Une étude récente de Pew Internet souligne la disparité quant aux moyens d’accès à internet entre populations riches et pauvres aux Etats-Unis. Les populations les plus défavorisées sont, bien plus que les classes aisées, particulièrement portées sur l’utilisation de l’internet mobile, voir y accèdent exclusivement par ce biais.
Une source proche du gouvernement nous confirme que la situation est similaire en France, tout en soulignant que l’action gouvernementale en vue de répandre les usages en termes d’accès à l’internet s’est justement appuyée sur les moyens d’accès mobiles. Expérimentation en cours auprès des seniors utilisant des tablettes mobiles, effort particulier, à travers l’initiative Proxima Mobile, pour rendre accessible les services de l’Etat sur le mobile, aides gouvernementales destinées à dynamiser l’écosystème du mobile en France… les autorités ont non seulement identifié ce phénomène, mais font des efforts particuliers pour tirer parti de ce constat et rendre l’Etat et ses administrations plus accessibles via le mobile.
Si ce phénomène se poursuit – et il n’y a aucune raison pour que cela s’inverse – nous arriverons à un monde où l’accès à l’information via mobile sera prédominant au sein des populations défavorisées, là où les internautes plus aisés continueront d’utiliser l’internet classique.
Arrive la neutralité du net
La neutralité du net consiste, entre autre, à laisser à l’internaute le libre choix des contenus auquel il souhaite accéder, sans que les fournisseurs d’accès à internet n’en privilégient certains de quelque façon par rapport à d’autres, de quelque façon que ce soit. Sur le mobile, cette neutralité du net semble dors et déjà condamnée.
Mais au delà des considérations technologiques propres au mobile, et aux éventuelles limitations imposées par ces technologies, il est un élément totalement négligé dans le débat en cours : la transposition dans le virtuel non plus de la Liberté, l’une des devises de la République Française, mais de l’Egalité, qui vient juste après.
Avec un régime spécifique pour le mobile, qui est dors et déjà une réalité, l’égalité semble bel et bien avoir été sacrifiée.
La Liberté l’avait été sur l’autel de la sécurité, mais l’Egalité, elle, le sera, au choix, sur celui du profit ou de contraintes technologiques habillement transformées en atouts marketing.
La fraternité pourrait elle venir à la rescousse ?
Quelle société du savoir pouvons nous espérer mettre en place dans un univers virtuel où deux des trois devises de ce qui fait notre pacte républicain ont été mises de coté ?
Si l’idée martelée par les fournisseurs d’accès à internet que l’on doit se diriger vers un modèle économique où chacun paie pour la quantité d’information qu’il consomme est frappé d’un certain bon sens économique, on peut tout tout de même raisonnablement se demander si, dans un pays où l’instruction n’obéit pas à cette règle, nous ne somme pas en train de perdre quelque chose d’absolument fondamental.
Si le mobile devient à terme l’outil d’accès au savoir privilégié des populations pauvres, voir les connaissances et les informations qui y seront accessibles choisies et sélectionnées par des entreprises privées ne représente-t-il pas une menace grave pour le concept d’égalité ?













23 août 2010 à 17:18
Je ne comprends pas bien le lien entre l’étude mise en lien et l’article. Dans l’étude, il n’est fait allusion à aucun moment au niveau économique des personnes interrogées. Le seul rapport que je trouve entre les deux, c’est le fait que les non-blancs (Noirs et Hispaniques) semblent en effet utiliser d’avantage Internet par mobile que les Blancs (cf http://www.pewinternet.org/Reports/2009/12-Wireless-Internet-Use/6-Access-for-African-Americans.aspx?r=1, et particulièrement ce tableau : http://www.pewinternet.org/Reports/2009/12-Wireless-Internet-Use/6-Access-for-African-Americans/~/media/F22B3C3A592A497B8088806907DA1A5E.jpg?w=530&h=377&as=1 ). Il est probablement possible de corréler ceci à des questions de niveau économique, mais cela change tout de même assez radicalement la signification de ces données, et il me paraît assez limite de ne pas le mentionner. De plus, la différence d’utilisation d’Internet non mobile entre ces deux populations, bien que significative (14% de différence entre Blancs et Noirs), n’est pas aussi flagrante que ce que votre première phrase laisse entendre.
Si j’ai négligé la partie de l’étude à laquelle vous faites allusion, toutes mes excuses, mais le fait est que je ne comprends pas bien comment vous arrivez aux conclusions exprimées dans l’article.
23 août 2010 à 17:24
Malheureusement, appartenance ethnique et niveau de vie, c’est parfaitement corrélé aux USA (en France il n’y a aucune étude de ce type, c’est illégal)
http://www.infoplease.com/ipa/A0104552.html#axzz0xRVxajqU
http://www.npc.umich.edu/poverty/#4
Quant à la différence, elle est de l’ordre de 50% (14 points, soit 50% de différence, je sais, les stats, c’est assez bizarre) en plus chez les population hispanique et noire, si vous regardez bien les chiffres :-)
Pour ce qui est de la prépondérance, en France, de l’usage du mobile pour accéder à internet chez les populations défavorisées, c’est confirmé par le gouvernement himself…
23 août 2010 à 17:51
Que ça soit corrélé, je n’en doute pas un instant (merci pour les liens, d’ailleurs), mais ça n’est pas pour autant que c’est la même chose, ni que c’est généralisable a d’autres cultures.
Si vous faites allusion à ces chiffres-ci :
http://www.pewinternet.org/Reports/2009/12-Wireless-Internet-Use/6-Access-for-African-Americans/~/media/9B855466D7104651B88BFF040F7390E7.jpg?w=530&h=425&as=1
alors la différence est effectivement de 14 points entre Blancs et Noirs, autant pour moi. En revanche, les Hispaniques semblent accéder d’avantage que les Blancs à Internet de façon « traditionnelle » (59 contre 60%). On pourrait donc, par exemple, penser que ces différences d’accès ne sont pas dues à des questions économiques, mais culturelles. Pour aller dans ce sens, on observe également (cf. http://www.pewinternet.org/Reports/2009/12-Wireless-Internet-Use/7-Appendix/~/media/26EDDC64DB584DCBA0D5CE7A769A9476.jpg?w=530&h=560&as=1 ) que 69% des Noirs interrogés possèdent au moins 2 équipements capables d’accéder à Internet – et on peut supposer que dans la plupart de ces cas, il s’agit d’un smartphone *et* d’un ordinateur.
Là ou je veux en venir, c’est que selon moi, il s’agit d’avantage d’une question de pratiques culturelles qu’une question de moyens. Mes observations personnelles (sur une population constituée essentiellement d’étudiants, donc disposant d’un budget généralement assez limité) est que l’accès à Internet par ordinateur est toujours prioritaire, budgétairement, à celui par mobile. Si il est effectivement inquiétant qu’une population, quelle qu’elle soit, privilégie aussi fortement une manière d’accès à Internet aussi dangereuse pour la neutralité du réseau, je ne pense pas cependant qu’il s’agisse là d’une question exclusivement économique. Je ferais un parallèle avec le fait que la majorité des jeunes européens préfèrent avoir un compte Facebook qu’un site personnel : c’est une question non pas de moyens économiques, mais de culture. C’est, bien entendu, tout aussi dangereux pour la neutralité du réseau.
23 août 2010 à 18:00
Le vrai soucis, c’est qu’aucune étude similaire n’est faisable en France. Par contre, une chose est confirmée, en France comme aux US, plus on est pauvre, plus l’accès à l’internet mobile domine l’accès à l’internet classique. Je n’ai pas d’autre étude regardant de près ce sujet (celle du gouvernement n’est pas publique), et à ma connaissance, il n’y en a pas d’autres touchant d’autres pays.
Je doute que cela ait un rapport avec une dimension culturelle – si tant est que l’on peut aller à cette conclusion sur l’aspect ‘ethnique’ de l’étude US – because on n’a pas du tout la même population en France. Et ce n’est pas non plus un critère d’âge. Les jeunes – et riches – sont certes adepte du mobile, mais utilisent massivement l’internet classique, ce qui n’est pas le cas des jeunes pauvres (toujours en France).
Par ailleurs, les étudiant (du supérieur, j’imagine), j’ai peur que ce soit un cas à part, non ? Difficile de faire des étude sans un PC et un accès internet de nos jours, non ? A priori, ce n’est pas la population la plus menacée d’une exclusion informationelle, j’aurais plus tendance à craindre pour tout ce qui n’est pas diplomé et jeune (ou dans le cas cité plus haut, vieux et qui ne s’est pas encore mis au web).
23 août 2010 à 18:13
Bonne remarque sur les étudiants.
Evidemment, si vous invoquez une étude non publique, les choses changent un peu de visage :) je n’ai effectivement rien trouvé de probant sur la question, d’où mon scepticisme initial.
23 août 2010 à 18:15
Je ne l’ai même pas eu en main, juste eu confirmation qu’effectivement, en France comme aux US, plus on est pauvre, plus l’accès internet se fait par mobile…
Si quelqu’un a des études là dessus (je suis certain qu’il y a eu de faites chez les opérateurs mobiles), on est archi preneur !!!
23 août 2010 à 18:54
Si… Etude Credoc, page 44 tableau 12, qui semble en effet indiquer un nette augmentation de l’utilisation du mobile pour l’accès internet au sein des foyers à bas revenus par rapport aux foyers à revenus élevés… un peu mince, mais c’est un début. Le tableau 14 donne également des chiffres interessants.
http://www.arcep.fr/uploads/tx_gspublication/etude-credoc-2009-111209.pdf
23 août 2010 à 19:19
Je suis sceptique aussi sur le sujet, je ne dois pas être dans la bonne tranche des pauvres de cette analyse parce que j’ai beau retourner les critères qui peuvent faire pencher d’un coté ou de l’autre, l’ordinateur reste mon moyen de connexion favori:
-Prix d’achat du support.
-Capacités du support.
-Prix de l’abonnement.
