Les média sociaux bouleversent l’économie

Soumitra-DuttaLes média sociaux pourraient rendre caduque la façon de mesurer l’aptitude aux nouvelles technologies et l’économétrie en général.

J’étais à la conférence Techonomy début aout, un endroit ou les innovateurs du monde entier se réunissent pour discuter de la façon dont les nouvelles technologies peuvent apporter une réponse aux problèmes du monde. A peine la conférence entamée, les controverses fusent de part et d’autre.

La journée a commencé avec une présentation du très attendu et particulièrement influent Global Technology Report, qui devrait paraitre sous peu. Un rapport publié annuellement de plus de 400 pages qui regarde à quel point les différents pays du monde sont aptes à tirer parti des technologies. Soumitra Dutta, co-auteur du rapport, affirme que la montée des média sociaux appelle à prendre en considération leurs impacts sociaux tels que le bonheur ou la cohésion sociale, et a aller au delà du PIB. D’autres facteurs tels que le développement durable poussent à reconsidérer les outils de mesure utilisés dans le rapport.

Il est apparu rapidement, cependant, que de tels changements pourraient compliquer les choses, et les rendre sujettes à de vives controverses, si l’on allait au delà du calcul de la bande passante en Tunisie ou à Teheran.

L’un des avantages de l’ancien outil de mesure, selon Dutta, est qu’il permettait de mettre en lumière des pays dans des zones moins favorisées du monde qui avaient mis en place des solutions particulièrement innovantes afin d’être en mesure de tirer parti au mieux des nouvelles technologies. Ceci dit, l’exemple le plus frappant issu de l’édition de l’année dernière était la Tunisie.

Les lecteurs de ReadWriteWeb se souviennent probablement que nous avons beaucoup écrit au sujet de la Tunisie et la façon dont son gouvernement autoritaire exerce contrôle et surveillance sur sa population en ligne. Si, comme cela a été suggéré lors de cette conférence, les média sociaux et la liberté d’expression qui en résultent étaient pris en compte dans les calculs de la banque mondiale concernant la capacité d’adaptation des pays aux technologies, quelles conséquences cela pourrait-il avoir sur les investissements en Tunisie ou dans des pays similaires ?

Les choses deviennent confuses quand quelque chose qui porte des valeurs démocratiques en soi prend une place dans un outil de mesure économique. L’économie est bien plus simple quand il s’agit de compter de l’argent et que l’on mesure la capacité à créer de la valeur. Les temps changent, ceci dit. La frontière entre les technologies, l’économie et la démocratie est de moins en moins claire (heureusement), et tout le monde ne s’en réjouit pas.

Est-il approprié pour la liberté d’expression d’impacter les outils de mesure économiques d’une organisation comme le World Economic Forum, qui sont destinés à jauger de l’aptitude d’un pays à tirer parti des technologies, sachant que ces résultats ont un fort impact sur les investissements que ces pays recevront ?

Si vous voulez en savoir plus sur cette discussion qui s’est tenu la semaine dernière, vous pouvez lire (en anglais) la couverture complète que j’ai fait de la conférence sur le Techonomy blog).

Photo de Soumitra Dutta CC du World Economic Forum)


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7 commentaires pour cet article

  1. Etienne Denis

    Si on discutait de la possibilité de changer la façon de calculer le taux d’alphabétisation des pays, un titre « L’alphabétisation bouleverse l’économie » serait très exagéré.

    On a la même chose ici.

    Le titre est en effet erroné. Il est lancé comme une affirmation, alors que le texte dit que c’est une hypothèse… et encore, « bouleverser » est une affirmation beaucoup trop forte.

    Internet a réellement bouleversé l’économie en envahissant toutes les sphères, et en y changeant de façon fondamentale la façon de travailler. Or, selon l’article, le « bouleversement » en question est simplement un changement de la méthode de cal­cul de la banque mon­diale concer­nant la capa­cité d’adaptation des pays aux tech­no­lo­gies. Cela affecterait certains pays seulement.

    On a beau être passionné des médias sociaux et aimer les déclarations qui affirment que notre passion est la chose la plus importante qui se passe actuellement sur la planète, c’est quand même une bonne pratique que de garder les deux pieds sur terre.

  2. Fabrice Epelboin

    Sauf que cet indice est déterminant pour les décision d’investissements de tous les fonds et des grandes multinationales, donc certe, boulverser est un peu fort, mais sérieusement foutre la merde (ce qui convient tout aussi mal pour un titre, certes), c’est indiscutable.

