ReadWriteWeb French edition » Analyse http://fr.readwriteweb.com Libertés numériques, innovations disruptives, et trucs digitaux en tout genre Tue, 07 Feb 2012 23:21:47 +0000 en hourly 1 Le sous-développement économique, principale cause du piratage ? http://fr.readwriteweb.com/2011/03/16/analyse/sousdveloppement-conomique-principale-du-piratage/ http://fr.readwriteweb.com/2011/03/16/analyse/sousdveloppement-conomique-principale-du-piratage/#comments Wed, 16 Mar 2011 10:14:50 +0000 Rubin Sfadj http://fr.readwriteweb.com/?p=12402

Cory Doctorow relève la parution d’un rapport intitulé Media Piracy in Emerging Economies dont la thèse, certes provocatrice mais finalement assez logique, est la suivante :

Les prix culturels élevés (mesurés par rapport au salaire moyen dans les pays pauvres) sont responsables du piratage — c’est-à-dire que si vous analysez les attitudes sociales en matière de copie, les différences de contrôle, et ainsi de suite, le meilleur moyen de savoir si un pays connaîtra des violations répétées du droit d’auteur est de savoir si les produits culturels dans ce pays sont trop chers en relation avec le pouvoir d’achat des gens.

Le rapport, disponible ici et dont le prix varie (de 0 à 2.000 dollars) en fonction de l’utilisation et du pays de téléchargement, développe notamment les éléments suivants :

- Les prix sont trop élevés. Des prix élevés pour les biens culturels, de bas revenus et des technologies numériques bon marché sont les ingrédients principaux du piratage culturel généralisé. Relativement aux revenus locaux au Brésil, en Russie ou en Afrique du Sud, le prix au détail d’un CD, DVD ou d’un exemplaire de MS Office est cinq à dix fois plus élevé qu’aux États-Unis ou en Europe. En toute logique, les marchés culturels légaux sont réduits et sous-développés.

- La concurrence est une bonne chose. Le meilleur moyen de faire baisser les prix pour les biens culturels légaux est la présence d’entreprises locales fortes en concurrence pour les publics et consommateurs locaux. Dans le monde en développement, où des entreprises de film, de musique et de logiciels globales dominent le marché, de telles conditions sont largement absentes.

- L’éducation anti-piratage a échoué. Les auteurs ne trouvent aucun stigmate particulier de piratage dans aucun des pays examinés. En revanche, le piratage fait partie des pratiques culturelles quotidiennes d’une partie de la population importante et en augmentation.

- Changer la loi est facile. Changer les pratiques est difficile. Les lobbies industriels ont très bien réussi à faire changer les lois pour criminaliser ces pratiques, mais très mal réussi à les faire appliquer par les États. Il n’y a, d’après les auteurs, aucun moyen réaliste de réconcilier l’application massive de la loi et les droits de la défense, particulièrement dans les pays dont les systèmes juridiques sont fortement surchargés.

Ce qui fait peur, à la lecture de ces paragraphes, c’est que la plupart de ces points de réflexion semblent pouvoir être appliqués à la France. Est-ce à dire que nous sommes en train de devenir, en matière culturelle, un pays sous-développé ?

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Cyber censure : la France entre dans le rouge, la Tunisie sort du noir http://fr.readwriteweb.com/2011/03/12/a-la-une/cyber-censure-france-entre-dans-rouge-tunisie-sort-du-noir/ http://fr.readwriteweb.com/2011/03/12/a-la-une/cyber-censure-france-entre-dans-rouge-tunisie-sort-du-noir/#comments Sat, 12 Mar 2011 14:25:12 +0000 Fabrice Epelboin http://fr.readwriteweb.com/?p=12371

La soirée de Reporters Sans Frontières destinée à lutter contre la cyber censure a mis l’ONG qui lutte pour la liberté d’expression, et avec elle une bonne partie de la profession, dans une position très claire. La France, grâce à Hadopi et Loppsi, fait une entrée remarquée dans la liste rouge des pays sous surveillance, la Tunisie, elle, tire sa révérence de façon magistrale. Elle disparaît de la liste des pays ennemis de l’Internet, et Nawaat, le site symbole de la résistance au régime de Ben Ali, repart avec le prix décerné chaque année par RSF à l’occasion.

L’inversion des pôles

Cette theorie qui se discute à la terrasse des cafés à Tunis, veut que l’avenir qui se dessine voit s’installer des ‘démocraties éclairées’ au nord et des ‘démocraties 2.0’ dans le sud. Si RSF est un thermomètre, alors il nous en a signalé hier un signe avant coureur fort.

A l’heure où la France ou l’Italie se font peur à l’idée que quelques milliers de Tunisiens ou de Libyens ne débarquent sur leurs côtes, la Tunisie, elle, accueille bras ouverts près de cent milles réfugiés à sa frontière Est. Toutes proportions gardées, c’est comme si un demi million de Belges, brusquement frappés par une guerre civile, se massaient à nos frontières, et que la France entière remplissait sa voiture de vivres et de couvertures pour se précipiter à la frontière et venir en aide.

Ce dernier épisode en date illustre l’apparition d’une conscience aigue de la solidarité comme mission citoyenne et d’une prise de conscience, portée par l’élan de la révolution, que chacun peut (et doit) contribuer à faire changer les choses.

Il illustre également l’inversion des pôles, au point de voir les Tunisiens s’accaparer une slogan politico-publicitaire aujourd’hui piétiné par ses créateurs : ‘Ensemble tout devient possible’, y compris faire face avec dignité à une catastrophe humanitaire majeure.

La carte projetée durant la cérémonie de remise de prix qui a récompensé l’équipe de Nawaat faisait apparaitre le pays de Voltaire en rouge, isolé au sein d’un continent Européen encore vierge de tout abus significatif vis à vis de la liberté sur internet. La tension est palpable dans la salle où a lieu la remise des prix et où se presse le gratin du journalisme Français, venu saluer le triomphe de Nawaat, un site ayant pris une part centrale lors de la première révolution du XXIe siècle, et huer Bernard Kouchner venu faire un discours.

Il semble que la profession réalise enfin qu’il se passe quelque chose de grâve, et que c’est sur internet que cela se joue. Pas sur l’internet média, ni l’internet outil, mais dans la civilisation de l’internet, celle qui a fait de l’internet son OS, et qui s’oppose violemment à l’internet civilisé que cherche à imposer le gouvernement Français.

Avec une population âgée, la France peut jouer la montre face aux changements systémiques en cours, et s’offrir un répis à travers la surveillance, la désinformation et la censure. La Tunisie, dont la population est bien plus jeune et tout aussi éduquée, a elle basculé dans le monde d’après.

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Le Quai d’Orsay attaqué par des pirates http://fr.readwriteweb.com/2011/03/10/analyse/quai-dorsay-attaqu-par-des-pirates/ http://fr.readwriteweb.com/2011/03/10/analyse/quai-dorsay-attaqu-par-des-pirates/#comments Thu, 10 Mar 2011 17:23:15 +0000 Fabrice Epelboin http://fr.readwriteweb.com/?p=12346

Après les intrusions révélées en septembre dernier dans nos colonnes, et l’attaque de Bercy de soi disant espions Chinois qui a fait les grands titres de la presse il y a peu, c’est désormais au tour du Quai d’Orsay de se faire piller.

Selon Zataz, un site spécialisé dans la sécurité informatique, le ministère des Affaires (étrangères) s’est fait dérober des documents sensibles, traitant de la sécurisation informatique des ministères Français. Ces derniers auraient été publiés sur un site américain dans la nuit de mercredi à jeudi, quelques jours après la révélation des attaques de Bercy.

Les documents mis a disposition sous forme d’une archives Zip semble concerner la sécurisation informatique des ministères, et contiennent des données liées au « cadrage du projet de mise en oeuvre d’une politique de sécurité du système d’information ». C’est toute la sécurité des ministères qui pourrait être compromise par la révélation de ces documents. Non, en fait, c’est pas un drame, mais c’est tout de même humiliant (toujours remonter à la source, c’est à dire pas à Zataz, mais L’Informaticien, mea culpa)

C’est un quelque sorte un énorme doigt d’honneur adressé à l’ANSII par les pirates, tant il est désormais totalement idiot de retenir l’hypothèse d’un espionnage du gouvernement Chinois.

La piste, évoquée par la plupart des spécialistes du sujet, est désormais clairement celle d’une opération d’hacktivistes. Cette attaque porte à sept le nombre de ministères Français ainsi visités.

Hasard du calendrier, le premier Wikileaks national, Frenchleaks, lancé par Mediapart, vient d’ouvrir ses portes. Autant dire que la fin du quinquennat va être très agitée.

Reste à voir comment la presse va pouvoir expliquer que les Chinois d’hier sont soit dotés d’un sens de l’humour inhabituel pour des espions censés rester discrets, soit qu’ils sont allés un peu vite en besogne en reprenant sans les vérifier les fausses informations de l’Elysée (pas tout à fait fausse pour être honnête, juste destinées a induire en erreur).

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Wikileaks IRL : retour sur le ‘Bastille Day’ Egyptien http://fr.readwriteweb.com/2011/03/08/analyse/wikileaks-irl-retour-sur-bastille-day-egyptien/ http://fr.readwriteweb.com/2011/03/08/analyse/wikileaks-irl-retour-sur-bastille-day-egyptien/#comments Tue, 08 Mar 2011 15:00:44 +0000 Fabrice Epelboin http://fr.readwriteweb.com/?p=12310

Quand on voit plus de 400 articles sur une info bidonnée et qu’une information de nature à changer le monde ne fait pas un entrefilet dans la presse, en général, on insiste. Voici donc, rédigé par Mohamed ElGohary et traduit par Claire Ulrich de Global Voices, le récit des événements qui ont menés à l’assaut par la population Egyptienne de différents lieux d’archivage de la police secrète, ainsi que de leur mise en ligne à disposition du public par les assaillants. Une date clé dans les événements qui secouent actuellement le monde, passée parfaitement inaperçu en France… Reste à savoir pourquoi.

Ce billet fait partie du dossier de Global Voices sur les événement en Egypte en 2011 [dossier central en anglais]

[Liens en anglais ou en arabe] Peu de temps après la démission de l’ancien premier ministre égyptien Ahmed Safik, le 4 mars, des citoyens égyptiens ont pris d’assaut les sièges de la détestée Sécurité d’état (Amn El-Dawla en arabe) de plusieurs villes telles que Alexandrie, Ismailia et d’autres. Le 5 mars, les manifestants ont investi le siège principal de l’appareil de sécurité d’état à Nasr City, au Caire. Il avait été remarqué que beaucoup d’employés de la sécurité d’état étaient en train de détruire et de bruler de nombreux documents et dossiers pour effacer les preuves des abus et des atteintes aux droits humains perpétrés en Egypte au cours des dernières décennies.
The archive room in main State Security HQ in Nasr City, Cairo: Reports about citizens and activists. By Hossam ElHamalawy – under CC license.

Une salle des archives dans le siège principal de la sécurité d’état à Nasr City, au Caire : les dossiers sur les citoyens et les activistes. Photo de Hossam ElHamalawy publiée sous licence CC license.

Les habitants du Caire ont organisé un événement sur Facebook entre le 4 et 5 mars pour assiéger tous les bâtiments de la Sécurité d’état au Caire, car leurs requêtes auprès du Haut conseil militaire demandant de dissoudre l’appareil de sécurité de l’état n’avait reçu aucune réponse.

Les blogueurs égyptiens ont couvert eux-même le déroulement des événements, comme Sarah, qui a publié des photos et des informations depuis les lieux via Twitter :

@sarrahsworld: Papiers brulés à #amndawla !!!! http://yfrog.com/gz7fjarj

The charred remains of dossiers burnt at the State Security headquarters in Nasr City

Les cendres des dossiers brulés par la sécurité d’état au siège de Nasr City

@sarrahsworld: Des documents sur les étudiants salafistes http://yfrog.com/gzvlyqqj

Burnt documents on students with Salafi leanings

Documents à moitié brûlés sur des étudiants attirés par le salafisme

@sarrahsworld: #amndawla essaie de sauver du feu http://yfrog.com/hsr7vdsj

Protesters climbing the State Security building walls to try and save documents from burning

Les manifestants passent par-dessus le mur d’enceinte du siège de la sécurité d’état pour tenter de sauver des dossiers avant qu’ils ne soient brulés

Lilian Wagdy mentionne que :

@lilianwagdy: الجيش يبدأ السيطرة على مقر أمن الدولة في ستة اكتوبر #AmnDawla #Jan25

L’armée a commencé à prendre le contrôle du QG de la Sécurité d’état de la ville du 6 octobre.
Mosa’ab ElShamy :

@mosaaberizing: certains des dossiers à moitié brulés #amndawla #october http://twitpic.com/46cy3d

Some of the half-burnt documents #amndawla #october

Ce qui reste de certains dossiers#amndawla #october

Amr Magdy avertit :

@ganobi: نشطاء يحاولون قطع الطريق على عربات محملة بأوراق تخرج من أمن الدولة في 6 أكتوبر #Jan25 #Egypt #StateSecurity #AmnDawla

Des activistes essaient d’arrêter les camions remplis de dossiers qui sortent de la sécurité d’état de la ville du 6 octobre.
Pendant ce temps, la blogueuse The barefooted Countess avait publié la liste des adresses de tous les sièges de la sécurité d’état du pays :

تحرك أكثر تنسيقا لمحاصرة مباني امن الدولة ومنع اتلاف المستندات فيها.

Pour avoir les informations, afin d’assiéger tous les bâtiments de la sécurité d’état et les empêcher de détruire les documents qui s’y trouvent.
Voici une vidéo d’un colonel de la sécurité pris en otage par des citoyens à Ismailia :

Dans la vidéo ci-dessous, des agents de la Sécurité d’état lancent des cocktails Molotov sur les manifestants et l’armée.

Certains ont décidé de lancer une initiative similaire à Wikileaks et ont publié les documents trouvés dans les locaux de la Sécurité d’état sur Internet, comme ceux trouvés dans le QG de Damanhour, situé dans le gouvernorat de ElBeheira.

Hossam ElHamalawy, un photographe et activiste égyptien connu, a documenté la prise du siège principal de la sécurité à Nasr City sur son compte de photos sur Flickr, tandis que le blog Kashfun (Révéler) l’a fait en vidéo.

Enfin, le blogueur Tarek Amr fait cette réflexion sur ce qui se passe :

أما الذي لم يكن يمكنني حتى الحلم به أبد، هو أن أرى أحدهم على تويتر يقول أنه في طريقه إلى أمن الدولة، ثم يتمادى في سريالية الموقف بأن يتبعها بإبتسامة. و كانت مداهمة المتظاهرين في الأسكندرية لمبنى أمن الدولة هناك قرابة الفجر و تفتيشة و ربما إعتقال من بداخله، و كانها صورة معكوسة في المرآة لما كان يتم قبل الثورة، هي بمثابة البداية لتلك الأحداث السريالية الجميلة.

Ce à quoi je n’avais jamais pensé, et je n’en avais même jamais rêvé, c’est de voir quelqu’un sur Twitter dire qu’il est en chemin pour le siège de la Sécurité d’état, et pas seulement ça, mais avec le sourire en plus ! Prendre l’assaut le QG de la sécurité d’état à Alexandrie à l’aube, le fouiller, et même détenir des officiers a été l’exact opposé de ce qui se passait avant la révolution. Et ça, c’est le début du début surréaliste de ce qui va se passer.
Ce billet fait partie de notre dossier sur les événement en Egypte en 2011

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http://fr.readwriteweb.com/2011/03/08/analyse/wikileaks-irl-retour-sur-bastille-day-egyptien/feed/ 5
La France attaquée par les CyberChinois : mais que fait la CyberPolice ? http://fr.readwriteweb.com/2011/03/08/a-la-une/france-attaque-par-les-cyberchinois-mais-fait-cyberpolice/ http://fr.readwriteweb.com/2011/03/08/a-la-une/france-attaque-par-les-cyberchinois-mais-fait-cyberpolice/#comments Tue, 08 Mar 2011 07:30:20 +0000 Fabrice Epelboin http://fr.readwriteweb.com/?p=12293

Bercy subit une attaque informatique et c’est le buzz. Plus de 400 articles dans Google News, contenant 3 versions des faits, égrenés au fil des heures par les services de l’Etat. Les informations révélées au compte goutte et contredites aussitôt en ce qui concerne une attaque de l’Elysée, la presse s’affole, mettant en scène ministres effarés, députés opportunistes, mais surtout, un nouvel entrant dans le jeu médiatique : Patrick Pailloux, le patron de l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (ANSSI), la cyberpolice Française fraîchement crée.

Intox ? Info ?

Commençons par l’ami Manach, qui explique cela de façon limpide.

Cette coincidence heureuse de dates qu’évoque Manach est également soulevée par Olivier Tesquier dans Owni.

Les propos tenus (toujours sur Owni) par un professionnel reconnu et respecté de la sécurité informatique évoquent un “altermondialisme numérique”, en ligne avec l’analyse que nous en faisions hier, contredisent totalement ceux du patron de la cyberpolice Française qui affirme, méprisant, que cela n’a pas été fait par “3 pc dans un garage”.

Revoilà les trois gus dans un garage

Un groupe que l’on pourrait qualifier d’alter-numériques a tout de même réussi à rétablir des connexions internet avec l’Egypte suite au blackout imposé par Moubarak, à créer des passerelles pour exfiltrer des vidéos de Tunisie, d’Egypte ou de Libye, ou a développé des solutions pour échapper à toute surveillance sur le web… Certes, le groupe en question ne ferait jamais d’intrusions informatiques de ce genre, ce serait aller à l’encontre de leurs principes fondateurs, mais ils démontrent tout de même que la vision des 3 gus dans un garage est un tantinet… dépassée.

De toutes évidences, des ‘organisations’ de cyber-activistes sont en mesure de réaliser des tâches incroyablement complexes.

D’ailleurs, cet élément de language, popularisé par Christine Albanel, et piqué au monde des startups, était destiné à minimiser l’adversaire. Il a été imaginé par des gens pour qui internet ne pouvait s’aborder que par sa dimension économique, les startups, pas par sa dimension sociale, comme les hackers, les netocrates, ou les Anonymous.

Eat your own dogfood ? Pas une bonne idée quand on produit de la propagande. Par ailleurs, il serait temps de réaliser que les hackers ne fonctionnent pas du tout sur le modèle des startups. (leur mode d’approche du travail en commun est riche d’enseignements, et, au vu des performances, il mérite que l’on s’y attarde).

Les Anonymous sont l’arbre qui masque la forêt. Il existe une multitude de groupes de hackers, pour la plupart très discrets. Certains font ça pour de l’argent, d’autres pour le sport, certains sont à cheval sur les deux, beaucoup sont activistes, et les valeurs qui rassemblent la plupart d’entre eux sont celles que piétine l’Etat Français. Hadopi, Loppsi, cybersurveillance, et sous peu censure, la France a tout fait pour s’attirer les foudres des activistes de la planète entière.

L’élite hacker, longtemps dubitative face aux Anonymous, leur reprochant le coté aggresif et/ou illégal du DDoS, est bien obligée de reconnaître qu’ils ont leur place dans les changements en cours. Beaucoup sont tentés d’apporter aide et assistance.

C’est les niakoué, mon général !

La version officielle pointe discrètement du doigt une puissance étrangère, la Chine, connue pour être remplie de hackers, qui n’hésitent pas à attaquer Google. Peu crédible, selon Eric Filiol, l’un des plus grands experts Français du sujet.

