Hadopi pourrait bien causer beaucoup de tort aux ayants droit

Hadopi, en concentrant son attaque sur le Peer to Peer n’a eu pour l’instant comme effet que d’initier plus encore de Français aux joies du piratage.

Pratiquer le P2P n’a plus la cote, les internautes ayant désormais conscience d’être surveillés, mais plutôt que de freiner le piratage, Hadopi n’a fait qu’en faire évoluer les pratiques. Parmi les vainqueurs : le direct download.

Rapidshare, Hotfile, mais également des intermédiaires comme Put.io et autres seedbox, les solutions pour continuer à télécharger à l’abrit d’Hadopi, sans faire usage de P2P sur son PC, sont légions. Mais là où le P2P naviguait dans une économie non monétaire, qui ne générait quasiment pas d’argent, le direct download lui en génère beaucoup, et force est de reconnaitre que l’argent est très efficace pour structurer un écosystème sur internet.

Les modèles économiques mis en place par la plupart des sites de direct download laissent une place pour l’arrivée de nouveaux intermédiaires dans l’écosystème des contenus piratés, et ce qui n’était qu’une joyeuse bande de hippies 2.0 prônant le partage libre et gratuit est en passe, sous la pression d’Hadopi, de devenir également un business lucratif pour une multitudes d’acteurs.

Un site tel que Rapidshare – les autres fonctionnent de façon similaire – rémunère par affiliation les sites lui apportant des visiteurs ouvrant des comptes premium, permettant de télécharger en illimité, mais il rémunère également ceux qui mettent à disposition des fichiers populaires. Plus subtil encore, ces rémunérations sont faites avec une monnaie virtuelle, dont le taux de conversion est variable, permettant ainsi à la société de battre, en quelque sorte, sa propre monnaie, lui offrant ainsi une très grande manœuvrabilité.

En à peine plus d’un an, un véritable écosystème est né autour de cette proposition de création de valeur (pas très honnête, j’en conviens).

De nombreux sites référencent les “releases”, c’est à dire l’apparition d’un contenu numérique (DivX, mp3, pdf ou autre), sous forme de fiche descriptive, parfois accompagnée d’une critique tant sur le contenu lui même que sur la qualité de compression de celui-ci. Ces sites existaient bien avant l’arrivée du direct download, mais ils ont depuis une source de revenu complémentaire à la publicité : la vente d’abonnement premium (jusqu’à 20$ de commission). Ce sont essentiellement des forums ou de blogs, hébergés en propre ou sur des plaformes de blogs comme blogger.

Une multitude de ‘petites mains’, véritables manutentionnaires du numérique, mettent à disposition ces “releases” sur les sites de direct download, s’assurent, quand ceux-ci sont rendus indisponibles suite à une plainte d’un ayant droit, de le rendre accessibles à nouveau. Rémunérés en fonction du nombre de téléchargement de leur version, ils s’efforcent ensuite de faire connaitre l’url où télécharger leurs fichiers. Pour cela, ils vont commenter dans les blogs et les forums qui répertorient les releases.

Jusqu’ici, l’écosystème que je viens de décrire a quelques avantages sur ce que proposait le P2P, mais il coute cher à l’utilisateur final. Pour en profiter pleinement, il lui faudra débourser un ou deux abonnements à des sites de direct download, soit le prix de deux à trois licences globales (dix à vingt euros par mois, tout au plus).

Là où les choses se gâtent, c’est avec l’arrivée de nouveaux intermédiaires : les curateurs. Ceux là ne visent pas à l’exhaustivité, comme les géants du secteur, qui tentent de répertorier tout ce qui sort, mais proposent une collection de contenus numériques dans une niche spécifique.

Ils utilisent également des blogs ou des forums, mais font dans la qualité plus que dans la quantité, et se donnent pour mission de répertorier et de donner accès à une famille particulière de contenus, voir pour certains, à une niche très précise.

On trouve chez eux non seulement un vaste catalogue vertical très complet, mais également des billets très détaillés faisant office de critique. La communauté qu’ils attirent étant, par nature, férue des mêmes sujets, les commentaires que celle-ci ajoutent ne font qu’ajouter encore plus de valeur à l’ensemble.

