Le temps des reporters de guerre est derrière nous, même si certains ont encore le courage de s’aventurer dans des contrées hostiles au péril de leur vie, l’état déplorable des média ne permet plus de financer le journalisme de guerre.
De nos jours, la plupart des journalistes présents en Irak ou en Afghanistan sont réduits à de simples auxiliaires en relation publique, sous le terme discutable d’ «embedded journalist». Ils ne vont plus chercher l’information, mais rapportent, la plupart du temps, celle que l’armée veut bien leur donner.

L’information n’en est pas pour autant morte, bien au contraire. Internet, accusé par beaucoup d’être à l’origine des déboires de la presse en général, vient de prouver encore une fois qu’il était avant tout une révolution systémique, plus qu’une évolution en douceur, pour l’écosystème de l’information.
Wikileaks frappe fort

Wikileaks vient de publier plus de 90.000 enregistrements d’incidents ainsi que des rapports secrets rédigés par les services de renseignements américains durant la guerre en Afghanistan, révélant les détails du conflit dans ses moindres aspects, et mettant en lumières ses ramifications en Irak et au Pakistan. De quoi alimenter les colonnes des journaux pour de nombreux mois.

Au menu, la manière dont des unités spéciales traquent et abattent sans autre forme de procès des leaders talibans, comment les forces armées américaines ont caché le fait que ces mêmes talibans avaient acquis des missiles sol-air, ou encore la façon dont les forces de la coalition utilisent de plus en plus intensément des drones, télécommandés depuis une base militaire au Nevada, ainsi que des dizaines de milliers d’autres informations qu’il convient désormais de fouiller, de croiser, de référencer et de contextualiser.

Critiqué par l’administration américaine, et salué par les ONG, l’initiative de Wikileaks replace de façon radicale le journalisme dans une position nouvelle, celle de commenter, une fois de plus, l’information en provenance de l’internet.
Pour cette opération, Wikileaks a décidé de partager ses informations avec trois journaux parmi les plus prestigieux de la planète, affirmant ainsi sa position centrale dans l’information au XXIe siècle. Le New York Times, le Guardian et Der Spiegel ont ainsi mis en place des portails dédiés où ils ne leur reste plus qu’à faire la démonstration de la valeur ajouté que peut apporter la presse dans cette nouvelle donne, où la récolte de l’information leur échappe totalement.
A ce jeu, le Guardian remporte, pour l’instant, la partie. Avec une véritable journal dans le journal, riche en vidéos et en articles permettant à ses lecteurs de contextualiser de façon intelligente les révélations de Wikileaks, le Guardian démontre qu’il existe encore une véritable place pour une presse qui sait se réinventer.

Interview de Julian Assange, cofondateur et porte parole de Wikileaks, et cerise sur le gâteau, du datajournalisme, qui replace sur une carte interactive une large partie des documents publiés par Wikileaks. Pour le moment, le journalisme de demain s’invente à Londres.

Mais la quantité d’information fournies par Wikileaks est tellement importante qu’il y a fort à parier que de nombreuses autres créations journalistiques verront le jour, sur le New York Times, chez Der Spiegel, ou ailleurs dans la presse internationale.
C’est bel et bien un exercice grandeur nature auquel on assiste là, qui forcent les journaux à se réinventer, en faisant une place centrale à un acteur autrefois méprisé et désormais au sommet de la chaîne de l’information : internet.
- A voir également : la keynote de Julian Assange chez TED.
(photo de Julian Assange en CC-by de biatch0r,
toutes les autres photos de cet article sont issues du flux Flickr en CC-by de l’US Air Force)













26 juillet 2010 à 9:12
J’adore ce que fait Wikileaks, mais il y a un tout petit passage qui me gêne :
Au menu, la manière dont des unités spéciales traquent et abattent sans autre forme de procès des leaders talibans
Et alors ? J’ai certaienement pas assez d’info sur le sujet, mais très sincèrement, je m’en contre balance non ?
