ReadWriteWeb French edition » yonggook http://fr.readwriteweb.com Libertés numériques, innovations disruptives, et trucs digitaux en tout genre Tue, 07 Feb 2012 23:21:47 +0000 en hourly 1 Findawine : le moteur de recherche du vin http://fr.readwriteweb.com/2010/02/19/a-la-une/findawine-moteur-de-recherche-du-vin/ http://fr.readwriteweb.com/2010/02/19/a-la-une/findawine-moteur-de-recherche-du-vin/#comments Fri, 19 Feb 2010 07:30:39 +0000 yonggook http://fr.readwriteweb.com/?p=7452

findawine-logoS’il est un produit où le consommateur de base a besoin d’éclairage avant l’achat c’est bien le vin. Car à moins d’être suffisamment amateur pour y investir du temps et de l’effort, sélectionner le bon prix et la bonne bouteille, alors qu’entrent en jeu mille paramètres qui déterminent l’un et l’autre, relève pratiquement de l’impossible. Bien sûr quelqu’un de votre entourage saura peut-être vous guider, mais derrière ses conseils pleins d’autorité qu’est-ce qui vous certifie qu’il ne s’y prend pas exactement comme vous pour sélectionner le bon vin? Viande = rouge, étiquette élégante avec un château dessiné dessus = qualité, plus de 15 euros = ça peut pas être mauvais…

A l’heure où même les marchés les plus opaques sont en passe de devenir lisibles grâce à Internet, il était temps que quelqu’un s’attaque à celui du vin. Et en tant que Français, on peut se réjouir que l’une de ces initiatives soit l’oeuvre de deux jeunes Français passionnés de vin Damien Bonnabel et Julien Pichoff.

Le 10 novembre 2009, les deux co-fondateurs ont lancé Findawine.com, au cours d’une soirée fromages – vins animée par Franck Thomas, sommelier au palmarès impressionnant (Meilleur Sommelier de France et d’Europe 2000, Meilleur Ouvrier de France 2000 Mention Sommellerie, Meilleur Jeune Sommelier de France 1995 et enfin demi-finaliste du concours de Meilleur Sommelier du Monde en 2004).

Cliquer ici pour voir la vidéo.

Findawine.com se présente d’abord comme un « Kelkoo » du vin. Le site a référencé près de 115 000 offres auprès de 139 cavistes pour le plus grand plaisir des amateurs que nous sommes. C’est donc l’occasion pour moi de me livrer à un premier test pour vérifier la valeur ajoutée du service. Et ça tombe bien parce que pour accompagner mon dîner de samedi prochain j’ai envie de faire honneur à mes hôtes et à mon magret de canard avec un Bordeaux, plutôt du côté de Pomerol.

Mon choix ignore superbement mon porte monnaie et se porte sur une bouteille de Château Gazin, dont je me souviens que les vignes jouxtent celles de Pétrus. La bouteille est à boire tout de suite, le millésime que j’envisage est donc 1995, bonne année pour les Bordeaux d’après de vagues souvenirs. Je saisis donc la requête « Gazin 1995″ sur Findawine.com et la première valeur ajoutée du service apparait lors de la consultation des résultats: la pertinence du moteur de recherche. Car Findawine me retourne un unique résultat, exactement celui que je cherchais. A l’ère de la surabondance d’information, où l’on attend que chaque requête renvoie des pages entières de résultats, le moteur de recherche de Findawine est un peu déconcertant mais finalement très logique dès lors que je sais exactement ce que je veux: « Chateau Gazin 2005″, et non « Mondésir Gazin », ni « Maine Gazin », ni « Les Granges de Gazin », etc.

Je clique donc sur l’unique résultat proposé et me retrouve sur la page consacrée à la bouteille en question. Je vois d’emblée que Findawine me propose de me mettre en relation avec plusieurs revendeurs dont le plus compétitif me proposerait la bouteille convoitée pour 55 euros, alors que la bouteille coterait à plus de 80 euros. Mais avant d’aller plus loin, voyons ce que me dit Findawine sur mon choix.

findawine2

Au début, peu de surprise, la page nous indique l’identité du vin: le producteur, l’appellation, les cépages. Puis viennent des renseignements sur le vin lui-même: on apprend ainsi que le millésime 1995 du Gazin dévoile des notes de fruits rouges et noirs, qu’il est interminable en bouche, qu’il est ample, ou qu’il présente des touches de rondeurs et qu’il peut être gardé plus de 10 ans. On apprend également que pour Chateau Gazin, les meilleurs millésime sont 2001, 1982, 1998 ou 2002. Enfin, Findawine attribue à ce vin une note de 92/100 (« moyenne des notes attribuées à ce vin par des critiques professionnels et amateurs disponibles sur Internet » selon Findawine) qui me paraît satisfaisante dans l’absolu mais qui en l’absence de point de comparaison, ne me permet pas de trancher.