Autre élément troublant : pourquoi la presse ne s’est-elle pas enflammée de la sorte que nous révélions, début septembre 2010, que de tels raids informatiques destinés à voler des données sensibles avaient eu lieu au ministère des finances, au secrétariat d’Etat à la prospective et au numérique, au ministère de l’agriculture, ou bien encore à Matignon. Des informations aujourd’hui niés par l’ANSSI, mais à l’époque, les services de l’Etat s’était contentés d’accuser reception auprès des hackers ayant dévoilé les trous de sécurité, et de corriger les failles critiques. (nde: c’est une pratique courante chez les hackers de prévenir de façon confidentielle d’une faille de sécurité, avant de le faire de façon publique si la faille n’est pas corrigée au bout d’un certain temps)

Les Chinois ont bon dos, et comme souvent quand il s’agit d’internet, la presse passe totalement à coté du sujet. Pourquoi tout ce barouf pour quelque chose qui existe depuis belle lurette ? Qu’y avait-il de si différent en septembre pour qu’une cyber-attaque de plus grande envergure encore, ne provoque pas le moindre entrefilet dans la presse ?

La réponse est très simple : en septembre dernier, la plupart des Français n’avaient jamais entendu parler de Wikileaks, des cables diplomatiques, des révolutions Facebook, ou des Anonymous. Bien sûr, si vous lisez ReadWriteWeb régulièrement, vous connaissiez tout cela depuis belle lurette, mais madame Michu, elle, a découvert tout cela il y a très peu de temps.

Pour les Etats, la nature du risque a changé. Les méchants Chinois ont toujours été là, et pour ce genre de cyber-attaques, la France n’a rien à apprendre de la Chine, Wikileaks nous l’a appris. Ce qui a changé, c’est qu’un risque supplémentaire est apparu, un risque qui a déjà fait tomber plusieurs chefs d’Etats : la population.

Vite, votons des crédits pour la cyberpolice. Renforçons la censure. Les Chinois sont à nos portes. Ayez peur.

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http://fr.readwriteweb.com/2011/03/08/a-la-une/france-attaque-par-les-cyberchinois-mais-fait-cyberpolice/feed/ 27
AmnDawla en France ? Prémices d’une révolution Française 2.0 http://fr.readwriteweb.com/2011/03/07/a-la-une/amndawla-en-france-prmices-dune-rvolution-franaise-20/ http://fr.readwriteweb.com/2011/03/07/a-la-une/amndawla-en-france-prmices-dune-rvolution-franaise-20/#comments Mon, 07 Mar 2011 11:30:21 +0000 Fabrice Epelboin http://fr.readwriteweb.com/?p=12281

Le “Bastille Day” Egyptien, tel que l’a qualifié SandMonkey, célèbre bloggeur Egyptien, est sans nul doute à ce jour l’opération d’hactivisme la plus spectaculaire jamais menée. Une utilisation conjointe et synergique de méthodes d’action ‘old school’ combinées à l’utilisation d’une multitude d’outils internet, reprenant à la fois les concepts de l’opération LeakSpin des Anonymous, de l’esprit Wikileaks et d’une ‘Egyptian touch’ unique : synchronisation d’actions via les outils sociaux, combinaison IRL/online, et opération de mobilisation de grande ampleur.

Mais la France, ex patrie des droits de l’Homme, dont on se demande si elle aura une place, demain dans le concert des nations, pourrait bien se relever des abysses dans lesquelles l’ont entraînée ses dirigeants, à travers une opération similaire d’Open Data radical : la mise à disposition du public d’une quantité pharaonique de données gouvernementales.

Un peu de mise en contexte

L’opération a débutée, en pratique, il y a déjà un certain temps. Nous annoncions dans nos colonnes, le 11 septembre dernier, quelques semaines avant le CableGate de Wikileaks et quelques mois avant le début de la révolution Tunisienne, qu’une quarantaine de site gouvernementaux dont ceux de six ministères avaient fait l’objet d’intrusions informatiques plus ou moins sévères, certains ministères s’étant fait dérober une large part de leur ‘patrimoine informationnel’.

Parmi les ministères ainsi dépouillés, celui de l’intérieur, de l’Agriculture, du premier ministre, et de l’Economie Numérique. Désormais, avec Bercy, il semblerait que la collection soit presque complète.

Avant toute choses, il convient de rappeler quelques éléments de mise en contexte.

Ces attaques ne sont pas le fait d’une organisation ou d’un grand plan. Le propre de ce à quoi font face les dictatures et les ploutocraties du monde entier est justement de n’être pas organisé au sens traditionnel du terme, je vous renvoi à ce billet pour mieux comprendre cet aspect fondamental des choses.

Ces attaques – ou tout du moins leur révélation faite au grand public par le biais de sites comme RWW – font suite à la révélation, début septembre, via une fuite de documents issus de Bruxelles et publiés par Marc Rees de PCinpact – figure historique de la lutte anti Hadopi – d’un plan datant de 2007, fomenté entre l’Elysée et les majors du disque, et destiné à filtrer, surveiller et censurer l’internet Français, façon Ben Ali. Ammar404 en VF.

Ensuite, il est indispensable de comprendre le type de données informatiques qui représente le saint Graal du vilain pirate qui attaque ainsi de pauvres ministères sans défense.

L’Agriculture, c’est le nerf de l’Europe, et le poids (pour ne pas dire l’influence) de la France dans les affaires Européennes pourrait être anéanti en cas de révélations embarrassantes. Or durant la courte période où la France a assuré la présidence de l’Europe, on a vu les lobbies du disque s’y renforcer. La France s’est toujours opposée à l’Europe en matière de respect des libertés liées à internet, tous ceux qui ont suivit l’affaire Hadopi savent à quel point la bataille qui s’est joué autour d’Hadopi a vu l’Europe se révéler comme le dernier rempart des libertés numérique, et cette bataille n’est pas finie. Mettre fin à l’influence de la France sur les institutions Européennes apparaît désormais comme une mission salvatrice.

Le ministère de l’intérieur, c’est l’Elysée. Ces deux organisations sont tellement fusionelles qu’attaquer l’un ou l’autre revient au même. Les archives dérobées pourraient contenir la préparation de la campagne de Nicolas Sarkozy, à l’époque où ce dernier occupait la place Beauvau, en compagnie de celui qui était à l’époque son chef de campagne et le patron du plus gros cabinet de lobbying Français, Frédéric Lefebvre. Mettre à jour ces documents permettrait de révéler ce que tout le monde sait déjà : la France est dirigée par les lobbies. Avec un peu de chance, on pourrait même apprendre combien ça leur coute d’écrire eux même une loi.

Si vous avez cinq minutes, cette vidéo – non censurée pour le moment – est assez parlante.

Cliquer ici pour voir la vidéo.

Le secrétariat d’Etat au numérique, c’est juste pour le LULZ. Peu de chance de trouver quoi que ce soit d’utile dans ses archives, mais sait-on jamais.

Le premier ministre, c’est pour le principe, il est évident qu’il doit y avoir dans les tonnes de documents qui pourraient contenir des choses instructives.

Plus récemment, Bercy, c’est carrément le saint Graal. C’est là, selon de multiples sources, que s’est rédigé une large partie du rapport gouvernemental sur la net neutralité, un copier coller grossier d’arguments issus des lobbies. Bercy, cela ne fait aucun doute aux yeux des anti Hadopi, est le véritable lieu de la gouvernance du numérique en France, ou tout du moins du bras armé numérique du gouvernement Français : Orange. Or Orange est désormais sous le feu nourri des hactivistes Français et Tunisiens. Ce Elf 2.0 de la Françafrique Sarkozienne, et avec lui son cortège d’intégrateurs, de prestataires obscurs de solutions de sécurité, de surveillance, de fichage des individus, de censure et de fichage, est le summum de l’internet civilisé, grand rêve du gouvernement actuel, dont la Tunisie était encore il y a peu un showroom pour les dictateurs d’Afrique de l’Ouest, dans lesquelles Orange est très présent, et un laboratoire de R&D géant, afin d’affiner la mission civilisatrice des gouvernants sur leur propres peuples par le biais d’internet.

Les hacktivistes pourraient bien, en faisant tomber Orange, faire tomber la politique numérique de la France, à l’international comme sur le territoire Français, et mettre fin aussi bien à un vaste programme de surveillance de la population Française qu’à la fourniture d’armes numérique à des dictatures Africaines. Une mission salvatrice, qui pourrait bien redorer le blason de la France à l’Etranger et lui faire renouer avec une tradition oublié de promotion des droits de l’Hommes.

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France 2 vs. Anonymous (MAJ) http://fr.readwriteweb.com/2011/03/05/a-la-une/france-2-anonymous/ http://fr.readwriteweb.com/2011/03/05/a-la-une/france-2-anonymous/#comments Sat, 05 Mar 2011 10:00:04 +0000 Fabrice Epelboin http://fr.readwriteweb.com/?p=12212

Je ne regarde presque plus la télévision, mais en début de semaine, quand le programme de Complément d’Enquête annonçait un spécial Transparence et Wikileaks, j’ai fait un effort.

Le programme m’a donné l’impression d’une opération d’intox ratée, bien moins efficace que l’époque ou Envoyé Spécial tentait de persuader les parents que leur chères têtes blondes trouvaient de l’extasy sur Facebook facilement. Un discours aujourd’hui repris par Kadhafi, qui tente, lui, de persuader son peuple qu’on sert des acides aux enfants au petit déjeuner.

La télévision. Quel média fantastique. Dire qu’il fut une époque ou ça marchait. De nos jours, tout le monde sait qu’on utilise Facebook pour des motifs bien plus sérieux, comme se libérer d’une propagande d’Etat, ou organiser la lutte contre un tyran.

Là, Complément d’Enquête a fait dans le Fail. Assange est un parano soupçonné de viol qui se déguise en femme, les Anonymous sont des black hats, voleur de cartes de crédit et activistes demeurés. Dangereux qui plus est : ils sont en possession de la documentation interne du plus grand marchand d’arme Français (un clin d’oeil à certains qui se reconnaîtrons dans un reportage qui a 97,8% de chances d’être bidonné). FUD FUD, FAP FAP. Dieu merci, une loi sous peu interdira de publier de tels documents (le hasard parlementaire et médiatique fait bien les choses). Tremblez en paix, Français, les lois sécuritaires de l’internet vont vous mettre à l’abri de ces criminels.

Les invités étaient remarquables. Du blogueur Tunisien, expliquant calmement au sujet d’Assange qu’un brin de parano ne nuit pas à la survie en environnement hostile, laissant le journaliste Français, confortablement installé dans un fauteuil depuis trop longtemps, esquisser une grimace gênée, ou un Henri Guaino hypernerveux, bafouillant ses arguments et lâchant des éléments de langage comme du name dropping, qui tente d’expliquer maladroitement en quoi Michèle Aliot Marie aurait été victime d’une atteinte à sa vie privée du fait de cette transparence… qui dérange…

C’était médiocre par rapport aux chefs d’oeuvres de la propagande Sarkozyste, comme le célèbre reportage sur Facebook en 2008, qui avait valu à France 2 une levée de bouclier des powers bloggeurs Français, traités avec le plus grand mépris par France Télévision. C’était il y a plus de deux ans. Depuis, la plupart d’entre eux ont renoncé à infléchir la “ligne éditoriale” de la télévision d’Etat.

Mais cette fois ci, ce ne sont pas les powers blogueurs qui demandent à la propagande d’Etat de baisser d’un ton, ce sont les Anonymous. Et de la même façon qu’un adulte se fait éclater par un ado dans un jeu vidéo, il n’est pas interdit de penser que les Anonymous réussissent là ou l’alliance de tous les “influents” de la bloggosphère a échoué : mettre un terme à la propagande produite quotidiennement par certains média.

Problème : il s’agit tout de même d’un média, et on ne DDoS pas un média. Le communiqué des Anonymous ne fait d’ailleurs pas de menaces, il invite les millions de Français qui sont derrière la fracture numérique à se renseigner par eux même, soulignant que, curieusement, France 2 n’a nullement fait mention des messages de paix et de justice répétés des Anonymous, et de leurs engagements aux cotés des peuples Tunsiens, Egyptiens, Lybiens, etc, etc, etc.

La plupart des journalistes ont jusqu’ici traité avec mépris les Anonymous, même s’il y a des exceptions notables, et il semblerait qu’en poussant le bouchon de la propagande un peu plus loin encore, la machine médiatique Française ait franchi une ligne jaune.

Heureusement le gouvernement français nous sous-estime.
Heureusement tous les journalistes ne sont pas à la botte des gouvernants.
Heureusement la nouvelle génération possède dans ses mains des outils qui lui permettent de ne pas être dépendante de l’information d’état.
Anonymous est né d’internet,
Internet est incontrôlable,
Anonymous est incontrôlable,
Nous sommes dans l’ère de l’information,
Nous sommes une génération que vous ne pouvez aisément manipuler et cela vous dérange,
Nous sommes Anonymous,
Nous sommes Légion,
Nous n’oublions pas,
Nous ne pardonnons pas,
Redoutez-nous.

(extrait du communiqué d’Anonymous au sujet de l’émission de France 2)

A lire également : Les Anonymous, première forme d’intelligence collective ?

MISE A JOUR DIMANCHE 0:30

Les Anonymous diffusent ce clip sous forme de droit de réponse

Cliquer ici pour voir la vidéo.


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http://fr.readwriteweb.com/2011/03/05/a-la-une/france-2-anonymous/feed/ 29
Girls in Tech/Web in Tunisia http://fr.readwriteweb.com/2011/03/03/analyse/girls-techweb-tunisia/ http://fr.readwriteweb.com/2011/03/03/analyse/girls-techweb-tunisia/#comments Thu, 03 Mar 2011 10:33:20 +0000 Fabrice Epelboin http://fr.readwriteweb.com/?p=12209

En France, l’une des grandes préoccupations qui agitent ceux qui sont au chevet du monde de l’innovation internet est la place des femmes.

Le féminisme s’inscrit dans une longue tradition Française, et la France a fourni au mouvement de nombreuse grandes figures. La France a participé à bien des combats féministes, mais force est de constater qu’en 2011, il reste encore beaucoup à faire.

La sur-représentation des femmes dans des instances situées au coeur de l’écosystème de l’innovation Française comme Silicon Sentier et tout ce qui tourne autour (La Cantine, Le Camping, etc) est une tentative louable (et indispensable) de compenser ce manque que tout le monde a eu l’occasion de constater, la floraison de groupes se réclamant ouvertement féminins tels que Girls in Tech, Girls in Web et consort en est un autre symptome.

Les femmes ont du mal à trouver leur place dans l’écosystème de l’innovation en France, la problématique est complexe, et le problème est encore loin d’être résolu. Or même en se plaçant au dessus (ou à coté) du débat sur le féminisme, force est de constater que construire ce qui sera l’architecture sociale et économique de demain sans femmes est un écueil.

Il y a deux ans déjà nous soulevions la question de l’impasse d’un web sémantique dont l’architecture logique avait été imaginée par un monde quasiment exclusivement masculin mais force est de constater que pour l’instant, en dehors des considérations d’intellectuels des technologies ou de feministes travaillant dans les technologies, nous n’avons pas avancé de façon significative.

Bienvenue en Tunisie

Une moquerie courante en Afrique du nord consiste à qualifier les Tunisiens de “femmes” afin de les positionner dans une hiérarchie imaginaire des différents peuples de la rive sud de la Méditerannée. A l’origine, c’était censé être dévalorisant pour le peuple Tunisien. A la lumière de la révolution globale initiée par la nation Tunsienne, cela prend une tout autre perspective.

Le coté dévalorisant initialement sous entendu dans cette remarque a bien évidement disparu – avec Ben Ali – mais il n’en reste pas moins que la moitié des Tunisiens sont des femmes, et que dans les technologies, la place des femmes dans la société Tunsienne se ressent fortement.

Lors du Startup Weekend qui a eu lieu à Tunis la semaine dernière, cela sautait littéralement aux yeux. La moitié des projets étaient portés par des femmes, et ce malgré une parité encore défaillante – les études d’ingénieur, là bas comme ici, attirant une majorité d’homme, et la manifestation attirant un large public d’ingénieur (elle a pris place d’ailleurs à l’école Esprit, l’une des écoles d’ingénieurs les plus réputée d’Afrique du Nord).

Girls in Tech/Web en Tunisie n’aurait à priori pas beaucoup de sens. En Tunisie, ils ont clairement dépassé ce problème. Il est évident que cela se traduira assez rapidement dans les formes d’innovations technico-sociales qui émergeront de ce pays, et que cela en fera l’une des caractéristique majeure de son innovation.

Sur ce point (comme sur d’autre), la France à des leçons à prendre et des voyages d’étude à mettre en place, pour comprendre pourquoi et comment (hint : Bourgiba), et surtout pour appréhender les conséquences d’une rôle plus important des femmes dans un écosystème d’innovation technologique qui, partout ailleurs, est dominé de façon souvent écrasante par les hommes.

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http://fr.readwriteweb.com/2011/03/03/analyse/girls-techweb-tunisia/feed/ 3
Quora ou les bonnes pratiques d’utilisation du Facebook graph API http://fr.readwriteweb.com/2011/03/02/analyse/quora-ou-les-bonnes-pratiques-dutilisation-du-facebook-graph-api/ http://fr.readwriteweb.com/2011/03/02/analyse/quora-ou-les-bonnes-pratiques-dutilisation-du-facebook-graph-api/#comments Wed, 02 Mar 2011 07:28:53 +0000 un auteur invité http://fr.readwriteweb.com/?p=12165

Ce billet a été rédigé par Thibaut Le Pellec, product manager des APIs Viadeo, et créateur de Meilleurcoiffeur.com. Dans le cadre de son travail, Thibaut passe énormément de temps à cogiter sur les APIs Facebook. Il a trouvé l’intégration de Facebook Connect à Quora tellement bien ficelée qu’il en a écrit un article et me l’a suggéré à la publication. De mon côté, l’expérience d’inscription à Quora m’avait fortement déplu, justement car j’avais trouvé que le processus de mis en place était trop automatisé. Face à cette opposition parfaite des opinions sur un même sujet, je me suis dit qu’il ne restait plus qu’à partager ce billet sur ReadWriteWeb pour récolter les avis d’autres experts du Web.

Après avoir étudié en profondeur le processus d’inscription de Quora, j’en suis arrivé à me poser la question suivante : est-ce que Quora va réussir là ou Twitter a échoué ? A savoir, proposer aux utilisateurs non avertis une interface personnalisée dès son premier contact avec le site.

Ce n’est un secret pour personne, Twitter, en France, a bien du mal à percer au niveau du grand public. Et pour cause, nombre de mes amis « non geeks » ont essayé Twitter après en avoir entendu parler à la télé, et on bien vite abandonné le site : « Je ne sais pas quoi faire dessus », « Comment je fais pour retrouver mes amis » ou encore « Je ne sais pas qui suivre (follower pour les plus geeks) » sont monnaie courante dans mon réseau. Et en effet, nombre d’utilisateurs quittent Twitter dès les premiers pas sur la plateforme, faute d’avoir réussi à trouver du contenu pertinent sur le site, alors que celui-ci en abonde… Comment faire pour résoudre ce problème ? Quora semble avoir trouvé la solution en s’appuyant sur le réseau social Facebook. Et après avoir testé le processus d’inscription en long, en large et en travers, j’en viens à me dire que si la perfection n’existe pas, on en est tout de même assez proche avec Quora.

Quora et l’utilisation de l’API Facebook

Avant d’attaquer le sujet de l’intégration effectuée par Quora de l’API Facebook, il est nécessaire de comprendre les grands concepts du graph API de Facebook. La structure du graph API Facebook est composée de 2 éléments simples :

  • Les nœuds : Il s’agit de tous les objets que vous pouvez trouver sur Facebook : un profil de membre, une page fan…
  • Les connections : Il s’agit des liaisons entres tous les nœuds. Par exemple, 2 membres sont reliés par une connection « contact », l’appartenance d’un membre à un groupe est signalé par la présence d’une connection « likes »…

A tout cela, Facebook ajoute un système de permissions autorisant ou non l’accès aux données. Il existe à l’heure actuelle une multitude de permissions que vous pouvez consulter sur cette page (http://developers.facebook.com/docs/authentication/permissions).

Quel rapport avec Quora me direz-vous ? Pour bien comprendre l’utilisation que Quora effectue de la graph API, il est nécessaire de se pencher sur les autorisations demandées par Quora lors de l’inscription via Facebook ainsi que sur le traitement des données qui en est effectué par la suite.

