En mai dernier, pendant une semaine, 36 étudiants de l’IJBA (Institut de Journalisme Bordeaux Aquitaine) ont réalisé une série de reportage sur la vie culturelle à Berlin. Mais au lieu de publier leurs productions sur un blog ou un site d’information classique, ils ont décidé d’utiliser uniquement des plateformes de partage de contenu et des réseaux sociaux. Ils ont ainsi créé un nouveau média. Nom de code du projet : Berlin Kultur Lab

Berlin Kultur Lab n’a pas de visée commerciale, ce n’est pas un média complet, c’est simplement une expérimentation et un projet pédagogique. Pour Jean Charles Bouniol, professeur de l’IJBA à l’initiative du projet, il s’agissait de « faire comprendre aux étudiant comment les plateformes sont reliées entre elles », comment « on peut les utiliser efficacement, d’un point de vue professionnel ».
Selon lui, les futurs journalistes ont besoins de savoir se servir de ces réseaux sociaux. Elle leur donne « une valeur ajoutée sur le marché du travail » car ces compétences « répondent à une demande des médias traditionnels » et surtout à une évolution des modes de consommation de l’information.
Mais ce projet avait aussi pour objectif de donner une vision du journalisme web qui va plus loin que le phénomène du blog. Berlin Kultur Lab montre qu’on peut publier, produire du contenu journalistique en s’affranchissant de la gestion d’un site ou d’un blog.
Grâce à la multitude des plateformes de publication de contenu on peut créer un média avec une mise de départ quasi-nulle. Avec son architecture éclatée, on multiplie les chances pour qu’un sujet soit consulté. On n’attend plus que l’internaute viennent sur son site, on va le chercher sur le site communautaire qu’il utilise. Mais surtout on utilise les plateformes web de publication de contenu en fonction de ses besoins.
Berlin Kultur Lab est une lecture de cette nouvelle façon de publier de l’information.
Dans ce contexte, les étudiants ont décidé de créer une architecture originale pour le projet Berlin Kultur Lab. C’est une nouvelle forme de média.

Accueillir le contenu
Pour mettre son contenu en ligne le projet s’appuie sur Dailymotion pour la vidéo, Flickr pour la photo, Soundcloud pour le son, et Tumblr pour l’écrit, mais pas seulement… Dans ce dispositif, Tumblr est devenu au fur et à mesure de l’avancée du projet la plateforme centrale de diffusion. Assez naturellement, l’ensemble des productions des étudiants se retrouve sur ce site sous la forme d’articles web classiques. Un peu à la manière d’un blog classique. C’est l’une des faiblesses du projet.
Agglomérer les flux
Pour donner plusieurs portes d’entrée au public Berlin Kultur Lab utilise Netvibes, Delicious, Lifestream et un Google Map pour agglomérer ses flux de contenu. Ces outils ont également pour objet de créer un maillage entre toutes les plateformes utilisées.
Porte d’entrée principale, la page Netvibes publique, réunie les flux de toutes les plateformes utilisées. Ainsi en un coup d’oeil, le visiteur peut avoir une vision globale de toutes les productions. Cette page Netvibes a été pensée comme une vitrine. Elle se divise en quatre partie.
Première page : les flux RSS de Flickr, de Tumblr et consorts sont visibles. Page deux : les productions sont organisées et accessibles via des rubriques. Puis on trouve une page de présentation du projet Berlin Kultur Lab et une page renvoyant sur d’autres sites sur la culture à Berlin via leur flux RSS.
En ce qui concerne le compte Delicious l’objectif est un peu différent. Il s’agit d’abord d’archiver et moins de promouvoir. Les liens de ce compte sont la mémoire du projet. Mais Delicious est aussi utilisé pour réaliser un rubriquage des sujets sur la page Netvibes. Pour ce faire quatre flux RSS issue de Delicious basés sur quatre mots-clés pointent vers la page Netvibes et crée ainsi quatre rubriques.
Le compte Lifestream a pour principal objectif de créer un flux RSS Berlin Kultur Lab exportable pour les internautes. Et en ce qui concerne la Google Map, elle est utilisée pour les sujets aisément localisable. Il s’agit de donner au visiteur une plus value d’information.
La promotion
Pour promouvoir le projet Berlin Kultur Lab a utilisé de façon très classique Twitter et Facebook. Selon ses statistiques il semblerait que ça soit ces réseaux qui aient envoyés le plus de visiteurs vers les différentes productions. 142 followers sur Twitter et 604 fans sur la page Facebook ont suivi le projet. Ces chiffres peuvent paraître faible mais le projet n’a existé concrètement que durant une semaine.
L’identité
Publier de l’information dans un dispositif du type de Berlin Kultur Lab implique une certaine cohérence pour être rapidement identifiable comme un média et pour avoir la diffusion la plus large possible.
Etant donné l’absence de site qui peut aider à identifier les publications, et que tout le contenu est voué à vivre une existence indépendante, Berlin Kultur Lab s’appuie sur une identité visuelle et sonore originale. Son objectif : unifier les productions et les plateformes pour que le public puisse rapidement identifier un reportage issue du projet ; et ce quelque soit le chemin qu’il a suivit pour nous trouver. Un logo original a donc été créé. Il a été repris dans un jingle vidéo. Et la bande audio de ce dernier a servi de jingle aux productions sonores.
Le mode de publication
Pour valoriser au maximum l’utilisation de chacune de nos plateformes en fonction de nos besoins et rendre la production cohérente, les étudiants ont mis en place un dispositif de publication.
Chacune des productions après avoir été publié sur la plateforme adéquate, devait être mise en ligne sur Tumblr. Puis pour la valoriser et la promouvoir chacun des sujets étaient relayés sur les comptes Twitter et Facebook. Dernière étape le lien vers l’article Tumblr était archivé sur Delicious en respectant des mots-clés liés à nos rubriques (cf. ci-dessus). Ainsi, sur la page Netvibes, une même production est consultable par plusieurs accès différents.
Et les sujets dans tout ça…
D’un point de vue purement éditorial, les étudiants n’ont pas déterminés une ligne précise. La culture étant un vaste domaine, les sujets traités vont de l’Ampelmahn (le célèbre bonhomme vert des passages piétons berlinois ) en passant par les tensions liées aux nouveaux projets d’urbanisme autour de la Spree (la rivière qui traverse Berlin) jusqu’à un interview d’un responsable du financement de la culture de la ville. Par contre côté forme, l’éventail des formats utilisé est assez large. Le tout allant du sujet vidéo pur et dur en passant par le diapo-son, le reportage photo, le sujet écrit classique ou encore la photo-légende.
Thomas Bartherote
Pour retrouver Berlin Kultur Lab, rendez-vous sur :
Twitter : http://twitter.com/berlinkulturlab
Facebook : http://www.facebook.com/pages/Berlin-kultur-lab/383886578791
Tumblr : http://berlinkulturlab.tumblr.com/
Flickr : http://www.flickr.com/photos/berlinkulturlab/
Netvibes : http://www.netvibes.com/berlinkulturlab#Bienvenue_sur_la_une
Dailymotion : http://www.dailymotion.com/Berlinkulturlab
Delicious : http://delicious.com/berlinkulturlab
Soundcloud : http://soundcloud.com/berlinkulturlab













29 juin 2010 à 10:34
Cet article est très intéressant. Malheureusement (et je sais que ce n’était pas le but recherché ici), il est très difficile de faire une estimation des gains que nous pouvons générer via ces platefomes. L’information circule bien, sans doute très bien grace à tous ces outils gratuits et puissants. Mais rares sont les journalistes qui peuvent vivre comme ça. D’où ma quesiton: à quel niveau est-il possible de se faire un peu d’argent en travailleant avec toutes ces plateformes « sociales ».
29 juin 2010 à 10:42
Je crois qu’on est là plus dans une démarche de R&D que dans une expérimentation d’un modèle économique. Manque de bol, la R&D ne rapporte quasiment jamais d’argent immédiatement, mais c’est une étape indispensable pour en faire demain… Chaque chose en son temps, le fait de vouloir impérativement faire de l’argent tout de suite et de zapper systématiquement la R&D est ce qui a mené la presse là où elle est aujourd’hui…
29 juin 2010 à 14:24
Le projet est très intéressant mais il révèle selon moi plus une faille importante. Son objectif est de familiariser de futurs journalistes à la circulation de l’info dans les réseaux sociaux sans utiliser un blog. Pourtant, on voit que Tumblr, qui n’est rien d’autre qu’une plateforme de blogging, est la pièce centrale du dispositif et est largement privilégié par les étudiants…
D’où une question, ce Berlin Kultur Lab n’aurait-il pas été encore plus aboutit si l’usage de la production écrite aurait été bannie pour privilégier un journalisme d’agrégation et de production rich media ?
29 juin 2010 à 14:32
Un concept intéressant à la base, mais qui finalement est très classique dans sa réalisation non ? Comme tu le soulignes, le TumblR fait figure de plaque centralisatrice, à la manière d’un blog. Les autres supports n’étant dédiés qu’à l’hébergement ou à la promotion… Ce qui serait intéressant, c’est de voir les statistiques de consultation par plateforme, et de voir si les éléments (photos, vidéos…) sont réellement consultés directement via les plateformes ou si cela ne vient que compléter le trafic aiguillé massivement vers le blog. Autrement dit, si les résultats diffèrent de ce que l’on obtient en se servant d’un blog de manière classique. Dans le cas contraire, ils ne se seront finalement pas du tout éloigné du blog, et auraient sans doute mieux fait d’ouvrir un WordPress (ou autre) plutôt qu’un TumblR ;-)
Autre question, les réseaux ont-ils drivés du trafic naturellement, se sont-ils chargés de publiciser le contenu (si oui comment), et combien de visiteurs ont-ils découvert l’expérience en dehors de leur réseau habituel ?
Bref, concept intéressant, mais à creuser.
30 juin 2010 à 11:47
Effectivement le projet Berlin Kultur Lab est avant tout un projet pédagogique. Les objectifs n’étant pas de fabriquer un média abouti, professionnel, viable… et rentable. Ce projet est avant tout une occasion de réfléchir au fonctionnement des plateformes et réseaux sociaux du web 2.0. De réfléchir à la circulation de l’information sur le web, de s’essayer aux nouveaux formats (web-vidéo, diaposon, portraits sonores…), d’utiliser les différents réseaux sociaux dans une optique professionnelle (e-réputation).
Bien sûr, l’idée de départ était de se passer totalement d’un squelette de type blog, mais je le rappelle, ce projet est avant tout pédagogique et il était difficile pour une partie du groupe de pousser aussi loin ces explorations. Le recours au TumblR devenait évident pour garder une visibilité « rassurante » de l’oeuvre collective.
De retour de Berlin, les étudiants ont pu constater « dans le concret » que les réseaux et particulièrement Facebook étaient devenus une étape incontournable de production journalistique en ligne, qu’utiliser les plateformes d’hébergement était une bonne solution pour trouver son public.
Plus douloureusement, ils ont aussi constater que ce travail de production était plus complexe qu’il n’y paraît, que chaque étape exigeait de la rigueur, que les formats multimédia demandaient des compétences journalistiques et techniques, étaient chronophages, que le diaposon était une forme très adaptée à une lecture web.
Une deuxième édition de ce projet pédagogique est annoncée pour 2011, l’occasion d’explorer un peu plus loin les rouages de l’information en ligne.
01 juillet 2010 à 10:06
Avant tout, ils ont créé un blog, donc pourquoi commencer par le camoufler, pour ensuite avouer qu’ils ont un blog ?
Il y a bien un blog qui présente le contenu rassemblé, pour éviter à chacun de jouer au puzzle entre de multiples endroits.
Ensuite, ce genre de chose existe depuis longtemps et est devenu banal.
Je prends un exemple entre mille : “Cannes en direct”.
Création d’un média complet en 2 temps 3 mouvements, avec contenu éclaté sur de multiples plateformes gratuites.
Le tout autour d’un événement unique, à durée déterminée, comme le reportage sur la culture à Berlin.
Il s’agit bien d’un reportage, plusieurs personnes étant parties sur Cannes pour couvrir l’événement et produisant du contenu multimédia inédit.
Contenu vidéo posté sur Dailymotion :
dailymotion.com/cannesendirect
Contenu photo posté sur Flickr :
flickr.com/cannesendirect
Usage des réseaux sociaux :
twitter.com/cannesendirect
Contenu aussi accessible sur un site, comme pour le blog des journalistes :
offcannes.com
Mais on n’est pas obligé de consulter tout ce contenu multimédia sur le site.
On a ici, exactement comme pour vos journalistes, la création d’un média complet à partir de plateformes éclatées et gratuites.
Le tout diffuse un contenu avec textes, photos, vidéos.
Et constitue un ensemble de ressources éclatées pour qui s’intéresse au sujet du reportage : cannes en direct.
Avec multiples voies d’accès et de consultation.
Utilisant les lieux où sont déjà les internautes : dailymotion, flickr.
Etc.
On pourrait citer tellement d’autres exemples… Encore plus complets et éclatés.
C’est devenu tellement banal.