Bien sûr, la valeur de ces indications est limitée par la subjectivité inhérente à la dégustation de vin et chacun sera libre d’être en désaccord avec les indications de Findawine. Mais dès lors qu’on accepte d’être accompagné dans cet univers complexe et relatif, il faut admettre qu’en nous faisant bénéficier de cette richesse d’infos passées sous le regard d’un sommelier tel que Franck Thomas, Findawine apporte un réel plus par rapport aux services en ligne existant.

Surtout que là ne s’arrête pas la fiche de renseignement de chaque bouteille. En bas de la page se trouve un graphique présentant trois courbes: l’une décrit l’évolution de la cote du vin en question en fonction du millésime, l’autre décrit l’évolution de sa note, enfin la troisième fait le rapport entre les deux précédents pour nous indiquer le rapport qualité-prix d’un vin en fonction du millésime. Concrètement qu’apporte cet outil? La possibilité d’un amateur comme moi d’être accompagné dans le choix de son millésime. Parce que pour revenir à mon Château Gazin, Findawine m’apprend que le millésime 1992, est nettement plus intéressant: moins cher et mieux évalué.

findawine1

Encore une fois, cet avis n’engage que Findawine, mais lorsqu’on n’est pas expert comme moi, un tel conseil s’avère appréciable. Je m’empresse de taper la requête « Gazin 1992″ pour voir ce que me propose Findawine: des offres de plusieurs revendeurs dont la moins chère à 34,85 euros pour cette bouteille que le site note 95/100. Mon choix est fait et je clique sur « commander » pour tomber sur une page d’attente à la Kelkoo et arriver sur la page d’accueil d’un site… en Allemand. Il s’agit en fait d’un site suisse qui une fois la requête retapée, nous propose la bouteille pour 44 CHF… si je passe commande par email en remplissant un formulaire à télécharger, ahem… Je passe mon tour et tente ma chance sur l’offre d’un deuxième revendeur proposant la bouteille à 37 euros. Cette fois, la comparaison avec Kelkoo tient la route: je tombe sur la page de commande de la bouteille en question sur le site du revendeur. Il ne me reste plus qu’à remplir mon panier et régler mon achat.

Findawine n’est pas qu’un comparateur de prix. Il est également une encyclopédie en ligne très complète des vins de France et d’ailleurs. Le site affirme avoir qualifié la plus grande base de données de vins au monde : 1 496 211 vins répartis sur 1 035 appellations et 139 439 producteurs de 27 pays. Au delà des chiffres quelques tests personnels sur des vins goûtés au hasard des dîners m’ont permis de vérifier que beaucoup de produits, mêmes s’ils ne sont pas proposés à la vente par l’un des revendeurs référencé par Findawine, bénéficient d’une fiche d’identité renseignée à l’identique.

Findawine propose également une dimension sociale appliquée au monde du vin. Ici, il n’est pas question d’avoir des amis, ou de partager les photos de ses dernières vendanges, mais de partager les expériences, les avis, la connaissance du vin. Attendons que Findawine connaisse suffisamment de membres actifs, mais la dégustation étant un exercice subjectif, la perspective d’accéder aux carnets de dégustation de pairs – connus ou pas – avec qui l’on se découvre goûts communs est assez intéressante. Car « in real life », si l’on n’a pas un Franck Thomas à disposition, nos choix sont souvent guidés par le bouche à oreille.

Mais il se pourrait bien qu’au bout du compte Findawine nous propose bien d’avoir une sorte de Franck Thomas à disposition. La version actuelle de Findawine ne serait que la première étage de la fusée qui ne comprend pas encore le service à notre avis le plus innovant de Findawine: un service de sommelier virtuel qui devrait voir le jour dans les mois qui viennent. Pour en avoir eu une courte démonstration, ce sommelier virtuel semble être autre chose qu’un simple gadget, avec un degré de finesse allant jusqu’à déconseiller le Médoc que vous prévoyiez avec votre fondant au chocolat pour vous orienter vers un Banyuls, ou alors préférer un gâteau au chocolat amer si vous vraiment tenez à votre Médoc. Le développement de ce service a notamment valu à Findawine d’être labelisé Jeune Entreprise Innovante par le Ministère de la Recherche et bénéficier ainsi du Crédit Impôt Recherche.

Imaginez un tel service au moment de confectionner votre menu du samedi soir entre amis ou alors au moment de faire les courses. D’autant que l’équipe travaille à une offre pour mobile « révolutionnaire » nous suggère-t-on d’une voix confiante. A suivre…

(image d’ouverture CC-by roblisameehan)

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En France on vote Hadopi, en Corée on tue le web http://fr.readwriteweb.com/2009/06/10/analyse/france-vote-hadopi-coree-tue-web/ http://fr.readwriteweb.com/2009/06/10/analyse/france-vote-hadopi-coree-tue-web/#comments Wed, 10 Jun 2009 11:07:01 +0000 yonggook http://fr.readwriteweb.com/?p=4002

coree

A l’heure où la France adopte finalement la loi Création et Internet (dite “Hadopi”), imaginons un instant que les pouvoirs du CSA, de l’ART et du ministère de la culture soient regroupés entre les mains d’un croisement entre Frédéric Lefèbvre et Charles Pasqua: c’est à peu de choses près la situation où se trouve le web social coréen aujourd’hui.

La Corée est un eldorado numérique incontestable, tirant sa croissance économique et sa vibrante démocratie de l’effort remarquable accompli par les gouvernements, acteurs économiques et citoyens dans le développement d’une société numérique depuis les 15 dernières années. Mais les 5 prochaines années pourraient tout détruire si le gouvernement actuel continue à ne voir dans le web social coréen qu’un outil de déstabilisation exploité par des militants gauchistes pro-nord coréens décadents.

Retour en arrière de 12 mois: Lee Myung-bak, président conservateur fraîchement élu, multiplie maladresses et improvisations dont le point culminant est la négociation précipitée d’un accord de libre échange avec l’Amérique de Bush. Cet accord laisse la voie libre aux importations de boeufs américains jusqu’alors sous embargo pour cause de vache folle. C’est l’embrasement général: des millions de Coréens descendent dans les rues pour manifester contre la légèreté avec laquelle le gouvernement traite la sécurité alimentaire de ses concitoyens.

Dans un pays hyperconnecté, les nouvelles technologies jouent naturellement un rôle central dans ces manifestations: les gens débattent sur les sites communautaires, s’organisent grâce aux réseaux mobiles et couvrent en direct les manifestations et les répressions en vidéos mises en ligne instantanément dans la sphère sociale virtuelle coréenne. Le gouvernement n’a pas d’autre choix que de reculer.

Alors que le parti d’opposition récemment vaincu n’est ni très audible, ni très crédible, le mouvement en ligne né de ces manifestations monstres devient progressivement un opposant non négligeable au gouvernement de Lee. Une opposition où il est impossible de prévoir d’où proviendra la prochaine attaque, ni quelle sera son ampleur.

A l’automne 2008, un parfait inconnu dans la vie réelle, mais leader d’opinion sur le réseau communautaire Agora du portail Daum connu sous le nom de Minerva, prévoit la faillite de Lehman Brothers, et la chute de la devise coréenne au centime près. En quelques jours, la presse, le gouvernement et les marchés financiers s’intéressent à lui. Fort de son influence, il partage avec ses millions de lecteurs sa vision très critique de la politique économique du gouvernement. Minerva reste anonyme. On l’appelle “l’Oracle”, puis “le cyber ministre de l’économie”, et devient l’un des voix d’opposition les plus audibles.Pour le gouvernement de Lee, l’enjeu est clair: le web est une menace qu’il faut brider. Et ça tombe bien parce que des motifs légitimes pour s’y atteler émergent…

© Segye Ilbo

En Septembre 2008, Ahn, un acteur coréen criblé de dettes se suicide dans sa voiture. S’ensuit une campagne de rumeurs en ligne sans précédent accablant Choi Jin-sil, une actrice coréenne et star nationale, d’être l’usurière persécutrice sans pitié ayant poussé Ahn au suicide. Choi se donne la mort dans sa salle de bain quelques semaines après la mort d’Ahn. Elle laisse une lettre déclarant qu’elle succombe à ces rumeurs infondées.