On trouve ainsi des sites où un documentaire animalier est accompagné de long débats sur la meilleure introduction aux concepts du Darwinisme à destination de telle ou telle classe d’âge, suivi de recommandations sous la forme de sélections documentaires à télécharger. Un rêve pour tout parent à la recherche de contenus pédagogiques (il faudra bien souvent leur apprendre l’anglais par la même occasion, même si des sous titres sont souvent disponibles). Sur d’autres sites, des spécialistes – professionnels, de toute évidence – guideront les néophytes ne sachant pas par quoi commencer devant la profusion du choix, sur les meilleurs documentaires pour aborder la théorie des cordes, ou affiner sa compréhension de la théorie de la relativité. Idem pour le cinéma d’auteur Coréen, la Nouvelle Vague, les séries TV américaines et, vous l’aurez deviné, la multitude de niches qui constitue le porno.

Le modèle économique de l’ensemble est redoutable : le distributeur (en l’occurrence les sites de direct download) prend la plus grosse part du gâteau (rien de bien nouveau), les petites mains en charge de la manutention des fichiers ont droit aux miettes, les curateurs également, ces derniers pouvant au besoin cumuler les rôles. Les utilisateurs finaux, eux, ajoutent la touche finale en contribuant gratuitement à la rédaction de critiques, de guides, et à la prise en charge des nouveaux venus dans la communauté.

En un an, le système du direct download, en créant les conditions favorables à la naissance d’un écosystème autour de la distribution des contenus, a réussi a proposer une alternative au P2P qui offre aux utilisateurs finaux un choix plus clair, et une qualité inégalable, dans la sélection et la mise à disposition de contenus culturels. Une véritable leçon pour l’industrie des contenus qui en est restée à l’ère de l’eCommerce.

Il serait tentant pour cette dernière de tenter d’écraser cet écosystème, mais le risque est énorme. Non seulement le contenu de ces blogs et forums peut déménager en quelques minutes pour se retrouver, intact, sur un autre site, rendant le filtrage inutile, mais l’assaut sur le P2P montre désormais que les répliques sont non seulement rapides, mais augmentent la valeur apportée à l’utilisateur final.

Aucun distributeur légal ne peut aujourd’hui rivaliser avec une telle offre, et ce n’est pas, loin s’en faut, un problème limité à la seule problématique du catalogue et des accords de distribution, mais bel et bien à la capacité à faire naitre un écosystème autour de la distribution des contenus numériques. Si celui-ci était attaqué à coup de filtrage, telle l’hydre d’Hercule, Dieu sait quelle pourrait être la prochaine étape du coté des pirates. Nul doute qu’elle creuserait encore plus la distance avec l’offre légale.


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27 commentaires pour cet article

  1. baste

    C’est pas comme si toutes les analyses des professionnels l’avaient déjà annoncé il y a plus d’un an qu’Hadopi serait dépassé avant même d’être en place. Je vous rappel le cout aux contribuables de cette plaisanterie?…

  2. Philippe

    Rapidshare, Hotfile, mais également des intermédiaires comme Put.io et autres seedbox, les solutions pour continuer à télécharger à l’abrit d’Hadopi… à l’abris !

  3. Dominique Rabeuf

    Qui va détecter les contrevenants ?
    Probablement des prestataires privés, on peut douter que les FAIs se prêtent au jeu car ils subiraient un phénomène de rejet.
    Pour être un tant soit peu efficace il faut un certain investissement en infrastructures sur Internet.
    Ces prestataires ne le feront pas gratuitement et les ayant droits auront ils les moyens de financement ?
    La réponse est non, les représentants des ayant droits n’ont pas les moyens de payer les investissements des prestataires.
    Nous auront droit à un effet statistique marginal sur des pratiques (P2P) en désuétude si peu de moyens sont mis en oeuvre ou bien des acteurs d’un genre nouveau se serviront de l’alibi Hadopi pour faire du profilage et de la vente d’information.

  4. March

    En même temps parler de qualité avec des liens rapidshare ou megaupload il faut avoir un grain.

    beaucoup de liens sont des fakes sont pompés allégrement sur les sites sources sans vérification préalable ni aucun contrôle, résultat on se retrouve parfois et plus souvent qu’on ne le crois avec des fichiers de piètre qualité et avec du tout et du rien.

    C’est une bonne alternative « anonyme » mais certainement pas le meilleur système en terme de qualité de fichier

  5. Quentin

    Bon article mais c’est mieux en citant l’étude qui décrit tout cela: Une première évaluation des effets de la loi Hadopi sur les pratiques des Internautes français Sylvain Dejean, Thierry Pénard et Raphaël Suire M@rsouin, CREM et Université de Rennes 1
    Mars 2010
    http://recherche.telecom-bretagne.eu/marsouin/IMG/pdf/NoteHadopix.pdf

  6. Francois

    à l’abri ! on va y arriver ^^

  7. malrepast

    @Fabrice Epelboin

    « mais il coute cher à l’utilisateur final »

    Pas besoin de dépenser une fortune pour du DDL (RS, MU etc) un débrideur à 1.8€/mois suffit, bien moins cher qu’une licence globale donc ;)

  8. Fabrice Epelboin

    @quentin

    l’etude de m@rsouin decrit l’evolution des usages, cet article décrit l’ecosystème qui s’est installé autour du direct download. Deux sujet proches mais différents ;-)

  9. Roger14

    @March >> A première vue tu parle juste en « pompeur » gratuit de ces plateformes ;) Paie un abonnement et tu verras que la qualité est supérieure à ce que tu récupère gratuitement, le beurre l’argent du beurre et la crémière toussa toussa ;)

  10. Julian

    @March

    Change tes sources, je n’ai personnellement que très peu de problème de fake ou de qualité…

    Et comme le dit malrepast, le DDL ça coûte franchement pas grand chose si on cherche un peu…

  11. March

    @Roger14 :

    Je connais bien mieux le monde du P2P que tu penses le croire et je sais de quoi je parle.

    1) les sites de DDL ne sont pas les sources d’origine, les retags (si tu dl un peu tu sais ce que c’est) sont légions sur des blogs qui font du copier coller bourré de fautes ouverts par des kikoolol. Tu sais ce que c’est un TOP ? La Scène ?

    2) J’ai un abonnement RS mais je ne m’en sers que très rarement. Je ne vois pas pourquoi je paierai un abonnement RS + un abonnement MU + une seedbox + un VPN etc, enfin bref un tas de service payant alors que j’ai tous ces services gratuitement et qui fonctionnent aussi bien avec autant de choix et de sécurité.

    L’origine du p2p c’est le gratuit. Après si toi comme d’autres vous souhaitez engraisser des gens qui profitent de la situation (sur ce point l’article a totalement raison) c’est votre problème.

    On ne parle la même pas d’accord commerciale entre ayant droits et RS ou entre entreprises. RS joue sur le fil du rasoir et incite les gens à partager et télécharger toujours plus en connaissant pertinemment l’ambiguïté de la situation.

    Mais rassure toi, Rapidshare sera ravi de communiquer ton ip si le besoin s’en fait sentir, voir ici : http://www.numerama.com/magazine/12808-rapidshare-communique-l-adresse-ip-d-un-uploader-a-universal.html

    Enfin bref, restez dans ce merveilleux monde kikoololesque et continuez à engraisser des gens qui dénature l’origine du P2P (oui je sais c’est de la conviction et aujourd’hui ça veux plus rien dire pour beaucoup, pas de scrupule après tout c’est illégal on fait ce qu’on veux hein ^^)

  12. ZaraA

    bonjour,
    Hadopi ne sera pas limitée au P2P. Loin de là.
    Avez-vous regardé les audiences de ces sites de ddl ? Vous auriez remarqué que vous parler de site totalement confidentiels pour l’immense majorité des internautes. Leur usage est incroyablement moins répandu que les sites de streaming gratuit, ou même d’iTunes (oui je sais ça fait mal). En gros iTunes a une audience comparable aux meilleurs agrégateurs de liens Torrent (si on les cumule). Je parle là, d’audiences mesurées sur la France. Et pas de volumes de transfert, ce qui est trop vague.

  13. wluce0

    C’est assez terrible, autant je suis favorable au libre échange des oeuvres numériques et je crois sincèrement au principe du micro paiement pour rémunérer les artistes, autant maintenant, la «mafia» s’est emparé du marché et génère beaucoup d’argent et combien aux artistes ? rien ! et c’est bien le problème, on a remplacé les majors par d’autres majors.

    À quand une plateforme de distribution ou à côté de chaque lien (http, ftp ou p2p) il y aurait un petit bouton « donnez 1 euros à l’artiste » !

