Pour Tim O’Reilly, améliorer le monde vaut bien un peu de vie privée

tim-oreillyTim O’Reilly parlait récemment au Ministère états-unien de la santé (Department of Health and Human Services, DHS), à propos de ce qui pourrait être fait “si nous utilisions collectivement nos données de santé comme Google utilise le nombre de clics sur ses liens”. L’auditoire fut réservé.

Les grandes organisations ont beaucoup de considération en ce qui concerne la vie privée des utilisateurs. Tim O’Reilly -magnat de l’édition, grand organisateur d’événements et visionnaire respecté- pense pourtant qu’il est temps de revoir nos certitudes concernant les informations personnelles et leur utilisation.

“L’ancien modèle défendant la confidentialité des données personnelles ne prend en compte aucun bénéfice éventuel lié à son renoncement ; et pourtant, ces bénéfices se font cruellement attendre aujourd’hui. (…) Un exemple : Google maps sur mobile envoie votre position à un serveur tiers à chaque recherche que vous effectuez”.

La position de O’Reilly concernant la confidentialité est cruciale en ce moment où l’avenir de notre gestion de la vie privée est constamment débattu.

J’ai pu discuter avec O’Reilly cette semaine, juste avant que ne débute sa conférence majeure sur l’open source, OSCON. Nous avons parlé de beaucoup de choses, mais c’est notre discussion autour de la confidentialité des données privées qui fut mémorable. L’argument de O’Reilly en faveur du renoncement à une partie de cette confidentialité est à ce jour le plus convaincant qu’il m’ait été donné d’entendre.

O’Reilly avance que notre monde évolue tellement vite que nos lois et nos réflexes vieux de décennies mériteraient de rattraper le retard. En relâchant notre exigence en matière de confidentialité des données privées et en permettant l’exploitation de certaines d’entre elles délibérément, le bien commun serait gré d’une fantstique source de connaissance et ainsi d’innovation. A une époque où les menaces pointent de toute part, ce genre d’avancée collective est plus qu’attendu.

Quels sont les avantages ?

Quels services pourraient tirer parti du genre de données conservées par de grandes institutions, publiques ou non ? O’Reilly a proposé un exemple d’innovation permise par l’exploitation de données jusqu’alors en friche. Passur Aerospace est une société spécialisée dans l’analyse prédictive liée aux données du trafic aérien. “Les compagnies aériennes possédaient les données, mais les laissaient se perdre”.

“Ils ont alors mis en place leur propre réseau de stations radar. Ils vendent désormais des services de prédiction aux aéroports. Les vols Continental Airlines attardés vers New York sont passé de 25 par jour à zéro, grâce à des modèles complexes. Si nous étions pleinement entrés dans l’ère de l’open data, l’administration qu’est la FAA (Federal Aviation Administration) ne gaspillerait pas ses données et quelqu’un aurait trouvé plus rapidement et plus économiquement un système de prévision.

« Les données personnelles seront la base d’analyse et de construction qu’utiliseront beaucoup de développeurs dans le futur”, selon O’Reilly. »

“La technologie nous conduit à nous dévoiler de plus en plus. Je me réfère à Jeff Jonas en la matière. L’anonymat complet devient un mirage. Nous devrions désormais considérer les avantages à en tirer. La confidentialité des données de santé fournit un bon exemple. Il est vrai que certaines maladies restent taboues, mais notre besoin de confidentialité tient essentiellement à la crainte des compagnies d’assurance. Nous devons nous attaquer à la sélection omnisciente réalisée par les compagnies d’assurance, plutôt que de considérer les données de santé comme nuisibles en elles-mêmes. Elles sont porteuses de tellement de connaissances et d’avancées collectives”.

“La première chose à faire est de lister les domaines dans lesquels les personnes ont dévoilé une bonne partie de leur vie privée et n’en souffrent pas. La finance personnelle en fait partie : l’exploitation des données est acceptée lorsqu’il s’agit de disculpation de fraude fiscale”.

