aux Iraniens
des *capacité* d’analyse plus poussées
document destiné aux autorités *Iranienne*
des *capacité* d’interception
une plateforme … *complété* d’un dispositif
*n’e* fait que suivre le fil
en posant *de* fils sur un raccordeur
c’est nous, …i, qui *somme* à l’origine
Nous sommes ainsi *passé* du téléphone
une société *dénommé* Trovicor ses activités
Ça pique les yeux.
05 mars 2010 à 0:21
C’est vrai que je me suis surpassé :-(
Pas eu suffisament de temps pour me relire, désolé. Je corrige ça demain matin avant que @clarinette ne lise ça sinon elle va m’étrangler (virtuellement, rien de grave ;)
17 mars 2010 à 13:41
la derniere citation est flippante … on a frollé le point godwin quoi …
17 mars 2010 à 15:25
Le parlement de l’UE critique Nokia de faire comme tout le monde
du fric sans autre préoccupation.
Toutes les grandes sociétés du monde sont dans l’obligation de faire ainsi sous peine de disparaitre sous la pression de la spéculation boursière.
Pas rentable = disparition.
Notre système économique est simplement fou, dictorial et débile.
Le reste est blablatage
Sortons de ce système malade et anti-démocratique.
17 mars 2010 à 17:38
Lors de la révélation du scandale, le cours de bourse de Nokia a lourdement chuté. Think again, les chose ne sont aps aussi simplistes que cela.
En l’occurence, si Nokia a isolé ses activités de surveillance dans une société à part et non cotée, c’est précisément pour ne pas subir ce genre de « pression du marché ».
Encore une fois, il faut toujours se méfier des explications simplistes et extrémistes, dans le cas de Nokia, sans la bourse, cette action n’aurait JAMAIS été aussi efficace.