Les liens hypertextes sont ils une nuisance pour les lecteurs en ligne ? C’est l’idée examinée par Nicolas Carr ces derniers temps.
L’auteur iconoclaste raconte qu’il a fini par comprendre la pensée de Steve Gillmor, qui de façon assez incompréhensible aligne les arguments depuis des années pour prouver que «les liens sont morts». Les liens au sein d’articles sont une distraction et sous entendent que le lecteur ferait bien d’interrompre sa lecture pour aller lire quelque chose d’autre, selon Carr. Placer des liens à la fin d’un article est plus respectueux des intentions et de la concentration d’un lecteur. Pensez-vous que cela soit le cas ? Je m’abstiendrai de placer des liens dans ce billet jusqu’à sa fin, afin que vous puissiez me dire ce que vous en pensez.
Si je puis me permettre de le citer, Nicolas Carr explique cela ainsi :
«Les liens sont d’une grande utilité, nous le savons tous (du fait de cliquer dessus de façon compulsive jour et nuit). Mais ils prêtent aussi à confusion. Parfois même une énorme confusion – nous cliquons sur un lien, puis un autre, et encore un autre, et rapidement, nous avons complètement oublié d’où nous somme parti et ce que nous étions en train de lire. Parfois, ils ne sont que de petites diversions, de petits insectes textuels qui bourdonnent autour de nous. Même si vous ne cliquez pas sur un lien, votre œil l’aperçoit, et votre cortex doit activer un paquet de neurones afin de décider ou non de cliquer dessus. Vous ne vous apercevez pas forcément de cette surcharge cognitive, mais elle a lieu, et c’est important. Les gens qui lisent de l’hypertexte comprennent et apprennent moins bien, c’est mis en évidence par des études, que ceux qui lisent le même texte imprimé sur papier. Plus il y a de liens dans un texte, plus il est difficile à comprendre.»
Pour ma part, je pense que lire un billet avec des liens regroupés à la fin rends mon intellect plus détendu.
Anges et démons
En même temps, les hyperliens sont devenus une pratique courante pour une bonne raison, non ? Les références placées ainsi dans le corps du texte permettent au lecteur d’explorer, d’aller regarder les dessous d’une pensée, de se familiariser avec un concept référencé de façon opportune, le tout au cours de sa lecture. C’est bien de pointer vers des ressources, parfois, même souvent au besoin (dans certains cas, les écrits d’un blog sont si mauvais que le lecteur n’a qu’une envie : trouver un lien vers ce que l’auteur a découvert pour en prendre connaissance en espérant que cela sera mieux écrit).
Je conseille souvent aux nouveaux de notre équipe [ndt: Marshall est éditeur de la version US de RWW] de placer les liens hypertexte en gardant en tête la façon dont les lecteurs vont lire le texte et l’accent mis sur certains mots. Imaginez un choeursd’anges, et faite démarrer les choeursau bon moment dans votre phrase. Ceci dit, ce sont petit être des diables plutôt que des anges.
Pour ma part, j’aime placer des liens hypertexte partout où j’en ai l’occasion, de façon à enrichir ce que j’écris, à élargir la conversation, et honnêtement, parce que je suis convaincu que créer des liens vers d’autres blogs encouragent ceux-ci à créer des liens vers nous. Agir comme si notre blog était le seul endroit où apprendre ce qui est important sur le numérique est d’une arrogance folle et cela ne rend en rien service à nos lecteurs. Les liens interne sont une bonne pratique en terme de business, mais ils doivent impérativement être équilibrés par des liens vers des ressources extérieures utiles sous peine de donner une impression très négative au lecteur.
Les moteurs de recherche sont alimentés par les liens, et les mots utilisés pour créer ces liens sont essentiels à leur fonctionnement. Les liens entre les documents en ligne, en pratique, sont la pierre angulaire d’un grand nombre d’innovation dans l’analyse du sens de ce que l’on trouve en ligne, mais peut être pourrions nous imaginer que ces liens soit placés après le texte [ndlr: pour l’analyse sémantique, cela semble difficile, ceci dit].
Peu des raisons qui nous poussent à placer des liens impliquent que nous les mettions dans le corps du texte, ceci dit. La plupart des blogs qui placent leurs liens à la suite du texte plutôt que de les intégrer au sein du texte le font pour des raison formelles, pour présenter une forme de bibliographie ou pour reconnaitre implicitement une forme de dette à un autre blog, mais d’une façon qui ne poussera pas les lecteurs à cliquer sur leurs liens.
Cela n’a pas besoin d’être ainsi. Les liens pourraient être placés avec goût, et correctement, à la suite des articles. Cela ne serait pas aussi bien du point de vue des machines, mais cela pourrait s’avérer meilleur pour les cerveaux humains. Créer des liens est peut-être la raison pour laquelle beaucoup d’entre nous bloguons, mais il faut être honnêtes : si les liens pour en savoir plus étaient systématiquement placés de façon visible à la fin des articles, vous vous y feriez, en tant que lecteurs, non ?