“Nous sommes au seuil d’une révolution technologique. Le secteur privé prend de l’avance sur le gouvernement états-unien : le travail collaboratif, l’information en temps réel, la réalité augmentée dont l’armée n’osait rêver il y a quelques années et le tout, gratuitement. Tout se résume à accéder instantanément, lorsque le besoin s’en fait sentir, à des montagnes de données via les nuages”

“Dans ce contexte, les consignes officielles paraissent désespérément dépassées. Je ne sais pas quelles devront être les prochaines mais je sais qu’elles seront différentes de celles d’il y a 10 ans et d’il y a 50 ans. Elles nécessitent une remise à plat. Nous devons nous demander quelles sont les problématiques qui nous concernent et comment les résoudre. Nous devons aussi nous faire au fait qu’il n’y aura pas de machine arrière possible”.

“Il est facile de dire que ce sont les utilisateurs qui auront le fin mot” écrivit O’Reilly en début d’année dans un post concernant la confidentialité sur Facebook, “mais les entrepreneurs, de Jobs à Zuckerberg, sont sensés faire découvrir aux utilisateurs ce qu’ils désireront, avant même qu’ils ne le sachent, quitte à parfois aller un cran trop loin avant de faire une légère machine arrière”.

La conférence en septembre de O’Reilly, Gov 2.o, tâchera de rassembler dirigeants privés (notamment de la finance) et dirigeants publics afin qu’ils aillent au delà de l’expérience acquise en exploitation des données.

O’Reilly et d’autres dirigeants privés ont mis en place l’association à but non lucratif Code for America dédiée à l’exploitation civique des données pour le bien commun.

Lorsque cela tourne mal

Je demandais à Tim ce que ce renoncement à la confidentialité pouvait représenter pour des moines birmans ou des étudiants contestataires iraniens, dont la sécurité et la capacité à manier les technologies dépendent de l’anonymat.

“Je n’ai pas de réponse toute faite à cela” dit-il.

“FlickR et Youtube ont conduit à des morts en ces pays ; il faut se rendre à l’évidence. Les gens doivent en être conscients et nous pourrions concevoir plus de programmes dédiés aux pays où l’anonymat est une obligation. Ce genre de cas où la vie est en jeu n’est ni conventionnel ni confortable. Il existe des projets en faveur de la confidentialité -comme Tor- et il est nécessaire de mettre en place des infrastructures de ce genre avant qu’il ne soit trop tard”.

Qu’il s’agisse d’innovation technologique ou de changement sociétal facilité par les technologies, O’Reilly y voit un trait commun : la condition humaine est sociale et nos technologies devraient nous aider à parer aux crises futures.

“Qu’il s’agisse d’open source, de données publiques ou de Web social, nous sommes en train de construire des mécanismes pour nous protéger, pour partager, pour perpétuer la notion de société. Nous construisons des institutions pour nous défendre. Le pire est à venir : le réchauffement climatique, l’épuisement du sol, les guerres, les épidémies. Tout ne sera pas rose. Tout ce que nous construisons nous aidera à mieux nous adapter, à mieux répondre aux adversités de manière collective. Comme le disait Harlan Ellison, ‘pourquoi sinon avoir fait tout ce chemin ? Pour se retrouver seul ?’ ”

“Nous faisons tout cela pour le faire ensemble, pour être ensemble, la société est un mécanisme de survie. Tout ce que nous faisons pour le bien collectif est en vue de faciliter la vie. Ce fut le slogan original du langage Perl : ‘rendre les choses simples plus faciles et les choses compliquées possibles’ ”

“Nous devons adopter cette stratégie en matière publique. En ce moment, nous rendons les choses simples compliquées et les choses compliquées impossibles”.