Permissions demandées par Quora aux membres Facebook

Quora demande 3 permissions à ses utilisateurs s’inscrivant via le processus Facebook :

  • Access my basic information : Cette autorisation permet à Quora, en plus de récupérer des informations de base sur le profil (photo, nom…), le social graph du membre ainsi que les « intérêts » de ce membre (si on détaille le flux retourné par Facebook, Quora va principalement exploiter les connections « activities, interests, music, books, movies, television, likes »). C’est précisément là-dessus que Quora marque des points par rapport à toutes les intégrations que j’ai pu voir de l’API Facebook, nous y reviendrons dans la dernière partie de cet article…
  • Post to my wall : Il s’agit d’une des autorisations les plus intéressantes de chez Facebook en terme de viralité. En effet, celle-ci permet à l’application de publier sur le wall d’un membre une news en son nom, qui sera diffusée dans le newsfeed de tous les amis du membre. Il ne semble pas que Quora utilise cette fonctionnalité pour le moment, mais je vous laisse imaginer le potentiel viral d’une telle permission, en ayant bien en tête qu’un membre Facebook a en moyenne 120 contacts…
  • Access my data any time : Une autorisation qui permet une mise à jour des données Facebook récoltées à n’importe quel moment, sans redemander l’autorisation à l’utilisateur. Idéal pour maintenir parfaitement à jour sa base de données et proposer des contenus toujours plus pertinents…

Exploitation des données Facebook par Quora

Si vous avez testé le processus d’inscription via Facebook, vous avez probablement été choqué comme moi par la pertinence des contenus qui sont poussées sur le tableau de bord de Quora dès la fin de l’inscription. Comment Quora arrive à me pousser sur le tableau de bord des topics comme « Web Development », « Facebook Platform » ou encore « San Francisco », qui correspondent parfaitement à ma personne ? De nombreux sites me proposent de suivre les contenus de mes amis Facebook inscrits sur le site, mais c’est bien la première fois que les contenus de mon « topics feed » sont en totale adéquation avec ma personne, sans que j’ai à aller moi-même à la pêche aux infos…

Et bien Quora a tout simplement poussé au maximum l’intégration de l’API Facebook. Comme je vous le disais, Quora va récupérer toutes les informations relatives à mes intérêts sur Facebook. Et en regardant de plus près mon profil Facebook, il se trouve que j’ai déclaré comme ville actuelle habiter à San Francisco, et que je suis fan des pages « Développement web » et « Facebook Platform » sur Facebook. Pas la peine de vous faire un dessin, je pense que vous avez saisi le concept. Quora matche les intérêts de ses membres avec ses contenus propres afin de pousser sur son tableau de bord des contenus plus que pertinents et répondants parfaitement aux attentes de ses membres. L’utilisateur n’a plus besoin d’aller chercher les contenus pertinents sur le site, ceux-ci lui sont apportés directement sur un plateau d’argent. Il ne reste plus qu’à faire son choix…

Qu’en conclure en termes d’expérience utilisateur ?

En ce qui me concerne, il s’agit de l’une des plus belles intégrations de l’API Facebook que j’ai eu l’occasion de voir. En proposant un tel processus d’inscription, Quora permet à l’utilisateur de ne pas focaliser son attention sur le fonctionnement du site, mais plutôt sur son contenu. Pas de période de prise en main de l’outil, l’utilisateur est directement enclin à utiliser le site et à contribuer pour enrichir la base de données. Selon moi, cet exemple d’intégration de l’API Facebook est un cas d’école. A l’heure ou l’intégration du Facebook connect se limite pour la plupart des sites à simplifier les formulaires d’inscription, Quora jette un pavé dans la mare et nous donne une bien belle leçon d’utilisation du graph API Facebook !
Reste à savoir si cette expérience utilisateur va s’inscrire dans l’histoire comme un standard, mais je ne me prononcerais pas sur le sujet… :D

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http://fr.readwriteweb.com/2011/03/02/analyse/quora-ou-les-bonnes-pratiques-dutilisation-du-facebook-graph-api/feed/ 27
Une clef pour comprendre les évènements de Tunisie http://fr.readwriteweb.com/2011/03/01/a-la-une/une-clef-comprendre-les-vnements-de-tunisie/ http://fr.readwriteweb.com/2011/03/01/a-la-une/une-clef-comprendre-les-vnements-de-tunisie/#comments Tue, 01 Mar 2011 07:25:52 +0000 un auteur invité http://fr.readwriteweb.com/?p=12189

Pierre Bellanger fut tour à tour un pionnier des radios Libres avec Skyrock au début des années 80 puis à nouveau pionnier des média sociaux avec les Skyblogs, l’un des plus importants média sociaux en langue française après Facebook, qui, au même titre que Facebook, a joué un rôle clé dans la révolution Tunisienne. Discret jusqu’ici sur le rôle joué par Skyrock dans les événements récents en Tunisie (tout en nous fournissant de précieuses informations), il nous livre aujourd’hui son analyse du rôle joué par le couple formé par sa radio, qui fut l’une des premières a expérimenter la libre antenne où les auditeurs participent aux contenus, couplée à l’une des plus importantes plateformes sociales francophones, dont l’activité a littéralement explosé à l’occasion de la révolution Tunisienne.

Le rôle clef de la France dans la révolution tunisienne n’a pas été vu. Il a été masqué par polémiques sur notre diplomatie et par la seule invocation des réseaux sociaux américains.

Chaque jour, pourtant, la nouvelle génération française démontre par Internet aux jeunesses francophones de par le monde que la liberté, le succès, la reconnaissance appartiennent à tous, quelles que soient ses origines, quels que soient les obstacles, et qu’il n’y a pas de fatalité. En direct à la radio – transmise par Internet ou échangée par cassettes – par millions de témoignages sur les blogs, l’expression libre sur la sexualité, les joies, les rires, les soucis, les sentiments, les injustices, le bonheur se font entendre partout. Certains, ici, n’y ont vu que trivialité et vulgarité ; là-bas, c’est en texte et en son, le goût de la liberté.

Les nouvelles générations des deux rives de la Méditerranée ont fusionné voici déjà quelques années pour ne former qu’un seul et même réseau culturel et électronique d’expériences et de sons partagés. La ressemblance générationnelle, identitaire, a propagé, par-dessus les frontières, une expérience démocratique unique. Ce vibrant réseau de jeunes anonymes partageant leurs existences est resté sous le radar. Il a fallu les évènements récents de Tunisie pour en révéler la magnitude.

Cet écosystème souterrain de blogs, de profils, de micro-messages, de musique, de radios, de séries télés, de vidéos, de photos transitant par Internet et téléphones mobiles bruit à l’unisson. Française, algérienne, marocaine ou tunisienne, la nouvelle génération kiffe les mêmes sons de rap et rnb, regarde les mêmes séries, les mêmes matches, écoute sur le web, la libre antenne de Difool et se retrouve sur des dizaines de millions de blogs publiés en français.

Et que disent-ils ? Pas de discours, pas de politique, pas de théorie, mais une immense envie de liberté, de reconnaissance, de s’en sortir, d’avoir son mot à dire sur sa propre vie et de ne laisser personne décider à sa place.

Méprisée souvent en France, discriminée, humiliée, la culture de la nouvelle génération et sa libre expression radio et Internet ont été au Sud, un moteur à suivre, un objectif : être libre. Même si des deux côtés, sans illusion, on partageait des frustrations semblables, des destins bloqués et le chômage.

La connexité du réseau a fondé une nouvelle génération consciente d’elle-même et informée en temps réel. La mixité des origines et des expériences échangées a instauré l’uniculture ouverte et mondialisée de la nouvelle génération francophone. C’est celle-là qui s’est embrasée l’occasion venue en Tunisie ; pour s’étendre ensuite, puisque soudain l’impensable devenait possible. Et chaque fois les écosystèmes électroniques se mettent en mouvement.

Sans nul doute, la nouvelle génération française a contribué à faire tomber le premier domino de ce printemps arabe. Et voici, en retour, que nous revient cette formidable entrée dans la politique d’une jeunesse qu’on disait désintéressée de la chose publique et qui a fait tomber en quelques semaines deux dictateurs.
Qu’en ferons-nous ? Laisserons-nous encore, ici, en France, la nouvelle génération sur le côté, déclassée et ignorée ? N’y a-t-il pas là un vide politique majeur ? Vide comme la place Tahir. Qui, un jour, fut noire de monde.

Pierre Bellanger
Fondateur et Président de Skyrock

(Cet article est sous licence CC-by-nc, illustration CC-by de jeepnovak2)

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http://fr.readwriteweb.com/2011/03/01/a-la-une/une-clef-comprendre-les-vnements-de-tunisie/feed/ 35
Plyce se repositionne sur le Social Shopping pour tenter de se différencier http://fr.readwriteweb.com/2011/02/28/analyse/plyce-repositionne-sur-social-shopping-tenter-de-diffrencier/ http://fr.readwriteweb.com/2011/02/28/analyse/plyce-repositionne-sur-social-shopping-tenter-de-diffrencier/#comments Mon, 28 Feb 2011 07:10:39 +0000 Damien Douani http://fr.readwriteweb.com/?p=12185

Je viens de recevoir ce mail de la part de Plyce, le Foursquare français, qui manifestement se repositionne à défaut de pouvoir rivaliser avec son concurrent américain en le prenant de vitesse.

Tandis qu’aux USA Foursquare est très utilisé pour la Social Shopping (bons plans géolocalisés donnés par la communauté, les magasins et les marques) mais encore en France, Plyce leur grille la politesse et fait un demi-tour sur l’autoroute en spécialisant son service justement sur le Social Shopping.

Outre avoir un angle d’attaque plus précis, il devance ainsi en Europe Foursquare, et surtout se dote enfin d’un modèle économique B2B2C viable (parce que les badges c’est sympa mais ça fait pas manger) : les marques et les commerçant vont payer pour délivrer bons plans et coupons autour de où vous êtes (dommage, PagesJaunes a été pris de court sur ce coup).

Je résume :

- je me mets dans un sillon

- je coupe l’herbe sous le pied de mon dangereux concurrent, quite à être un champion local lucratif et non mondial

- j’abandonne le principe social de mes amis : c’est là que je suis circonspect. En se débarrassant de cette fonction,cela veut dire que Plyce devient « juste » un annuaire de bons plans localisés délivrés par des professionnels, que vous pouvez éventuellement diffuser via facebook et twitter. Or, en gardant un réseau d’amis localisés en complément, il y a aurait eu des choses intéressantes à faire comme des principes de viralité intra-communauté du type « 5% de réduction en plus aux 10 premiers Plyceurs qui se présenteront au magasin ».

Cela sent fortement un « back to basics », autrement dit une refondation du service sur un « coeur » plus lucratif et commercial et l’abandon de l’essence initiale du service qui était une sorte de Facebook localisé. Volonté de l’équipe ou/et des investisseurs (KimaVentures de Xavier Niel et Jérémie Berrebi) ?

Si émerger et rentabiliser la société est à ce prix, c’est un bon choix.

Le mail reçu ce soir dimanche à 19h :

CHANGEMENTS AU SEIN DU SERVICE DANS LA SEMAINE À VENIR!

Cher utilisateur,

Vous faites partie des membres inscrits sur Plyce.

Nous souhaitons vous informer qu’à partir du 3 mars, Plyce va axer son service sur les bons plans de proximité et sur l’univers du shopping géolocalisé.

Cela implique des changements important par rapport à l’utilisation actuelle de Plyce

  • La fonctionnalité de localisation ne va plus servir à informer son réseau d’amis du lieu où l’on se trouve mais à s’informer des bons plans à proximité.
  • Vous pourrez partager, si vous le souhaitez, vos bons plans avec vos amis via Facebook ou Twitter.
  • Votre réseau d’amis au sein de l’application n’a plus vocation à continuer. Il va donc être supprimé.

En vous géolocalisant, vous pourrez avoir accès aux informations concernant toutes les promotions relatives à un produit ou à une enseigne se trouvant à proximité et même bénéficier parfois de remises spécifiques aux utilisateurs de Plyce.

En plus de l’information de proximité, vous pourrez bénéficier de récompenses en vous localisant dans un point de vente, de coupons de réduction ou de points de fidélité.

A partir du 3 mars, en vous connectant ou en téléchargeant Plyce vous aurez accès à un tout nouveau service, dont voici à gauche quelques captures d’écran en exclusivité.

D’ici là, nous vous invitons si vous le souhaitez à vous connecter à votre profil et à sauvegarder vos données de check-in que vous souhaitez, avant que celles-ci ne soient définitivement supprimées.

Bien entendu, vous pouvez nous poser toutes les questions que vous souhaitez à l’adresse suivante : contact@plyce.com.

Nous vous remercions de votre fidélité.

L’équipe Plyce

Article initialement publié ici.

Suivez l’auteur sur twitter : @damiendouani

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http://fr.readwriteweb.com/2011/02/28/analyse/plyce-repositionne-sur-social-shopping-tenter-de-diffrencier/feed/ 2
Les droits de l’Homme appliqués aux données : datalove http://fr.readwriteweb.com/2011/02/24/analyse/les-droits-de-lhomme-appliqus-aux-donnes-datalove/ http://fr.readwriteweb.com/2011/02/24/analyse/les-droits-de-lhomme-appliqus-aux-donnes-datalove/#comments Thu, 24 Feb 2011 07:31:51 +0000 Fabrice Epelboin http://fr.readwriteweb.com/?p=12131

Rares sont les politiciens en France qui comprennent quoi que ce soit à internet, et nombreux sont ceux qui pensent – parfois sincèrement – pouvoir expédier le problème en l’espace d’une rencontre. C’est un rôle qui m’est souvent attribué : celui de l’expert internet qui saura, l’espace d’un diner ou d’un petit déjeuner, transformer ce que la politique compte de plus ancré dans un XXe siècle qui s’éloigne, en politique 2.0 branché et au fait de la nouvelle ère internet qui s’annonce comme désormais inévitable.

Récemment, c’est à l’occasion d’une rencontre avec Génération France, un cercle de réflexion formé autour de Jean François Coppé, que j’ai pu goûter aux joies de ce que l’on entend par ‘débat’ dans le clan de ceux qui après avoir été de fervents supporters de Hadopi (et qui approuvent toujours les lois anti démocratiques de surveillance et de censure telles que Loppsi).

La semaine dernière, lors d’une intervention chronométrée de deux minutes trente face à un auditoire dont la moyenne d’âge frisait il y a peu encore l’âge de la retraite, je tentais de résumer le gouffre qui séparait le XXe siècle moribond et le XXIe siècle plein d’inconnues. Un échec absolu, souligné avec malice (ou ignorance) par Jean François Coppé himself, qui, prenant la parole après moi, concluait que du coté de l’UMP aussi, on avait désormais compris internet.

Un telle affirmation, faite à la suite d’une rapide démonstration de la fin d’un monde qui les avait mené jusque là, a de quoi décourager plus d’un activiste des libertés numériques. Ni Coppé, ni Jean-Pierre Raffarin, ni le parterre de stars de l’UMP présentes lors de l’évènement (a l’exception notable d’une Laure de la Raudière visiblement génée par le discours ambiant sur internet, à qui il a été consacré en tout en pour tout 5 minutes de temps de cerveau disponible), n’ont compris quoi que ce soit à ce que j’ai pu dire sur la nouvelle circulation de l’information, la transparence ou le monde d’après Wikileaks.

Au final, un petite opération de com’ interne de l’UMP version Coppé, destinée à donner l’illusion à ses troupes que le problème internet était sous contrôle. Une illusion qui causera la perte de la plupart d’entre eux.

Tout cela n’est qu’une question de point de vue

A défaut de faire comprendre un phénomène d’une complexité inouïe à des individus qui on décidé de ne pas y consacrer l’attention nécessaire, le plus simple est peut être de leur faire saisir le gouffre qui les sépare de la civilisation de l’internet qu’ils combattent de toutes leur forces et qu’ils cherchent désespérément à civiliser, comme on colonisait hier des contrées lointaines dont les territoires regorgeaient d’or et de richesses. Rien n’illustre mieux ce fossé que les principes du Datalove, récemment mis en ligne par Telecomix, un acteur essentiel – pour ce qui est de l’internet – des révolutions en cours dans le bassin Méditerranéen.

Datalove : les droits de l’Homme, appliquées aux données

Quand on voit le respect que les politiciens en place ont pour les Droits de l’Homme, s’imaginer qu’ils appliquent cela aux données est ridicule, mais cela a au moins de mérite de mesurer la distance qui sépare deux clans désormais engagés dans une lutte à mort (par obsolescence du camp adverse, il suffit d’être patient).

Love data
Aimez les données

Data is essential
Les données sont vitales

The data must flow
Les données doivent circuler

Data must be used
Les données doivent être utilisées

Data is neither good nor bad
Les données ne sont ni bonnes ni mauvaises

There is no illegal data
Il n’y a pas de données illégales

Data is free
Les données sont Libres

Data can not be owned
Les données ne peuvent pas être possédées

No man, machine or system shall interrupt the flow of data
Aucun homme ni aucune machine ne devrait interrompre le flux des données

Locking data is a crime against datanity
Enfermer les données est un crime contre la ‘Datanity’ (contraction de Data et Humanity)

Love data
Aimez les données

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http://fr.readwriteweb.com/2011/02/24/analyse/les-droits-de-lhomme-appliqus-aux-donnes-datalove/feed/ 5
Social Media Week San Francisco: De quelle conversation parle-t-on? http://fr.readwriteweb.com/2011/02/23/analyse/social-media-week-san-francisco-de-quelle-conversation-parleton/ http://fr.readwriteweb.com/2011/02/23/analyse/social-media-week-san-francisco-de-quelle-conversation-parleton/#comments Wed, 23 Feb 2011 07:38:06 +0000 Axelle Tessandier http://fr.readwriteweb.com/?p=12147

Sur le papier, cela ressemblait à une semaine particulièrement excitante. Les conférences, c’est formidable, cela dure dix heures d’affilée, on a un badge avec son petit nom, on court comme un forcené de salle en salle pour faire comme tout le monde, ou avoir l’air d’être là non pas uniquement pour le “networking” dans les couloirs, mais aussi pour les sessions. On s’assoit, on écoute pendant dix minutes, on lutte pour continuer par la suite.

Un peu l’enfer, parfois, honnêtement. Alors évidemment, le concept de « la semaine Social Media », on accroche d’un coup d’un seul. Un cadre informel, qui s’étale dans le temps, pour parler d’un phénomène qui nous passionne pas mal tout de même, quoi de plus séduisant?

Le problème, c’est l’intitulé même de ce que cette semaine devait être. Durant cinq jours, les mots que j’ai le plus entendu sont “conversation” et “real time”. Et pour cela, on se retrouvait dans ce qui ressemblait plus à un monologue se déroulant sur plusieurs jours. Paradoxale comme impression…

Pourquoi un monologue? Parce que j’ai eu le sentiment d’écouter toujours le même côté de la table. Celui où s’installent ceux qu’on écoute le plus, ceux qui savent, ceux qui ont 20.000 followers sur Twitter et un score sur Klout décent.

Je ne dis pas qu’écouter Tim O’Reilly et Brian Solis nous parler de “Collective Intelligence” pour démarrer la semaine n’était pas passionnant. Je dis que, tout à coup, au bout de quelques heures, puis de quelques jours, on finit par se dire qu’il y a une certaine ironie à parler de la révolution que représentent les plateformes dites de “médias sociaux”, tout en parlant assez peu de ceux à qui cela a offert une nouvelle fenêtre d’expression.

En fait, si, on en parle, mais ils ne sont jamais là, ils sont quasiment désincarnés. Un peu comme le mot lui-même: “Social Media”. Pour beaucoup d’entre nous, cela est en fait devenu synonyme de Facebook et Twitter, avouons-le. Comme un label, un monopole que plus personne ne remettrait en cause. Mais la quantité d’information est devenue si gigantesque, qu’on finit par se demander comment Internet peut continuer à être un réel vecteur de connexion, quand le sentiment que tout le monde parle en même temps se fait plus présent.

