Après avoir regardé de près l’argument de la neutralité des moteurs de recherche, penchons nous sur celui de la neutralité des plateformes, lui aussi présent dans le rapport du gouvernement sur la Neutralité du Net, et lui aussi né de la surenchère d’une fondation financée par des lobbies.
Tout comme la neutralité des moteurs de recherche, cet argument, à l’origine, était supposé convaincre le législateur américain de l’inutilité d’une législation, en poussant à l’absurde le concept de neutralité, et en montrant à quel point le gouvernement américain – soupçonné de socialisme – menaçait de transformer la première économie du monde en Kolkhoze numérique.
La transposition est elle aussi mal aisée, puisque cette fois-ci, les lobbies essaient de recycler cet argument pour orienter, et non plus dissuader, une législation.
Pourtant, on peut légitimement se demander si ces même lobbies ne prennent pas un peu à la légère le marché Français (à moins que ce soit les députés qu’ils prennent à la légère). Recycler, c’est une chose, et au regard des inclinaisons naturelles de la secrétaire d’Etat à l’Economie Numérique, cela ne peut que lui apparaitre que comme à priori sympathique, mais la transposition de la neutralité des plateformes ressemble plus à un bricolage dangereux qu’à autre chose.
Régler le problème Apple en trois liens
Passons rapidement sur la cas d’Apple, la cible première de cet argument. Suite à la mainmise des lobbys et l’inaction du gouvernement, le marché de la musique numérique en France lui a en quelque sorte été offert sur un plateau d’argent. On pourrait croire que l’insertion de la neutralité des plateformes dans la Neutralité du Net serait destinée à freiner le géant de Cupertino, le temps de faire quelque chose pour réanimer le marché Français, mais en fait… Non.
D’autres l’ont pointé avant nous : la nature fermée de la plateforme d’Apple ne tient qu’à un fil, celui de l’interdiction de ‘jailbreaker’ un iPhone ou un iPad, c’est à dire de faire un peu ce que l’on veut avec, sans nécessairement passer par la station service iTunes pour faire le plein de logiciels.
Si cette interdiction légale saute, comme cela a été le cas aux Etats-Unis suite à une décision de la FCC, alors tout le monde pourra sans soucis ‘jailbreaker’ son iPhone et y installer Flash. CQFD.
La décision de légaliser le ‘jailbreaking’ d’iPhones et d’iPads relève, à priori, de l’Hadopi, et non d’une quelconque neutralité de quoi que ce soit.
Si l’Hadopi légalise le ‘jailbreaking’ d’iPhone, alors bonjour le Flash sur iPhone, et fini les plateformes fermées… enfin… pour ce qui est de celle d’Apple.
Car tout comme la fondation «Progrès et Liberté» a développé pour le compte des lobbys, sur un modèle dialectique de surenchère, les concepts de neutralité des moteurs de recherche et de neutralité des plateformes, on peut très facilement utiliser cette rhétorique pour faire de la neutralité des plateforme un boomerang.
Oui, finalement, c’est une très bonne idée, cette neutralité des plateformes. Même si elle n’a rien à faire dans la neutralité du net, il est important de souligner une bonne idée concernant le numérique quand elle émane du gouvernement (parce que c’est rare, et qu’il convient de l’encourager).
Retour à l’envoyeur
Nous ne nous en somme jamais cachés, nous avons chez RWW un penchant certain pour l’open source et les creative commons, l’idée qu’une loi puisse imposer la neutralité des plateformes et forcer des constructeurs comme Apple à laisser leurs clients accéder aux entrailles de leurs machines n’est pas forcément idiote (même s’il convient de noter que le marché, qui voit la plateforme ouverte Android devenir jour après jour le leader de demain, tend à montrer que le besoin de légiférer ne semble pas bien utile, mais soit, on est en France, c’est dans notre culture, faisons donc une loi pour imposer à ces affreux constructeurs de ‘neutraliser’ leurs plateformes).
Imposer à Apple (et aux autres) de laisser les consommateurs accéder librement et modifier à leur guise les composants technologiques d’une plateforme permettant l’accès à internet aurait cependant en France des conséquences inattendues, pour ne pas dire rigolotes.
Le téléphone que vous achetez, qui est bloqué sur un opérateur, n’est en fait que la partie émergée d’un modèle économique propre au mode de commercialisation mis en place dans certains pays, où l’opérateur
subventionne votre terminal en échange d’un contrat exorbitant vous liant à lui pendant un ou deux ans et d’un blocage du dit terminal, qui du coup, n’est pas ‘neutre’.
Imposer la neutralité des terminaux obligerait Orange, SFR et Bouygues, les entreprises qui sont derrière le rapport gouvernemental sur la neutralité du net, à revoir complètement leur mode de commercialisation dans la téléphonie mobile. Une bonne nouvelle pour Free, à priori, qui n’envisage pas d’adopter ce modèle.