26 juillet 2010 à 9:32
Et la façon dont l’armée Française a massacré une douzaine de gosses dans un car scolaire ? Pareil ? Ou cela n’a rien à voir ?? A moins que ce soit le coté expéditif qui soit en cause dans un cas comme dans l’autre…
26 juillet 2010 à 14:25
Je n’ai voulu froisser personne, je cherche simplement à faire évoluer mon point de vu, je le précise.
Fabrice, je ne suis pas certain de comprendre votre réponse.
Je ne suis pas d’accord, et pas au courant (je n’en doute pas attention) que l’armée Française a massacré une douzaine de gosses dans un car scolaire.
Pour ma part, le traitement est le même. C’est tout aussi scandaleux, que d’être leader talibans, tout au moins, l’image du leader talibans, que je peux avoir.
26 juillet 2010 à 17:52
Vous Francois qui etes content de la mort d innocent, bientot la peur vous prendra de telle sorte que vous tiendrez pas sur vos 2 jambes.Cette guerre injuste cree par satan pour lutter contre ceux qui gardent les commandements de Dieu (Apocalypse 13-7)est l aboutissement de la fausse doctrine de satan qui demande aux incirconcis de fermer la bouche aux circoncis.C est le Messie qui vous ecrit.Depuis que satan s est declare dieu a Jerusalem le 11 mai 2009,c est l Apocalypse.Le Grand Jour du Seigneur est proche et la moisson sera fructueuse…Ceux qui croient que Dieu n existe pas sauront qu ils sont dans l egarement.Vous aimez le monde et vous exterminez ceux qui n aiment pas ce monde: les pauves(Jacques 2-5a7).C est la bataille d Harmaguedon que le monde assiste en Afghanistan et l Occident s est pris dans son propre piege.
Ils reculeront,ils seront confus,ceux qui se confient aux idoles.Ceux qui disent aux idoles de fonte:Vous etes nos dieux.Esaie 42-17
C est la fin de l empire romain, l empire des mechants.
le Fils de l homme
26 juillet 2010 à 18:21
Un complément très interessant : War Logs: la plus grande fuite de renseignements de l’histoire de la guerre http://bit.ly/cofCEm #war #wikileaks #owni #warlogs
26 juillet 2010 à 19:04
@le Fils de l homme
Houla… J’aurais tendance à dire que quoi que vous preniez, vous avez dépassé la dose prescrite.
@François
Le fond du problème, c’est qu’à mener une justice expéditive, on en arrive à massacrer des gosses, qui plus est, c’est la meilleure façon de faire perdurer une guerre et de retarder la paix.
L’histoire des gamins massacrés par l’armée Française fait parti des fuites révélées par Wikileaks, j’imagine que cela fera la Une des journaux sous peu…
27 juillet 2010 à 9:15
Les commentaires sont en modération maintenant sur rww?
@Fabrice : c’est certain, c’est de toute façon un problème si vaste et si complexe que peu de gens détiennent la solution.
Quoiqu’il en soit, je doute que ça fasse la une, ce genre d’affaire lève rarement assez de bouclier, par rapport à la gravité de ce au’il se passe.
27 juillet 2010 à 9:47
@francois.l
Dès qu’il y a un lien, ça peut passer en modération automatiquement, à partir de deux liens, c’est automatique (ce sont les règle d’Askimet, l’antispam). Sinon, les profils ayant été flaggués comme spammeur par Askimet (ici ou ailleurs sur les blogs ‘powered by’ WordPress, peuvent passer en spam automatiquement.
Pour les commentaire insultant ou les prêches totalement barrées, ca passe direct à la poubelle (cf la politique de modération)
Sinon, tout de même, tirer sur des gosses, j’espère bien que cela fera la Une des journaux, il y a de quoi…
27 juillet 2010 à 10:14
Justement, il y a de quoi, mais on a déjà vu le peu de foin qu’a fait la vidéo montrant des soldats US tuer des civils, donc j’en doute.
28 juillet 2010 à 9:47
A voir « Best ever leak » chez Jon Stewart http://www.thedailyshow.com/
Assez explicite.
28 juillet 2010 à 10:34
Pour information, la presse n’a absolument pas déserté le terrain afghan: certes ni TF1 ni le JDD n’en parlent quotidiennement ou en tout cas suffisamment, mais il est indéniable que des reporters d’investigations et des théoriciens font un travail tout à fait respectable en la matière.
Je vous invite à consulter les magazines Manières de voir de Décembre 2009 et la Nouvelle Revue d’Histoire de Juillet 2010, deux numéros spéciaux très détaillés où effectivement on constate que les fuites de WikiLeaks ne sont pas des exclues.
Par contre, ces données permettent à chacun de confirmer les dires de spécialistes aux accès plus larges que ce qu’ils peuvent publier.
D’ailleurs, Assange le dit sans détours: les documents les plus confidentiels, donc ceux qui pourraient apporter un éclairage nouveau ou la confirmation de grosses bavures comme ils nous l’ont montré la dernière fois en Irak, n’ont pas été révélé.
28 juillet 2010 à 10:55
Raphaël, vous admettrez que cela plus à voir avec de la recherche (tout a fait respectable) qu’avec du journalisme, dans la mesure ou pour ce qui est de transmettre l’information au public, c’est un échec absolu (or il me semble que cela fait partie du boulot, non ?)
28 juillet 2010 à 11:18
Il y a certes une part importante de recherches, notamment tout ce qui s’articule autour des questions stratégiques (contre-insurrection & tout le blabla). Néanmoins, je peux vous citer bien des journalistes qui ont leur public et qui relatent des faits précis au quotidien, mais dont le grand public ne veut tout simplement pas entendre parler: l’excellent JD Merchet de http://secretdefense.blogs.liberation.fr/ en est un des meilleurs exemples.
Double jeu du Pakistan, tirs foirés, trafic de drogue: tout le monde est au courant et ce de manière relativement précise depuis perpette. Enfin, « tout le monde »: tous ceux qui veulent bien faire l’effort de s’informer.
On ne peut en vérité souligner que, plus que les informations qui ne sont donc guère nouvelles, c’est la volonté démocratique de transparence animant WikiLeaks qui est importante.
28 juillet 2010 à 12:04
Vous confirmez mes propos, tout cela se savait plus ou moins, mais le ‘journalisme’ en tant qu’acteur de la democratie, a été parfaitement incapable de le porter a la connaissance du grand public, c’est resté cantoné a des blogs de spécialistes et des revues confidentelles (de qualité, sans aucun doute).
Ce role social qui a permi au grand public d’etre au courant est désormais dans les mains d’acteurs web comme wikileaks…
28 juillet 2010 à 12:40
D’un autre côté, est-ce que cette profusion de détails ne risque pas justement de noyer encore plus ceux qui n’y connaissent rien ? Je reste sceptique sur l’intérêt que porte la masse au débat sur nos OPEX.
Une réponse « marketing » saura-t-elle vraiment éveillé la conscience nationale ? Cette nouvelle méthode informative est par contre bien plus importante sur d’autres sujets: WikiLeaks a révélé au printemps comment la CIA tente d’influer sur l’opinion publique européenne, et ça c’est autrement plus grave pour nos démocraties qu’un conflit peu meurtrier (les pertes mêmes civiles sont infimes comparées par exemple au conflit russe de 1979). Mais comme je le disais, les gens ne prennent pas la peine de s’y intéresser.
PS: le Parti Pirate Suédois se dit prêt à héberger WikiLeaks, après The Pirate Bay /-) .
28 juillet 2010 à 14:36
Je pense que c’est justement le nouveau rôle des journalistes que de faire sens de ce gros tas de documents, sous l’œil et la surveillance des lecteurs dont ils ont perdu la confiance… L’initiative d’owni est assez intéressante dans cette optique. Mais d’une façon ou d’une autre, c’est un bouleversement tectonique pour le monde du journalisme.
28 juillet 2010 à 22:02
Je ne suis pas d’accord sur le terme « bouleversement tectonique »: les Papiers du Pentagone étaient eux aussi conséquents, et d’une toute autre portée (http://www.slate.fr/story/25475/wikileaks-afghanistan-journalistes).
Les journalistes ont-ils perdu leur crédibilité ? Non j’en doute. Par contre, qui sont les journalistes ? Est-ce qu’une communauté d’anonymes découvrant et synthétisant des données peut faire un travail de journalisme ? Non j’en doute. Alors si les journalistes pouvaient s’allier à ces foules, eh bien on atteindrait probablement une couverture médiatique excellente.
OWNI, Slate, Rue89, etc … sont déjà les WikiPédias de l’actualité, avec des plumes talentueuses en prime !
29 juillet 2010 à 0:39
LOL
il n »y a pas la moindre plume sur wikileaks… c’est justement ça qui devrait remettre en question les journalistes (enfin, pas tous, hein)
Top l’attitude de Slate qui cache d’un coté sur Wikileaks et qui fait du crowsourcing dessus de l’autre… chapeau la cohérence…
29 juillet 2010 à 2:09
Bravo gang de cave de supporter les talibans. Pis continuer a les encourrager. Grace a vous ils vont massacrer 50 000 fois plus de personnes innocentent mais sa vous dérrangent évidament vous êtes trop occupper a critique le bon monde. C’est avec du monde comme vous autres que les talibans font leur loi.
30 juillet 2010 à 11:39
Juste au passage, les 12 enfants dont vous dites qu’ils ont été massacrés étaient 4 personnes dont un enfant, et ont été blessés et non massacrés. D’ailleurs, le document dévoilé par wikileaks ne parle que de 8 enfants blessés, et non 12 massacrés. Mais il est vrai que c’est un journaliste « classique » travaillant pour la presse papier et tenant un blog ( http://secretdefense.blogs.liberation.fr/defense/2010/07/wikileaks-larm%C3%A9e-fran%C3%A7ais-atelle-tir%C3%A9-sur-un-bus-transportant-des-enfants-.html ).
wikileaks est et ne restera qu’une source d’information, rien de plus, il ne faut pas y voir l’avenir du journalisme (surtout quand on n’est pas capable de citer correctement la source). De plus, les documents révélés par wikileaks ne sont pas tous à prendre à la lettre, ce sont souvent des compte-rendus initiaux, qui ont autant de valeur sur le nombre de victimes que les premières depêches AFP sur une catastrophe…
Rien de ce qui est révélé par wikileaks jusqu’à présent n’est nouveau, tout était connu. Et si ça n’avait pas fait plus de bruit, bien que la presse traditionnelle en ait parlé, c’est peut-être que ce n’est peut-être pas si important que ça, ou que personne n’a voulu faire un coup médiatique pour faire parler de lui (d’où les avant-premières attribuées à 3 médias..)
Enfin, j’espère que ce que j’ai entendu sur ces documents est faux sur le fait qu’il y a les noms d’afghan prêts à ou susceptibles d’aider les forces occidentales. Si c’est vrai, leur vie est directement menacée, et là, c’est à la kalahnikov, pas un procès aux USA…
01 décembre 2010 à 14:17
La guerre froide sur la toile
Si le choeur médiatique standard, toujours en attente, c’est son côté messianique, de l’événement qui fera simultanément bombe et date, vise, en-deçà de considérations psychopathologiques, à propos, par exemple, des relations torrides entre la France et l’Allemagne, vise par conséquent à apaiser les actionnaires d’abord, ces grands énervés qui vivent sous la lune étatique, il ne va pas jusqu’à louer le défaitisme révolutionnaire. Ça irait immédiatement à l’encontre du défaitisme qu’il pratique en milieu prolétaire, en exigeant de nous, la capitulation sans conditions devant l’internationale capitaliste, qui en est à sa troisième révolution culturelle.
Cette révolution, qui se veut grande et glorieuse, se vante à présent d’avoir sauvé le paysan chinois de la famine et l’ouvrier français, des machines, grâce à son dieu libérateur du troisième millénaire: la mondialisation financière. Mais ce meilleur des mondes, flottant dans sa liberté immuable et mu par une justice illimitée, vient de buter bêtement sur son culot sans limites, en s’enlisant audacieusement dans sa croissance qu’il jure, éternelle. Et alors fatalement, reviennent, sur le devant de la scène tous les deus ex machina nationaux. Un dieu en cache toujours des centaines d’autres. C’est la loi de toute tragédie historique que d’être farcie jusqu’aux yeux.
Sans état, en effet, que deviendraient les crabes de cocotier de la mondialisation, quelle serait leur bobine? Eh bien, ils seraient à l’image de ce qu’ils sont véritablement: un égoïsme plat et vulgaire, dont l’inconsistance chronique fait le lit de toutes les pègres, respectueuses, à leur manière, forte, de l’ordre, et avides de blanchiment, outre qu’il offre aux parvenus, managers et actionnaires, la dolce vita qui les motive. Sans état, tout ce beau monde n’aurait nulle part où s’abriter. Pas de guerre, sans havre de paix, comme dit un mordu du pouvoir intellectuel, en France. A chacun ses limites.
C’est dans le cadre de ce tableau, au sujet surréaliste de l’hydre du marché à têtes en pots de fleurs présidentielles, que l’arrivée du soldat wikileaks fait tache et gâche l’idylle entre communicants et communiqués. Le choeur médiatique, en effet, a coutume de fonctionner à guichets fermés devant un public-vedette qui s’autochoisit. Cette démocratie de mameluks a les partis en horreur, en tant qu’ils sont des éléments incontrôlables, des asociaux, des fous en liberté, les esclaves maudits de Pharaon. Le nom de dieu sans attributs ne serait plus que synonyme de lui-même, autant dire rien! Mais qu’en est-il de wikileaks.org du point de vue des opinions régnantes, propagatrices d’un nouveau Kulturkampf? Ça va trop loin, gémit un pape retiré du marché qui prône une forme laïque de restriction mentale, qu’on peut résumer comme suit:
« Dire la vérité est bien sûr un devoir ; mais il ne l’est qu’envers celui qui a un droit à la vérité. Personne en effet n’a de droit à une vérité qui fasse du tort à d’autres. »
Ou pour le dire de façon plus expéditive et donc plus médiatique, trop de glasnot tue la perestroïka. Ainsi les démocraties, et le pape en question précise, libérales, la confiance règne, seraient faibles et mal armées, face aux dictatures, il va de soi, totalitaires. Il y a donc des dictatures démocratiques qui seraient, en quelque sorte, l’Autre de la démocratie idéale. La Raison triomphante, pour qui tout mensonge, toute tromperie quels qu’ils fussent devaient être défendus quelle que fût leur interprétation et quelles que fussent les circonstances, finit toujours, à force de contorsions idéologiques, par se prendre le pied, dans son propre entendement de marchands de tapis. Mais cette analyse, si fine qu’elle en paraît vierge, du rapport entre démocratie et dictature est exactement à l’inverse de ce qui se passe dans le monde, depuis trente ans. Les dictatures tombent les unes après les autres, la démocratie capitaliste perdure. Si donc la chair mondialisée des crabes de cocotier est faible, ils savent, semble-t-il, s’envelopper dans le cuir étatique le plus dur. Ce cuir, quelque part, en tant que trique, est facteur d’ordre qui va et vient, garantissant les marchés, de leurs aléas monétaires et financiers. Aussi est-il tout à fait logique que les dits marchés, en retour, huilent et branlent le mammouth. Leur démocratie a bel et bien un prix. Et si ça creuse, les déficits, tant pis! Quelqu’un paiera.
Prolétaires, admirons comme le pape en question, retrouvant son esprit symbolique, planant au-dessus des cocons du marché, se métamorphose en papillon de pare-brise démocratique. Cette police-là d’un Français comme les autres, citoyen de comédie donc, cultive quelque accointance avec le bris de glace et le vol à la roulotte. Et alors fatalement, trempant dans une atmosphère aussi louche, elle suscite, comme en écho, son alter ego soucieux de faire toute la lumière: mais pour qui roule la police? Pour la CIA, croit savoir ce satellite et garde-suisse-espion qui trouve que le hasard penche un peu trop du côté où il va s’abattre. Par exemple, sur la poussette islamique iranienne où ronronne un tigre biblique, rêvant du grand escalier de l’harmonie économique, qui mène, comme chacun sait en Europe, tout droit vers la paix.