Alors évidemment, il est plus facile d’écouter ceux qui avaient les éléments clés pour se faire une place de choix. C’est ce que nous étions tous entrain de faire. Ecouter “des experts” n’est jamais inintéressant, mais il me semble que les utilisateurs, vous, moi sommes totalement intégrés à cette conversation, nous sommes plus qu’engagés. Internet a changé la vie de beaucoup d’entre nous. Merci de conceptualiser cela autour de “l’interest graph”. Mais comme je le dis souvent, les “buzzwords” ne représentent des réalités tangibles que pour ceux qui les créent. Pour l’internaute? En ce qui me concerne, je me pose beaucoup moins de questions: je veux un espace qui me permet d’échanger, d’être entendu, d’apprendre. Les utilisateurs sont ceux qui dessinent le web, mais la quantité d’information a rendu les “influencers” essentiel pour relayer ou y accéder, ceux-là même à qui l’on fait “confiance”.

J’avoue sur Twitter, je vais avoir tendance à suivre ceux qui ont l’air d’avoir la légitimité de m’informer. Oui, par légitimité, j’entends votre ratio followers/following. En l’écrivant, j’ai un peu honte et je me rends compte que cela peut être aberrant. S’interroger donc sur la notion de “Social Media” en soi aurait été logique et aujourd’hui nécessaire. En quelques années, tout a, encore, changé.

Ne pas commencer cette semaine par un retour sur la définition même du mot m’apparaissait étrange car considérer les choses comme un acquis, dans la vie, donc sur le web, me semble toujours dangereux, surtout que cela est devenu une obligation. Je ne sais pas pour vous, mais la plupart du temps, j’ai l’impression que mes dernières photos sur Facebook ont plus de chance d’être explorées que le dernier article qui me passionne. D’autant plus si je poste cela un lundi tôt avant que le flot du “mur d’actualités récentes” ne démarre. Et là, j’avoue, je fais comme tout le monde, je capitule, je finis par partager en me disant, un peu comme une bouteille à la mer “pourvu qu’ils le lisent, c’est tellement dément’’. Je ne parlerai pas de Twitter: le problème est le même, en pire, car tout va plus vite et le lien personnel entre moi et mes “followers” encore moins évident qu’avec mes “amis”. Qui n’a pas connu la solitude et la frustration du lien formidable qui n’obtient que trois cliques… (Oui, cela sent le vécu, jouons cartes sur clavier).

Alors peut-on encore dire que tout  cela est social? Une question pour beaucoup, beaucoup, de réponses….

J’aime l’idée qu’un media serait social par définition. Internet n’aurait rien inventé comme le dit Derek Powazek: “All media is social because human beings are social. The only difference is that it happens much, much, much faster now. We’ve sped up the refresh rate in our mediated conversations so much that the previous version looks like it’s not moving at all.

Mais la vitesse à laquelle la conversation se déroule est loin d’être un détail quand elle se complète par une augmentation du nombre de ceux qui s’y joignent. Comment continuer à vraiment échanger et engager? Je ne veux ni plus ni moins qu’être capable de faire ce que je fais instinctivement avec les autres. C’est pour cela que si le web se transforme en une conversation avec ceux qui tiennent les rênes d’un côté, et des gens qui sont assis à écouter avec le droit de poser des questions, quand on le leur donne (ce à quoi cette Social Media Week ressemblait parfois), le net ne sera absolument plus ce qu’il devait être. Internet est un espace ouvert à tous, où les experts peuvent être les passionnés, où être “au bon endroit, au bon moment avec les bonnes personnes” peut simplement vouloir dire être là où vous le souhaitez dans  un monde de connectivité totale. Les “influencers” ou “filtres” seront toujours nécessaires. Je souhaite juste que cela ne soit pas toujours les mêmes, et que la légitimité ne se fasse pas en terme de popularité mais de connaissance. L’utilisateur aurait eu sa place pendant cette Social Media Week.

Les débats ou événements qui m’ont le plus concerné sont ceux qui leur offraient une large place, qui au-delà du concept même de “conversation” me décrivait concrètement comment elle se déroulait ou comment la rendre encore plus fluide.

Dans un contexte “B2B”, la présentation du nouvel “e2” par l’équipe de Echo, qui se déroulait pendant la Social Media Week, révélait que les medias devait intégrer de plus en plus qu’internet ne pouvait être la reproduction de leur version papier ou une télévision bis pour les chaînes. L’interactivité devait devenir le coeur même de leur service sur le web. Non pas comme une obligation, mais comme une évolution améliorant leur façon de délivrer l’information à un public de plus en plus proche. Comme l’a affirmé le fondateur d’Echo sur scène, Khris Loux: ”In the way that print gave way to TV, static pages will give way…“. Echo présentait donc “e2,” leur nouvelle technologie qui permet aux éditeurs de transformer leurs pages en ce que le web semble préférer: “a real time conversation”. La démonstration de Sports Illustrated et de leur opération durant la Coupe du Monde 2010 pour répertorier, intégrer, créer la conversation sur leur propre site au cours de cet événement était éloquente et passionnante. Vous vous rendez compte que les médias qui réussiront le virage que provoque Internet seront ceux qui non seulement auront adopté les nouveaux comportements que cela implique mais surtout les technologies qui les représentent.

Dans un contexte plus “B2C”, c’est de loin la présentation de YouTube qui m’a le plus intéressé durant cette semaine. Pourquoi? Parce qu’elle ne parlait que de ce qui me passionne, de ceux qui ont trouvé sur le web une caisse de résonance pour des projets qui n’auraient jamais pu voir le jour sans trouver un soutien “viral” se propageant à la vitesse du web. Le débat de YouTube s’intitulait “YouTube, as the New Campfire”. L’image me plaît beaucoup. Voilà pour moi une comparaison qui parle vraiment de “conversation realtime”, en cercle, pour en terminer complètement avec ceux du bon côté et les autres. Alors évidemment, il est plus facile de faire une présentation faites de vidéos amusantes ou qui sont devenues des classiques du web, ou en racontant les histoires fascinantes telles que celle de Lauren Luke dont la vie a changé en transformant celles de millions de femmes: ou comment cette femme dite “ordinaire” est devenu le guide beauté du web en utilisant ses vidéos sur YouTube. Une caisse de résonance dont ont su aussi profiter des projets dingues comme le Symphony Orchestra.

Plus simple donc d’être à l’écoute pendant une heure. Mais c’est aussi parce que pour la première fois, les experts, ceux dont j’entendais parler, étaient ceux qui dessinaient 95% d’Internet. Ceux qui ne sont pas dans les cercles de la Silicon Valley. Ne vous y trompez pas, je suis fascinée en permanence par la capacité de cet endroit à penser le monde sans jamais se replier sur un microcosme. Mais cela n’empêche pas les discussions entre soi. Cette semaine correspondait plus à cela car une vraie célébration de ce qu’est le “social media” pour moi: une exploration des autres sans limites d’espace, qui me permet d’en apprendre autant sur eux que sur moi tout en accumulant de nouvelles connaissances. Je suis ce que j’aime, et non l’inverse.

Axelle Tessandier
@axelletess

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http://fr.readwriteweb.com/2011/02/23/analyse/social-media-week-san-francisco-de-quelle-conversation-parleton/feed/ 1
Les RH vont-elle révolutionner l’entreprise en s’appuyant sur les réseaux sociaux ? http://fr.readwriteweb.com/2011/02/22/a-la-une/les-rh-sontelles-en-passe-de-changer-monde-des-entreprises-en-sappuyant-sur-les-rseaux-sociaux/ http://fr.readwriteweb.com/2011/02/22/a-la-une/les-rh-sontelles-en-passe-de-changer-monde-des-entreprises-en-sappuyant-sur-les-rseaux-sociaux/#comments Tue, 22 Feb 2011 07:44:02 +0000 Frédéric Bascuñana http://fr.readwriteweb.com/?p=12109

En 1998, à peine sorti d’HEC, Frédéric créait JobSésame, racheté par Monster dont il pris en charge le développement Européen jusqu’en 2005, date à laquelle il fonda Webcastory, une plateforme de SocialTV qui a lancé avec succès plusieurs webTVs dont les contenus sont conçus par les communauté qui les animent. La dernière née, HRchannel, revient sur l’expertise qui a fait le premier succès de ce sérial entrepreneur : l’impact des nouvelles technologies sur la fonction RH des entreprises, mais cette fois-ci, il va bien plus loin que le recrutement en ligne des années 90. [full disclosure: Webcastory est un partenaire de ReadWriteWeb]

Ne nous voilons pas la face : en dépit de discours lénifiants et politiquement corrects qui soulignent si ardemment le contraire, il est incontestable que les RH ont encore beaucoup de mal à peser dans les décisions de l’entreprise – tout au plus doivent-elles les appliquer en prise direct avec l’exécutif et sa vision stratégique long terme. La littérature mondiale abonde en propos insinuant la frustration et le malaise dans ces fonctions qui voudraient être, et mériteraient d’être plus entendues.

Non pas qu’il faille se complaire dans la vision navrante d’un tableau tout en noir : les nuances de gris d’une société à l’autre sont d’une rare complexité et il faut se garder de tomber dans l’écueil d’une généralisation racoleuse.

Mais si les RH avaient un rôle décisionnel incontestablement puissant, et solidement ancré, cela se saurait. Il n’existerait pas autant de conférences, de séminaires, de keynotes plus ou moins bien documentés ces derniers temps pour nous faire régulièrement entendre la complainte de DRH en quête d’une légitimité, jusqu’ici proche de l’illusoire, en passe de devenir tangible grâce à l’émergence des outils qu’on l’on regroupe par abus langagier sous le vocable de « 2.0″.

Comme si le 2.0 cristallisait tous les espoirs de reconnaissance d’une profession qui identifie là un argument massue pour être enfin entendue.
Parce que malgré les freins en présence, les résistances exprimées en interne avec plus ou moins de bonne foi, il se produit en ce moment ce qu’il est de bon ton dans les salons B2B mondains d’appeler un « changement de paradigme »…

Oui, le 2.0 joue là un rôle moteur. Les usages, pas les outils. Attention, ceci est un autre débat mais il a un impact sur la légitimité du postulat. Car il ne s’agit pas d’un coup de baguette magique provoqué par quelques plateformes géniales : ce sont ces plateformes d’un nouvel âge qui se sont mises au service d’un besoin qui s’est parfois exprimé dans la douleur, pas l’inverse : elles n’ont rien provoqué, ce ne sont que des porte-voix – et c’est pourtant déjà beaucoup.

Les usages ainsi pointés sont déjà considérés comme une donnée élémentaire pour définir l’activité et les attentes des jeunes générations chez qui tout indique qu’ils soient plus naturels, et de ce fait moteurs dans le changement ; mais qui contrairement à une idée reçue qui a la peau dure, ces usages explosent peut-être plus encore fortement chez les cadres seniors qui trouvent là une zone de liberté et surtout de reconnaissance dont ils désespéraient jusqu’ici – ce qui expliquent qu’ils s’en soient emparés avec peut-être plus encore d’espoir (ou d’énergie du désespoir) et de volontarisme que les jeunes de la fameuse génération Y qui tient ces outils pour acquis.

Rencontrons nous pour en parler

Il s’agit donc, à l’occasion de quelques plateaux TV (en mode talkshow, sur un ton amical et entre pairs, mais qui ne craindront pas la polémique et refuseront toute langue de bois), et d’une rencontre informelle dans le contexte d’une journée que nous avons baptisée « lounge TV », parce qu’un espace lounge annexe permettra aux visiteurs d’échanger sur des thèmes plus sensibles dans le contexte informel d’un open space, il s’agit donc disais-je de confronter nos visions.

Ces visions feront-elles de nous de simples passionnés pêchant peut-être par idéalisme, ou au contraire vont-elles nous positionner parmi les réalistes, ceux qui ont compris avant les autres ?
Le goût des ressources humaines nous prédispose-t-il à une vision du monde si sincèrement humaniste qu’elle en perd toute prise avec le cynisme ambiant ? Ou au contraire les RH sont-ils acculés à être autant sinon plus fatalistes que ne le sont leurs élistes dirigeantes, forcément tournées, l’inquiétude en plus, vers des problématiques de survie dans un environnement mondialisé qui les contraint à faire fi de considérations humanistes aujourd’hui plus sensibles que jamais sur des thèmes aussi variés que la gestion des risques pshysociologiques, la responsabilité sociale, l’égalité des chances, la diversité, l’exigence de transparence et j’en passe tant d’autres encore ?

Il y sera question donc, ce jour-là, de poser les jalons en termes de questionnements utiles sur l’avenir des RH qui disposent aujourd’hui d’une arme puissante : le 2.0 – qui n’est pas juste un package bien outillé en gadjets interactifs, mais une déferlante et, à ce titre, une fatalité qu’il faut prendre en compte pour ne pas perdre la confiance des collaborateurs dont les attentes ne sont pas forcément plus fortes qu’elles ne l’ont été naguère : elles sont juste incomparablement plus audibles et impossible à ignorer.
Rien de grand ne s’est jamais négocié en ce bas monde sans chantage : le 2.0 est plus puissant qu’un chantage, c’est aussi un prétexte que les plus éclairés des managers sauront actionner au sein des gourvernances pour faire entendre raison aux plus rétifs.

« Si vous ne prêtez pas attention à cette exigence de transparence, votre capital confiance va s’écrouler ». « Vous y perdrez beaucoup si vous ne commencez pas à embrasser de suite les conversations qui sont portées par vos collaborateurs, tant en interne qu’en externe le plus souvent sous couvert d’anonymat ». VOilà ce qu’on pourraient aisément les entendre s’écrier.

De tels propos sont impossibles à ignorer. Parce qu’ils ont un impact inconstable sur la réputation de ces entreprises sur le public, parce qu’ils ont un impact sur la création de valeur. Les dirigeants commencent alors à le saisir sous l’impulsion de crises grandissantes, et parce qu’ils sentent balancer au-dessus de leurs têtes une épée de Damoclès dont il ne parviennent pas encore pleinement à saisir les implications et la réalité : plus ou moins confusément, plus ou moins habilement, ils ont donc décidé d’écouter ces visions RH d’un âge nouveau.
A nous maintenant de contribuer. Saurons-nous porter là un message salutaire ?

A n’en point douter : si tant est qu’il existe un lieu où puissent être corrigés, même tout doucement, et même imperceptiblement, les excès du capitalisme et ses dommages collatéraux humains, c’est bien sous l’égide d’un soft power 2.0. Si tant est que nous devions modestement contribuer à changer le monde des entreprises, et peut-être le monde tout court, ce sera dans l’effervescence intellectuelle et sociale que les médias sociaux rendent plus perceptibles que jamais et dont ils étendent et amplifient l’influence.

La question est de savoir si nous saurons être collectivement à la hauteur : structurer nos propres conversations et notre écosystème professionnel, pour donner plus de poids à nos arguments.

Je vous propose une première journée de rencontres en compagnie des professionnels de l’écosystème RH, le 17 mars prochain, dans le but assumé de structurer un discours et un appel communs.

(image d’illustration CC de xdjio)

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http://fr.readwriteweb.com/2011/02/22/a-la-une/les-rh-sontelles-en-passe-de-changer-monde-des-entreprises-en-sappuyant-sur-les-rseaux-sociaux/feed/ 12
Souriez, vous êtes identifié http://fr.readwriteweb.com/2011/02/17/a-la-une/souriez-vous-tes-identifi/ http://fr.readwriteweb.com/2011/02/17/a-la-une/souriez-vous-tes-identifi/#comments Thu, 17 Feb 2011 13:03:25 +0000 Mike Melanson http://fr.readwriteweb.com/?p=12102

Cliquer ici pour voir la vidéo.

Il existe une zone d’ombre sur les technologies de reconnaissance faciale : vous pouvez, au choix, être totalement enthousiastes sur les possibilités offertes par la reconnaissance faciale combinée aux smartphones et aux réseaux sociaux, ou trouver cela totalement flippant et redouter le monde que ces technologies laissent entrevoir.

Le futur est déjà là ceci dit, et il convient d’en saluer les nouveaux maitres, qui aujourd’hui prennent la forme d’une société de la Silicon Valley nommée Viewdle au sujet de laquelle nous avions déjà écrit en octobre dernier. Voilà comment ils comptent faire de la vidéo ci dessus une réalité.

En octobre dernier, Viewdle a levé 10 millions de dollars et nous disait que sa principale fonction consisterait à aider au tagging de photos sur les smartphones avant même que celle-ci ne soient mis en ligne sur des sites comme Facebook, afin qu’elle ne se «perdent pas dans le cloud». Mais aujourd’hui, PSFK Salon affirme que la société était présente sur le Mobile World Congress et y faisait la démonstration d’une intégration bien plus poussée de sa technologie, où la reconnaissance faciale était utilisée pour faire le lien entre une photo et les réseaux sociaux.

«Viewdle se positionne entre l’appareil photo et l’utilisateur et analyse le flux d’information issu de l’appareil, identifiant les visages et proposant ainsi des liens vers Facebook ou d’autres sites sociaux comme Youtube, Linkedin, et d’autres. L’utilisateur peut ainsi identifier les visages et relayer l’information vers ces plateformes. Au fur et à mesure qu’il applique des identités sur des visages, le logiciel apprend à mieux le faire, et peut même partager cet apprentissage avec d’autres utilisateurs. Une vue en temps réel permet également une vision en réalité augmentée à travers une surcouche graphique qui révèle des informations sur les personnes qui vous entourent.

Selon le site de Viewdle une multitude d’implémentation de cette technologie sont en cours : ViewdleFaces, ViewdlePlaces, ViewdleGames… Pour l’instant, ceci dit, seul Viewdle Uploader, une application de bureau, est disponible. La version mobile, promise dans peu de temps, se distingue cependant de toutes les applications du même type d’une façon assez radicale : la reconnaissance est faite localement, sur le smartphone, plutôt qu’à travers une service distant dans la cloud.

Flippant ou cool : une question d’usage

Au delà de l’éternel débat sur les coup répétés envers la vie privée assénés par les technologies liés aux réseau sociaux, la popularisation de ces technologies de reconnaissance faciale aura peut être le mérite de porter à l’attention du grand public l’existence de ces technologies. Les plus paranoïaques (qui sont, selon l’adage, ceux qui ont une chance de survivre) ne manqueront pas de se demander si le monde de la vidéosurveillance ne se saisira pas sous peu des mêmes technologies (si ce n’est déjà fait) pour profiter d’un vide juridique absolue (ou plus exactement de l’absence quasi absolue de la moindre régulation réellement effective).

Avec de telles technologies, la vidéosurveillance des populations prend une dimension nouvelle et permet d’envisager une surveillance bien plus précise encore des populations, qu’il s’agisse de pister un individu précis, dont une caméra de surveillance identifiera immédiatement le visage pour remonter une alerte en temps réel au surveillant, ou de faire de la surveillance de masse en demandant à un ensemble de caméras de surveillance la liste complète des participants à une manifestation, par exemple. Technologiquement, c’est faisable, juridiquement, autant dire que personne n’empêchera le pouvoir en place de se lancer dans de tels dérives.

Loppsi en a rêvé… ou l’a peut être tout simplement anticipé… Exalead, récemment racheté par Dassault, un proche du pouvoir en place, dispose de telles technologies, et ne semble pas pour l’instant la destiner à un usage grand public, contrairement à Viewdle.

Nul doute que comme pour beaucoup d’autres technologies, les dictatures ou les oligarchies se pencheront avec attention sur ce type de technologies (vendues par Viewdle ou par un autre), tant l’obtention d’une liste précise de manifestants leur permettra de se maintenir au pouvoir un peu plus de temps encore. Quant à la France… Wait and see.

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http://fr.readwriteweb.com/2011/02/17/a-la-une/souriez-vous-tes-identifi/feed/ 14
Les Egyptiens utilisent Google Moderator pour imaginer le futur de l’Egypte http://fr.readwriteweb.com/2011/02/16/analyse/les-egyptiens-utilisent-google-moderator-imaginer-futur-de-legypte/ http://fr.readwriteweb.com/2011/02/16/analyse/les-egyptiens-utilisent-google-moderator-imaginer-futur-de-legypte/#comments Wed, 16 Feb 2011 12:27:07 +0000 Curt Hopkins http://fr.readwriteweb.com/?p=12097

Wael Ghonim le responsable de Google qui a joué un rôle clé dans la récente révolution Egyptienne a utilisé un produit maison, Google Moderator, pour aider à tracer la route du futur de l’Egypte.