La box que vous utilisez dans les formules triple play pour vous connecter à internet est également un terminal non neutre. A l’exception notable de SFR qui a opensourcé son code, pas moyen de faire joujou avec les entrailles d’une Livebox d’Orange sans violer les conditions générales d’utilisation imposées par France Télécom. On retrouve d’ailleurs cette idée dans la proposition de loi du parti Socialiste sur la Neutralité du Net.
Là encore, imposer le concept de terminaux neutre poserait quelques problèmes aux opérateurs, sans parler d’Hadopi, qui envisageait dans le cahier des charges de son logiciel de ‘sécurisation’ (entendez surveillance et blocage) de le placer, à terme, dans les boitiers des offres triple play.
Et que dire de la proposition du sénateur UMP Jean-René Lecerf qui souhaite voir la mise en place de puces électroniques dans les futures cartes d’identités afin de rendre l’identification personnelle obligatoire avant toute connexion à l’internet. Avec un terminal neutre, une myriade de ‘patchs’ permettraient immédiatement de contourner un tel système Orwellien.
Au final, même si ce concept n’a véritablement rien à voir avec la neutralité du net, et que le problème propre à Apple peut se régler en un tour de main sans avoir à recourir à la loi, ce concept de neutralité des terminaux pourrait mettre les fournisseurs d’accès à internet dans l’embarras. Ce n’est, finalement, pas une si mauvaise idée.













18 août 2010 à 9:20
Si tu parles de l’importance de la neutralite terminale, il faut être logique et aller jusqu’au bout en abordant aussi la neutralite d’origine (pour le moment UScentralisation ++++ http://fwd4.me/CIh) C’est une « neutralite de bout en bout » qu’il faut defendre, sinon ca n’a pas de sens !
18 août 2010 à 10:47
Pour moi le souci de l’ipod/iphone & Consors réside dans la l’impossibilité de divisé matériel/logiciel/plateformes de vente. Ipod ne marche que si les musiques sont ajoutés par iTunes (déposé le fichier manuellement comme sur un USB est inutile).
Résultat, l’utilisation de l’Ipod sous GNU/Linux est dégradé, et relève du bricolage. Bricolage dangereux car une moindre modification de firmware de l’ipod demande à tous revoir.
Pour résumé pas d’itunes dans la [url=http://doc.ubuntu-fr.org//software-center?redirect=1]logithèque d’ubuntu[/url], pas d’Ipod pour Ubuntu malgré le travail de Cannonical sur le sujet. (http://www.itouchfrance.fr/annonces/ubuntu-10-04-supporte-ipod-ipod-touch-et-iphone-origine-gtkpod-1270)
Et itunes ne permet que d’acheter par la plateformes de vente d’Apple. Il doit être facile de proposer des spécifications pour que d’autres plates formes s’y connectent.
En gros par défaut l’utilisateur possède l’accès vers la plateformes de vente d’Apple. Mais il peut ajouter Dogmazic/Jamendo/ebay et le logiciel s’occuperait de la transaction bancaire et de la recherche d’info sur les titres disponibles.
Actuellement tous cela est impossible.
18 août 2010 à 10:51
A mon avis la décision de légaliser le ‘jailbreaking’ d’iPhones et d’iPads, mais aussi de tout autre appareil, relève de l’Autorité de la Concurrence plus que de l’HADOPI. Car ce verrouillage limite drastiquement la concurrence sur un marché des applications qui demeure fermé, et fonctionne dans des conditions d’opacité puisque Apple a un pouvoir discrétionnaire sur les applications qu’il agrée ou pas sur son AppStore.
On rejoint là le combat pour l’interdiction de la vente liée de Windows avec des PC que mènent depuis des années les tenants de Linux.
18 août 2010 à 11:03
Pas sur que les terminaux faisant partis intégrants du réseau ne soit pas acteurs de la non neutralité du net. En poussant plus loin un QOS sur un OS est lui aussi susceptible de faire de la neutralité une utopie, dans ce cas, il est voulu ou consenti involontairement par l’utilisateur final.
Ps : Une petite erreur dans l’article, la livebox peut être achetée, le code source du firmware est disponible ( http://www.livebox-floss.com/ ), rien n’empêche le propriétaire de le modifier a sa guise pourvu que cela ne perturbe pas le réseau orange.
18 août 2010 à 13:04
« Jailbreaker » contrevient aux conditions générales du contrat donc l’acte n’est pas illégal mais un irrespect du contrat.
18 août 2010 à 14:34
Si je comprends tout, Apple agit dans un principe de vente liée (IPod-Ipad/ITunes) totalement illégal en France. La solution n’est pas alors de pouvoir jailbreaker son appareil, mais d’interdire la vente liée. Donc d’obliger Apple a commercialiser un appareil au système neutre, utilisable avec l’OS et le logiciel que l’on veut.
18 août 2010 à 15:12
Il faudrait stopper l’épidémie de « plateforme ».
http://www.cnrtl.fr/lexicographie/plateforme
http://www.google.fr/webhp#hl=fr&source=hp&q=plateforme+site%3Afr.readwriteweb.com
18 août 2010 à 16:33
@Paul Lamploit
Comme bon nombre de termes techniques, nous l’employons dans sa dénomination américaine, non seulement l’académie ne s’est pas encore penchée sur la traduction de ce terme, mais celui-ci est d’usage courant dans le monde des technologies.
20 août 2010 à 11:30
@Fabrice :
un zouli trait d’union et tout le monde est content : « plate-forme » :-)
@Tomy13 :
c’est seulement la partie libre du source qui est publiée (comme de juste). Et de toute façon on ne peut rien en faire :
« Q: Est-ce que je vais pouvoir remplacer tout ou partie du micro-logiciel de l’equipement [XXX] avec le mien ?
R: Un tel acte n’est pas permis. La législation relative aux télécoms imposent à tout opérateur de prendre les mesures nécessaires pour garantir l’intégrité et la sécurité du réseau et des communications. »
(http://www.livebox-floss.com/FAQ/index_fr.htm)
23 août 2010 à 14:55
i Tunes n’est pas le seul logiciel utilisable pour charger du contenu sur un i Pod. i Tunes n’est pas non plus le seul logiciel utilisable pour télécharger des podcasts sur un Pécé, a fortiori sur un i Pod au travers d’un PéCé.
Mais le poids pris par cette application dans le domaine du podcast montre bien qu’Apple a bien travaillé et créé « une expérience utilisateur » de grande qualité. Il est fort difficile d’obtenir la même simplicité avec les logiciels tiers.
Comme le rappelle Patrick Beja dans le numéro 38a de [url=http://www.captainweb.net/2010/07/04/la-desolidarisation-massive-de-patrick-et-la-pelle-du-18-juin/]« l’apéro du Captain »[/url] en s’adressant à des podcasters habitués à la technologie, rien ne les oblige à utiliser i Tunes, car ils ont les compétences leur permettant d’utiliser des logiciels tiers sans les soucis que ma maman aurait si elle le tentait. Et pourtant … et pourtant, même eux utilisent i Tunes. Pour quelles raisons ? Chacun ira de sa réponse, mais la force de l’habitude y joue un grand rôle à mon avis.
On en revient à une problématique identique à celle de l’intégration d’IE 6 dans Windoze ixpé lors de sa sortie. On peut faire sans, mais tout a été pensé pour en dissuader l’utilisateur. Bien des années après, nous avons enfin un outil Microsoft qui nous permet de choisir certaines des briques de base de l’équipement logiciel de nos PC sous Windoze. Mais que d’énergie dépensée pour en arriver là !
Ce n’est qu’à partir du moment où les concurrents d’IE 6 sont devenus bien plus performants, pratiques et simples d’utilisation que l’idée qu’une vie sans IE est devenue crédible. L’une des conditions nécessaire, mais pas la seule, l’auteur en parle assez, est l’existence d’une alternative crédible à « l’expérience utilisateur » proposée par Apple. Et, c’est mon humble avis, il y a bien plus de chemin à parcourir pour y arriver que de concevoir Firefox…
Mais pour cela, il faut aussi que le jeu en vaille la chandelle, et que les développeurs qui s’attelleront à cette tâche aient des perspectives raisonnables de retour sur investissement, qu’il s’agisse de monnaie sonnante et trébuchante ou pour la gloire comme il est souvent le cas dans le monde du logiciel libre. Il convient donc que la notion de libre entreprise puisse accéder dans cet univers constitué de systèmes propriétaires et fermés.
Sans intervention d’un tiers neutre comme devrait l’être l’Etat, il est probable que les divers débats sur la neutralité, quasi-neutralité, pseudo-neutralité… conduisent à verrouiller les positions dominantes actuelles les empêchant de se « ringadiser » comme beaucoup d’autres l’ont fait. Mais, à la différence des autres oligopoles, ceux du Net savent qu’ils sont mortels, tout comme l’étaient les anciennes gloires du passé qu’ils ont étouffé, et donnent de plus en plus l’impression de vouloir empêcher, qu’à leur tour, ils soient balayés par des plus innovants. C’est l’un des axes de débat pris par les USA dans le débat de la notion de neutralité, quelqu’en soit l’extension qu’on lui donne.
23 août 2010 à 16:30
On en revient à une problématique identique à celle de l’intégration d’IE 6 dans Windoze ixpé lors de sa sortie.
Tout a fait, cela ressort bien du droit à la concurrence, et non de la net neutralité.