Un fossé culturel entre l’Europe et les Etats-Unis qui risque de poser problème [nde]

Alors que la position d’O'Reilly peut sembler choquante pour la plupart des lecteurs de l’édition francophone de RWW, il convient à ce stade de rappeler à ceux qui ne connaissent pas bien l’individu que c’est l’une des personnalités les plus respectés du web mondial. Ardent supporter d’Obama lors de la dernière campagne présidentielle, il s’est toujours prononcé en faveur de ce que nous nommons ici les libertés numérique, et le mettre dans le même panier que ceux qui, ici, font tout pour installer une société de surveillance, serait non seulement aller vite en besogne, mais surtout, ce serait passer totalement à coté de ce que ses propos peuvent nous apprendre.

Il existe un réel ‘cultural gap’, un fossé culturel révélé par internet, entre l’Europe en général et la France en particulier d’un coté, et les Etats-Unis de l’autre au sujet de la vie privée, lié d’une certaine façon à celui – tout aussi réel (et tout aussi révélé par internet) – concernant la liberté d’expression.

La vie privée n’est pas, aux Etats-Unis, une valeur suprême comme elle peut l’être chez nous. Faire des compromis en échange de quelque chose n’est pas, contrairement à ici, une hérésie. De la même façon, faire des compromis avec la liberté d’expression serait considéré comme un crime aux USA alors qu’ici, le fait qu’une représentante du peuple l’envisage ne soulève pas une foule en colère prête à la bruler sur la place publique, et il convient de rappeler que la liberté d’expression n’est pas, en France, un droit absolu, contrairement aux Etats Unis où elle constitue le premier amendement de la constitution.

Ce décalage culturel considérable se révèle, en terme d’adaptation culturelle aux nouvelles technologies qui sont appelées à changer le parcours de l’humanité de façon aussi radicale que l’alphabet en son temps, très favorable à la culture américaine (en terme de ‘cultural change management’, en quelque sorte). Il convient de lire les propos de Tim O’Reilly ainsi que les interrogations de Marshall Kirkpatrick, l’auteur de ce billet, à la lumière du fossé civilisationel encore insoupçonné qui sépare le vieux continent du nouveau monde.

La remarque de Tim O’Reilly concernant l’impératif de mise en œuvre de programmes garantissant la confidentialité dans les pays où elle est menacé est de notre point de vue (français) une preuve d’ouverture au monde importante, et un appel lancé à la communauté de l’internet qu’il convient de prendre à sa juste mesure.

A titre de full disclosure, enfin, il convient de signaler que Tim O’Reilly a eu un rôle majeur pour le lancement de ReadWriteWeb France, il nous a ouvert les portes de la Web 2.o expo de Berlin en 2008 et nous a offert tous les moyens à sa disposition pour lancer l’édition Française.

Le débat sur la vie privée est ouvert [aux USA]

La position de O’Reilly sur l’équilibre entre vie privée et innovation est certainement tentante, mais d’autres se sont exprimés sur ce sujet et parfois en faux : notre article « Facebook a tort, la vie privée n’a pas dit son dernier mot » en est un exemple, tout comme le discours de Danah Boyd au SxSW 2010, « Making Sense of Privacy and Publicity« .

D’habitude ce sont les marginaux qui ont payé au prix fort le renoncement à leur vie privée. Cela sera-t-il le cas encore une fois ?

Qu’en pensez-vous ? La confidentialité doit-elle être repensée par les innovateurs en faveur de l’amélioration de la société ? Ou est-il plus réaliste d’attendre des entreprises de nouvelles technologies de donner avant tout aux utilisateurs le contrôle de leur information ?

(texte traduit par Alexandre Cabanis, note de l’éditeur de Fabrice Epelboin,
photo CC-by de
Jaap Steinvoorte)


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19 commentaires pour cet article

  1. Onjanirina RAKOTONIAINA

    Dorénavant, ou dans un futur proche, après que Facebook aura définitivement acculé les défendeurs de la protection de la vie privée à leurs derniers retranchements juridiques, une chose deviendra règle : Tout ce qui n’est pas intime sera public, même les choses les plus intimes le seront si les personnes en décident ainsi. « Si quelqu’un le sait, Tout le monde le saura » …

  2. Guillaume-Nioclas MEYER

    Améliorer le monde avec une vision américaine… jusque là, rien de bien nouveau.
    Essayez de convaincre les masses de donner gratuitement des données personnelles quand on est un industriel impliqué dans la politique de son pays, rien de bien nouveau jusqu’ici.