Intitulée «Egypte 2.0, de quoi avons nous besoin ? A quoi rêvons-nous ?» la page rassemble 35.000 utilisateurs à ce jour. Ensemble, ils ont inventorié plus de 45.300 idées.

Les contributeurs y parlent d’une multitude de choses. Les erreurs du passé, leurs espoirs pour le futur, la meilleure façon de lutter contre la corruption, ou bien encore les besoins immédiats pour ce qui est de la reconstruction.

Les idées les plus populaires arrivent en tête de la page.

Ahmed Zidan, l’éditeur de Mideast Youth Arabic et auteur chez ReadWriteWeb (oui, nous avons aussi des Egyptiens parmi nos auteurs, ne me dites pas que cela vous surprend), a fait une synthèse des idées qui rencontrent le plus de succès chez les participants Egyptiens.

«Beaucoup des idées qui rassemblent le plus de suffrage concernent l’éducation, l’enseignement des plus jeunes étant considéré par beaucoup comme l’investissement le plus important à faire dans l’avenir du pays. Certains appellent à la création d’un comité dont le but serait de développer le système éducatif, et demandent une augmentation significative des investissements de l’Etat dans le système éducatif.

D’autre discutent du système électoral : certains pensent qu’il doit être informatisé et pensent que les papiers d’identité devraient servir de carte électorale (il existe des cartes électorales distinctes aujourd’hui).

D’autres encore pensent que le système de santé publique devrait être entièrement repensé, ajoutant que ‘les hôpitaux public devraient être plus propre et se soucier de leur patients ainsi que des procédures de stérilisation».

Voilà en substance ce qui ressort d’une première lecture de cette initiative citoyenne auto-organisée (grassroot), utilisant des outils sociaux pour déterminer les aspirations des foules.

Wael Ghonim est celui qui a créé la page Facebook appelant à la manifestation qui a mis le feu aux poudres, «We are all Khaled Said». Il a été emprisonné pendant douze jours durant les manifestations ce qui lui a donné un statut d’icone. Une fois relâché, c’est la foule des manifestants qui s’est identifié à lui, en faisant un symbole de la révolution Egyptienne. Après Slim Amamou en Tunisie, c’est une fois de plus un geek qui est devenu, en Egypte cette fois-ci, le symbole d’une jeunesse qui s’empare des média sociaux pour changer le monde.

Pour une mise en contexte du phénomène ‘Khaled Said’, nous vous suggérons la lecture de ce billet, écrit il y a un peu moins d’un an par l’une de nos auteurs, ByLasko (un Tunisien) : Nous sommes tous Khaled Said.

(image CC-by de Khalid Albaih)

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http://fr.readwriteweb.com/2011/02/16/analyse/les-egyptiens-utilisent-google-moderator-imaginer-futur-de-legypte/feed/ 4
Doctrine de l’infowar et des cyberconflits http://fr.readwriteweb.com/2011/02/14/a-la-une/doctrine-de-linfowar-des-cyberconflits/ http://fr.readwriteweb.com/2011/02/14/a-la-une/doctrine-de-linfowar-des-cyberconflits/#comments Mon, 14 Feb 2011 07:37:12 +0000 Olivier Laurelli http://fr.readwriteweb.com/?p=12079

Ces dernières semaines ont été assez riches d’évènements “Net centrics”. En très peu de temps, la perception d’Internet a très sensiblement évolué dans l’esprit des politiques, comme du grand public. Nous, internautes, n’avons pas franchement de quoi nous en réjouir. Une suite d’évènements a cristallisé pas mal de positions, a suscité des tensions et impliquera, à un moment ou à un autre certaines réactions. Ces réactions, nous les avons anticipées, nous les connaissons par coeur, et j’ai le sentiment aujourd’hui que tout cela finira mal, si les décideurs ne sont pas mis face à leurs responsabilités.

Ces derniers temps, je me suis fait plus silencieux que d’habitude, principalement pour des raisons de surcharge de travail, puis aussi parce que j’ai été amené à croiser pas mal de monde dans le cadre d’interventions formelles, et d’autres plus informelles. J’ai notamment été convié par le Cercle de la Sécurité à aller débattre aux côtés d’Éric Walter, Isabelle Tisserand et du Docteur Pierre Zanger, sur le thème des cyber guerriers, devant des responsables de la sécurité informatique de grandes entreprises et des gens de la vaste communauté de la défense et du renseignement. Vous en trouverez un bon résumé ici.

Ce fut une expérience très enrichissante, j’y ai croisé beaucoup de personnes très intéressantes, mais étant plus habitué à parler à du geek dans des lieux publics qu’à du RSSI à l’occasion de rencontres entre initiés… il me paraissait naturel de poursuivre ici, avec vous, la discussion.

Le débat a vite dérivé vers l’HADOPI, mais je vais tenter de développer ici quelques points ce que j’aurai aimé pouvoir exprimer pour appuyer les propos du docteur Zanger dans son analyse, Coercition dans le cyberespace (PDF-140 ko). Je partage bien le fond de l’analyse de Pierre Zanger quand il constate que nous sommes arrivés à une époque charnière, où nous avons un choix crucial à faire, un choix de société. Il s’agit de choisir entre la sécurité et le sécuritaire.

Malheureusement, pour le moment en France, le choix qui a été fait est celui du sécuritaire, une politique dont le premier effet est de faire très mal à la défense et à la sécurité. Les exemples sont légion : blocage de sites, surveillance généralisée, déploiement d’outils de surveillance de masse, etc…

Les années Hippies d’Internet se sont achevée en 2010. En 2011, on “civilise” :

  • on ne partage plus grâce à Hadopi ;
  • on ne copule plus avant le mariage en Australie où l’éjaculation féminine et les petits seins sont filtrés ;
  • les Anonymous prouvent au monde que le réseau appartient aux internautes ;
  • Stuxnet est la première concrétisation d’une attaque d’infrastructure ;
  • Wikileaks provoque un séisme informationnel mondial ;
  • Le pays arabo-musulmans s’émancipent après des années d’autoritarisme et de dictature pour enfin être des hommes libres.

… il ne faut pas sortir de Polytechnique pour comprendre que tout ça est en train de s’emballer.

Nous vivons bien une infowar

Aujourd’hui, nous vivons à l’heure de l’infowar. On peut définir l’infowar comme la guerre de l’information. Elle répond à ses propres règles. Ces règles, à l’heure d’Internet, sont relativement méconnues du grand public. L’infowar est diffuse, imperceptible, impalpable, les terrains d’affrontement sont multiples et les enjeux sont souvent très complexes à déterminer car souvent systémiques.

L’affaire qui a le plus agité le Net en ce début d’année est sans aucun doute la publication des câbles diplomatiques par Wikileaks, le Cablegate. Nous n’allons pas revenir sur l’épisode lui même mais plutôt sur ce qu’il a, jusque-là, provoqué comme étranges réactions et surtout comme modification de la doctrine de l’infowar. L’affaire Wikileaks a eu un effet fantastique, celui de réveiller des relents autoritaristes dans les plus grandes démocraties mondiales, à l’image d’un élu du Congrès américain qui a appelé au meurtre de Julian Assange… et dans une moindre mesure, notre bon ministre Eric Besson, qui sans aucun fondement juridique a décidé unilatéralement de trouver un moyen d’interdire à Wikileaks d’être hébergé en France. Wikileaks a mis en avant une génération de cyber guerriers et en a très certainement engendré une nouvelle.

L’épisode Wikileaks marque une évidente rupture, forces de sécurité et politiques sont mis au pied du mur : l’information sur le réseau est libre. Le réseau ne leur demande s’ils sont pour contre, le réseau s’en fout, il route l’information… il va donc falloir faire avec. On trouvera bien quelques Don Quichottes comme le sénateur américain un peu gâteux Joe Lieberman qui sont persuadés qu’avec un gros bouton rouge il pourra arrêter l’océan avec ses mains… où plus proche de nous, des députés cybernétiquement déficients qui se sont mis en tête de civiliser Internet… mais il ne faut pas que ces bruits de fond nous empêchent de mener une réflexion plus sérieuse sur ces problématiques bien réelles de cyberconflits.

C’est quoi un cyber guerriers ?

Définissons différents types d’activistes sur Internet :

  • Le hacker : le hacker est avant tout un passionné, un amateur, qui aime les choses bien faites, qui a l’amour de l’acte juste et du mot juste… quitte à détourner un outil de sa vocation première. On ne rentrera pas dans les considérations de white hats, black hats etc. Sur Internet est tout bleu, les hackers aussi. Comme me le rappelait une personne qui se reconnaîtra, un white hat peut aussi être un parfait vendu qui a mis au placard ses beaux idéaux, s’il en a eu un jour… par appât du gain… comme le black hat qui lui, ne s’embarrasse pas d’idéaux et passe tout de suite à l’essentiel. Donc on évitera volontairement, là encore les jugements de valeur.
  • L’hacktiviste : cette catégorie regroupe à elle seule différents types de cyber guerriers. Son objectif est de se faire entendre. Comme le hacker, il peut être amené à jouer le funambule sur la ligne jaune, mais contrairement au hacker, il ne se cache plus depuis belle lurette. Sauf, bien sûr, quand il fait le choix de la clandestinité, ayant épuisé toute chance de dialogue… Ou qu’il n’y croit tout simplement pas. L’hacktiviste est prêt à prendre les armes, il en a souvent les compétences techniques et il est motivé par ses convictions qui tournent régulièrement autour des libertés fondamentales.
  • Le “pirate” : cette catégorie n’en est pas vraiment une. Le mot pirate revêt une connotation très négative et hackers comme hacktivistes ont une sainte horreur d’être assimilés à des pirates. Le pirate, sur un plan sémantique, est la personne qui s’enrichit aux dépends d’autrui. Et qui trucide à qui mieux-mieux avec son beau sabre rouillé. On en déduira donc que sa motivation principale, c’est sa pomme avant tout. Une attitude en parfaite contradiction avec celle de l’hacktiviste et du hacker. Le pirate ne peut être assimilé à un cyber guerrier. “Pirate” c’est avant tout un buzz word utilisé n’importe comment par la presse, les politiques et les croisés du copyright… souvent de parfaits e-gnards qui entendent règlementer un monde qu’ils ne connaissent pas, même en carte postale. Notons toutefois que, quand le pirate se politise, il a une tendance naturelle à devenir un hacktiviste.
  • Monsieur ou madame tout le monde : du noob au geek en passant par le script kiddie, le social media master ou le SEO guru. Cette catégorie, c’est un peu celle du paysan vietnamien qui est capable de dégainer un M16.

Un cyber guerrier c’est aussi souvent un joyeux mélange de ces 4 catégories. Ils ont tous des motivations très différentes et utilisent des armes très différentes.

On notera enfin la recrudescence d’une nouvelle catégorie d’internaute qui m’inquiète. Il sont relativement jeunes, techniquement pas mauvais, n’ont aucune motivation politique, et leur sport favoris, c’est le “lulz“… Tout ceci n’est pour eux qu’un jeu. Pas plus tard que vendredi dernier, j’ai croisé sur un canal IRC l’un de ces spécimen qui a publiquement posté sur ce canal une importante vulnérabilité (une LFI) sur le site web Paypal-France.

Paypal a très rapidement été alerté et quelques minutes plus tard, la vulnérabilité était colmatée.

Je n’ai pas de formation de sociologue, loin de moi l’idée de vouloir dresser des profils psychologiques des uns et des autres en attribuant des bons ou des mauvais points, mais si Internet est le reflet de notre société… on a peut être des raisons de s’inquiéter. Cette typologie d’internautes, j’aurai envie de la comparer à une jeunesse que l’on croise dans les halls d’immeubles : ils sont là, ils s’emmerdent, et quand ils s’emmerdent trop, ils font des conneries… for the “lulz”. Mais il y a encore ici des différences notables avec la vie réelle, le ghetto numérique n’est pas celui de la vie réelle. Cette catégorie de personnes a plutôt tendance :

  • à vivre à Versailles plutôt que dans une cité du 93,
  • à être instruite plutôt qu’en échec scolaire,
  • à fraguer du bot sur Battlefield2 que de braquer des vieilles dames dans le métro.

Si cette catégorie d’internautes a tellement le vent en poupe aujourd’hui, c’est peut être que certaines officines voient un intérêt à les voir proliférer. Ces personnes ne sont pas trop cortiquées, sont relativement compétentes techniquement, mais surtout, son manipulables à souhait… Usuellement, ça fait de la bonne chair à canon. Aurions nous réussi l’exploit d’arriver à guettoïser le Net au point d’être en train de créer nous mêmes nos foyers d’insécurité ? Je suis convaincu qu’on en prend bien le chemin en tout cas.

Alors ?… C’est la guerre mon colonel ?

Avant de nous lancer dans de grandes théories, nous allons tenter de nous mettre d’accord sur une sémantique commune, histoire de s’assurer que nous parlons bien de la même chose.

L’infowar : c’est la guerre de l’information, elle utilise une arme conventionnelle, l’information, contre d’autres armes conventionnelles, qui sont également des informations. Nous définirons dans notre approche l’arme conventionnelle “information” par des données, qui circulent en flux. la doctrine de l’infowar, c’est donc la doctrine de la maitrise des flux d’informations. Aujourd’hui je m’inquiète d’un phénomène nouveau dont les responsables se mordront les doigts tôt ou tard s’ils parviennent à leurs fins, c’est la volonté d’utiliser des armes non conventionnelles (par exemple le deep packet inspection) pour tenter de maîtriser des flux de données. Là où ces gens parlent de “civiliser Internet” moi je parle de génocide informationnel.

Les info warriors sont nombreux, ils appartiennent à toutes les catégories, on ne mesure pas leur puissance au placard de médailles qu’ils ont sur le torse, mais plutôt au nombres “d’amis” sur Facebook ou au nombre de “followers” qu’ils peuvent avoir sur Twitter. Ils ont la capacité de faire chuter un cours de bourse, d’amplifier par effet Streisand les contre-mesures d’une censure ou encore de se coordonner pour des actions virtuelles (cyber sittings) ou moins virtuelles, comme on l’a vu en Tunisie ou en Égypte, où l’infowar a été l’un des outils qui ont accompagné ces peuples dans leur révolution… Et ça, c’est nouveau.

La cyber guérilla : ponctuellement, nous connaissons des cyber guérilla, ce fut le cas en Estonie en 2007 suite au déplacement d’une statue, vestige de l’ex-URSS, ressentie par certains russes comme un affront. Il s’en est suivit une attaque massive par déni de service qui a paralysé les artères informationnelles du pays. Quelques minutes après le début du blackout, des hommes avaient investi les rues pour semer le chaos. C’est un exemple extrême et surtout peu représentatif d’une cyber guérilla. Il a été limité dans le temps, on peut parler d’une escarmouche, mais elle a fait très peur à des dirigeants du monde entier. Et pourtant, on est encore très loin d’une cyber guerre.

La cyber guérilla puise généralement ses racines dans un conflit politique, à l’inverse d’une infowar dont les motivations sont plutôt d’ordre économiques. Une cyber guérilla, c’est une sorte de Vietnam dans lequel l’internaute excelle parce qu’il joue sur son propre terrain. Les autorités sont généralement totalement dépassées. Elles ne disposent pas de moyens adaptés pour faire face à une cyber guérilla. Elles luttent contre un ennemi invisible, très motivé et capable d’utiliser des armes non conventionnelles : des virus, des botnets, des attaques ciblées comme des défacements.

Le cyber guerillero a un profil un peu plus techique que l’info warrior. Il est prêt à utiliser ces armes non conventionnelles pour se faire entendre.

La cyber guerre : La cyber guerre, c’est le truc qui tâche, le truc que TF1 essaiera de vous faire prendre pour de la frappe chirurgicale alors qu’on retrouvera du flamby au plafond. La cyber guerre, nous ne la connaissons pas, nous n’en avons jamais vu… et tant mieux, j’espère qu’elle n’arrivera jamais. Pour qu’une cyber guerre éclate, il faut d’abord un ou plusieurs ennemis identifiés (sinon on ne parlera plus de cyber guerre mais de cyber chaos), c’est la première des conditions. Une autre caractéristique d’une cyber guerre, c’est qu’elle est par définition mondiale. La cyber guerre se caractérisera également par l’utilisation d’armes non conventionnelles de destruction massive de l’information… par exemple BGP. Le grand public a très récemment découvert BGP avec le blackout égyptien quand les autorités locales ont demandé aux fournisseurs d’accès “d’éteindre Internet”. Mais si BGP est une arme de destruction massive d’informations, elle demeure très rudimentaire, c’est plus une bombe sale aux déchets d’uranium enrichi qu’autre chose. Mais voilà… Internet survit même aux frappes non conventionnelles… et avec des outils très conventionnels.

La cyber guerre, nous en avons à peine eu un avant goût avec Stuxnet, ce virus qui s’attaque aux centrifugeuses d’équipements nucléaires iraniens. D’une sophistication rare, il s’attaque physiquement à des infrastructures, comme le ferait un “vulgaire” bombardier dans un conflit armé. Sa cible, les sytèmes SCADA, sont au coeur de nos infrastructures sensibles et constituent une cible de choix. Les hackers s’intéressent beaucoup à SCADA car ils transposent très bien l’idée qu’il suffirait d’un homme armé s’en prenant à gazoduc pour déclencher une guerre. C’est un peu la même chose avec SCADA. Un point névralgique sous contrôle SCADA touché et paf, on déclenche une bonne vieille guéguerre.

Sans vouloir me lancer dans une prospective hasardeuse, l’Internet des objets posera lui aussi d’importants défis en matière de doctrine des conflits cybernétiques.

Rappelons enfin que le propre d’une cyber guerre, c’est qu’on ne sait pas qui est l’ennemi tout de suite, on peut même ne jamais le savoir, et c’est peut-être aussi ce paramètre qui nous met, pour le moment, à l’abrit d’une cyber guerre.

Le cyber guerrier, acteur de ce type de conflit, c’est quand même plus souvent un hacker que monsieur ou madame tout le monde. Mais chose intéressante sur Internet, le Hacker n’est rien sans monsieur et madame tout le monde car il a un besoin vital que son action soit relayée. Et pour relayer l’information, le hacker ne fait pas confiance à la presse. La cyber guerre est aussi informationnelle et le hacker ne misera pas sur des média qui ont perdu toute crédibilité à ses yeux depuis qu’il a découvert Internet.

Ces définitions ne sont pas à prendre comme parole d’évangile, je vous invite donc à entendre et comprendre l’excellente définition que fait Éric Filiol de la cyber guerre

Cliquer ici pour voir la vidéo.

Quelle doctrine pour faire face aux cyberconflits ?

Les États ne sont pas préparés à cette variété de conflits, d’adversaires, d’armes. Leur réflexe naturel est donc de dégainer les armes de destruction massive là où une tapette à mouche suffirait. La cyber guerre est un phénomène trop récent, et même encore, on peut le dire, inconnu, pour que nous puissions nous doter d’une doctrine sérieuse.

Faire face à un cyber conflit, c’est donc encore aujourd’hui un véritable casse-tête, c’est pourtant un des défis que les forces de sécurité du monde entier doivent impérativement relever.

Nous n’avons aujourd’hui que des bribes de réponses, certes imparfaites et en totale contradiction avec les politiques sécuritaristes menées jusque là. Elles se nomment neutralité, décentralisation des infrastructures, respect de la liberté d’expression, chiffrement et protection des données personnelles… Des notions et des outils qui font encore peur mais avec lesquels il faudra compter, ils ne sont plus une option.

Aujourd’hui, en France comme ailleurs, il est grand temps que les forces de sécurité sifflent la fin de la récréation politique autoritariste. Comme l’exprimait très bien le docteur Zanger, il en va de notre sécurité, de la paix et du respect de chacun.