L’un des arguments les plus frappants de Steve Gillmor, en ce qui me concerne, est qu’un lien amène le lecteur vers une définition particulière d’un concept, alors que si le lecteur est réellement intéressé, il peut effectuer lui même une recherche et accéder à une définition plus large du sujet.
Qu’en pensez-vous ? Le format de l’auto publication de texte en ligne pourrait-il changer de façon aussi radicale et continuer à maintenir sa culture si particulière propre à la démocratisation de la publication ? Les éditeurs pourraient-ils placer leurs liens à la fin de leurs articles tout en continuant à participer à des conversations, par opposition à l’arrogance des média traditionnel qui se refusent à placer des liens ?
Dites-nous ce que vous en pensez dans les commentaires ci dessous. L’auto publication sur le web est encore très jeune, tout cela devrait être sujet de débats, et il est toujours intéressant de réévaluer ce que nous prenons pour acquis, non ?
Pour ce qui est des liens :
Le billet de Nicolas Carr «Experiments in Delinkification», les précédents billets de ReadWriteWeb qui citent Nicolas Carr, les billets de Steve Gillmor et ceux de ReadWriteWeb qui le citent. C’est mieux, place à la fin d’un article ?
(image CC de Will Lion)













14 juin 2010 à 9:42
Pour ma part, je préfère laisser les liens à l’intérieur de l’article, et non pas à la fin. Ceux-ci auront en effet une portée plus grande et permet à un accès aux références plus aisé. En effet, rares sont les personnes qui liront la série de liens en bas de page. En dehors de l’article, l’attention est plus faible. Un peu comme les crédits d’un film par exemple.
Et puis, un CTRL + clic ou un clic sur la roulette, et le lien est ouvert dans un nouvel onglet. Ce qui permet de consulter le site une fois le contenu du site source lu. Donc, pas de soucis particuliers. :)
14 juin 2010 à 9:47
« faite démarrer les cœurs au bon moment dans votre phrase » (sic). Bien plus gênant que des liens, il y a l’orthographe trompeuse qui cherche à égarer votre concentration : Dans cet exemple, mon cerveau file au sommet du toit (le faîte, en fait…) et voit un petit bouquet de cœurs roses s’envoler entre des mots …
RWW: Oups… corrigé ;-)
14 juin 2010 à 9:52
Je suis les liens que je tisse. Si «les liens sont morts», alors je ne suis pas.
14 juin 2010 à 10:11
>> permet à un accès aux références plus aisé
>> Et puis, un CTRL + clic ou un clic sur la roulette, et le lien est ouvert dans un nouvel onglet. Ce qui permet de consulter le site une fois le contenu du site source lu.
Pareil, beaucoup plus pratique à mon goût.
14 juin 2010 à 10:24
J’ai l’habitude de lire des articles ayant recours soit aux liens internes soit aux liens en bas de page et, pour ma part, je préfère les premiers. Ils me permettent de développer immédiatement les informations présentées, tout comme j’ouvre aussitôt un dictionnaire quand je rencontre un mot inconnu. Tandis que les liens en bas de page sont déconnectés du contexte et m’obligent en fait à des aller-retours entre les références et leurs notes respectives.
De plus les liens n’obligent pas nécessairement à sortir de l’article. Fréquemment je les ouvre dans des onglets en arrière plan puis je les lis quand j’ai atteint la fin du paragraphe, de l’article ou de l’idée développée.
14 juin 2010 à 10:49
Je rejoins Jonathan Petitcolas, les liens en bas d’un article sont peu pratiques et, d’ailleurs, peu utilisés. La plupart des internautes savent désormais surfer sur plusieurs onglets simultanément et ouvrir un lien dans un nouvel onglet pour préserver celui en cours de lecture.
Par contre, s’il doit y avoir une réflexion, ça peut être sur la pertinence du lien. Certains billets comprennent plusieurs liens par phrase et en deviennent incompréhensibles. Si on a beaucoup de pages à lier, mieux vaut créer une liste dans l’article pour les présenter clairement.
Le lien dans le texte est un enrichissement à utiliser avec modération.
14 juin 2010 à 10:51
Il faut peut-être distinguer deux pratiques :
- la liste de références en fin de texte, habitude ancienne déjà valable pour le print, pour indiquer des contenus connexes venant enrichir la réflexion, ou à la base de la réflexion,
- le lien contextuel dans le texte lui-même, par exemple quand une référence est faite à un contenu non-textuel (vidéo, son, image), mais aussi une référence directement liée au propos. Note : il existe des systèmes qui permettent l’aperçu du contenu ciblé sans cliquer. Certes cela alourdit un peu, mais permet de donner à voir et à choisir de cliquer ou non.
