Théorie des dominos ? Suite au coup de gueule de la secrétaire d’Etat à l’économie numérique provoqué par l’arrêt de Jiwa, ce sont désormais les ayants droits qui affichent des positions divergeantes.
La SCPP continue, droit dans ses bottes, et selon ses propos rapportés par Numérama, fait part de son «étonnement» et s’oppose fermement à la gestion collective, arguant qu’ « il n’existe [...] aucun motif d’ordre juridique, économique ou culturel pour justifier l’expropriation des droits des artistes interprètes et des producteurs de phonogrammes« .
N’hésitant pas à pousser le bouchon le plus loin possible, la SCPP, qui vient de réélire Pascal Nègre à sa tête, cite en exemple Deezer et Spotify – alors que le premier a été pris d’assaut par Orange après la mise au placard de son président, incapable de réaliser des profits, et le second présente un déficit systémique chronique -, mais misant probablement sur l’ignorance de ses interlocuteurs, la SCPP n’hésite pas à nier l’évidence et affirme que «la négociation contractuelle, dans un cadre collectif ou individuel, n’est pas un obstacle au développement de l’économie numérique».
L’ADAMI, elle, citée par PCinpact, se montre plus sensible à la situation de monopole qui se dessine. Voyant poindre une domination absolue du marché par Apple, seul acteur en mesure d’imposer son point de vue aux ayants droit, elle considère la disparition de Jiwa comme une «très mauvaise nouvelle pour la diversité musicale sur Internet», et n’hésite pas a aller dans le sens des propos de NKM : «L’accès aux catalogues musicaux doit être facilité par des mesures de régulation que seul l’État peut impulser», démentant les propos tenus par la SCPP, elle va jusqu’a révéler un secret de polichinelle jusqu’ici tabou dans le clan des pro Hadopi : «de nombreuses autres plateformes françaises ou européennes connaissent également de sérieuses difficultés».
Ca bouge également rue de Valois
Selon nos informations, Frédéric Mitterrand, le ministre de la Culture, jusqu’ici jusqu’au boutiste sur le dossier de l’Hadopi, serait lui aussi en pleine remise en question. Le patron de la rue de Valois commencerait à s’apercevoir que le fait de n’avoir fait qu’écouter exclusivement la seule voix des majors est en train de mener l’ensemble de la filière dans le mur, non seulement vis à vis des consommateurs, mais également d’un point de vue industriel.
La perspective de voir un marché entièrement dominé par Apple, qui a les moyens et le modèle économique pour financer à perte la distribution musicale, et attendre ainsi de pouvoir abbatre un à un ses acteurs, fait passer les vilains pirates pour d’aimables plaisantins avec qui il eut été bien plus facile de faire des compromis.
On se souvient du résultat de la lutte à mort qui avait eu lieu entre le patron d’Apple et celui de Disney, qui avait abouti à la prise de contrôle de Disney par Steve Jobs, et personne, en dehors de Pascal Nègre à l’évidence, n’imagine qu’il en sera autrement le jour ou Apple jettera son dévolu sur l’industrie du disque.
Apple en embuscade
Rachat de Lala, apparition discrète d’une fonction de streaming musical entre iPhone et iDisk, investissement d’un milliard de dollars dans un datacenter conçu pour le cloud computing, et pour couroner le tout, une étude du très sérieux NPD qui montre comment Apple pourrait voir ce marché faire bondir son chiffre d’affaire d’un milliard… Il est vrai qu’avec une clientèle largement habituée à payer pour ce qu’elle consomme et 35 millions de consommateurs qui ont déjà confié à Apple leur numéro de carte de crédit et peuvent acheter sur iTunes en un clic…
A 10$ l’abonnement mensuel illimité en stream, Apple pourrait réaliser un chiffre d’affaire de 120$ par an et par client là où il plafonne à 45$ aujourd’hui. Pour Russ Crupnick, Vice Président en charge des études du secteur de l’entertainment du NPD Group, c’est un pari gagnant. Reste qu’un accord n’a toujours pas été signé entre Cupertino et les majors, mais le dernier coup d’essai montre clairement qu’Apple n’a pas abandonné l’idée, et un boulversement des rapports de force entre lobbies et autorités ne pourrait que faire avancer ses pions dans la partie d’échec engagée avec l’industrie du disque depuis des années.