(billet initialement publié sur Reflets.info disponible sous licence Creative Commons
Photo CC-by de
highwater)

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L’ACTA ne serait pas conforme au droit communautaire http://fr.readwriteweb.com/2011/02/07/analyse/lacta-ne-serait-pas-conforme-droit-communautaire/ http://fr.readwriteweb.com/2011/02/07/analyse/lacta-ne-serait-pas-conforme-droit-communautaire/#comments Mon, 07 Feb 2011 15:09:58 +0000 un autre site web... http://fr.readwriteweb.com/?p=12068

Un groupe d’experts en droit de la propriété intellectuelle, issus d’universités allemandes, britanniques, néerlandaises, françaises et espagnoles, a conclu que l’Accord Commercial Relatif à la Contrefaçon (plus connu sous le sigle anglais ACTA) récemment finalisé n’est pas entièrement conforme au droit communautaire et qu’il va au-delà du droit international sur certains aspects.

Dans une déclaration publique, ils mentionnent par exemple les sanctions pénales, non encore harmonisées au niveau communautaire, ou encore l’extension des mesures frontalières à de simples atteintes au droit de marque, « fondées sur la seule similarité des signes, le risque de confusion et même sur la protection des marques de renommée contre la dilution ».

Les universitaires soulignent que ce dernier exemple constitue non seulement une extension évidente du droit communautaire actuel, « mais également une menace particulièrement préoccupante pour le commerce international de médicaments génériques, qui pourraient être saisis suite à des allégations d’atteinte ordinaire au droit des marques ».

Alors même qu’il contient des dispositions bien plus détaillées sur la protection étendue de la propriété intellectuelle, l’ACTA omet les garanties plus explicites fournies par le droit communautaire et, plus largement, par le droit international.

Les signataires de la déclaration – auxquels toute partie intéressée peut se joindre jusqu’au 7 février – appellent les institutions européennes et les législateurs nationaux à ne pas se prononcer sur l’ACTA tant que ce traité n’a pas été rendu conforme au droit communautaire.

Pendant ce temps, la Commission européenne, branche exécutive de l’Union européenne, n’a toujours pas répondu à la question cruciale sur la nature juridique de l’ACTA, posée par la député européenne libérale Marietje Schaake.

Le collège des commissaires doit encore approuver le texte de l’ACTA, attendu pour le mois de février, selon un porte-parole de la Commission. Ce n’est qu’après que pourra commencer la procédure législative devant le Parlement et le Conseil des Etats membres. Certains membres de l’Union européenne vont également inscrire l’ACTA à l’ordre du jour de leur parlement.

Ecrit par Monika Ermert pour Intellectual Property Watch
Ce texte est sous licence Creative Commons by-nc-nd

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Chaos et productivité : l’entreprise 2.0 chez les cyberactivistes http://fr.readwriteweb.com/2011/02/01/a-la-une/chaos-productivit-lentreprise-20-chez-les-cyberactivistes/ http://fr.readwriteweb.com/2011/02/01/a-la-une/chaos-productivit-lentreprise-20-chez-les-cyberactivistes/#comments Tue, 01 Feb 2011 07:28:45 +0000 Fabrice Epelboin http://fr.readwriteweb.com/?p=12023

A force d’échanger avec ceux qui affrontent les dictatures sur les réseaux, on fini par repérer des occurrences amusantes. Je passe mon temps à croiser (au sein de Techtoc.tv) des dirigeants d’entreprises à la recherche de l’entreprise 2.0, et du coté des hackers, des réflexions agitent les esprits sur un thème somme toute similaire : celui d’offrir à un ensemble bordélique de compétences disparates les outils lui permettant d’orchestrer ses efforts afin d’optimiser le résultat de son travail.

Qu’il s’agisse de piloter une entreprise ou d’accompagner un bouillonnement de bonnes volontés activistes, le constat est le même : la structure hiérarchique de l’entreprise ou la nature anarchique et improvisée de la gestion de crise des hacktivistes ont beaucoup a gagner en efficacité si on leur offre les outils appropriés.

Le sujet de l’entreprise 2.0 étant abondamment traité ailleurs, c’est plutôt sur l’hacktivisme que je vais m’attarder, et son problème du moment : le changement brutal du tempo, qui l’oblige à trouver tous les moyens possibles pour augmenter sa productivité.

Pas évident quand l’organisation est par nature désorganisée, sans commandement, et sans frontières définies, et qu’il n’est bien évidemment pas question de changer cela (pas plus qu’il n’est envisageable de rayer la hiérarchie au sein d’une multinationale, finalement).

La comparaison entre ces deux mondes s’arrête là, car sur le terrain, la façon d’aborder le problème est radicalement différente. Un constat s’impose, tout d’abord, bien que ne possédant ni commandement central ni structure hiérarchique, une ‘organisation’ comme Telecomix œuvre de façon cohérente et continue à saper le dur labeur des dictatures à travers la planète. En dehors d’outils de contournement de la censure, une large partie de leur travail touche à l’identité, et plus particulièrement à l’anonymat et sa protection électronique.

La crypto anarchie au secours de la démocratie

Telecomix est un groupe aux contours délibérément flou d’activistes du numérique. La gestion qui y est faite de l’identité du groupe (pas nécessairement anonymes à titre individuel, certains de ses membres sont des personnalités reconnues de la scène hacker), ainsi que son mode d’organisation, est proche des Anonymous, sans pour autant que les deux groupes ne soient affiliés d’aucune façon. Pas d’identité, pas d’autorité, les règles du jeu social imposées au groupe sont les mêmes, mais la ressemblance s’arrête là. Chez Telecomix, on est au sein de l’élite du hacking, même si le groupe est ouvert à d’autres spécialités. Le genre d’environnement où l’on rêvait, à l’âge qu’ont les Anonymous, de décrocher la médaille Fields (et dont certains poursuivent encore ce but avec assiduité).

Les mathématiques font office d’écritures sacrées, au point d’élever une intelligence artificielle – Cameron – au rang de leader (inutile d’y voir une dérive Raelienne, c’est juste une blague sous la forme d’une mise en abime d’un bout de code, une façon de faire de la philosophie avec du PHP – ou du Java, je n’en sais rien à vrai dire). Cameron a plus fonction de miroir agrégatif des idées émises par ceux qui la fréquente, c’est d’ailleurs elle qui est en charge de la communication publique, très inspirée par la propagande du passé. Un référent culturel différent de celui des Anonymous, qui même s’il présente beaucoup de similarités, l’ancre dans une autre génération.

Cliquer ici pour voir la vidéo.

Comme chez les Anonymous, on dispose de sa propre agence de presse (un point également partagé par les altermondialiste, au passage), et comme chez les Anonymous, Telecomix tient plus du concept que de l’organisation. C’est, selon ses propres termes, un « cluster décentralisé », un oxymoron pour définir sa forme qui est certainement ce qui en fait, là encore, une entité sociale propre au numérique. Comme chez les Anonymous, l’organisation – appelons plutôt ça un système, histoire d’éviter la confusion – est en état de gestion de crise permanent depuis quelques mois. En guerre, pour ainsi dire, sauf qu’il ne font pas de cyberwar et s’y refusent. Le DDoS, ce n’est pas le genre de la maison, leur action se résume à « ouvrir les réseaux ». Vaste programme, qui les placent aux cotés de ceux qui luttent contre les dictatures ou contre les lois qui la rendent possible dans le numérique, comme Hadopi ou Loppsi. Les synergies sont nombreuses, et les connexions établies de longue date (on peut même parler de racines plus que de connexions).

Des armes pour lutter contre l’oppression

Ouvrir les réseaux, libérer l’information, même en cas de blackout décidé par un dictateur, de censure, ou de surveillance, défendre et protéger le droit à l’information et à la publication : tout cela passe par la mise point d’une palette d’outils. L’anonymat, sa protection, les méthodes pour contourner la censure et échapper à la surveillance sont au coeur de leurs travaux.

Il faut être honnête, et reconnaitre que les outils proposés ne sont pas tous à la portée du premier venu. Jouer les cyberactivistes dans certaines parties du monde, comme l’Iran d’aujourd’hui ou la Tunisie d’hier, peut très vite s’avérer dangereux si l’on ne possède pas un sérieux bagage technique. Mais pour qui veut s’y mettre sérieusement, ils fournissent tout l’arsenal nécessaire. La liberté a cependant un prix : la connaissance.

Les réseaux de ces dictatures sont en effet infestés de technologies très offensives pour la vie privée des internautes qui y naviguent, dont le fameux DPI, que l’industrie du disque, en France, cherche à imposer à tout prix, y compris au prix de la fin de la démocratie. A l’aide de ces technologies, les internautes sont pistés, surveillés, réprimés et harcelés. Si les technologies permettant d’échapper à tout cela sont complexes, c’est avant tout parce que l’arsenal répressif numérique est de nos jours particulièrement puissant, que le marché des armes numériques est totalement dérégulé, et qu’il n’existe rien qui soit de l’ordre de la convention de Genève. Vous comptiez sur le sens des responsabilités et de l’éthique des acteurs des NTIC ? Think again.

Les débordements sont légion, tout comme, Dieu merci, ceux qui s’y opposent.

Voici donc les techno-utopistes qui font frémir Evgeny Morozov, à ceci prêt que ceux-ci fournissent tout l’arsenal nécessaire pour échapper aux méfaits qu’un régime autoritaire peut infliger à ses populations via le numérique, et luttent (comme Morozov, du reste) contre ces dictatures modernes, au jour le jour.

Et pourtant, elle tourne.

La crise actuelle ordonne au système de réagir vite, très vite, à partir d’un chaos animé par un idéal commun : défendre et augmenter le droit à l’information (ou plus précisément la liberté des octets, question de point de vue). Pour cela le système dispose d’une palette de compétences hors du commun. Si vous avez entendu parler d’entreprise agile, c’est bien pire : ce n’est pas une entreprise, et c’est infiniment plus agile. A tous les niveaux – si tant est que le terme niveau ait un sens – on improvise.

Le fait qu’un tel système puisse produire des résultats aussi tangibles laisse pantois, et leur travail de sape de longue haleine face aux dictatures du monde entier ne peut que susciter l’admiration (ou les craintes comme pour Morozov). Mass mirroring de Wikileaks afin d’échapper à la censure, ou mise en place d’un réseau de communication internet d’urgence sur la base de stations de radios amateurs afin de désenclaver l’Egypte du blackout instauré par Mubarak : ces deux projets issus de Telecomix sont intéressants à plus d’un titre.

Les deux ont été menés dans l’urgence : le miroring de Wikileaks il y a quelques mois, le pont aérien numérique avec l’Egypte il y a quelques jours. Rien n’a été planifié au préalable, tout a été improvisé sur le moment.

Le réseau radio en est encore aux ajustements (au beta test, en quelques sorte). Le projet révèle un lot de complexités inouïes et met en branle des compétences très variés : il se heurte à de nombreuses inconnues, mais donne néanmoins des résultats. Une capacité à gérer l’innovation créative en temps réel stupéfiante, et certainement très riche d’enseignements pour le monde de l’innovation en général. Nul doute, qui plus est, que la prochaine fois qu’un tel dispositif sera déployé, il sera bien plus efficace : il suffit de regarder pour cela un autre projet, celui des sites miroirs de Wikileaks, pour voir comment, quelques mois après sa mise en place, il s’est structuré pour apprendre du chaos et améliorer son efficacité, sans pour autant renoncer le moins du monde au chaos (ou à l’anarchie, si vous préférez).

Streisand.me, le service en ligne né de l’expérience des sites miroirs de Wikileaks, en fait la synthèse et prépare la prochaine opération qui, de l’aveu de l’un de ses responsables, Fo0, promet d’être beaucoup plus efficace lors de la prochaine grande opération de mirroring. Il déploie aussi bien une approche destinée à permettre à tous de participer à l’opération (dans le même esprit que l’opération Leakspin des Anonymous) que de la professionnaliser quand il s’agit de s’adresser à un public plus averti.

Le nom vient bien sûr du fameux ‘effet Streisand‘, qui veut que chercher à dissimuler une information ne fait guère que contribuer à la rendre plus visible. L’efficacité est redoutable : en cherchant à censurer Wikileaks, le gouvernement Américain a permit à Telecomix de démontrer qu’il était désormais strictement impossible à quiconque de censurer quoi que ce soit. Même en imaginant un monde intégralement Orwelien, l’approche de Telecomix, que ce soit en termes organisationnel ou technologique, rend toute censure impossible.

Streisand.me est aussi un sévère avertissement (de plus) lancé aux gouvernances : c’est LA démocratie et LES droits de l’Homme qui sont défendus, et en aucun cas LES démocraties, qui sont nombreuses à s’égarer et à s’éloigner de leurs idéaux lors de leurs premiers pas  dans le numérique. La réaction attendue par beaucoup (dont moi), consistant pour les plus démagogiques au sein du clan des démocraties, à traiter ce type d’activistes de terroristes, va être des plus difficile à argumenter une fois leurs exploits révélés au grand jour, et les égarements des prétendus démocrates mis en évidence.

On pourra toujours se rabattre sur la qualification de cryptoanarchistes, irréfutable, mais voilà : le jeu des démocraties contemporaines et leur obsession de régulation poussée par les lobbies a ouvert une boite de Pandore et fait du XXIe siècle un monde où les anarchistes défendent la démocratie, et les démocraties défendent et arment numériquement les dictatures. A moins d’un improbable sursaut de probité des démocraties, cette situation est partie pour s’installer.

D’un coté les dictatures et leur arsenal numérique répressif, de l’autre les cryptoanarchistes et leurs outils pour déjouer l’arsenal de la terreur. Au milieu, les marchands d’armes et de musique numérique, qui font tout pour orienter les démocraties vers le chemin qui leur est le plus profitable. Nous voyons sous nos yeux la mise en place accélérée (n’en déplaise à Virillo), d’un nouveau monde bipolaire. Cerise sur le gâteau : le mur de Berlin vient de tomber… A Tunis.

S’arrêter aux exploits techniques de systèmes comme Telecomix ou comme les Anonymous est certainement le plus grand danger qui guette ceux qui débarquent et qui cherchent à comprendre : c’est la confrontation des modèles organisationnels qui est la seule clé de lecture qui permet de comprendre l’étendue du problème dans lequel se trouve le monde d’aujourd’hui.

En France, le dernier conseil des ministres vient de nommer l’ancien patron du GIGN, les brigades d’élite de la gendarmerie (qui n’est plus tout à fait l’armée), à la tête de la sécurité de la région Ile de France. De tout évidence, à l’Elysée, on a enfin réalisé l’ampleur du conflit et sa dimension méditerranéenne, et l’on commence à mesurer les réalités du rapport de force qui laissaient penser il y a peu qu’il ne s’agissaient que d’aimables gugusses dans leurs garages.

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http://fr.readwriteweb.com/2011/02/01/a-la-une/chaos-productivit-lentreprise-20-chez-les-cyberactivistes/feed/ 31
Cyber-activisme : Cory Dotcorow répond a Evgeny Morozov http://fr.readwriteweb.com/2011/01/28/a-la-une/lactivisme-sur-internet-cory-dotcorow-rpond-evgeny-morozov/ http://fr.readwriteweb.com/2011/01/28/a-la-une/lactivisme-sur-internet-cory-dotcorow-rpond-evgeny-morozov/#comments Fri, 28 Jan 2011 15:54:35 +0000 un autre site web... http://fr.readwriteweb.com/?p=11972

Framablog est le média de référence du monde du ‘Libre’ francophone, c’est là que se tiennent ou se retrouvent les grandes conversations qui touchent au monde du Libre, et c’est une lecture indispensable pour ceux qui s’intéressent au sujet. Loin d’être réservé à un public d’informaticiens, Framablog propose des débats de fond sur des sujets fondamentaux et s’est imposé comme un passage obligé pour toute la communauté. Nous publions aujourd’hui une traduction que le blog a réalisé d’un texte de Cory Doctorow, l’une des grande figure de l’activisme digital (et de l’internet en général).

Cory Doctorow est souvent traduit sur ce blog car c’est l’une des rares personnalités qui pense l’Internet et agit en conséquence pour qu’il conserve ses promesses initiales d’ouverture et de partage.

Il a rédigé un long mais passionnant article dans The Guardian qui prend appui sur un lecture (très) critique du récent mais déjà fort commenté livre The Net Delusion: The Dark Side of Internet Freedom de Evgeny Morozov.

Chercheur biélorusse à l’université de Georgetown et chroniqueur dans plusieurs journaux, Morozov remet radicalement en question, dans son ouvrage, le pouvoir libérateur d’Internet.

On peut le voir exposer son point de vue dans cette courte conférence au format TED : Comment Internet aide les dictatures, qui constitue un excellent préambule à ce qui va suivre.

Morozov y dénonce la « cyberutopie » qui draperait la technologie de vertus émancipatrices intrinsèques, comme celle d’être nécessairement vecteur de démocratie pourvu que l’information circule sans entrave (source Rue89). Une « cyberutopie » issue de l’ignorance ou de la paresse intellectuelle de nos contemporains, qui se laissent aller au « web-centrisme » en imaginant que toutes les questions qui se posent dans nos sociétés peuvent être résolues par le prisme d’Internet (source Webdorado). Cliquer sur « J’aime » ou rejoindre une cause sur Facebook, relayer frénétiquement une information non vérifiée sur Twitter, n’ont jamais révolutionné la société,

On comprendra dès lors aisément que le « net-activiste » Cory Doctorow ait pris sa plume pour répondre dans le détail à l’argumentaire de Morozov.

Internet n’est certainement pas synonyme de libération. Mais ce réseau possède des caractéristiques particulières qui font qu’il ne ressemble à rien de ce que l’on a connu auparavant. Raison de plus pour se battre afin de conserver son principe de neutralité et faire en sorte qu’il échappe au contrôle des États et aux logiques mercantiles des entreprises privées.

Wikileaks et ses anonymous[1], hier la Tunisie, l’Égypte aujourd’hui… L’actualité récente n’est pas évoquée, mais il semblerait qu’elle penche plutôt du côté de Doctorow que de celui de Morozov.

Nous avons besoin d’une critique sérieuse de l’activisme sur le Net

We need a serious critique of net activism

Cory Doctorow – 25 janvier 2011 – The Guardian

(Traduction Framalang : Penguin, Barbidule, Gilles, Siltaar, e_Jim, Goofy et Don Rico)

« Net Delusion » (NdT : que l’on pourrait traduire par « Les mirages du Net » ou « Internet, la désillusion ») avance la thèse que la technologie ne profite pas nécessairement à la liberté, mais par quel autre moyen les opprimés se feront-ils entendre ?

Net Delusion est le premier livre de l’écrivain et blogueur d’origine biélorusse Evgeny Morozov, dont le thème de prédilection est la politique étrangère. Morozov s’est bâti une réputation de critique pointu, et parfois mordant, d’Internet et du « cyber-utopisme », et ” Net Delusion ” développe les arguments qu’il a déjà présentés ailleurs. J’ai lu avec intérêt l’exemplaire que j’ai reçu en service de presse. J’apprécie Evgeny, lors de nos rencontres et de nos échanges de courriers, il m’a donné l’impression d’être intelligent et engagé.

Au cœur du livre, on trouve des remarques extrêmement judicieuses. Morozov a tout à fait raison lorsqu’il souligne que la technologie n’est pas intrinsèquement bonne pour la liberté, qu’on peut l’utiliser pour entraver, surveiller et punir, aussi facilement que pour contourner, libérer et partager.

Hélas, ce message est noyé au milieu d’une série d’attaques confuses et faiblement argumentées contre un mouvement « cyber-utopique » nébuleux, dont les points de vue sont évoqués en termes très généraux, souvent sous la forme de citations de CNN et d’autres agences de presse censées résumer un hypothétique consensus cyber-utopique. Dans son zèle à discréditer cette thèse, Morozov utilise tous les arguments qu’il peut trouver, quelle que soit leur faiblesse ou leur inanité, contre quiconque fait mine de soutenir que la technologie est libératrice.