Choi n’est pas la première victime de rumeurs et diffamations puissamment relayées par internet: l’année précédente, deux actrices de notoriété moindre s’étaient données la mort pour des raisons similaires. Mais cette fois-ci, la popularité de Choi provoque une prise de conscience générale: si Internet peut être un puissant outil au service de la transparence et de la liberté d’expression, il peut s’avérer être un instrument de manipulation et de destruction redoutable.

Profitant de cette prise de conscience et dans un élan où il est difficile de distinguer les motivations réelles du gouvernement entre lutte contre ces dérives insupportables et lutte contre ses cyber-opposants, celui-ci s’empare du problème des dérives du web. Il définit le concept de “cyber diffamation” et met en place un dispositif juridique permettant de punir cet acte. Désormais, tout internaute voulant intervenir sur un site accueillant plus de 100 000 visiteurs uniques quotidiens devra le faire sous son identité réelle.

Pour qu’un tel dispositif marche, le gouvernement doit s’assurer la bienveillante coopération d’un certain nombre de sites web locaux, au premier rang desquels Naver et Daum, deux portails tentaculaires qui proposent toute la panoplie des services web possibles et imaginables: moteur de recherche, news, forums de discussions, hébergement de blogs, partage de vidéos, services webmails, etc. Un chiffre suffit pour bien comprendre le rôle clé de ces deux sites dans le paysage numérique coréen: 90% des recherches sur le web coréen passent par les moteurs de Naver (75%) ou de Daum (15%), Google plafonnant à 5%…

naverTout contrôle du web coréen est impossible sans la coopération de ces deux géants qui captent une très grande partie des débats, blogs, et partages de fichiers. Or, rien ne les prédisposait à une coopération docile avec le gouvernement, ce qui les mettrait en délicatesse avec leur audience. Celle-là même qui s’oppose de manière virulente au gouvernement; celle dont les valeurs et la vision post-industrielle sont aux antipodes des préoccupations du gouvernement; celle qui hésiterait le moins à déserter un site s’il coopérait à un effort de censure du gouvernement sous prétexte de lutte contre la diffamation en ligne.

L’intérêt des Naver et Daum serait donc de défendre les droits des internautes. C’est ce que décide de faire Google / Youtube: pour ne pas avoir à obliger les internautes à soumettre des vidéos sous leurs identités réelles, Youtube ferme ses services sur le marché coréen, proposant aux internautes locaux de continuer à partager leurs vidéos sur le site américain. Même si cette alternative est impossible pour Naver ou Daum, pourquoi ne les entend-on pas protester plus bruyamment contre la politique de contrôle du web du gouvernement? Peut-être parce que celui-ci a un autre moyen de pression sur eux: la lutte contre le piratage.

A côté de l’arsenal anti-piratage coréen, Hadopi ressemble à un pistolet à eau. Car si les deux lois ont en commun le concept de la riposte graduée, en Corée, c’est le ministère de la culture et du sport qui se charge directement de couper la connexion internet de tout internaute en violation du copyright… mais également de fermer pour un mois tout site internet ayant à trois reprises permis un échange de fichier piraté.

Imaginons ce que cette dernière mesure implique pour un site comme Naver ou Daum qui compte des milliers de forums de discussions, héberge des millions de blogs et de comptes webmails, sans oublier tous les outils et utilitaires wiki offerts aux internautes: à moins de se transformer en un mini Echelon, détecter et empêcher toutes les tentatives d’échanges de fichiers illégaux est mission impossible.

Voilà donc le gouvernement en mesure de fermer à tout moment les leaders du web coréens. Un gouvernement qui peut ainsi sereinement faire le ménage des contenus en ligne soi-disant “cyber-diffamants”. D’après le blog democracykorea.org, le nettoyage de tout contenu dérangeant pour le pouvoir en place est déjà en vigueur, notamment dans les forums où se retrouvent les cyber dissidents tels que l’Agora du portail Daum. Le leader d’opinion Minerva est traqué, emprisonné, puis mis en examen pour dissémination de fausses informations portant atteinte à la sécurité financière du pays. Il sera ensuite libéré après que les les tribunaux, dans un sursaut de bon sens, jugèrent infondée une telle charge.

Au final, les internautes coréens, déjà pionniers dans plusieurs pratiques numériques telles que le journalisme participatif ou les réseaux sociaux en ligne risquent de créer une nouvelle pratique numérique, cette fois-ci nettement moins créatrice de valeur: l’exil numérique. Le site Exile Korea rassemble déjà sur ses serveurs situés aux US des internautes coréens fuyant le territoire numérique coréen.