02 juillet 2010 à 11:56
Bonjour,
tout d’abord merci à tous d’avoir réagi à cette expérience pédagogique qu’est Berlin Kultur Lab. La parution du billet de RWW a, de toute évidence, été le déclencheur de ce débat animé qui offre un prolongement très intéressant à ce travail.
En tant que membre de l’équipe pédagogique impliquée dans l’initiation et l’encadrement de ce module, je souhaite, pour replacer le projet dans son contexte, apporter quelques éclairages sur notre démarche.
Le premier objectif de cette session de formation était d’immerger les étudiants (de première année) dans une ville non francophone et de leur faire travailler le reportage autour d’une thématique (un peu floue) «Berlin est-elle la capitale culturelle de l’Europe ?»
Autre objectif fondateur, produire ces reportages avec une écriture «multimédia» en utilisant le plus possible la photo, la vidéo, le son et bien sûr les mots.
Programmée en mai, cette session était l’occasion de contrôler et de renforcer les acquis rédactionnels et techniques de cette première année.
Restait à trouver un moyen de diffusion qui remplisse un autre objectif pédagogique : appréhender le monde des nouveaux supports de publication du web, les plateformes de partage et les réseaux sociaux. L’idée étant de ne pas proposer un blog «classique» de type WordPress avec un nom de domaine (les étudiants auront à mener un tel projet à l’automne prochain – cf http://www.ruesdelagare.fr et http://www.bassinsaflot.fr ) mais d’essayer de mettre au point une architecture cohérente à partir de différents outils gratuits disponibles sur le web. Bien sûr, nous nous sommes inspirés ici et là pour finaliser notre projet. Moins qu’un média, nous avons pensé cette diffusion comme un webreportage.
La notion de gratuité de production était également primordiale dans notre réflexion – école publique oblige.
De réunions en réunions, l’architecture du projet s’est précisée et les différents comptes ont été ouverts. Les logiciels de production ont été sélectionnés – Photoshop, Audacity, Final Cut, Soundslide… La documentation sur la ville de Berlin collectée, les premiers contacts pris.
Les commentaires laissés sur les différents supports utilisés sont très importants dans le cadre pédagogique et le petit buzz de ces derniers jours fera certainement l’objet d’une discussion au sein de l’IJBA (Institut de Journalisme Bordeaux Aquitaine).
Pourtant, après consultation, je suis un peu déçu de la teneur des commentaires (73 quand même) laissés sur le blog http://blog.tcrouzet.com/2010/06/30/presse-une-bonne-mauvaise-idee/ . Tout d’abord, pas un mot sur le contenu, pas un mot sur les formes utilisées, seulement des commentaires sur la façon de diffuser. D’autre part, il est dommage que cette richesse de réactions laissent finalement une impression de guerre de clocher entre ultra-spécialistes de la blogosphère enfermés dans un débat stérile qui se mord la queue.
Quoi qu’il en soit, «Les Monsieur Jourdain de journalisme 2.0» que nous sommes d’après l’un des commentateurs, «dans le cadre structuré d’une formation de jeunes journalistes de province, avec beaucoup de retard» continueront leur réflexion sur l’avenir des médias, le futur du journalisme en deuxième année.
Enfin, nous commençons à penser à la deuxième édition de ce projet expérimental et nous sommes ouverts à toutes les suggestions.
Merci à tous !
JC Bouniol
13 juillet 2010 à 7:08
J’ai partiellement suivi cette expérimentation durant sa réalisation, et j’avoue n’avoir que très rarement utilisé le flux Tumblr. J’ai par ailleurs découvert des sujets très intéressants sur la ville de Berlin; tout particulièrement sur l’Ampelmahn.
Il se trouve que le principale point de faiblesse qui a été surligné pour cette expérience de R&D tient dans l’utilisation d’un hébergement par Tumblr du contenu écrit et de la convergence du Rich Média.
Pour aller plus loin dans l’expérimentation, je suggèrerai de se tourner vers un outils tel que Kweeper (kweeper.com – startup Lyonnaise), dès lors, la décentralisation des contenus peu s’étendre également à l’écrit: chaque participants ayant pour mission de publier leurs écrits sur des plateforme distincts (blog perso ou de communauté…)
Avec cet outil, la forme va également en prendre ombrage, car il est quasiment impossibles de gérer l’organisation de l’agrégation des contenus; cela peu donner un autre type de contrainte, ni de signe ni de supports, mais de mise en forme.
25 janvier 2011 à 12:32
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