Le rôle de Twitter

Morozov tente d’abord de remettre les pendules à l’heure sur le rôle qu’a joué Twitter lors des dernières élections iraniennes. On a présenté partout le réseau de microblogage comme un outil fondamental pour les initiatives de l’opposition sur le terrain, mais par la suite, il est apparu clairement que les Iraniens d’Iran n’avaient été présents que marginalement sur Twitter, bien qu’ils aient utilisé beaucoup d’autres outils de diffusion et que ceux-ci aient été en effet essentiels dans la réaction à l’élection iranienne.

Morozov décrit minutieusement le fait que beaucoup des trois millions d’Iraniens expatriés sont en effet actifs sur Twitter, et que c’est ce trafic, ainsi que les messages de sympathie d’utilisateurs non-iraniens, qui ont fait de l’élection iranienne et de ses conséquences un évènement majeur sur Twitter.

Il décrit également les liens étroits que ces expatriés ont avec leur famille en Iran, grâce à d’autres outils tels que Facebook. Mais il manque d’en conclure que les informations issues de Twitter ont trouvé écho sur Facebook (et vice-versa) via les Iraniens de l’étranger. Il préfère considérer que les millions d’expatriés Iraniens publiant des messages sur Twitter sont tellement isolés de leur proches relations sur Facebook que ces messages n’ont eu presque aucun impact.

Presque aucun, mais un impact quand même. Morozov poursuit en citant Golnaz Esfandiari, une correspondante de Radio Free Europe en Iran, « déplorant la complicité pernicieuse de Twitter qui a permis aux rumeurs de se propager » en Iran pendant la crise. J’ai été choqué de lire cela dans l’ouvrage de Morozov : comment Twitter pourrait-il être « complice » de la propagation de rumeurs ; Esfandiari or Morozov attendaient-ils des fournisseurs de services sur Internet qu’ils censurent de façon pro-active les contributions des utilisateurs avant de les laisser se diffuser librement sur ur leurs réseaux ? Et si c’était le cas, Morozov pensait-il vraiment que Twitter deviendrait un meilleur soutien de la liberté sur Internet en s’auto-proclamant censeur ?

Cela m’a tellement stupéfait que j’ai envoyé un e-mail à Morozov pour lui demander ce que le lecteur était censé y comprendre au juste. Morozov m’a répondu que d’après lui Esfandiari ne s’était pas exprimée clairement ; elle voulait dire que c’étaient les utilisateurs de Twitter qui étaient « complices » de la propagation des rumeurs. C’est sans doute mieux, mais sans preuves que Twitter n’est fait que pour propager de fausses rumeurs, cela ne suffit pas pour inculper Twitter. Pourquoi alors ce passage figure-t-il dans le livre – sachant que Morozov n’a cessé d’affirmer dans les pages précédentes qu’aucune information postée sur Twitter n’avait atteint l’Iran – si ce n’est comme un pan de la stratégie qui consiste à discréditer les « cyber-utopistes » en balançant tous les arguments possibles en espérant que certains tiennent debout ? Et je pense que c’est le cas : par la suite, Morozov reproche à la « culture Internet » la « persistance de nombreuses légendes urbaines », une idée fort singulière puisque des chercheurs spécialisés en légendes urbaines, tels que Jan Brunvand, ont montré que de nombreuses légendes urbaines contemporaines proviennent du Moyen-Âge et ont prospéré sans avoir besoin d’Internet comme moyen de reproduction.

Technologie et révolution

Morozov est sceptique quant à la capacité de la technologie à déclencher des révolutions et étendre la démocratie. Pour renverser un régime corrompu, dit-il, avoir librement accès à l’information n’est ni nécessaire, ni même important – c’est une antienne des Reaganistes avec leur vision romantique de Samizdat, Radio Free Europe et autres efforts d’information remontant à la guerre froide.
L’Union soviétique ne s’est pas effondrée à cause d’un mouvement politique, de courageux dissidents ou de tracts photocopiés – elle s’est écroulée parce qu’elle était devenue un cauchemar mal géré qui a chancelé de crise en crise jusqu’à l’implosion finale.

En effet, le libre accès aux médias étrangers (comme en bénéficiaient les citoyens de RDA qui pouvaient capter les programmes d’Allemagne de l’Ouest) a souvent contribué à désamorcer le sentiment anti-autoritaire, anesthésiant les Allemands de l’Est avec tant d’efficacité que même la Stasi avait fini par chanter les louanges de la décadente télévision occidentale.

L’ironie, c’est que Morozov – involontairement, mais avec vigueur – rejoint sur ce point ses adversaires idéologiques, comme Clay Shirky, le professeur de l’université de New York que Morozov critique lourdement par ailleurs. Les travaux de Shirky – notamment le dernier en date, The Cognitive Surplus – parviennent exactement aux mêmes conclusions au sujet des médias occidentaux traditionnels, et en particulier de la télévision. Shirky soutient que la télé a principalement servi à atténuer le poids de l’ennui né de l’accroissement du temps de loisirs aux premiers jours de l’ère de l’information. Pour Shirky, Internet est palpitant parce qu’il constitue justement l’antidote à cette attitude de spectateur passif, et qu’il constitue un mécanisme incitant les gens à la participation au travers d’une succession d’engagements toujours plus importants.

Régulation et contrôle

Morozov ne discute cependant pas cette position en profondeur. En fait, quand il examine enfin Internet en tant que tel, indépendament des réseaux téléphoniques, des programmes télé et des autres médias, il se contente de tourner en ridicule les « gourous de la technologie », qui « révèlent leur méconnaissance de l’histoire » lorsqu’ils se lancent dans des « tirades quasi-religieuses à propos de la puissance d’internet ». Il illustre cette caricature par un florilège de citations stupides, soigneusement choisies parmi deux décennies de discours sur Internet, mais il laisse soigneusement de côté tout le travail sérieux sur l’histoire du Net en tant que média pleinement original – et notamment, il oublie de mentionner ou de réfuter la critique posée par Timothy Wu dans l’excellent livre The Master Switch, paru l’an dernier.

Wu, professeur de droit des télécommunications, retrace avec mordant l’histoire de la régulation des médias en réponse à la possible décentralisation des monopoles et oligopoles dans les télécommunications. Replacé dans ce contexte, Internet apparaît véritablement comme un phénomène original. Morozov sait bien sûr qu’Internet est différent, il le reconnaît lui-même lorsqu’il parle de la manière dont le Net peut imiter et supplanter d’autres médias, et des problèmes que cela engendre.

C’est là que réside la plus sérieuse faiblesse de Net Delusion : dans ce refus de se confronter aux meilleurs textes sur le thème d’Internet et de sa capacité extraordinaire à connecter et émanciper. Quand Morozov parle des menaces pour la sécurité des dissidents lorqu’ils utilisent Facebook – ce qui revient à faire de jolies listes de dissidents prêtes à être utilisées par les polices secrètes des États oppresseurs – il le fait sans jamais mentionner le fait que, de longue date, des avertissements pressants sur ce sujet ont été lancés par l’avant-garde des « cyber-utopistes », incarnée par des groupes comme l’Electronic Frontier Foundation, NetzPolitik, Knowledge Ecology International, Bits of Freedom, Public Knowledge, et des dizaines d’autres groupes de pression, d’organisations d’activistes et de projets techniques dans le monde entier.

Bien évidemment, presqu’aucune mention n’est faite des principaux défenseurs de la liberté du Net, tel que le vénérable mouvement des cypherpunks, qui ont passé des décennies à concevoir, diffuser et soutenir l’utilisation d’outils cryptographiques spécialement conçus pour échapper au genre de surveillance et d’analyse du réseau qu’il identifie (à juste titre) comme étant implicite dans l’utilisation de Facebook, Google, et autres outils privés et centralisés, pour organiser des mouvements politiques.
Bien que Morozov identifie correctement les risques que les dissidents prennent pour leur sécurité en utilisant Internet, son analyse technique présente des failles sérieuses. Lorsqu’il avance, par exemple, qu’aucune technologie n’est neutre, Morozov néglige une des caractéristiques essentielles des systèmes cryptographiques : il est infiniment plus facile de brouiller un message que de casser le brouillage et de retrouver le message original sans avoir la clé.

Battre la police secrète à son propre jeu

En pratique, cela signifie que des individus disposant de peu de ressources et des groupes dotés de vieux ordinateurs bon marché sont capables de tellement bien chiffrer leurs messages que toutes les polices secrètes du monde, même si elles utilisaient tous les ordinateurs jamais fabriqués au sein d’un gigantesque projet s’étalant sur plusieurs décennies, ne pourraient jamais déchiffrer le message intercepté. De ce point de vue au moins, le jeu est faussé en faveur des dissidents – qui jouissent pour la première fois du pouvoir de cacher leur communication hors d’atteinte de la police secrète – au détriment de l’État, qui a toujours joui du pouvoir de garder ses secrets ignorés du peuple.

La façon dont Morozov traite de la sécurité souffre d’autres défauts. C’est une évidence pour tous les cryptologues que n’importe qui peut concevoir un système si sécurisé que lui-même ne peut pas trouver de moyen de le casser (ceci est parfois appelé la « Loi de Schneier », d’après le cryptologue Bruce Schneier). C’est la raison pour laquelle les systèmes de sécurité qui touchent à des informations critiques nécessitent toujours une publication très large et un examen des systèmes de sécurité par les pairs. Cette approche est largement acceptée comme la plus sûre, et la plus efficace, pour identifier et corriger les défauts des technologies de sécurité.

Pourtant, lorsque Morozov nous relate l’histoire de Haystack, un outil de communication à la mode censé être sécurisé, soutenu par le ministère américain des Affaires étrangères, et qui s’est révélé par la suite totalement non-sécurisé, il prend pour argent comptant les déclarations du créateur de Haystack affirmant que son outil devait rester secret car il ne voulait pas que les autorités iraniennes fassent de la rétro-ingénierie sur son fonctionnement (les vrais outils de sécurité fonctionnent même lorsqu’ils ont fait l’objet d’une rétro-ingénierie).

Au lieu de cela, Morozov concentre ses critiques sur l’approche « publier tôt, publier souvent » (NdT : Release early, release often) des logiciels libres et open source, et se moque de l’aphorisme « avec suffisamment de paires d’yeux, les bugs disparaissent » (NdT appelé aussi Loi de Linus). Pourtant, si cela avait été appliqué à Haystack, cela aurait permis de révéler ses défauts bien avant qu’il n’arrive entre les mains des activistes iraniens. En l’occurence, Morozov se trompe complètement : si l’on veut développer des outils sécurisés pour permettre à des dissidents de communiquer sous le nez de régimes oppressifs, il faut largement rendre public le fonctionnement de ces outils, et les mettre à jour régulièrement au fur et à mesure que des pairs découvrent de nouvelles vulnérabilités.

Morozov aurait bien fait de se familiariser avec la littérature et les arguments des technologues qui s’intéressent à ces questions et y ont réfléchi (les rares fois où il leur accorde son attention c’est pour se moquer des fondateurs de l’EFF : Mitch Kapor pour avoir comparé Internet à un discours de Jefferson, et John Perry Barlow pour avoir écrit une Déclaration d’indépendance du cyberespace). Certains des experts les plus intelligemment paranoïaques au monde ont passé plus de vingt ans à imaginer les pires scénarios catastrophes technologiquement plausibles, tous plus effrayants que les spéculations de Morozv – comme son hypothèse farfelue selon laquelle la police secrète pourrait un jour prochain avoir la technologie pour isoler des voix individuelles dans un enregistrement de milliers de manifestants scandant des slogans, pour les confronter à une base de données d’identités.

Surveiller les surveillants

Le tableau que dépeint Morozov de la sécurité des informations est trompeusement statique. Notant que le web a permis un degré de surveillance alarmant par des acteurs commerciaux tels les réseaux de publicité, Morozov en tire la conclusion que cette sorte de traçage sera adoptée par les gouvernements adeptes de censure et d’espionnage. Mais les internautes sensibles à la menace des publicitaires peuvent sans difficulté limiter cet espionnage à l’aide de bloqueurs de pub ou de solutions équivalentes. Il est déplorable qu’assez peu de personnes tirent avantage de ces contre-mesures, mais de là à supposer que les dissidents sous des régimes répressifs auront la même confiance naïve dans leur gouvernement que le client moyen envers les cookies de traçage de Google, il y a un pas énorme à franchir. Dans l’analyse de Morozov, votre vulnérabilité sur le web reste la même, que vous ayez un a priori bienveillant ou hostile à l’égard du site que vous visitez ou du mouchard qui vous préoccupe.

Morozov est également prêt à faire preuve d’une improbable crédulité lorsque cela apporte de l’eau à son moulin – par exemple, il s’inquiète du fait que le gouvernement chinois ait imposé d’installer un programme de censure obligatoire, appelé « barrage vert », sur tous les PC, même si cette manœuvre a éte tournée en ridicule par les experts en sécurité du monde entier, qui ont prédit, à raison, que cela serait un échec lamentable (si un programme de censure n’est pas capable d’empêcher votre enfant de 12 ans de regarder du porno, il n’empêchera pas des internautes chinois éduqués de trouver des informations sur Falun Gong). Dans le même temps, Morozov oublie complètement d’évoquer les projets de l’industrie du divertissement consistant à exploiter l’« informatique de confiance » dans le but de contrôler l’utilisation de votre PC et de votre connection à Internet, ce qui constitue une menace plus crédible et plus insidieuse pour la liberté du Net.

Morozov n’est pas le seul à avoir cette vision erronnée de la sécurité sur Internet. Comme il le fait remarquer, l’appareil diplomatique occidental regorge d’imbéciles heureux prenant leurs désirs pour la réalité en matière de technologie. L’experte de la Chine Rebecca MacKinnon, que l’auteur cite tout au long de Net Delusion, raille l’obstination aveugle des ingénieurs et des diplomates à percer les pare-feux de la censure (comme la « grande e-muraille de Chine »), alors même qu’ils négligent d’autres risques beaucoup plus importants et pernicieux que le politburo de Pékin fait peser sur la liberté. Si Net Delusion a pour but d’amener le corps diplomatique à écouter d’autres groupes d’experts, ou d’inciter la presse généraliste à mieux rendre compte des possibilités de la technologie, je suppose que c’est admirable. Mais je crois que Morozov espère toucher des personnes au-delà de la Maison Blanche, Bruxelles, ou Washington ; j’ai l’impression qu’il espère que le monde entier va cesser d’attendre de la technologie qu’elle soit une force libératrice, pour plutôt faire confiance à… à quoi donc ?

Je n’en suis pas sûr. Morozov voudrait semble-t-il voir le chaos des mouvements populaires remplacé par une espèce d’activisme bien ordonné et impulsé depuis le sommet, mené par des intellectuels dont les réflexions ne peuvent pas s’exprimer de manière concise dans des tweets de 140 caractères. Morozov se voit-il lui-même comme l’un de ces intellectuels ? Voilà un point qui n’est jamais exprimé clairement.

Il est important de se poser la question de la place des discours sérieux à l’ère d’Internet, et Morozov essaie ici d’étayer ses arguments techniques avec des arguments idéologiques. De son point de vue, Internet n’est que le dernier avatar d’une série de technologies de communication qui ne propagent que futilités, rumeurs et inepties, évinçant ainsi les pensées et les réflexions sérieuses. Il n’est pas le premier à remarquer que des médias qui livrent des informations à un rythme effréné conduisent à réfléchir de manière rapide et papillonante ; Morozov cite le livre de Neil Postman publié en 1985, « Amusing Ourselves to Death » (NdT : « Se distraire à en mourir »), mais il aurait tout aussi bien pu citer Walden ou la vie dans les bois, de Henry David Thoreau : « Nous sommes prêts à creuser un tunnel sous l’Atlantique pour rapprocher de quelques semaines l’Ancien monde du Nouveau ; mais la première nouvelle qui passera jusqu’aux oreilles américaines sera sans doute que la princesse Adélaïde a la coqueluche. »

« Internet nous rendra stupide »

En d’autres termes, les intellectuels se sont de tout temps lamentés sur la futilisation inhérente aux médias de masse – je ne vois pas de grande différence entre les arguments de l’Eglise contre Martin Luther (permettre aux laïcs de lire la Bible va futiliser la théologie) et ceux de Thoreau, Postman et Morozov qui prétendent qu’Internet nous rend stupides car il nous expose à trop de « LOLCats ».

Mais comme le fait remarquer Clay Shirky, il existe une différence fondamentale entre entendre parler de la santé de la princesse Adélaïde grâce au télégraphe ou suivre les rebondissements de Dallas à la télévision, et faire des « LOLCats » sur le Net : créer un « LOLCat » et le diffuser dans le monde entier est à la portée de tous. Autrement dit, Internet offre la possiblité de participer, d’une manière que les autres médias n’avaient même jamais effleurés : quiconque a écrit un manifeste ou une enquête peut les mettre largement à disposition. Dans un monde où chacun est en mesure de publier, il devient plus difficile, c’est vrai, de savoir à quoi il faut prêter attention, mais affirmer que la liberté serait mieux servie en imposant le silence à 90% de la population afin que les intellectuels aient le champ libre pour éduquer les masses est complètement stupide.

Pourtant, Morozov présente comme un inconvénient la facilité à publier en ligne. D’abord parce que d’après lui les futilités finissent par submerger les sujets sérieux, ensuite parce que des cinglés nationalistes anti-démocratie peuvent utiliser le Net pour attiser la haine et l’intolérance, et enfin parce que les difficultés que l’on rencontrait autrefois pour s’organiser politiquement constituaient un moyen en soi de forger son engagement, les risques et les privations associés à la dissidence renforçant la résolution des opposants.

Il est vrai qu’Internet a mis à portée de clic plus de futilités que jamais auparavant, mais c’est seulement parce qu’il a mis à portée de clic davatange de tout. Il n’a jamais été aussi simple qu’aujourd’hui de publier, lire et participer à des discussions sérieuses et argumentées. Et même s’il existe une centaine (ou un millier) de Twitteurs futiles pour chaque blog sérieux et pertinent, du genre de Crooked Timber, il existe d’avantage de points d’entrée pour des discussions sérieuses – que ce soit sur des blogs, des forums, des services de vidéo, ou même sur Twitter – qu’il n’y en a jamais eu auparavant dans toute l’histoire de l’humanité.

Il est tentant d’observer toute cette diviersité et d’y voir une caisse de résonnance dans laquelle les personnes ayant les mêmes points de vue étriqués se rassemblent et sont toutes d’accord entre elles, mais un coup d’oeil rapide sur les débats enflammés qui sont la marque de fabrique du style réthorique d’Internet suffit pour nous en dissuader. En outre, si nous étions tous enfermés dans une caisse de résonnance se limitant à une mince tranche de la vie publique, comment se fait-il que toutes ces futilités – videos marrantes de Youtube, coupures de presse people fascinantes et liens vers l’étrange et le saugrenu – continuent à parvenir jusqu’à nos écrans ? (Morozov essaie ici d’avoir le beurre et l’argent du beurre, en nous prévenant que nous sommes à la fois en danger de nous noyer dans des futilités, et que l’effet de caisse de résonnance va tuer la sérendipité).

Je suis moins inquiet que Morozov sur le fait que le Net fournisse un refuge aux fous littéraires à tendance paranoïaque, aux racistes hyper-nationalistes et aux hordes de tarés violents.
Les gens qui croient en la liberté d’expression ne doivent pas s’affliger du fait que d’autres utilisent cette liberté pour tenir des propos mauvais, méchants ou stupides ; comme le dit le mantra de la libre expression : « La réponse à de mauvaises paroles est davantage de paroles ».