    Quant au fait qu’il existe plein d’autre choses bien plus importante, vous semblez perdre de vue que nous ne somme pas du tout un média généraliste, on ne s’interesse ici qu’au numérique ;-)

  3. Etienne Denis

    Fabrice, vous êtes passionné du numérique, moi aussi. Vous en vivez, moi aussi. ReadWriteWeb est un (très bon d’ailleurs) média numérique, certes. Mais là n’est pas la question.

    Si je comprends bien l’article, les médias sociaux et la liberté d’expression (déjà deux concepts bien distincts), pourraient être (et non seront) un facteur (parmi de nombreux autres) utilisé pour mesurer la capacité des pays à s’adapter aux nouvelles technologies. Cette capacité d’adaptation est à son tour un facteur (parmi de nombreux autres) guidant les décisions d’investissement étranger.

    Pour parler de « foutre la merde », il faudrait encore que ce soit un facteur déterminant, donc plus important que les autres…

    Et parmi ces autres, il y a l’alphabétisation, la formation universitaire de l’élite, le niveau de corruption, la fiscalité, la distance géographique, les réseaux de transport, le coût de l’énergie, l’accès aux ressources, les barrières de la langue, les normes environnementales, les barrières au commerce (ou au contraire les accords de libre échanges), la stabilité politique, les menaces militaires, les variations de taux de change, etc.

    A leur tour, les décisions d’investissement étranger ne sont qu’un facteur parmi tous ceux qui déterminent l’économie. Je vous referai pas le coup d’une longue liste, mais je vais prendre l’exemple des USA. Si leur économie bat de l’aile, ce n’est pas à cause d’une baisse des investissements étrangers, mais plutôt d’une dérèglementation qui a mené à une faillite du système financier.

    Croyez-vous sérieusement que les médias sociaux vont peser plus lourd que tout ça dans l’économie et, pour reprendre votre expression, réussir à y foutre la merde?

    Sérieusement?

  4. Fabrice Epelboin

    ha, je vois le problème. Il s’agit du Technologie Index, qui ne prend pas du tout en compte ni l’alphabétisation, ni les formation universitaire, ni la fiscalité, etc. Ces trucs là rentrent dans d’autres index ;-)

    Sinon, oui, je crois sérieusement que certains pays vont perdre et d’autres gagner des places suite à l’intégration des média sociaux dans cet index, et que cela aura une incidence. Certes, pas 1 point de PIB (loin de là), mais suffisamment pour que ca agace certains dirigeants. Dans les pays qui se tire la bourre pour attirer des capitaux, ca compte (bien sur la France et les USA sont au dessus de cela).

    Les média sociaux et la liberté d’expression sont lié dans ce calcul (d’où le problème tunisien, Facebook a indéniablement amélioré la liberté d’expression là bas), et du coup, ca ferait remonter la Tunisie dans le classement, vu l’usage intensif qui est fait des média sociaux là bas…

  5. Kalki

    Un lien important

    http://www.agoravox.fr/actualites/economie/article/democratiser-la-monnaie-80183#forum2664111

  6. MartineBoude

    Si je comprends bien il s’agit de la proposition de la commission E. Stiglitz.

    Ce qui me gêne dans ce nouveau thermomètre c’est qu’il arrive à point nommé pour les hommes politiques occidentaux.

    Le niveau de vie baisse, c’est une tendance longue, on y ajoute les libertés individuelles ( je fais simple) et hop ça repart.

  7. abcmoteur

    Je suis d’accord avec Etienne, ce ne sont pas les médias sociaux qui vont boulever une économie. Plus tard d’accord, mais actuellement avec toutes les incertitudes qui pèsent dessus…

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ReadWriteWeb est un blog dédié aux technologies internet qui en couvre l’actualité et se distingue par ses notes d’analyse et de prospective ainsi que par l’accent mis sur les usages et leurs impacts sur les média, la communication et la société. Il est classé parmi les blogs les plus influents de la planète par Technorati et Wikio. Publié en cinq langues, il s'appuie sur un réseau de correspondants locaux en Nouvelle-Zélande, aux Etats-Unis, en France, en Espagne, au Brésil, en Chine ainsi qu'en Afrique francophone. Ses articles sont publiés dans la rubrique technologie du New York Times.


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