23 août 2010 à 20:17
Vous faites aussi probablement parti de ceux qui ont une utilisation pointue d’internet, et donc qui ne saurait se contenter de Facebook et de deux trois autres trucs, et qui abordent la chose de façon rationelle. Si on regarde le marché de l’automobile, l’achat le plus raisonnable est rarement la voiture qui coute la moins cher a acquérir, c’est ce raisonnement que vous appliquez, quitte a investir plus d’argent au départ, vous vous y retrouvez à la fin.
Ceci dit, les études du Credoc tendent a montrer que l’acces mobile est plus fort chez les bas revenus et en bcoup plus forte progression…
23 août 2010 à 23:16
J’essaye de toujours comprendre ce genre de billet..Il me faudra le relire deux fois avant..Je reste basique dans ma manière de voir. A quand l’internet gratuit pour les pauvres. Mais que veut dire pauvre aujourd’hui ????? Bientôt, même les classes moyennes sertont pauvres et vont se désabonner du net et leur portable..Ben oui, on aura plus les moyens de payer…
24 août 2010 à 1:08
Eleonora: http://fr.wikipedia.org/wiki/Seuil_de_pauvret%C3%A9#Seuil_de_pauvret.C3.A9_en_France
24 août 2010 à 20:19
Cet article me rappelle un autre article paru sur internetActu : http://www.internetactu.net/2010/06/07/pdlt-la-mort-du-web-ouvert/
Mais étonnamment, les conclusions s’opposent : l’internet mobile (ou plus exactement l’internet Apple, c’est la grosse différence d’approche entre les deux articles) est vu comme un refuge propre et attractif pour les publics aisés, désireux de se débarrasser de toutes les pubs, pop-up etc…
Certes il ne s’agit que du point de vue iphone, ipad, mais ces outils sont assez répandus dans les classes défavorisées également (du moins c’est l’impression que j’en ai, même si je n’ai aucune référence chiffrée : c’est simplement une constatation que je fais, habitant en Seine Saint Denis…)
Alors internet mobile vs internet ordinateur ou internet navigateur vs internet applications apple ?
et au passage, si vous avez des références sur l’implantation d’Apple dans les différentes couches de population ,je suis preneur !
24 août 2010 à 21:24
Nos conclusions ne sont pas incompatibles :-)
Apple ne touchera a terme que les nantis, surtout quand les Android à 100$ vont inonder le marché.
Sinon, pour ce qui est de la pénétration d’Apple par CSP, aucune idée, et je doute qu’Apple communique là dessus. Par contre, pour ce qui est de voir apparaitre des Android à très bas prix, je n’ai pas le moindre doute :-)
25 août 2010 à 21:55
« Apple ne touchera a terme que les nantis »
Pas sûr du tout. Lacoste était (est?) une marque à destination des nantis, mais aussi très achetée dans les cités. L’effet Veblen (http://fr.wikipedia.org/wiki/Effet_Veblen) joue à plein. Je suis sûr que les pauvres n’auront pas le dernier Iphone et tout les trucs qui en font un symbole de classe, mais il en auront un peut-être vieux, peut-être tomber du camion, peut-être une super promo.
Maintenant, je suis sûr que le prix d’achat du terminal est un critère particulièrement important pour les pauvres. Mais, les netbooks sont très peut chère aussi et donnent accès à internet. Je suis curieux de voir l’effet de l’un et de l’autre.
29 août 2010 à 22:17
D’un autre côté, PewResearch dans une étude plus récente dit que :
87% des Noirs et des Hispaniques ont leur propre téléphone cellulaire comparativement à 80% des Blancs . Un écart moins important que votre article le laisse entendre .
http://pewresearch.org/pubs/1654/wireless-internet-users-cell-phone-mobile-data-applications
29 août 2010 à 22:19
Où est la contradiction ? L’étude du même Pew dont parle l’article parle d’usages, pas de possession de mobile ;-)
Ce ne sont tout simplement pas les mêmes choses que l’on mesure, et mon article ne laisse rien entendre sur la proportion de possesseurs mais sur l’utilisation de l’internet mobile.
29 août 2010 à 23:02
Oui d’accord, il n’y a pas de contradiction ;) . Mais je ne sais pas si on peut faire une comparaison avec la France où les prix du fixe sont très bas contrairement à ceux de l’internet mobile .
Aux U.S.où AT&T et Verizon se bagarrent sur les prix, les forfaits mobiles illimités sont très avantageux . Par contre, le marché des applications pour smartphones qui explose va peut-être rétablir l’équilibre, pour des raisons économiques, de l’usage du mobile entre les Blancs et les Noirs et les Hispaniques .
29 août 2010 à 23:31
Difficile à prédire… Reste qu’en France, et malgré les tarifs prohibitifs du mobile, on retrouve cette prédominance de l’accès mobile chez les populations défavorisées (cf étude Credoc plus haut). D’un point de vue économique, c’est étrange, mais c’est bien la cas…
02 septembre 2010 à 10:00
Une petite illustration de ce que vous dites si justement, pastiche d’un texte bien connu de Baudelaire, accessible à http://tinyurl.com/38hyufc