Les dégâts ne sont pas que pour la liberté d’expression. Progressivement, des hébergeurs de blogs étrangers tels que Blogger jusqu’alors inexistant en Corée commencent à prendre des parts de marché aux dépens de leurs concurrents coréens. Ceux-là même qui étaient des start ups au sortir de la crise asiatique des années 90, soutenues par une politique numérique visionnaire, et réussissant à attirer les coréens grâce à des services innovants, précurseurs, adaptés à leurs attentes spécifiques.

Ces start ups sont aujourd’hui des champions nationaux tenant tête à Google ou Facebook, moteurs de la croissance coréenne. Si rien ne change, elles rejoindront demain Netscape ou Lycos dans le cimetière des succès avortés. Et la Corée, dont le domaine d’excellence est le numérique ne peut pas se le permettre.

(ce billet a été initialement publié sur seoulparis.com)

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http://fr.readwriteweb.com/2009/06/10/analyse/france-vote-hadopi-coree-tue-web/feed/ 6
Minerva, l’Oracle du web coréen http://fr.readwriteweb.com/2009/01/22/entrevues/minerva-oracle-du-web-coreen/ http://fr.readwriteweb.com/2009/01/22/entrevues/minerva-oracle-du-web-coreen/#comments Thu, 22 Jan 2009 12:30:49 +0000 yonggook http://fr.readwriteweb.com/?p=2073

minerva La Corée est un pays fascinant à bien des égards, souvent présentée par ses autochtones aux Français comme le pays le plus « latin d’Asie », et à ce titre plus proche de nous qu’on ne pourrait le croire, c’est également – en ce qui nous concerne chez ReadWriteWeb – l’un des pays les plus connectés du monde, où internet a déjà profondément transformé la société.

Yonggook, qui a rédigé ce billet, est un consultant Franco-Coréen, il est chez lui aussi bien ici qu’en Corée, et connait les deux cultures en profondeur. Il nous livre ici le récit incroyable d’un épisode récent de l’histoire du web Coréen qui, je l’espère, sera le premier épisode d’une plongée dans le pays du matin calme.
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Printemps 2008: la situation économique mondiale n’est pas encore apocalyptique, mais déjà très tendue avec la hausse des prix de l’énergie conjuguée aux craquements de plus en plus visibles du système financier mondial ici et là.

En Corée, la situation n’est pas meilleure: son président Lee Myungbak, un conservateur arrivé au pouvoir quelques mois plus tôt en promettant une amélioration de l’économie, fait preuve d’improvisations malheureuses, de maladresses, et de manque de transparence, voire de mépris envers ses critiques. Dès son investiture, il réserve sa première sortie internationale pour Bush et pour bien faire les choses, il veut précipiter la conclusion d’un accord de libre échange entre la Corée et les Etats-Unis. Pour cela, il lève un embargo sur le boeuf US qui avait été instauré quelques années plus tôt, suite à la découverte de cas de vaches folles.

S’ensuivra un « printemps de Seoul« , où des manifestants de tous âges et de tous bords, refusant que l’on brade leur sécurité alimentaire pour des considérations politiques, descendrons massivement et calmement dans les rues, organisant des veillées nocturnes géantes à Séoul. Le tout organisé grâce au web et aux mobiles, puis relayé en temps réel par une armée de blogueurs dans un pays hyperconnecté, où un Wimax local est déjà déployé, et où le « journalisme citoyen » est une réalité depuis 2000.

Quelques mois plus tard, la fièvre est passée, mais sur le plan économique, le cours du won continue de baisser, les capitaux étrangers de fuir, le chômage d’augmenter, et la balance commerciale de se détériorer. Dans la blogosphère coréenne, une critique continue de la politique de Lee est alimentée par des cyber-opposants actifs et suivie par une communauté virtuelle mobilisée.

Parmi eux « Minerva », pseudo emprunté à la déesse romaine de la sagesse, s’exprime dans le forum de discussion « Agora » dédié à l’économie du deuxième portail coréen Daum. Début septembre 2008, Minerva prédit un événement peu vraisemblable alors: la faillite de Lehman Brothers, dont les médias disent qu’elle serait en grande difficulté. Une idée farfelue parmi tant d’autres publiées tous les jours sur la blogosphère. Car qui oserait imaginer que cet illustre établissement de Wall Street puisse disparaître?