Et il n’y a aucune raison pour que les deux pratiques soient mutuellement exclusives.
14 juin 2010 à 10:53
Tout le monde ne maitrise pas la technique du CTRL+clic et nous rédigeons pour l’ensemble des utilisateurs. Mettre une balise TARGET= »_blank » sur son lien href dans l’article ne gêne en rien la lecture et permet une visualisation rapide de la référence. Ainsi le lecteur verra s’il y a lieu de lire ce complément plus tard ou de fermer la fenêtre pour revenir à sa lecture principale.
14 juin 2010 à 13:45
L’important c’est surtout de placer les liens sur les mots qui vont faire comprendre rapidement le sujet de la page pointé pour éviter la surcharge cognitive. En effet plus le lien à de sens moins il requiert une pause genante dans la lecture.
Aucun lien, c’est dommage, on perd un intérêt majeur du web. Trop de lien c’est gênant, on perd l’attention necessaire.
Tout est dans la mesure. Mais c’est relatif à chaque type de contenu web en fonction de sa technicité et de sa longueur, donc impossible à mon avis d’imaginer une règle universelle…
14 juin 2010 à 14:20
Je suis assez d’accord avec les liens en fin d’article, mais comme je suis aussi d’accord avec le fait d’avoir des liens vers des articles sur le même sujet, il m’a fallu faire un choix.
Il me semble plus logique de faire voyager l’internaute sur son site avec des liens direct vers ses propres billets en fin d’article. Pour les liens vers d’autres sites dans les articles, je fais en sorte qu’ils s’ouvrent automatiquement dans un nouvel onglet
14 juin 2010 à 19:09
J’utilise Firefox, et contrairement aux utilisateurs d’Internet Explorer 6, je peux ouvrir plusieurs pages dans des onglets. Généralement, quand je lis un article, j’ouvre les liens dans de nouveaux onglets au fur et à mesure de ma lecture.
Les liens en fin d’article, je ne les ouvre pas.
14 juin 2010 à 21:57
Mmmm…. je rejoins Enikao c’est une bataille théorique entre
- le lien en bas de pages qui fonctionne comme une note critique, un appui à la réflexion déjà construite (comme dans les livres) qui permet une réflexion linéaire agrémentée… hiérarchie et classification des idées comme on l’a toujours fait…
- le renvoi vers d’autres sources au coeur du texte dans une configuration éclatée ou en étoile qui permet la construction circulaire d’une idée ou l’étude croisée interne et où les arguments se renvoient et viennent compléter la réflexion.
Deux modes d’organisations différents deux modes de pensée distincts de là à savoir ce qui est mieux pour le lecteur?
A confirmer avec sa pratique (personnelle) de la lecture.
Lecture hiérarchisée ou lecture croisée?
Ce qu’il faudrait voir c’est comment l’information est assimilée dans les deux et comment elle est restituée…
La question plus profonde se cache sans doute en hypertexte…
Comment qualifier le lien et la relation qu’il entretient avec le texte? Quel signe graphique visible permet de savoir ce qu’il contient par avance à part le fait qu’il signale le renvoi vers une autre page web?
Quelle position quelle marque lui donner pour savoir 1. Si c’est un retour sur un fondamental, une définition 2. une illustration 3. Une référence connexe 3 Un supplément, un parallèle 4 Un argument d’autorité
Est ce vraiment une question de place dans le texte?
15 juin 2010 à 0:22
Pour moi, en tant que lecteur de nombreux blog, je trouve parfois très gênant la surcharge de lien dans un article. Surtout lorsque ceux-ci n’apportent pas de réelle plus-value (on est tous capable de trouver wikipedia seuls !). De plus, souvent l’article constitue une unité de réflexion qui est souvent brisée par le clic sur le lien. Même si « je maitrise le ctrl + clic » je regarde toujours au moins le sujet de la page ouverte, ce qui interrompt la lecture et parfois me perd un peu (après avoir ouvert 5 liens, en avoir lu 2 et ainsi avoir plus de 10 onglets à lire qui me trottent dans la tête, je me rappelle rarement le propos initial du blog sans m’y reprendre à plusieurs fois). Il n’est donc pas rare que je lise un article sans cliquer sur aucun lien puis que je le lise une deuxième fois en cliquant sur tous les liens qui me semblent intéressant.
Pour moi, les liens à l’intérieur de l’article sont bien sur importants puisqu’ils situent le contexte du lien et ne se présentent pas comme une liste (interminable ?) de liens juxtaposés. Cependant, ils doivent être utilisés avec parcimonie et apporter du contenu vraiment enrichissant à la lecture et en relation avec le propos développé.