    Merci de vos précisions sur l’aspect « données personnelles » d’un point de vue américain, mais elles ne suffisent pas à gommer le discours de fond d’O'Reilly. Quand à Marshall Kirkpatrick qui parle de « vieux continent » et de « nouveau monde », je me dis qu’on est plus au 15ème siècle. Reléguer systématiquement l’Europe et la France dans le « vieux continent » est un procédé facile et réducteur.

    On a donc un « visionnaire » qui veut améliorer le monde, mais qui ne s’est même pas posé la question de savoir si sa « vision » est souhaité par le reste du monde. Il n’y a pas que les moines bir­mans ou les étudiants contes­ta­taires ira­niens qui souhaitent l’anonymat et c’est effectivement choquant pour le lec­teur de l’édition fran­co­phone de RWW de volontairement ignorer la portée d’une telle « vision ».

    Cordialement,

  3. ncmarie

    Je pense comme Orelly que le potentiel est énorme. Pour moi l’utilisation de ces données doit se faire sur la base du volontariat (en fonction des données) et de l’anonymisation (comment la garantir avec certitude ?). L’anonymat est primordial ne serait ce que pour des raisons politiques (sujet déjà débattu à de maintes reprises).

    Les dérives en termes de marchandages de données privées sont belles et bien dangereuses. Il ne faut pas céder à des visions trop optimistes (si sexy soient-elles), nous avons déjà de nombreux exemples d’utilisation frauduleuses de données perso. Aujourd’hui le luxe est de se soustraire (« identitairement ») du réseau.

  4. Fabrice Epelboin

    @Guillaume-Nioclas MEYER

    En tant que Français, et à cheval sur les deux cultures, il faut tout de même reconnaitre qu’en ce qui concerne le numérique, on est au moyen âge.

    Foutre tout cela dans le ‘vieux continent’ est excessif, j’en conviens, celui-ci est en fait divisé en deux : l’Europe du nord, parfaitement en phase avec la révolution du numérique, et une Europe du Sud, dont la France et l’Italie sont les portes étendards, qui défend son droit de rester dans un passé où les média traditionnels dominaient et l’information était maitrisée, et qui diabolise internet à tout va. Celà se ressent, encore aujourd’hui, en 2010, près de 30% des français n’ont jamais utilisé internet. Ce genre de chiffre fait tout simplement halluciner les autres pays développés (et je parle bien de ‘jamais utilisé’, pas de ‘non équipé’, ce qui est une autre affaire).

    Sinon, je doute fort qu’O'Reilly se foute des Iraniens, il fait parti de ceux qui ont poussé les législations sur l’interdiction de vente de technologie de surveillance aux dictatures ;-). J’ai peur que votre réaction soit un brin épidermique et que vous ayez jeté le bébé avec l’eau du bain…

  5. ncmarie

    On est en retard sur les aspects socio-numériques. Pour le reste je pense pas qu’on puisse dire que la France est au moyen-âge numérique. Ca tient de l’autoflagellation caractérisée ;)

  6. François Maréchal

    « Améliorer le monde vaut bien un peu de vie privée »… Finalement, c’est une question de fait : l’abandon de vie privée permet-il d’améliorer le monde ? En fait, on peut en douter : la vie privée a, selon certains (et non des moindres), une véritable valeur sociale. Elle permet à la société de fonctionner et d’innover.

    Dans un sens, je suis parfaitement d’accord avec Cerf : plus d’information, c’est plus de fuel pour l’innovation. On est dans un monde (occidental) où la matière première devient l’information : ce n’est pas qu’un slogan ! Les autorités publiques l’ont bien compris et elles distribuent les données qu’elles créent, gratuitement, pour que le privé y amène de la valeur ajoutée : c’est un gros marché aux USA, avec pas mal d’emplois, et la même démarche existe ici en Europe.

