Mark Zuckerberg, le patron de Facebook, avait provoqué des réactions extrêmes en janvier dernier lorsqu’il avait déclaré que la notion de vie privée sur Internet devenait de moins en moins importante pour ses utilisateurs.
Qu’en est-il dans les faits, lorsque l’on interroge les internautes français ?
Une étude publiée par la société Nimjan et réalisée par l’agence Iligo se penche sur la question de manière très approfondie. Qu’y apprend-on ?
Tout d’abord, que ce soit pour afficher fièrement votre âge, renseigner votre niveau d’étude, donner votre dernier numéro de téléphone ou encore poster des photos où vous apparaissez avec vos meilleurs amis lors d’une soirée entre amis, l’internet et les réseaux sociaux ont véritablement bouleversé notre manière de divulguer de l’information personnelle. Google, Facebook, Twitter, Flickr ou encore YouTube ont changé le rapport de l’internaute français à ses données personnelles publiées sur le réseau. Ils sont plus de la moitié à partager des informations ou même des informations de géographie ou des photos via un outil social. Cela confirme que l’usage est entré dans les moeurs.
La simplicité du partage a clairement amené l’usage, mais est-ce que cela va sans réticence ? Il est intéressant de voir que 61 % des internautes estiment bien contrôler les informations personnelles qu’ils publient sur internet, et cela malgré la conscience des traces qu’ils laissent sur internet pour remplir un formulaire en ligne, échanger des informations sur un réseau social, commander un article sur internet, animer un blog.
Réalisée en octobre 2010 sur une population de 1 003 internautes français âgés de 16 à 65 ans, l’étude exclusive Iligo Nimjan révèle que les internautes français ont le sentiment de maîtriser les données personnelles qu’ils dévoilent sur internet. S’ils ont confiance en eux pour « piloter » la gestion de leur propre identité numérique, la « conduite » des autres à l’égard des données de la vie privée suscite par contre beaucoup plus de craintes.
Ainsi d’un côté, vous allez pouvoir apprendre que 61 % des internautes estiment bien contrôler les informations personnelles qu’ils laissent ou qu’ils publient sur internet. A l’inverse, ils se disent plus inquiets de l’utilisation des données numériques pour un membre de leur famille que pour eux même (1 sur 2 inquiet). Les femmes avec enfants se révèlent même les plus inquiètes (58 %) pour les membres de leur famille. Et pourtant ils déclarent communiquer des informations sur des membres de leur famille à 72 %, même s’ils précisent qu’ils ne le font que rarement…
L’image du conducteur puissant derrière son volant, virevoltant dans les embouteillages et filant sur l’autoroute s’adapte complètement à notre internaute français communicant qui poste des messages tous les jours, partage toutes ses photos de soirée et de vacances ou donne toutes ses coordonnées. Ce conducteur et internaute est d’un côté un as du volant intouchable et de l’autre une icône ayant une « audience » de plus de 3 000 vrais amis qui le suivent. Mais, c’est bien connu, le danger ne vient pas de soi. On est bon conducteur en ligne comme sur la route, mais c’est l’autre, famille, ami ou collègue, qui peut nous amener à l’accident en propageant des données trop personnelles au-delà du raisonnable.
Par ailleurs, l’étude démontre aussi de manière intéressante que les jeunes et les membres des réseaux sociaux se montrent soucieux de l’utilisation commerciale de leur identité numérique (75 % des 16-24 ans).
L’image du jeune internaute qui dévoile toute sa vie sur Facebook sans se soucier de son image est fausse. En fait, ils sont une grande majorité à gérer leur e-réputation, leur image sur le net (peut-être maintenant plus que dans la cour du lycée ou les bancs de l’université?). C’est plus que leurs ainées. Ainsi 87 % des 16-24 ans déclarent avoir fait une recherche sur eux même. Mieux ces derniers sont aussi les champions de l’utilisation des réglages de confidentialité dans les réseaux sociaux avec 90 % tout de même… La génération digitale est ainsi celle qui se dévoile le plus sur le net mais c’est aussi celle qui entreprend le plus d’actions (à l’exception de se désinscrire d’un réseau dont le score reste dans la moyenne observée auprès des membres d’un réseau). Alors le jeune est finalement peut-être le premier à être « social-responsable ».
Enfin, l’étude se termine par une analyse du contrôle de ses données personnelles dans les réseaux sociaux et surtout les actions entreprises pour préserver ces dernières. À 78 %, les internautes français n’acceptent pas toutes les demandes d’amitié dans Facebook et consorts. Surtout 2 internautes sur 3 déclarent modifier leurs réglages de confidentialité pour limiter l’accès à certaines de leurs données.
Au final, il semblerait qu’en adoptant ces nouveaux outils, la conscience de leurs implications en terme de perte d’intimité progresse. Le droit à l’oubli et la possibilité de maitriser totalement sa vie en ligne ne sont pas encore une priorité, mais devraient rester au coeur des préoccupations des internautes. La mort de la vie privée semble avoir été grandement exagérée par Facebook, la donnée de l’utilisateur étant sa principale source de monétisation.
(image CC de opensourceway)













30 novembre 2010 à 10:13
Bien sûr que la prise de conscience progresse sur internet grâce aussi à des gens comme vous qui le manifeste en nous informe des dérives possible.
Malgré tout nous pouvons craindre de manière plus générale pour notre vie privée… J’en ai parlé dans un de mes derniers billets d’ailleurs donc je ne vais la le développer ici. (http://www.carnicelli.eu/nolimitcoaching/2010/11/vie-priv%C3%A9e-en-danger-.html)
Et là les chiens de garde … sont moins nombreux malheureusement !
Bien à vous
Pierre
30 novembre 2010 à 10:15
Peut-etre est-ce egalement du a une perception via le prisme americain que Facebook ce fait de la vie prive.
En tout en France, la sensibilisation est en cours, la prefecture de police de Paris a recemment mis en ligne une serie de spot pedagogique pour la sensibilisation des lyceens: http://www.poligeek.fr/spip.php?article73
01 décembre 2010 à 13:19
@Pierre Carnicelli : ton blog fait un fâcheux amalgame : dans le cas de l’affaire Karachi, donner un dossier à un juge, ce n’est pas le rendre public ! Les politiques ont un devoir de transparence quant à leur utilisation de l’argent public et de l’influence qui leur ait prêté pendant un temps par le peuple.
03 décembre 2010 à 18:53
En Belgique aussi, les consciences s’éveillent à ces enjeux. Le jour de ton article sort une campagne de sensibilisation des citoyens: http://facebooktefiche.be avec un chouette clip video.
11 décembre 2010 à 0:37
je me souviens du scandale sur la vie privée et la sortie de google mail et de ses publicités adaptées aux sujets de vos mails… un scandale à l »époque, Hotmail et Yahoo! se délectait de la mauvaise aventure médiatique de google … mais au final le public a compris les enjeux et plus rien ne choque maintenant !