Sauf que l’inimaginable arrive quelques jours après, attirant l’attention sur celui qui avait osé prédire un tel événement. Est-ce un coup de chance? Quel est l’historique de ce Minerva? Qu’a-t-il écrit d’autre? Quelle sera sa prochaine prédiction? Lorsque Minerva affirme ensuite que la devise coréenne perdra 50 wons par jours par rapport au dollar pendant la première moitié de la semaine du 6 octobre, et que c’est précisément ce qui arrive, l’engouement devient national.

Désormais, tous les écrits de ce Minerva sont disséqués dans l’espoir d’y voir des éclairages sur l’avenir. Lui ne se prive pas de continuer à dispenser ses avis et prévisions, certaines bonnes, d’autres mauvaises, mais toujours massivement lus, jusqu’à plus de 100 000 fois pour certains de ses articles. On tente également de détecter les moindres indices permettant d’en savoir plus sur son identité réelle. Minerva reste évasif: homme d’âge moyen, il travaillerait dans le monde de la finance, et aurait fait un passage à Wall Street; rien de très surprenant pour un auteur de pronostics si précis.  D’autres le soupçonnent d’être un haut fonctionnaire de l’administration opposé aux politiques du gouvernement actuel.

On se rend compte aussi que ses critiques de la politique économique et sociale du gouvernement coréen sont sans langue de bois, pertinentes et par conséquent, de plus en plus écoutées et débattues par l’opinion. Si écoutées que le gouvernement est obligé de reconnaître l’importance de Minerva, et que le ministre des finances déclare publiquement qu’il aimerait avoir une discussion en face à face avec celui que l’opinion appelle désormais « l’oracle », ou le « cyber-président de l’économie ».

Si écoutées, que les opérateurs des marchés financiers locaux commencent à tenir compte des affirmations de Minerva. Lorsque celui affirme le 29 décembre 2008 que le gouvernement aurait interdit aux banques et aux principales entreprises locales d’acheter du dollars pour protéger la monnaie nationale, le gouvernement est obligé de démentir en urgence pour empêcher que le cours du won ne s’effondre davantage. Minerva n’était qu’un blogueur actif. Il est désormais l’une des principales voix de l’opposition au gouvernement, voire un risque réel pour la stabilité financière du pays: pour le gouvernement, un motif suffisant pour l’arrêter.

Car le gouvernement de Lee Myunbak a été très actif dans ce qu’il considère comme la lutte contre la « cyber-diffamation », par un aménagement de la législation et le développement de moyens de surveillance du web. L’opposition considère plutôt ces initiatives comme une tentative de restriction de la liberté d’expression en ligne.

Le 9 janvier, M. Park Dae-sung, alias Minerva, est arrêté chez lui et détenu jusqu’à ce jour en attendant de pouvoir comparaitre devant les juges pour dissémination de fausses informations portant atteinte à l’intérêt public. Minerva affirme lui avoir voulu écrire des articles pour « tenter d’aider les gens qui sont induits en erreur par le gouvernement ». Les tribunaux trancheront.

Que retenir de tout ça?

Oui, Minerva a trompé l’opinion: il n’a jamais travaillé dans le monde de la finance, encore moins à Wall Street. Park Dae-sung est un chômeur, titulaire d’une formation universitaire de cycle court, passionné et autodidacte du web et de l’économie.

Non, cette tromperie sur la personne ne change pas la pertinence de ses propos ni l’exactitude de ses prévisions: les bonnes prévisions restent bonnes, les mauvaises prévisions le restent aussi. Idem pour ses opinions, selon que l’on se situe dans l’un ou l’autre bord politique.

Non, ce Park n’aurait eu aucune chance de faire entendre sa voix s’il n’avait pas été Minerva, le leader d’opinion des forums de discussions Agora de Daum. Surtout pas dans une société coréenne régie par le culte du diplôme et le prestige des métiers intellectuels, où le titulaire d’un diplôme d’avocat d’une « Ivy League » coréenne est tout, et les autres pratiquement rien.

Oui, les nouveaux médias sont une menace pour la préservation des systèmes actuels, quels qu’ils soient.

Oui, les nouveaux média sont une chance pour tous, quelques soit leurs statuts, riches ou pauvres, puissants ou faibles.

Yonggook
Consultant franco-coréen
Korea Connect

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