La blogosphère brésilienne a été ébranlée le 17 juin par une censure flagrante du blog Os Amigos do Presidente Lula [Les amis du Président Lula, en portugais, comme tous les liens] provenant du Ministère Public Électoral (MPE), qui a demandé au Tribunal Supérieur Électoral (TSE) de fermer le blog suite à la publication d’un rapport public considéré comme “offensant” pour le candidat de l’opposition à la présidentielle José Serra.
Le blogueur Brizola Neto donne plus d’informations et fait connaitre son indignation:
Le Ministère Public Électoral (MPE) a dépassé toutes les limites en matière d’arbitraire et de partialité dans ses décisions au cours de cette période de pré-campagne électorale. Selon le Tribunal Supérieur Électoral (TSE), le procureur électoral a demandé la fermeture du blog “Os Amigos do Presidente Lula” pour la simple raison qu’il évoquait un rapport de l’Union des Banques Suisse considérant comme importante la probabilité que l’élection soit remportée dès le premier tour par Dilma Rousseff (NdT: la candidate “adoubée” par Lula), en “raison du désir de l’électeur (brésilien) de maintenir les choses en l’état, et parce qu’elle est considérée comme la candidate de la continuité”.
Pourtant, la même information a été publiée par le journal O Estado de São Paulo le 4 juin de cette année. Elle a été publiée parce que c’est une information. Et si c’est une information, elle ne doit pas être cachée aux lecteurs. Et le MPE dispose encore moins du droit de décider si tel site a l’autorisation de la publier et tel autre non.
L’attitude du Ministère Public Électoral est autoritaire, même sous ce prétexte, qu’il y voit une critique envers Serra.
La censure, dans la blogosphère brésilienne, est un sujet extrêmement sensible. Entre 1964 et 1985 le Brésil vivait sous le joug d’une dictature militaire brutale où la censure était légale et les opinions personnelles (NdT: divergentes) punies de prison, de torture, et parfois de mort.
Et comme l’élection présidentielle se rapproche, l’étau se resserre. Avec la controversée nouvelle réforme électorale établie par le Senator Azeredo (PSDB), les blogueurs sont désormais très surveillés et voient se restreindre leur liberté d’analyses sur les positions des différents candidats (Global Voices a récemment publié un article sur le sujet, se demandant si un Internet libre avait réellement émergé sur la scène électorale au Brésil). Cette entreprise de contrôle des blogs au Brésil a été dénommé “AI5Digital“, en référence à l’Acte Institutionnel Numéro 5 (AI5), crée par la junte militaire brésilienne en 1968, qui instituait officiellement la censure opérée par cet état policier (parmi d’autres décisions à effet immédiat).
Certains blogueurs ont été censurés par le passé, du fait de leurs opinions ou de leurs prises de positions contre des médias traditionnels, comme Antonio Arles (@aarles), censuré fin 2009, ou encore celui de Carlinhos Medeiros, censuré pour avoir critiqué les tendancieuses opinions d’un journaliste compromis, toujours fin 2009.
En ce qui concerne le cas de la censure de Os Amigos do Presidente Lula , Antônio Arles (@Aarles) appelle à une “large, universelle et illimitée” liberté numérique. Il affirme sa position sur Twitter :
ABSURDE!!! Encore un blog menacé: http://miud.in/6Tq #censorshipnevermoreFinalement, il y a des gens qui sont incommodés par la libre expression de la pensée des “citoyens ordinaires” sur le net.
Luiz Carlos Azenha, du blog Vi o Mundo [J'ai vu le monde] va plus loin et affirme que le TSE ne comprend rien à la blogosphère. Selon Azenha, le TSE ne connait pas ses propres prérogatives et le prouve en estimant que les blogs hébergés à l’étranger sont sous sa juridiction:
Le Tribunal Supérieur Électoral veut contrôler la blogosphère. Le Tribunal comprend (comprend?) qu’il peut déterminer ce qui est, ou ce qui n’est pas, une campagne électorale anticipée sur la blogosphère.
L’erreur du TSE est de croire que la blogosphère peut être mise sous cloche, aux ordres de Brasilia. Je suggère aux blogueurs qui se sentent contrôlés – qu’il soit du PT, du PSDB ou du PCdoB (Parti des Travailleurs, Parti SocialDémocrate du Brésil, Parti Communiste du Brésil) – qu’ils fassent héberger leurs blogs à Santa Cruz de la Sierra, à Bogota ou à Miami.
Est-ce que la juridiction du TSE va jusqu’à là ?
En réponse, Antônio Arles concorde :
Il est si facile de censurer les blogs de Blogspot. Google dispose de bureaux au Brésil. Pour WordPress ou d’autres plateforme de blgs, il faut recourir à la justice du pays d’origine.
Dans le cas présent, la censure contre les blogs, les Amigos do Presidente Lula eux-mêmes expliquent ce qui s’est passé dans ce billet et, dans cet autre, ils expriment la révolte que leur inspire cette affaire.
Sur Twitter, nombreux sont les usagers à soutenir le blog, comme @BetoMafra, @Dolphindiluna, @Stalney Burburinho, @emerluis, @luciaorphan, @Katytasv, @samaronegomes, @MVTVCOM et tant d’autres
Dans une situation analogue, un autre blog soutient aussi la candidature de Dilma, pour succéder à Lula. Il s’agit du Blog da Dilma [le Blog de Dilma], qui est accusé d’encenser la candidate et de lever des fonds pour sa campagne, ce à quoi le blog répond de manière on ne peut plus claire dans la page d’accueil que l’éditeur est le seul responsable du contenu du blog et qu’ils n’ont de lien avec aucun des partis politiques en présence.
La blogosphère et la twittersphère ont aussitôt commencé à s’organiser pour lutter contre ce qu’elles considèrent comme une censure absurde de la part du tribunal électoral, et elles le font toutes deux dans des billets rejetant directement la censure ou bien défendant clairement la candidate bravant ainsi l’autorité de la cour et du procureur.
Brizola Neto, ne considère même pas la question comme un “challenge”, il estime que c’est un droit :
Agir au nom de la loi c’est protéger les droits du peuple, agir contre le droit de n’importe quel citoyen à exprimer son opinion, sa préférence, même si celle-ci est électorale, c’est agir contre les droits du peuple.
Des mouvements contre la censure et une chaine de solidarité pour la protection de la blogosphère ont été lancé de par le web, tels que les blogs Mega Não [Mega Non] et Xô Censura [Hou! la censure]. Marcelo Branco donne une suggestion qui incite à l’action :
@MarceloBranco: Blogueurs and Twittereurs, pourquoi ne pas organiser une flashmob pour la liberté d’expression en ligne ?
Article écrit par Raphael Tsavkko Garcia et traduit par Jean Saint-Dizier
image d’ouverture CC-by @rwwfr
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30 juillet 2010 à 11:06
il me semble qu’il y a des choses beaucoup plus importantes que les péripéties des équipes de marketing de la campagne électorales, par exemple le contenu des programmes.
un grand vide intellectuel et de nombreuses propostions reactionnaires, voire nauseabondes, eugenises, etc.
voir mon blog, « élections », etc.
cordialement
BF
30 juillet 2010 à 11:49
Certes, mais ça c’est le boulot de la presse traditionnelle, nous on s’intéresse exclusivement à ce qui touche aux technologies et à leurs usages ;-)