    Mais les données à caractère personnel sont particulières dans le sens où, pour nous Européens, elles touchent à un droit fondamental. Ce qui ne signifie pas qu’on ne peut pas y toucher, car le consentement est le principe de base en la matière. Le problème me semble résider dans la question de la finalité. Je pense que dans la vision de Cerf, les données privées doivent constituer une sorte de bien communs dans lequel on pourrait puiser pour innover. Cela signifie que la finalité du traitement des données personnelle serait inconnue au moment où on devrait donner son accord pour qu’elles soient transférées. C’est interdit en Europe. Une solution serait une structure intermédiaire, une structure de gestion de ces informations et de contrôle de leur utilisation… exactement comme les organismes de gestion collective en droit d’auteur : SACEM et autres. Après tout, ce ne sont que des informations, avec un régime juridique qui empêche de faire ce qu’on veut avec, et une même difficulté de contrôle une fois l’information révélée.

    Par ailleurs, je trouve que l’exemple du trafic aérien est particulièrement mal choisi puisque ce ne sont pas des données à caractère personnel.

  7. François Maréchal

    Oups, coquille, je parlais de O’Reilly évidemment !

  8. Silex

    Même si il n’y a pas de bonne réponse à cette problématique, la plupart des usages des données personnelles n’est motivé que par deux choses, la rentabilité, et la sécurité.

    Hors si l’on est plus libre de conserver privée sa vie privée …
    il existe une réponse fort ancienne … qui vient d’amérique paradoxalement.
    « Celui qui sacrifie sa liberté pour sa sécurité ne mérite ni l’une ni l’autre »

    (Je ne parle même pas de la partie rentabilité qui ne peut même pas être un facteur, selon moi, de ce genre d’oppression)

    Quand à l’histoire de la prédiction des usagers de l’aviation, c’est un problème abordé par le mauvais coté :
    Il existe des données ? Très bien, rien de plus simple que de les rendre anonyme… Ca ne modifiera en rien le nombre de passager par vol, ni le nombre d’avion dans le ciel.

  9. Pascal Beria

    On en revient toujours à la vision Orwellienne et aux dangers de ses dérives. A la réserve près que ce sont désormais les citoyens qui ont enclenché le processus en décidant d’exposer leur données intimes. Le reste est juste une question de technologie. Une nuance on ne peut plus cynique que n’avait pas imaginé Orwell lui-même…

  10. Florent

    Argh…mes yeux ! Même si certains souhaitent tordre le cou à Facebook pour sa gestion plus que problématique des données privées (quel que soit le côté de l’Atlantique où l’on se situe), « Facebook n’a pas tord », « Facebook a juste tort » ! Pourtant, le titre de l’article pointé avait lui aussi été corrigé en son temps.

    Pour stopper cette épidémie en cours chez RWWfr, je suggère très cordialement aux rédacteurs et relecteurs de RWWfr d’imprimer et d’afficher la page suivante à côté de leur écran ou clavier : http://lecons.ssz.fr/lecon/44

    Merci pour mes yeux :-)

  11. Fabrice Epelboin

    Ce n’est pas une épidémie en cours, ça a toujours été comme ça ;-)

    RWWfr n’a pas le moindre revenu et est entièrement réalisé de façon bénévole, et pas par des profs de français ;-)

  12. Antoine

    Donc O’Reilly se fourvoye et ça devrait devenir la norme… On dirait du Zuckerberg.

  13. Romain

    Il faut arrêter de rêver, ça fait déjà bien longtemps que l’anonymat et la confidentialité pure ont disparu ; tout simplement parce que certains services ne peuvent fonctionner qu’avec voire grâce à nos données.
    Dans le monde physique, ça fait des dizaines d’années. Pensez à votre banque par exemple.

    Jusqu’à aujourd’hui, dans le monde numérique, on avait la possibilité technique de s’anonymiser…si l’on avait les compétences.
    On pouvait non-seulement utiliser des services en usant d’une identité numérique différente de notre unique identité physique ou alors créer une alternative.

    Aujourd’hui, le monde numérique devient plus que jamais une surcouche du monde physique et il me semble inévitable que nos données personnelles seront de plus en plus nécessaires au (bon) fonctionnement de tel ou tel service.
    À vrai dire, je pense que même les geeks s’y perdront un peu et que seuls les hackers arriveront à perpétuer un mode de vie qui sera toujours plus underground.

    Créer des alternatives sera d’autant plus ardu que le web étant désormais social, il attire les masses qui sont tout sauf éduquées au fonctionnement intrinsèque et à la philosophie du Net et du Web ; des masses qui raffolent de consommation numérique (allo guru_qui_ne_sait_pas_s’habiller !) tout en, évidemment, s’évertuant à crier le contraire…

    La question, en ce qui me concerne, n’est donc pas tellement de savoir si l’utilisation de données personnelles à grande échelle dans le monde numérique est « bien » ou pas mais plutôt de savoir comment tout cela se mettra en place.

    Si l’on a une sorte de dashboard qui nous permette de contrôler et de monitorer :
    - ce qu’on donne ;
    - à qui ;
    - pourquoi/dans quel but/de quelle manière cela est utilisé.

    Bref, si le système est transparent et que l’on garde la main, ok.

    C’est, je crois, très important parce que, si tel n’est pas le cas, si « l’ouverture », la « libération » de nos données -qui touchent donc directement et entièrement à notre vie physique via notre vie numérique- est un comportement par défaut, il arrivera quand même bien un jour où l’on ne voudra pas/plus donner telle ou telle donnée.

    Et là, ce sera le drame : on sera considéré comme suspect -et très vite coupable- par le simple fait que l’on ne veuille pas être totalement et indéfiniment transparent !
    La « chose » cachée sera vue comme ayant plus d’intérêt pour nous à rester secrète plutôt qu’à être partagée. Une telle « chose » ne pouvant être, bien évidemment (lol), qu’un comportement/fait/acte répréhensible de notre part.

    En d’autres termes, la dictature de la transparence comme l’a dit…je ne sais plus qui.

    Avant de partager (« donner » serait plus juste je crois…) quoi que ce soit, il me semble que l’on devrait d’abord se demander si le destinataire a besoin de connaître l’objet partagé ou, pour être plus précis, si, nous-même, on ressent le besoin de partager l’objet.
    Si c’est neutre, alors on conserve l’objet.

    De la même façon que certains clamaient ne pas accepter de « perdre sa vie pour la gagner », il me semble raisonnable de ne pas accepter de « perdre son moi pour l’augmenter ».

    Étrangement, le fameux « pour vivre heureux vivons cachés » résonne de plus en plus souvent dans ma petite tête…

  14. ncmarie

    Très bon commentaire Romain.

    « Avant de par­ta­ger (“don­ner” serait plus juste je crois…) quoi que ce soit, il me semble que l’on devrait d’abord se deman­der si le des­ti­na­taire a besoin de connaître l’objet par­tagé ou, pour être plus pré­cis, si, nous-même, on res­sent le besoin de par­ta­ger l’objet. »

    => Le problème est aussi dans la confiance envers le tiers à qui l’on confie les données. Comment être sûr qu’elles ne seront pas transmises à des partenaires (par exemples) derrière ?

    Quant à « pour vivre heureux, vivons cachés ». Le plus pervers est qu’on risque de voir poindre une fracture sociale de la protection de la vie privée basée sur des offres à prix cassées contre une plus grande intrusivité : une nouvelle forme de vulnérabilité pour les plus modestes.

    Les idées d’un dashboard perso ou d’un tiers public régulateur détenteur des données (CNIL ?) me semble pas mal.

