Les technologies de l’information au service du développement en Afrique francophone

Bien que l’on remarque sans conteste possible une avancée des NTIC (Nouvelles technologies d’information et de communication) pour le développement en Afrique francophone, cette partie de Afrique est cependant à la traine de ses voisins anglophones. La constatation de ce retard est faite par de nombreux blogueurs francophones que l’on peut lire sur le blog Franco Techno Gap.

Les raisons de ce retard sont peu lisibles, mais quelques explications sont souvent proposées : 1) l’Internet haut débit a été d’abord proposé par les gouvernement de nations africaines anglophones comme l’Afrique du sud, l’ile Maurice, l’Égypte. Par conséquent, le coût de la connexion à Internet est en moyenne plus cher en Afrique francophone, comme on peut le voir développé sur le site l’atelier des médias (RFI). 2) A mettre en correspondance avec l’explication précédente : “Les pays anglophones semblent progresser plus vite que les pays francophones” selon le blogueur Miquel. 3) la langue anglaise est toujours la langue par défaut au niveau mondial en matière de technologies de l’information et de la communication.

Dans cette revue de blogs, nous examinons quelques projets en cours actuellement en Afrique francophone qui comportent une partie importante de NTIC.

Agriculture

Le blog collectif de l’ Union des Femmes Rurales Ouest Africaines et du Tchad (UFROAT) décrit ainsi les objectifs de l’association :

-Promouvoir les échanges entre femmes rurales au niveau national et sous régional,

-Promouvoir la participation et la représentation des femmes rurales dans les instances de décision,

- Promouvoir la commercialisation des produits des femmes rurales

Dans la vidéo suivante, Agnegue Enyo from Togo explique que grâce à un atelier de formation récent sur les NTIC, elle a appris à créer, mettre en forme et publier des rapports d’activités électroniques sur son projet. Elle dit qu’elle devait auparavant payer quelqu’un pour scanner tous les papiers, les archiver, et envoyer ses rapports à sa place. Ce n’est plus le cas.

Un projet similaire à Madagascar, Bekoto Paysans, tente de préserver les droits des paysans malgaches, présente leurs activités et leurs défis quotidiens. Le projet est dirigé par un chanteur malgache connu, Bekoto, membre du groupe traditionnel Mahaleo. Bekoto écrit que les abeilles de Madagascar et le miel qu’elles produisent ont des caractéristiques uniques mais qu’elles se trouvent en danger d’extinction :

L’abeille Malgache possède sa propre spécificité . C’est une espèce endémique considérée comme ” laborieuse et pacifique “. Il fut une époque où Madagascar exportait son miel en Europe et des “tonnes avaient été envoyés à l’extérieur de 1920 à 1940 [..] Depuis les symptômes du Varroa qui frappèrent l’apiculture dans la région d’Analamanga en 2007 , les mêmes signes de maladie avaient été aussi signalés sur la côte Est : ‘ Les essaims s’effondrèrent …les abeilles ne volaient plus et les ruches se vidaient mais des abeilles sauvages résistent

Éducation

Djénéba Traoré écrit sur le défi que pose l’intégration des NTIC dans l’éducation dans cinq pays d’Afrique subsaharienne (Benin, Cameroun, Ghana, Mali et Sénégal). Il souligne :

il ne s’agit plus aujourd’hui de prouver que l’intégration des TIC peut contribuer à l’amélioration de la qualité de l’éducation en Afrique mais de déterminer les voies et moyens pouvant pérenniser l’utilisation pédagogique des TIC à l’école, à toutes les écoles. Elle (l’étude) a aussi confirmé que la formation des enseignants aux nouvelles technologies n’est une priorité ni de l’école ni du gouvernement

et que l’utilisation pédagogique des TIC tant par les enseignants que par les élèves reste faible en Afrique de l’Ouest et du Centre.

Camedevelop complète l’évaluation de Djénéba Traoré pour le Cameroun. Il souligne que l’école Normale supérieure de Yaoundé n’a toujours pas achevé la formation d’experts dans ce domaine, ce qui provoque une pénurie d’enseignants. Le manque d’électricité dans les zones rurales et les formalités kafkaïennes pour faire intégrer les ordinateurs dans l’école sont pour lui les causes principales du retard de l’adoption des NTIC à l’école.

Boukary Konaté propose des nouvelles plus optimistes sur les NTIC dans l’éducation au Mali. Boukary Konaté a organisé un atelier de NTIC pour les enseignants à Bamako, au Mali . La vidéo suivante prouve l’intérêt qu’ils manifestent pour l’apprentissage des nouvelles technologies :

Image de prévisualisation YouTube

Boukary Konaté relate aussi comment de jeunes lycéennes ont pu s’informer sur les dipôles magnétiques en apprenant à faire une simple recherche sur Google. Ces étudiantes mentionnent aussi d’autres avantages d’utiliser les NTIC : la possibilité de partager des informations avec tous les élèves de leur classe, d’organiser facilement des réunions, ce qui leur fait économiser le coût des appels téléphoniques.

Les efforts pour intégrer les NTIC dans les projets de développement en Afrique francophone sont indéniable, et ne se limitent pas aux initiatives décrites ci-dessus. Cependant, les technologies pour le développement affrontent les mêmes difficultés que d’autres initiatives pour le développement quand il s’agit d’aller au-delà de premiers pas prometteurs. Des initiatives durables et homogènes sont difficiles à pérenniser quand les infrastructures sont si inégalement réparties, surtout entre les zones urbaines et rurales.