Il trouve que ce hasard, pour le dire brutalement, a une gueule de loup américain, déguisé en ouistiti. Bref, l’état iranien n’est pas l’arme de destruction massive que l’on dit, et même, au contraire, question sibylline, n’est-il pas, là, la victime d’un complot? C’est en gros l’argument-massue de ce satellite qui se fait pour l’occasion détecteur d’écrans enfumés. Prolétaires, admirons cette fois, l’acrobatie démocratique qui conclut que tout compte fait et sur le long terme: l’Iran et la Suisse, même combat. Cette production idéologique qui flirte avec le roman policier, en effectuant des collés-copiés, la forme contemporaine du cadavre exquis des surréalistes, est la marque de la société d’indifférence, possédée par l’art de posséder son monde, en fabriquant des frontières à sa guise. Bouh! Fais-moi peur!
Cette critique sur laquelle il est inutile de s’appesantir, tant elle est présente partout, et massivement, porte en fin de compte sur l’opportunité des divulgations faites par wikileaks. Avec le temps, on finit par tout savoir, il ne sert à rien de courir, etc. Et c’est vrai qu’en 2010, tous les lapins à montre à gousset ont bien conscience de la nécessité de sauver les juifs d’Auschwitz. La société d’indifférence en question est d’abord est avant tout hypocrite. Car si elle réclame du temps, de la distance, du recul, une frontière nationale pour délimiter le corps social, contre la prolifération anarchique d’objets non identifiés, au nom d’un soupçon, il va de soi, légitime, à propos de la cohésion des sociétés, menacées par la division sociale et la lutte des classes, l’Autre, cette fois réel, de la démocratie, qu’on peut escamoter un temps, mais pas dissoudre, d’où le recours aux services temporaires de dictatures limitées dans le temps et l’espace, c’est uniquement pour se donner le temps de fabriquer, ce qui, dans l’action, en temps réel, est impossible, un alibi.
Et comme c’est un homme, le Crime en fait un carnaval, qui donne à celui-là qui obéit aux ordres, un air dégagé et libre, normal! L’intérêt de l’apparition de wikileaks dans le paysage médiatique réside donc en ce qu’il livre l’ordinaire de la richesse des nations: violence et corruption! Les états capitalistes, en effet, ont le monopole de la violence. Quant au terrorisme islamique, il y apparaît pour ce qu’il est, une force para-étatique que chaque état utilise et manipule selon sa volonté propre et en vertu des intérêts nationaux qu’il défend. Et comme la fluctuation de ces intérêts croît au rythme du marché, chaque état capitaliste pratique la restriction mentale, au nom du secret d’état qui n’est pas à mettre à la portée de n’importe quelle main, tout le monde n’est pas en état pas juger des sous-mains de la vente de sous-marins, n’est-il pas, et exige simultanément de ses colistiers la vérité, toute la vérité, rien que la vérité. Cette vérité n’étant pas la nôtre, nous appelons au défaitisme révolutionnaire et à une lecture attentive de wikileaks, loin de tout intérêt médiatique pour le sensationnel et l’anecdote. D’ailleurs ce qui fait sensation, dans les documents publiés, et par là devient publication intolérable, aux yeux des crabes de cocotier, c’est le banal justement!
Prolétaires, gardons ceci, en mémoire: cette société vertueuse pratique le fichage policier et d’entreprise. Sa transparence est un miroir sans tain qui abrite sa police et diffuse sa propagande.
Sauvons-nous nous-mêmes et faisons-nous confiance!
17 novembre 2011 à 17:44
Wikileaks a de gros soucis d’argent et semble ne peut plus pouvoir continuer son activité. Leurs comptes bancaires avaient pour rappel étaient tous gelés et même avec les dons, ils ne sont plus en mesure de continuer.
17 novembre 2011 à 17:56
@Jeff
Certes, mais entre temps, entre Lulzsec, infosec, les Anonymous et les leaks en tout genre, Wikileaks a lancé un mouvement qui le dépasse largement et qui lui survivra sans problème…
Prenez la guerre en Libye, l’affaire Cyberdawn n’a pas été sortie par Wikileaks mais par les Anonymous et quelques hacktivistes qui ont analysé les leaks mis à disposition du public…