  15. Romain

    La CNIL est déjà surchargée par les affaires actuelles. Lui confier de nouvelles missions et espérer me semble être -malheureusement- une douce utopie.
    Par ailleurs, son champs d’action est extrêmement limité : seuls les entreprises soumises au Droit français peuvent être surveillées et réprimandées.

    Pour Facebook, twitter, flickr, la CNIL peut simplement dire : bonjour, je suis le petit français du coin, svp soyez gentils ; sinon on vous re-dira d’être gentils… #pasglop

    Enfin, confier le contrôle de ses données à un tiers, quelque part c’est déjà accepter sa propre impuissance :’(

  16. logicos

    Quelques fortunes reposent sur le pillage des ressources « gratuites ». Dans la Nature, le pétrole, l’or , l’uranium (entre quelques milliers d’exemple) sont ce genre de ressource, qu’il suffit d’être le premier a valoriser pour faire fortune.

    Avec Internet, la « vie privée » entre dans la famille de ce type de ressource: disponible gratuitement, et qu’il faut être le premier a valoriser. Et peu importe vos avis: l’argent achete tout ! lol

  17. Guillaume-Nicolas MEYER

    @Fabrice Epelboin
    Fabrice, évidemment que c’est une réaction épidermique. Ce n’est pas ce que vous escomptiez ? Vous dites « il fait parti de ceux qui ont poussé les légis­la­tions sur l’interdiction de vente de tech­no­lo­gie de sur­veillance aux dic­ta­tures. » Super, il les réserve aux démocraties… c’est un outil d’intelligence économique et O’Reilly n’en manque pas.
    Oser dire que « Code for America », est un organisme dédiée à l’exploitation civique des don­nées pour le « bien commun » est juste un mensonge éhonté. Depuis quand le complexe industriel américain s’occupe du « bien commun » ? Sans faire de l’anti-américanisme primaire, il faut tout de même rester lucide. La guerre en Irak, c’est pour le pétrole, la guerre en Afghanistan, c’est pour le gaz et les minerais et la guerre de l’information…. je vous laisse seul juge.

    @Romain
    « Enfin, confier le contrôle de ses don­nées à un tiers, quelque part c’est déjà accep­ter sa propre impuissance :’( »
    Tout à fait d’accord, c’est même aller plus loin. En les confiant on se déresponsabilise et on évite le débat public. On missionne tacitement une tierce partie sur laquelle on pourra taper quand on s’apercevra que nos données se baladent un peu partout, sans que nous ayons aucun contrôle sur elles.

  18. herbe

    Pour alimenter le moulin voici un article:

    http://www.framablog.org/index.php/post/2010/05/21/logiciel-donnee-libre-ouvert-cloud-computing

    en résumé tout est dans le titre: Ouvrir ses logiciels et fermer ses données…
    J’ai l’impression qu’on a été entrainé faire tout l’inverse, paradoxal ?

  19. Fabrice Epelboin

    @Guillaume-Nicolas MEYER

    Depuis quand le complexe industriel américain s’occupe du « bien commun » ?

    Mais depuis quand O’Reilly fait-il parti de ce complexe ?

    Sans faire de l’anti-américanisme primaire, il faut tout de même rester lucide.

    Non, à peine…

    La guerre en Irak, c’est pour le pétrole

    Flute, il s’y est opposé justement…

    Vous êtes sûr que vous ne confondez pas avec le O’Reilly de Fox News ? Ou c’est juste de l’anti américanisme primaire, ce qui dans ce cas ne mériterait pas plus de respect qu’une bonne remarque raciste sur les noirs, les juifs ou les arabes.

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  5. blog.NIMk | Plutonian Striptease X: Constant :

    [...] [6] http://cryptome.org/isp-spy/yahoo-spy.pdf [7] http://fr.readwriteweb.com/2010/08/02/a-la-une/tim-oreilly-amliorer-monde-vaut-bien-peu-de-vie-prive... [8] http://www.internetactu.net/2009/08/31/technologies-de-surveillance-ou-de-discrimination/ [9] [...]

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