  14. Fabrice Epelboin

    @ZaraA

    Certes, ceci dit, mon point n’est pas de dire que ce type de ‘piratage’ est populaire, mais qu’il a fait naitre autour de lui un écosystème qui augmente considérablement la valeur ajoutée pour le consommateur.

    A coté de cela, c’est une véritable délinquance qui prend place (petite et grande), ce qui est bien évidemment regrettable…

  15. nono

    piratez, piratez, deplacez vos ip en russie ou ailleurs, par contre , allez voir des concerts, achetez les autoprod de la main a la main ..;soutenez vos artistes locaux, c’est lutter contre le liberalisme galopant et anticulturelle des majors….des états..des actionnaires qui vendent du yogourt…resistance n’est pas obéissance…

  16. ZaraA

    Quels sont les vrais revenus de ces sites de ddl ?

  17. Fabrice Epelboin

    Rapidshare est non seulement une societe non cotée, mais qui plus est, recemment passée d’allemagne en suisse. Une enquête s’impose :-)

  18. jayer

    Superbe article, rien à redire

  19. Carla Noirci

    Je ne comprends pas . Que fait notre ministre de la Culture ? Rien. La promotion de quelles oeuvres ? En tous cas, je ne vais jamais engraisser RS ni Megaupload. Il y a asssez de sources sur le P2P, les LAN parties, les échanges avec les potes pour ne pas enrichir les vautours d’HADOPI

  20. Fabrice Epelboin

    J’en conclue Carla que vous faites parti des Hippies 2.0, c’est tout à votre honneur :-)

    Ceci étant dit, tout le monde n’a pas accès à des LAN parties, pour Mr Toutlemonde, ces solutions qui, j’en conviens, sont d’une moralité douteuse, sont très bonnes.

    Par ailleurs, rien ne vous empêche de profiter du travail des curateurs pour, une fois le nom de la release trouvé, aller trouver le fichier sur un réseau P2P.

    Cependant, avec Hadopi, que vous le vouliez ou non, il va falloir engraisser une forme de « délinquance » ou une autre, RS, VPN, ou autre, mais pirater va désormais couter de l’argent, d’une façon ou une autre.

    Personnellement, j’ai tendance à penser que le VPN est la solution la plus ‘propre’, on se protège de la surveillance de l’Etat et des milices Hadopi, mais bon, un bon VPN reste payant, les solution gratuites n’offrent pas à ma connaissance des perfs aussi bonnes (et pour cause, la bande passante ce n’est pas gratuit).

  21. Simyo

    Le téléchargement a augmenté de 3% depuis que HADOPI est là :-p

    A mourir de rire !!!

  22. romy

    et il ne faut pas oublier les newsgroups aussi. c’est tout de meme le meilleur moyen pour télécharger rapidement des contenus.

  23. JO

    Il existe aussi l’enregistrement depuis sa carte son.
    Ce n’est peut être pas le top mais FREECORDER sur 192 kbit/s n’est pas si mal surtout si la source est de bonne qualité comme MUSICME par ex

  24. Jacques

    Dommage que le titre comporte une faute d’orthographe sur « Ayants droits ».
    « Ceux qui on le Droit ». Donc droit ne prend pas de S.

    Vous avez de la chance qu’un trait d’union n’ait pas été mis… car c’est une double faute d’orthographe que je corrige 5 à 6 fois par jour.

  25. Fabrice Epelboin

    arg… je corrige :-) Thanks

  26. Thibaut

    Tout cela ne fait que renforcer la pertinence des offres à la Apple, Soptify ou autres…
    Un peu comme si ce qu’on paye au finale c’est la facilité d’accès à la musique.^^
    Dans ce domaine l’offre légale engage la bataille contre l’offre illégale, qui gagnera ?

  27. Fabrice Epelboin

    Je mise 10$ sur Apple, à condition que Steve reste encore un certain temps aux commandes…

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  3. On the road to Bandol - Hadopi, Google, and a few illegal things :

    [...] has published an article about Hadopi economics (in French, sorry). I will try to provide a quick outline here, but it’s far better to read the full [...]

  4. Hadopi a dopé les téléchargements illégaux (sous certaines formes) | l'appel du clavier.fr :

    [...] ce que ne révèle pas l'étude et qu'explique fort bien le billet de Fabrice Epelboin, c'est que cette loi est une manne pour les sites de téléchargement direct, payants pour la [...]

  5. Computer » Pirateria 3.0, il dowload diretto :

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