Internet, formidable outil d’accès à la connaissance ? Cette litote est ce que l’on peut espérer de mieux de nos jours dans la bouche d’un politicien Français, la plupart se contentant du célèbre “on y trouve le pire comme le meilleur”.
Il est temps de mettre les choses à plat.
Intentions vs. usages
C’est une cruelle leçon que beaucoup de startups ont appris à leur dépens, et que certaines ont su utiliser à leur avantage. Entre l’intention ou la vision de départ et les usages qui se développent sur un outil internet, le décalage peut être considérable.
C’est également valable pour l’internet dans son ensemble : si certains ont pu, notamment dans les années 90 à l’époque du portail, y voir un fantastique outil d’accès à la connaissance (ou à l’entertainment, la plupart du temps), les usages qui s’y sont développés dans la décennie qui a suivi devraient leur montrer qu’il serait temps de mettre à jour leur vision.
La dernière étude de Comscore sur l’usage d’internet en France est à ce titre révélatrice.
Cette étude a le mérite de ne pas compter les visiteurs mais le temps passé, on se rapproche ainsi au plus près des usages, et ceux ci semblent indiquer que non, internet n’est pas seulement un outils d’accès à la connaissance et aux contenus, c’est avant tout un outil social qui permet aux hommes et aux femmes d’interagir.
Email, messagerie instantanée et réseau sociaux occupent aujourd’hui près d’un tiers du temps passé sur internet. Cette part de ‘temps de cerveau disponible’, dont la mesure remonte en fait à un an, ne cesse de croitre. Tout laisse à penser qu’elle arrivera, tôt ou tard, à rivaliser avec l’accès à l’information et aux contenus.
Mais de quels contenus, au fait ? Pas de données disponibles en terme de temps passé, il faudra se rabattre sur les classements en visiteurs uniques de Mediamétrie, qui au final n’indiquent pas grand chose, mais il faudra s’en contenter, on s’aperçoit tout de même que dans le Top10 des audiences française :
- On trouve trois sites (groupe de sites) de contenus, MSN, Orange, et l’Internaute.
- On trouve deux sites de contenus collaboratifs ou générés par les utilisateurs (Wikipedia et YouTube)
- Le reste ne sont que des services.
Là encore, et même en utilisant la vision que Médiamétrie tente d’imposer de l’internet – héritée d’une appréhension très ‘télé’ d’un truc qui n’est même pas un média à proprement parler, la conclusion est cinglante : internet n’est pas un fantastique outil d’accès à la connaissance, c’est bien plus que cela, le limiter à cette vision étriqué est le signe évident que la personne qui prononce cette phrase ne sait absolument pas de quoi elle parle.
A l’avenir, méfiez vous de ce qui suit dans un discours qui commence aussi mal. Il y a toutes les chance qu’il émane, au mieux, de quelqu’un qui n’a rien compris à internet, au pire, de quelqu’un qui voudrait le transformer en Minitel™ 2.0.













05 mars 2010 à 9:53
> On trouve trois sites (groupe de sites) de contenus (= connaissance et savoirs)
> Wikipedia
et
> la conclusion est cinglante : internet n’est pas un fantastique outil d’accès à la connaissance
Ah ok …
05 mars 2010 à 10:00
Toutes ces études oublient l’usage des outils d’internet dans les entreprises (intranet, base doc, blog, wiki)alors que c’est là, de plus en plus, que les personnes « surfent »…mais il est difficile de rendre « public » des chiffres par définition « cachés »…
05 mars 2010 à 11:06
27h par français connecté en février, donc, soit 1h par jour environ. Le temps passé devant le TV est estimé à 3h30 par jour il me semble. En attendant, qui comptabilise l’attention et la part réelle de ce que je fais quand j’ai la TV allumé et du social via la bécane sur les genoux ?
Sinon, cette étude conforme que l’email (et le portail qui y mènent) sont au coeur des pratiques. Je me méfie quand même de l’effet « page de démarrage ». En même temps, Facebook arrive à 500 à l’heure, tel un boulet dans ce jeu de quilles à mon avis.
05 mars 2010 à 13:13
En France, personne ne fait ce genre de comptabilité (et avec l’iPad et autres tablettes tactile, ça va devenir indispensable), aux US, la Kaiser Foundation s’y est attaqué, et effectivement, le double usage web/tv n’est pas négligeable…
http://fr.readwriteweb.com/2010/01/26/usages/comprendre-adolescent-multimedia/
06 mars 2010 à 7:41
« quelqu’un qui n’a rien compris à internet » est un peu exagéré non? Benjamin Bayart dit lui même « je crois que c’est la société du savoir ». Que veut-il dire, si ce n’est pas qu’Internet est l’accès au savoir? Et quand est-il du logiciel libre?
06 mars 2010 à 11:28
« société du savoir » vs. « outil d’accès à la connaissance », n’avez vous pas l’impression que la formulation de Benjamin sous entend une bidirectionnalité des rapports et place de façon centrale la dimension sociale de l’internet là où la première formule le réduisent à un minitel sophistiqué ?
07 mars 2010 à 21:43
« formidable outil d’accès à la connaissance », c’est pas une litote. Bien au contraire, c’est presqu’une hyperbole.