Pour la liberté

Sur ce point également Internet n’est pas neutre, et penche plutôt en faveur des défenseurs de la liberté. Les gouvernements puissants ont toujours eu la possibilité de contrôler la parole publique par le biais de la censure, des medias officiels, de la tromperie, des agents provocateurs et de bien d’autres moyens visibles ou invisibles. Mais ce qui est original, c’est que les oligarques russes utilisant Internet pour faire de la propagande sont désormais obligés de le faire en utilisant un media que leurs opposants idéologiques peuvent également exploiter. A l’époque soviétique, les dissidents se limitaient d’eux-mêmes à des chuchottements et des samizdat copiés à la main ; de nos jours, leurs héritiers peuvent lutter à armes égales avec les propagandistes de l’Etat sur le même Internet, un lien plus loin. Bien sûr, c’est risqué, mais le risque n’est pas nouveau (et la création et l’amélioration d’outils permettant l’anonymat, ouverts et validés par des pairs, ouvre de nouvelles perspectives en terme de limitation des risques) ; ce qui est nouveau c’est le remplacement de canaux de propagande unidirectionnels, comme la télévision (qu’elle diffuse des contenus de l’Est ou de l’Ouest) par un nouveau média qui permet de placer n’importe quel message à côté de n’importe quel autre grâce à des concepts puissants comme les hyperliens.

Je partage avec Morozov l’ironie de la situation lorsque les radicaux islamistes utilisent Internet pour honnir la liberté, mais alors que Morozov trouve ironique que les outils de la liberté puissent être utilisés pour embrasser la censure, je trouve ironique que pour se faire entendre, des apprentis-censeurs s’appuient sur le caractère universellement accessible d’un des médias les plus difficiles à censurer jamais conçus.

Sur le fait que la privation est fondamentale pour renforcer l’engagement des activistes, je suis confiant dans le fait que pour chaque tâche automatisée par Internet, de nouvelles tâches, difficiles à simplifier, vont apparaître et prendre leur place. En tant qu’activiste politique durant toute ma vie, je me souviens des milliers d’heures de travail que nous avions l’habitude de consacrer à l’affichage sauvage, au remplissage d’enveloppes ou aux chaînes téléphoniques simplement dans le but de mobiliser les gens pour une manifestation, une pétition ou une réunion publique (Morozov minimise la difficulté de tout cela, lorsqu’il suppose, par exemple, que les Iraniens apprendraient par le bouche à oreille qu’une manifestation va avoir lieu, quels que soient les outils disponibles, ce qui m’amène à croire qu’il n’a jamais essayé d’organiser une manifestation à l’époque où Internet n’existait pas). Je suis convaincu que si nous avions eu la possibilité d’informer des milliers de gens d’un simple clic de souris, nous ne serions pas ensuite rentrés tranquillement chez nous ; ce travail besogneux engloutissait la majeure partie de notre temps et de notre capacité à imaginer de nouvelles façons de changer les choses.

En outre, Morozov ne peut pas gagner sur les deux tableaux : d’un côté, il tire le signal d’alarme à propos des groupes extrémistes et nationalistes qui sont constitués et motivés par le biais d’Internet en vue de réaliser leurs opérations terrifiantes ; et quelques pages plus loin, il nous dit qu’Internet facilite tellement les choses que plus personne ne sera suffisamment motivé pour sortir de chez lui pour faire quoi que ce soit de concret.

Morozov observe les centaines de milliers voire les millions de personnes qui sont motivées pour faire quelques minuscules pas pour le soutien d’une cause, comme par exemple changer son avatar sur Twitter ou signer une pétition en ligne, et il en conclut que la facilité de participer de façon minime a dilué leur énergie d’activiste. J’observe le même phénomène, je le compare au monde de l’activisme tel que je l’ai connu avant Internet, dans lequel les gens que l’on pouvait convaincre de participer à des causes politiques se chiffraient plutôt en centaines ou en milliers, et je constate que tous les vétérans de l’activisme que je connais ont commencé en effectuant un geste simple, de peu d’envergure, puis ont progressivement évolué vers un engagement toujours plus fort et plus profond ; j’en arrive donc à la conclusion que le Net aide des millions de personnes à se rendre compte qu’ils peuvent faire quelque chose pour les causes qui leur tiennent à cœur, et qu’une partie de ces personnes va continuer et en faire toujours plus, petit à petit.

Le pouvoir libérateur de la technologie

La plus étrange des thèses soutenues dans Net Delusion est que la confiance que place l’Occident dans le pouvoir libérateur de la technologie a mis la puce à l’oreille des dictateurs – qui n’étaient auparavant pas intéressés par le controle du Net – et a rendu Internet plus difficilement utilisable dans un but de propagation de la liberté. Morozov cite en exemple la réponse des autorités Iraniennes aux affirmations outrancières qu’a tenu le Département d’État américain sur le rôle qu’aurait joué Twitter dans les manifestations post-électorales. Selon Morozov, les hommes politiques au pouvoir en Iran étaient en grande partie indifférents au Net, jusqu’à ce que les Américains leur annoncent que celui-ci allait causer leur perte, suite à quoi ils prirent sur eux de transformer Internet en un outil d’espionnage et de propagande à l’encontre de leurs citoyens.

Morozov fait ensuite état de divers dirigeants, comme Hugo Chávez, qui ont utilisé la rhétorique des USA pour appuyer leurs propres projets concernant Internet.

Il accuse également Andrew Mc Laughlin, conseiller technique adjoint du gouvernement des États-Unis, d’avoir fourni des munitions aux dictateurs du monde entier en déclarant publiquement que les compagnies de télécommunications américaines censurent en secret leurs réseaux, car cela a permis aux dictateurs de justifier leurs propres politiques.

C’est peut-être le passage le plus bizarre de Net Delusion, car il revient à dénoncer le fait qu’un homme politique américain combatte la censure sur le territoire national, au prétexte que les dictacteurs étrangers seront réconfortés d’apprendre qu’ils ne sont pas les seuls à pratiquer la censure. Il me semble peu vraisemblable que Morozov veuille véritablement que les hommes politiques occidentaux ferment les yeux sur la censure opérée dans leurs pays de peur que l’écho des imperfections de l’Occident ne parvienne à des oreilles hostiles.

Dans la foulée, Morozov nous prévient que les dictateurs ne sont ni des imbéciles ni des fous, mais plutôt des politiciens extrêmement retors, et techniquement très éclairés.
Je pense qu’il a raison : la caricature occidentale dépeignant les dictatures comme des idiocraties criminelles vacillantes ne coïncide tout simplement pas avec les réalisations techniques et sociales de ces Etats – et c’est justement pourquoi je pense qu’il a tort sur les relations entre les dictatures et Internet. Le pouvoir découle directement de mécanismes de communication et d’organisation, et Internet est là depuis suffisamment longtemps pour que tout autocrate accompli en ait pris note. L’idée que l’élite gouvernante de l’Iran n’ait pris conscience du pouvoir d’Internet que lorsque le ministère des affaires étrangères des Etats-Unis ont publiquement demandé à Twitter de modifier son planning de maintenance (afin de ne pas interférer avec les tweets liés aux élections en Iran) me paraît aussi ridicule que la surestimation, par ce même ministère des affaires étrangères, de l’influence que peut avoir Twitter sur la politique étrangère. Les activistes qui ont fait attention à la manière dont les Etats autoritaires interfèrent dans l’utilisation d’Internet par leurs citoyens, savent que la méfiance – et la convoitise – à l’égard du pouvoir d’Internet s’est développée dans les dictatures du monde entier depuis le moment où l’opinion publique s’est intéressée à Internet.

Le véritable problème dans la présentation que Morozov fait des « net-utopistes » est qu’ils n’ont rien en commun avec le mouvement que je connais intimement et dont je fais partie depuis une décennie. Là où Morozov décrit des personnes qui voient Internet comme une « force uni-directionnelle et déterministe allant soit vers une émancipation globale, soit vers une oppression globale » ou « qui refusent de reconnaître que le Web peut tout autant renforcer les régimes autoritaires que les affaiblir », je ne vois que des arguments spécieux, des caricatures inspirées des gros titres de CNN, des extraits sonores de porte-paroles de l’administration américaine, et des réparties de conférence de presse.

Tous ceux que je connais dans ce mouvement – des donateurs aux concepteurs d’outils, en passant par les traducteurs, des activistes de choc aux mordus de l’ONU – savent qu’Internet représente un risque tout autant qu’une opportunité. Mais contrairement à Morozov, ces personnes ont un plan pour minimiser les risques émanant de l’utilisation d’Internet (ceci explique pourquoi il y a tant de campagnes autour de la vie privée et des problèmes de censure provenant des logiciels propriétaires, des services de réseaux sociaux et des systèmes centralisés de collecte de données comme Google) et pour maximiser son efficacité en tant qu’outil démancipation. Ce plan implique le développement de logiciels libres et la diffusion de pratiques qui garantissent un meilleur anonymat, des communications plus sécurisées, et même des outils abstraits comme des protocoles réseau à divulgation nulle de connaissance qui permettent une large propagation des informations à travers de vastes groupes de personnes sans révéler leurs identités.

Morozov a raison d’affirmer que les hommes politiques occidentaux ont une vue simpliste du lien entre Internet et la politique étrangère, mais ce n’est pas simplement un problème de politique étrangère, ces mêmes hommes politiques ont incroyablement échoué à percevoir les conséquences d’Internet sur le droit d’auteur, la liberté d’expression, l’éducation, l’emploi et tous les autres sujets d’importance. Morozov a raison de dire que les métaphores dignes de la Guerre Froide comme « Grande muraille électronique » occultent autant qu’elles dévoilent (Net Delusion vaut son prix ne serait-ce que pour sa brillante démonstration que les dictatures utilisent autant les « champs » que les « murs » dans leurs stratégies Internet, et que ceux-ci demandent à être « irrigués » plutôt que « renforcés » ou « démolis »).

Mais dans son zèle à éveiller les décideurs politiques aux nuances et aux aspects non-techniques de la politique étrangère, il est approximatif et paresseux. Il affirme que ce qui différencie Internet d’un fax de l’époque des samizdat, c’est qu’Internet est utile tout autant aux oppresseurs qu’aux opprimés – mais je n’ai jamais rencontré de bureaucrate qui n’aimait pas son fax.

Et bien que Morozov tienne à nous montrer que « ce ne sont pas les tweets qui font tomber les gouvernements, c’est le peuple », il déclare ensuite allègrement que le bloc soviétique s’est désagrégé de lui-même, et pas à cause du peuple, qui n’a eu aucun rôle dans cet inévitable coup de balai de l’Histoire. Morozov croit peut-être que c’est exact dans le cas de l’URSS, mais étant donné qu’une large part du reste du livre est consacrée à la situation difficile des dissidents sur le terrain, je pense que l’on peut affirmer que même Morozov serait d’accord avec lui-même pour dire que, parfois, le peuple joue un rôle dans le renversement des régimes autoritaires.

Pour parvenir à ce but, les dissidents ont besoin de systèmes pour communiquer et s’organiser. Toute entreprise humaine qui nécessite le travail de plusieurs personnes doit consacrer une certaine partie de ses ressources au problème de la coordination : Internet a simplifié grandement ce problème (rappelez-vous les heures consacrées par les activistes au simple envoi de cartes postales contenant les informations au sujet d’une prochaine manifestation). En cela, Internet a donné un avantage substantiel aux dissidents et aux outsiders (qui ont, par définition, moins de ressources de départ) par rapport aux personnes détenant le pouvoir (qui, par définition, ont amassé suffisamment de ressources pour en engloutir une partie dans la coordination et en conserver encore suffisamment pour gouverner).

Internet permet à d’avantage de personnes de s’exprimer et de participer, ce qui signifie inévitablement que les mouvements de protestation vont avoir un ensemble d’objectifs plus diffus qu’à l’époque des révolutions autoritaires orchestrées par le haut. Mais Morozov idéalise le consensus des révolutions passées – que ce soit en 1776, 1914 ou 1989, chaque révolution réussie est une fragile coalition d’intérêts et de points de vue antagonistes, rassemblés par le désir commun d’abolir l’ancien système, même s’il n’y a pas de consensus sur ce qui doit le remplacer.

Désormais, Internet est devenu tellement intégré au fonctionnement des Etats du monde entier qu’il semble difficile d’accorder crédit à la crainte de Morozov selon laquelle, en cas de menace révolutionnaire sérieuse, les gouvernements débrancheraient simplement la prise. Comme Morozov lui-même le fait remarquer, la junte brutale de Birmanie a laissé fonctionner Internet en permanence pendant les violentes répressions des émeutes politiques, en dépit de la désapprobation mondiale qu’elle a subie du fait des compte-rendus diffusés sur Internet; la Chine dépend tellement du Net pour son fonctionnement interne qu’il est impossible d’envisager une coupure du Net à l’échelle nationale (et les coupures régionales, comme celle de la province du Xinjiang pendant les émeutes des Ouïghours, sont justement remarquables par leur caractère exceptionnel).

Le monde a besoin de plus de personnes oeuvrant à l’amélioration du sort des activistes qui utilisent Internet (c’est-à-dire de tous les activistes). Nous avons besoin d’un débat sérieux au sujet des tactiques comme les DDoS (distributed denial-of-service attack ou attaques distribuées par déni de service) – qui inondent les ordinateurs avec de fausses requêtes pour les rendre inaccessibles – que certains ont comparés à des sit-in. En tant que personne arrêtée lors de sit-ins, je pense que cette comparaison est fausse. Un sit-in ne tire pas uniquement son efficacité du blocage des portes de tel endroit blâmable, mais de la volonté affichée de se tenir devant ses voisins et d’assumer le risque d’une arrestation ou de blessures au bénéfice d’une cause juste, ce qui confère une légitimité éthique à la démarche et facilite l’adhésion. En tant que tactique, les DDoS s’apparentent plus à de la super glu dans les serrures d’une entreprise ou au sabotage des lignes de téléphone – risqué, c’est certain, mais plus proche du vandalisme et donc moins susceptible de rallier vos voisins à votre cause.

Nous devons réparer l’Internet mobile, qui – reposant sur des réseaux et des appareils fermés – est plus propice à la surveillance et au contrôle que l’Internet filaire. Nous devons nous battre contre les manoeuvres– menées par les entreprises du divertissement et les géants de l’informatique comme Apple et Microsoft – consistant à concevoir des machines dont le fonctionnement est secret et échappe au consentement de leur propriétaire, au prétexte de protéger le copyright.

Nous devons prêter attention à Jonathan Zittrain (un autre universitaire que Morozov tout à la fois rejette puis rejoint sans même s’en rendre compte), dont « Le Futur d’Internet » met en garde sur le fait que l’augmentation des crimes, escroqueries et autres fraudes sur le Net fatigue l’utilisateur et rend les gens plus enclins à accepter d’utiliser des appareils et des réseaux verrouillés, pouvant être utilisés aussi bien pour les contrôler que pour les protéger.

Nous avons besoin de tout cela, et surtout d’une critique sérieuse et d’une feuille de route pour l’avenir de l’activisme sur le Net, car les régimes répressifs du monde entier (y compris les soit-disants gouvernements libres de notre Occident) usent pleinement des nouvelles technologies à leur avantage, et le seul moyen pour l’activisme d’être efficace dans cet environnement est d’utiliser les mêmes outils.

Notes

Ce texte est sous licence Creative Commons by (le ‘by’ s’appliquant à Framablog, pas à RWW, merci de pointer vers cette adresse si vous republiez ce texte et non vers ce billet sur RWW)

Image CC-by de han Soete

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Les Egyptiens sont-ils les meilleurs cyberactivistes du monde ? http://fr.readwriteweb.com/2011/01/26/a-la-une/les-egyptiens-sontils-les-meilleurs-cyberactivistes-du-monde/ http://fr.readwriteweb.com/2011/01/26/a-la-une/les-egyptiens-sontils-les-meilleurs-cyberactivistes-du-monde/#comments Wed, 26 Jan 2011 07:30:42 +0000 Fabrice Epelboin http://fr.readwriteweb.com/?p=11939

C’est en tout cas la question que l’on peut se poser après la lecture du billet de ByLasko, l’une des figures de la cyber-résistance tunisienne, qui écrivait un long article, trois mois avant le début de la révolution tunisienne, sur les interactions entre Facebook, les média sociaux, et les diverses formes de protestations qui avait secoué l’Egypte l’an dernier.

Un excellente lecture, pour ceux qui veulent prendre un peu de recul sur le temps réel des évènements en Egypte, et se plonger dans ce qui est sans doute l’un des évènements qui a montré l’exemple aux Tunisiens, avant qu’eux même ne donnent l’exemple aux Egyptiens. Le tout écrit par un Tunisien.

« Nous sommes tous Khaled Said », sortie des archives récentes de ReadWriteWeb, c’est à lire ici !

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Sarkozy, Ben Ali, et l’internet civilisé http://fr.readwriteweb.com/2011/01/24/analyse/sarkozy-ben-ali-linternet-civilis/ http://fr.readwriteweb.com/2011/01/24/analyse/sarkozy-ben-ali-linternet-civilis/#comments Mon, 24 Jan 2011 14:37:22 +0000 un auteur invité http://fr.readwriteweb.com/?p=11867

Karim Guellaty est un bloggeur Français particulièrement au fait de la situation Tunsienne, il s’était fait remarquer sur Twitter, entre autre, par la précision des renseignements qu’il avait donné  sur les péripéties de la fuite de Ben Ali.

Je reviens de Tunisie où j’ai la tête encore pleine de nos libertés, de nos fraternités, je reviens fier, droit comme un i, tête haute, et je me dis que j’ai de la chance de vivre entre deux pays… libres.

Je repense à  la vie avant. Je repense à ce ammar404 ; ce droit le plus élémentaire de naviguer librement sur le net, nous ne l’avions pas. Une dictature finalement, ça ne fait pas dans le détail, on coupe l’accès, point barre. On pense le peuple anesthésié… il était juste en train de s’organiser.

Je rentre donc à  Paris, et je regarde ce que dit la presse, après une si longue absence. Et je suis interpellé par ce Hadopi, je lis, je me documente, et je trouve ça tout de même très limite. Puis je tombe sur un papier qui parle de la LOPPSI. Je lis, je me documente et je trouve que ça commence à faire beaucoup. Mais bon, je suis encore sous l’euphorie, alors je me trouve des prétextes pour ne pas considérer tout ça dramatique. Puis je tombe sur un article sur le CSA qui veut également intervenir sur le web. Je lis, je me documente et je me dis qu’il faut peut être quand même envisager de regarder tout ça de plus près. Je m’apprête à refermer mon journal pour aller effectuer mes recherches sur le net quand je tombe sur l’ARJEL. Je lis, je me renseigne. Je referme mon journal et je me dis que la France a peut-être refusée l’asile à Ben Ali, mais ammar404 est bien en France et il s’est drôlement bien intégré celui-là.
Je résume.

Avec Hadopi on est responsable de son accès internet. Et si quelqu’un s’y connecte pour commettre un délit, c’est le propriétaire de l’accès internet qui est juridiquement responsable. Et vous savez quoi ? La défense n’est possible qu’une fois la sanction mise en œuvre. Ça s’appelle, en droit, une présomption de culpabilité. Présomption simple, c’est à dire qui tombe sous la preuve contraire. Et la preuve contraire, c’est soit dénoncer l’auteur, soit prouver qu’on a tout faire pour l’empêcher, mais qu’on n’a pas réussi. Ça s’appelle une obligation de moyen. Vous n’êtes pas tous informaticien ? Pas de panique, l’état va nous fournir un petit logiciel de sécurité, et ce petit logiciel de rien du tout va surveiller votre trafic sur le web pour censurer les sites dont les contenus sont illégaux.

Ce logiciel, même Ben Ali n’aurait pas osé.

Il manque 404. Ne bougez pas, on a tout prévu. LOPPSI. Il faut lutter contre la pédophilie, nous sommes tous d’accord. Et pour ça, le ministère de l’intérieur communiquera aux FAI une liste secrète de sites à interdire. Il n’y a que des sites pédophiles dans la liste ? On ne sait pas elle est confidentielle on vous a dit. Mais ne vous inquiétez pas, elle sera auditée dans 2 ans. En même temps je suis prêt à accepter ce risque de censure discrétionnaire, parce que ça permet que d’innocents petits enfants ne se fassent plus ignoblement abuser… Quoi ? Comment ça, ça ne change rien ? Ce n’est pas parce que ce n’est plus diffusé sur internet qu’il n’y aura pas pédophilie ? