Selon nos investigations, Facebook aurait l’intention d’annoncer l’ouverture des données de ses utilisateurs lors de la conférence F8 qui réunit chaque année en avril les développeurs travaillant sur la plateforme Facebook. Une telle offre serait similaire à l’ouverture pratiquée par Twitter avec une sélection de partenaires et de développeurs qui ont construit le fameux écosystème de Twitter, composé d’une multitude d’applications tierces. Les représentants de Facebook n’ont pas nié cette information tout en refusant de faire le moindre commentaire.
“Si ce que les gens appellent le web 2.0 concernait la création de technologies qui rendaient accessible à tous la publication de leurs pensées, de leurs interactions sociales et de leurs activités, la prochaine vague d’innovation pourrait bien être matérialisée par des services comme la recommandation, la prise de conscience individuelle ou de groupe, et d’autres fonctionnalités rendues possibles par des logiciels construits par dessus l’immense masse de données rendues publiques par le web 2.0…
Personne ne réalise la valeur de l’information générée lorsque l’on devient fan d’une page ou que l’on établit un contact avec un nouveau profil. C’est comme si l’on votait constamment d’une multitude de façons différentes. Je pense sincèrement que nous seront en mesure de changer le monde en mieux en utilisant ces information aujourd’hui négligées. C’est comme une radiographie pour un pays tout entier”
Pete Warden, The Man Who Looked Into Facebook’s Soul
Le gigantesque réseau social a été privé par défaut, puis a fait un changement très controversé en décembre dernier en obligeant des centaines de millions de personnes à publier publiquement des informations autrefois privées. Il serait désormais sur le point de passer à l’étape suivante en offrant aux développeurs la possibilité de construire des applications utilisant ces données.
La première conférence F8 a été l’occasion pour Facebook de présenter sa plateforme, permettant aux développeurs de construire des applications au sein de Facebook. Cette annonce, si elle se concrétisait, ferait de Facebook une plateforme à part entière, et permettrait de construire bien plus de choses encore, en dehors du site de Facebook, et à partir des données qu’il contient.
Cela pose-t-il des problème relatifs à la vie privée ? Bien sûr. Cela peut-il changer le monde de l’internet ? Certainement.
A ce stade, il n’est pas aisé de savoir quelles seront les données mises à disposition de développeurs tiers. Cela pourrait être un flux de données ayant peu de valeur comme les pages dont les utilisateurs sont fan, par exemple. Le plus probable serait de voir l’ouverture des données d’activité des utilisateurs publiées de façon publique, ce qui représente beaucoup plus de données aujourd’hui qu’il y a à peine quatre mois.
Si vous avez déjà participé au programme de fidélisation d’un magasin, vous êtes déjà familier – peut être sans le réaliser – avec le concept qui consiste à partager des données concernant vos activités privées contre un avantage. En France, PPR ou Laser sont des spécialistes de ce type de programmes de fidélisation, qui offrent bons de réduction ou crédits avantageux contre un large partage du contenu de votre caddie. Aucun de ces programmes ceci dit n’offre le moindre avantage aux consommateurs basé sur l’analyse des données que ceux-ci leur fournissent, bien qu’ils soient faciles à imaginer : vos courses reflètent-elle une alimentation équilibrée ? Quelles recettes de cuisine vous permettraient de tirer parti des aliments que vous achetez régulièrement ?
Dans le cas de l’ouverture des données de Twitter, qui consiste à donner un accès complet aux informations publiées par les utilisateurs à travers le site, ces derniers ont bénéficié d’une multitude d’applications intéressantes basées sur l’analyse de leurs usages de Twitter.
La même ouverture de la part de Facebook aurait un effet bien plus considérable. Ce serait une espère de référendum permanent et mondial. En croisant ces données avec une multitude d’autres, nous pourrions plonger dans une infinité de découvertes sur la condition humaine, un peu partout sur la planète, concernant différentes catégories de population, et en temps réel.
C’est une avancée que nous avons appelé de nos vœux de la part de Facebook depuis un certain temps, lors d’une multitude de discussions avec Mark Zuckerberg, où nous avons parlé ensemble de l’importance et du potentiel de l’ouverture des données de la plateforme Facebook.
Ceci, cependant, date d’avant le changement radical dans la politique de vie privée du site en décembre dernier.
Vie Privée
Le simple fait que quelque chose soit publié publiquement sur le web, comme le rappelait ce week end Danah Boys au SXSW, ne signifie pas que cette personne souhaite voir cela diffusé plus largement encore. Rendre quelque chose public ne signifie en rien donner l’autorisation de le diffuser plus largement que l’auteur n’en avait l’intention initialement.
L’inclusion des activités publiques dans les données promises à l’ouverture de Facebook, et disponibles sous peu à des développeurs tiers afin de les diffuser plus largement, est-elle une nouvelle violation de la vie privée des utilisateurs de la plateforme et de leur capacité à la contrôler ?
La question est loin d’être simple. Lors d’une discussion sur l’agrégation de données issues de Twitter, l’année dernière, un représentant de l’Electronic Frontier Foundation nous a dit que les utilisateurs de Twitter ne s’attendaient pas à ce que leurs données ne soient pas rediffusées et analysées, du fait de la nature publique de Twitter.
Facebook était différent jusqu’ici. Il était privé par défaut, les activités n’y étaient partagées qu’avec nos amis à qui nous avions donnée la permission de voir nos statuts, nos messages et nos photos.
Puis, en décembre 2009, la société a fait un changement radical, demandant à ses utilisateurs de mettre à jour leurs réglages de confidentialité et faisant de la publication publique le réglage par défaut de la plupart des options.
Mark Zuckerberg affirmait alors que ce changement ne faisait que refléter la façon dont le monde évoluait, mais nous argumentions à l’époque que cette rationalisation n’était là que pour cacher une évolution dans la culture de Facebook et une recherche évidente de profits. Nous argumentions également que le fait de pousser les utilisateur à rendre publique leurs données réduisait le contrôle de ces derniers sur leurs informations et ne faisait que mettre à mal la confiance vis à vis de Facebook et de la publication de données sur internet en général.
Les utilisateurs s’attendent-ils raisonnablement à ce qu’une information publiée publiquement au sein d’un réseau social ne soit pas rediffusée et analysée par un tiers ? Comment une société comme Facebook peut elle protéger la vie privée de ses utilisateurs tout en rendant possible le fantastique potentiel lié à l’ouverture des données publiques contingentées jusqu’ici au sein de la plateforme ?
Pour mémoire, en analysant les données de ses utilisateurs, Google avait réussi à créer en temps réel une carte de la propagation du virus de la grippe H1N1 mieux que tout organisme public. Les applications liées à l’analyse de données publiques sont immenses et plutôt que de nier cette évidence et de se réfugier dans une volonté de retour vers un passé idéalisé (où le nuage de Thernobyl s’arrêtait aux frontières Françaises), peut être serait il plus intelligent d’accompagner ce mouvement afin, sous la pression des net-citoyens, de l’orienter de façon à ce qu’il profite au mieux à tous. Car avec ou sans nous, ce mouvement aura lieu.
(image CC-by de Shazari)













15 mars 2010 à 9:47
La conclusion du papier (oups: billet) se veut optimiste. La question n’est pas que certaines données soient publiques. Il faut que cela reste certaines et que la décision puisse être clairement prise par l’utilisateur. Je veux dire par là que même en passant beaucoup de temps online j’en découvre souvent des étonnantes. Alors pensons à l’internaute lambda et pas spécialement attentif. Il doit pouvoir clairement choisir ce qui est visible et ne l’est pas. C’est un eu l’histoire du google buzze par défaut qui livrait des infos pas souhaitées et pour le corriger l fallait aller bidouiller dans les paramètres. Tout le monde ne prend pas ce temps là ou n’en a pas envie.
Il y a donc une alternative entre tout partager et ce que j’accepte de partager. C’est un peu comme le bistrot. Je vais peut ^tre m’y vanter de faire des conquêtes mais j’aurais le minimum de délicatesse pour ne pas donner de noms :D Twitter aurait cet aspect d’ailleurs. Je raconte ce que je veux mais pas ce que je ne veux pas livrer.
Donc pour rejoindre votre papier : pourquoi pas donner des éléments utiles à la communauté si je sais ce que je donne et que j’appuie sur le bouton qui dit OK. Que ce soit à fb, gg ou autres… -)
15 mars 2010 à 9:51
Attention, il y a deux débats bien distincts. L’un concerne la façon dont FB a rendu public un certain nombre de données autrefois privées (c’est ici), l’autre, consiste à voir ce que l’ouverture des données peut aporter, et surtout comment nous pouvons (citoyens-internautes) faire pression pour l’encadrer…
A coté de cela, il ne faut pas perdre de vue que cela aura lieu quoi qu’il arrive, on est plus sur la question de l’accompagnement qu’autre chose.
15 mars 2010 à 10:08
espèce et non espère ;)
Sinon très beau billet, comme souvent ici. Belle analyse et belle conclusion. Pour ma part en tant qu’utilisateur avertit (bon ok plus que cela) je sais que si je publie des données publiques, elles vont êtres reprises donc je fais attention. Mais il est vrai que je ne m’attends pas forcement que des sites comme 123people s’éclattent à faire un gros amalgame de ses données sans me laisser un droit de regard dessus. Si je conserve un droit de regard sur les informations collectés par les sites, alors ca ne me dérange pas. Pourquoi ne pas penser à un système d’autorisation comme le fait twitter avec son Oauth ? Ca permettrais de voir qui accède à quoi et gérer cela de manière centralisée.
Pour ce qui est du débat sur le rendu publiques de données autrefois privées sur facebook, je ne constate pas dans mon entourage d’utilisateur lambda une diminution de la confiance envers facebook mais plutôt une prise de conscience de leur responsabilité dans ce qu’ils publient, de l’impact que cela peut avoir et que cela peut être consulté. Beaucoup ont pris conscience de l’intérêt de maitriser leur image en ligne et ont commencé à aller voir les réglages de confidentialité, à créer des listes avec des accès différents, à faire un profil public et un privée ( enfin choisir ce qui le sera ou non, pas de duplication de profil hein).
Pour moi c’est un point positif ce changement de politique de confidentialité et même si je ne croyais pas trop à l’argument de l’évolution naturelle des mentalité, il semble que les gens autour de moi qui sont des utilisateurs lambda je le rappelle, sont à l’aise avec cela …
15 mars 2010 à 10:13
OAuth sert à l’authentification, il n’a pas du tout été pensé pour autoriser qui que ce soit à publier quoi que ce soit. On peut s’en servir pour s’authentifier sur une appli et lui demander d’agréger quelque chose issu de son compte, mais cela n’empêchera nullement une autre appli d’utiliser vos données Twitter pour en faire ce que bon lui semble…
La seule solution, comme vous le souligner, c’est la prise de conscience des utilisateurs. Pour cela, il faudrait, en France, arrêter avec la Moranoïa ambiante vis à vis de l’internet exprimée par la quasi totalité des média et des politiques. C’est mal parti.
15 mars 2010 à 16:29
Totalement d’accord avec toi d’ailleurs ça rejoint cette vidéo publiée sur mon blog au sujet de la valeur ajoutée qu’il y a sur les Open Data (TED talk)
http://charles.nouyrit.com/2010/03/12/2010-the-year-open-data-went-worldwide/
15 mars 2010 à 18:40
« Rendre quelque chose public ne signifie en rien donner l’autorisation de le diffuser plus largement que l’auteur n’en avait l’intention initialement. »
Hors contexte, cette phrase pourrait être prise pour les propos d’un pro-HADOPI. ;)
Dans le contexte, cette notion de « public mais pas trop » me semble bien bancale.
Sinon, question naïve, facebook ne travaillait pas déjà une partie de ses données pour optimiser ses pubs? Si oui, où est la différence, au fond, si non, je comprend l’étonnement.
15 mars 2010 à 19:04
C’est différent, là, FB permettrait à des société tierces d’accéder aux données des utilisateurs hébergées par FB, de la même façon que les données publiées sur Twitter peuvent se retrouver ailleurs dans des applications tierces.
18 mars 2010 à 13:16
Bonjour à tous,
Je suis d’accord avec toi, Garou Clovis sur l’interprétation de la phrase “Rendre quelque chose public ne signifie en rien donner l’autorisation de le diffuser plus largement que l’auteur n’en avait l’intention initialement.” Elle me semble assez hypocrite en fait !
Cependant, dans le cas de Facebook, et comme le rapporte cet article, il y a eu une belle rupture de contrat entre la société et les utilisateurs. Par défaut, les gens partage avec leur cercle d’amis, ou du moins le pense … On ne peut donc pas vraiment parler de donner « publiques ». C’est la seule volonté de Facebook qui les a rendues publiques.
Cette mise à disposition des données utilisateurs est un nouveau pas la divulgation complète. Je suis d’accord avec toi, Fabrice, sur le fait qu’il existe 2 débats mais pour moi il semble difficile de ne pas les lier. Cette ouverture est une évolution logique. Facebook veut développer son écosystème et il ne peut l’alimenter qu’avec sa seule richesse : ces utilisateurs.
Pour l’avenir, je suis plutôt optimiste sur la prise de conscience des gens et je rejoins l’analyse de clawfire en constatant les mêmes évolutions dans mes contacts. La paranoïa des médias et les tentatives de récupérations des politiques ne seront pas de nature à changer tout cela … enfin je le pense :)
Grégory (@gmaubon)