Finalement, la perspective d’un marché monopolistique et fermé promise par Apple, qui séduisait tant les majors quand ils s’imaginaient être en haut de la chaîne alimentaire, n’est plus si tendance. La gratuité pour le consommateur comme dernier rempart face à une mort violente ? La gestion collective des droits et la licence globale, finalement, seraient un moindre mal pour les anciens maitres des forges de la Culture.













09 août 2010 à 9:29
Il fut un temps où la musique n’appartenait qu’à celui qui la créait, puis on a parler de celui qui l’écoutait … maintenant on en est rendu à parler quasi uniquement de celui qui la vend.
Qui a dit que la musique restait un art et pas un business ? Ah si tous les petits groupes de qualité qui ne percent pas à cause des verrous de cette « industrie » et qui pourtant mériteraient 100 fois plus leur place dans les classements que la majorité de ceux qu’on y trouvent depuis près de 20ans.
Bon je retourne sur Jamendo avant qu’il ne disparaisse aussi !
09 août 2010 à 9:46
Une petite erreur dans votre article:
Ce n’est pas Hulu qui à été acheté par Apple mais Lala, un service de streaming de musique.
09 août 2010 à 10:04
oups… je corrige :-)
09 août 2010 à 10:47
« …une étude du très sérieux NPD qui montre comment Apple pourrait voir ce marché… »
On n’a pas droit a l’etude du NPD?
09 août 2010 à 11:06
Le modèle Wholesale a bien mis au tapis cette industrie du piratage culturel où finalement ce ne sont pas les ci-devant pirates qui l’ont mise à mal mais ses distributeurs, et son distributeur principal qui a dicté ses règles.
Comme souvent on punit les masses mais on ne protège pas ses arrières.
Merci à Apple de la part de tout ceux qui ont lutté contre Hadopi et pour qu’Internet reste un droit, et pas un moyen de contrôle de l’industrie sur ses « consommateurs »
09 août 2010 à 11:17
@wilnock
Ben non, elle est payante, je peux pas la diffuser comme ça, faut pas déconner ;-)
Par contre, à partir du lien dans mon texte, tu peux la cerner un peu mieux :
http://www.bnet.com/blog/high-tech/how-streaming-music-could-become-apple-8217s-next-billion-dollar-business/877
http://www.npdgroupblog.com/analyst-bio-rcrupnick/
http://www.npd.com/press/releases/press_100714.html
http://npd.com/corpServlet?nextpage=entertainment-digital-music_s.html
09 août 2010 à 13:57
On essaie de retarder au mieux l’inévitable réforme du droit d’auteur. Le système actuel de gestion des droits est un véritable étouffoir pour la création.
09 août 2010 à 19:26
ce qui est rigolo c que dans le cadre du plan de numérisation de la France cornaqué par les services de Mitterrand, ils doivent pousser le contraire de « l’anti esprit » d’Hadopi.
Tout doit servir la circulation de oeuvres!
mdr le grand écart!!
09 août 2010 à 19:52
@jean-yves
Le timing de la disparition de Jiwa est une catastrophe, il faut le reconnaitre, surtout avec l’attention du monde entier qui se porte sur la France, véritable laboratoire d’essai du nouvel ordre numérique… J’ai pas mal d’échanges avec des américains qui se marrent avec des blagues sur le communisme 2.0 et les plan quinquénaux… faut dire que la débacle de France.fr n’a rien arrangé. On passe pour des branquignoles :(
10 août 2010 à 10:38
La France passe pour une bande de rigolos bien avant le grand flop numérique de france.fr cela dis mais c’est vrai que cette position d’expérience à ciel ouvert ne présage rien de bon
10 août 2010 à 11:30
Les majors ne réagissent, depuis le début, qu’avec une vision à court terme. Visant ainsi à protéger leurs intérêt à court terme, telle une rustine sur un pneu hors d’usage… La faute est essentiellement politique, avec un pouvoir servilement aux ordres des lobbies, sans aucune vision. Cela porte un nom : la médiocrité.