Les liens proposant élargissant le sujet ou proposant un point de vue différent doivent donc, selon moi, se retrouver à la fin du texte (dernier paragraphe ?) afin de ne pas déranger le lecteur dans la réflexion qu’il est en train d’entreprendre.
15 juin 2010 à 12:41
Je suis aussi 1/ pour les liens internes, 2/pour des liens innovants, simples, condensés,3/pour des références aussi en interne, ..
Bref que tout soit fait pour utiliser au maximum la nouveauté du numérique et l’enrichissement de l’hypertexte sur le papier. ensuite, pour la lecture, les lecteurs apprendront à s’adapter, à ne pas cliquer (tout de suite) si leur charge mentale ne le supporte pas, etc. Tout est une question d’habitude…et la technologie viendra aider (l’ouverture dans de nouveaux onglets par exemple déjà.
Jusqu’ici tous ceux qui aimaient papillonner de cette façon ou répondre à une question au cours de la lecture, etc. étaient obligés de se conformer à une lecture séquentielle et non hypertextuelle.. Enfin ça change pour nous!! les autres types de lecteurs feront comme nous, s’adapteront ou trouveront des astuces. C’est pas comme si le lien s’ouvrait automatiquement comme une pub!!!
Oui cela demande une discipline, comme l’orthographe, la grammaire, la lecture papier…mais bien utilisée, la lecture hypertextuelle est bien plus enrichissante de la lecture linéaire!
15 juin 2010 à 13:04
L’argument de Steve Gillmor n’est pas très convaincant (« si le lecteur est réellement intéressé, il peut effectuer lui même une recherche et accéder à une définition plus large du sujet. »)
Comme c’est bien dit sur l’image en tête de l’article, lorsqu’un auteur rédige un article, c’est qu’il pense que ce qu’il souhaite écrire vaut la peine d’être partagé.
Donc de la même manière, si l’auteur propose un lien, il considère que la source en question mérite d’être connue, peu importe le fait que le lecteur soit intéressé ou non, et que le lien pointe vers une définition large du sujet ou un avis très pointu et orienté…
D’ailleurs, j’ai tendance à fonctionner comme ça. Si le lien m’intéresse, je clique dessus. Si je suis encore intéressé par le sujet après la lecture du lien en question, je fais une recherche globale. Et ce, que le lien soit présent dans le texte ou en fin d’article.
Cela dit, pour ma part, le confort de lecture est privilégié avec les liens à la fin de l’article et la réflexion et la concentration avec les liens au sein du texte.
Voilà mes remarques.
18 juin 2010 à 23:54
Que seraient les commentaires sans liens? Je pense qu’il faut les 2: les liens dans le texte pour aller plus loin dans la lecture et les liens en bas de texte pour la présentation. N’y a-t-il pas de module wp qui fait ça?
20 juin 2010 à 18:01
Je dois avouer que cet article était largement plus facile à lire et plus fluide, que s’il était parsemé de liens.
Au final, le lien hypertexte fait « buter » l’oeil, et c’est vrai que cela freine la lecture.
D’ailleurs, pour des écrits strictement marketing (article promotionnel ou newsletter), je déconseille toujours de distraire le lecteur avec des liens contextuels s’ils ne sont pas directement liés à l’appel à l’action principal du texte.
A quand un plugin wordpress qui permette au lecteur de choisir entre l’affichage ou non des liens dans le texte ?
Sébastien
26 juin 2010 à 10:04
Complètement passéiste.
Est-ce la nostalgie des notes de bas de page et de l’index bibliographique en fin de document. Et pourquoi pas une table des matières – non cliquable, bien sûr
29 juin 2010 à 23:54
Oui, c’est parfaitement exact, les liens sont une nuisance, pour le lecteur et pour l’auteur. Ils sont inutiles, pour faire simple. Aucune valeur ajoutée puisque sélection-clic-droit fait le même job. Mais bon ça fait in. C’est aussi simple que ça.
04 juillet 2010 à 20:41
A lire : le point de vue de Narvic http://novovision.fr/?Le-lien-est-il-en-train-de-tuer-le
08 janvier 2011 à 5:39
A mon sens cette théorie dépend quand même assez du lecteur. Un lecteur A (moi) peut ouvrir dans de nouveaux onglets au fur et à mesure les liens qui l’intéresse mais les consulter après la lecture de l’article. Un lecteur B lui pourra effectivement adopter une autre stratégie et rebondir de liens en liens, en grignotant l’information. Au final tout dépend du lecteur.
Yoann
22 septembre 2011 à 10:02
Les liens en bas de l’article, pour citer les sources, d’autres points de vues et autres compléments me semblent plus pertinent pour le lecteur que des liens dans le texte.