(Billet écrit par Lova Rakotomalala et traduit par Claire Ulrich)


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6 commentaires pour cet article

  1. Alex

    Très vrai. Le Kenya notamment, alors que son niveau de vie est comparable à pas mal de pays francophones d’afrique sub-saharienne comme le Sénégal ou la Cote d’Ivoire, est vraiment impressionant en la matière.

    Nokia y a récemment ouvert une cellule de développement d’applications en partenariat avec l’université de Nairobi, un hub pour les nouvelles technos (iHub) a été créé et est animé par des conférences de big players mondiaux (Google, Adobe, etc.).

    Je pense effectivement que la langue, mais aussi plus généralement la business culture transmises par les anglos, y est pour beaucoup.

  2. Thierry Andriamirado

    La responsabilité des gouvernements et des gouvernants y est pour beaucoup aussi. Par exemple, ici à Madagascar des efforts pour une meilleure compréhension et adoption des TIC ont toujours plus ou moins été faits mais, dit schématiquement par souci de clarté, comment réellement être crédible et obtenir des résultats si l’Administration elle-même n’a qu’une vague idée des réels possibilités de l’outil? L’Administration elle-même n’a réellement commencé à penser, donc enfin débattre (et se débattre ;-))) autour d’une table, enfin adopter l’idée d’Intranet de l’Etat sans trop y croire, qu’en 2002. L’e-Gouvernance en a été la suite logique, entrainant dans son sillage des projets de type télécentres dans le monde rural etc… Signal que beaucoup d’organismes attendaient (dont la Banque Mondiale et IFC, Zain, etc..). Après coup, je constate une fois de plus que le plus dur à part l’impulsion et à part convaincre les décideurs en plus haut lieux afin de mettre tout ceci sur les rails semble toujours d’arriver à maintenir la continuité: maintenir une réelle volonté de continuer au sein du pouvoir lui-même.

    Ainsi le pouvoir actuel semble beaucoup tenir à ranimer la flamme (projet Vohikala etc..): il reste à esperer que sa propre motivation continue jusqu’à la fin de son mandat sinon comment esperer que ceux qui viendront par la suite puissent réellement.. « continuer »? Il ne s’agit même pas de la continuité, entre chaque régime, des efforts pour les TIC au service du Développement: il s’agit d’abord d’une continuité au sein d’un même régime, quel qu’il soit!

    Mais aussi des capacités des autres acteurs à réellement « stimuler » la percée des TIC: pas seulement en faisant toujours l’apologie des mêmes idées qui consistent à considérer les Pays en Voie de Développement comme étant seulement des réservoirs pour opérateurs de saisies (contre lesquels je n’ai absolument rien, croyez-moi ;-)), mais surtout en innovant. Car l’Etat « tout seul » ne peut pas tout faire à notre place.

  3. Fabrice Epelboin

    Merci pour ce long commentaire. Je vous rejoint, il faut cesser de considérer les pays en voie de développement comme des endroits où délocaliser les call center, il y a bien mieux à faire ;-)

  4. Electrosphère

    Merci infiniment pour cet article… qui n’est guère une découverte pour moi. Je l’ai mentionné à plusieurs reprises dans mon blog.

    PS: Dites-donc, les rédacs de RWW, faut modérer les fautes d’orthographe / de grammaire. Il serait temps… Ca commence par le titre de l’article : « les technologie » (sans le s du pluriel). Je ne mentionne que celle-là.

  5. Olivier Cimelière

    Bonjour
    Merci pour cet édifiant article plein d’espoir. Dans le même registre, je me permets de vos signaler quelques posts récents en français que nous avons réalisé sur les activités similaires d’Ericsson en Afrique … Cela fait tout à fait écho à ce que vous avez publié ! Bien cordialement

    http://www.blog-ericssonfrance.com/2010/04/technology-for-good-13-le-telephone-mobile-comme-moteur-du-developpement-economique-au-soudan/

    http://www.blog-ericssonfrance.com/2010/04/le-rapport-developpement-durable-2009-dericsson-est-paru/

    http://www.blog-ericssonfrance.com/2010/04/technology-for-good-11-les-villages-nigerians-s%e2%80%99ouvrent-sur-le-monde-grace-a-internet/

    http://www.blog-ericssonfrance.com/2010/04/technology-for-good-10-internet-rapproche-des-ecoliers-ghaneens-et-americains/

  6. Kitambala

    Thierry a raison. La volonté politique fait défaut dans de nombreux pays. Pour prendre l’exemple de la RDC, voilà plus de deux ans que la loi sur les TIC traîne dans les tiroirs du gouvernement. Et depuis deux ans, il annonce sa volonté de connecter le pays aux autoroutés de l’information. Sans qu’on ne voit d’initiative digne de ce nom. Le conseil des ministres de vendredi 30 avril dernier a examiné le dossier de l’informatisation des services publics de l’Etat et l’implantation du réseau gouvernemental intégré. Il y a exactement deux ans, un autre conseil des ministres avait examiné le même dossier exactement dans les mêmes termes. L’impression finale est qu’on tourne en rond au détriment de tous ceux qui utilisent au quotidien ces TIC.

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  2. L’Afrique en haut débit | ReadWriteWeb France :

    [...] Dans un conti­nent où la popu­la­tion est beau­coup plus jeune qu’au Nord, l’éducation est plus encore qu’ailleurs le meilleur inves­tis­se­ment qu’un pays puisse faire pour son ave­nir, or là aussi, inter­net a tous les atouts pour chan­ger de façon radi­cale les fon­da­men­taux de cette équa­tion. [...]

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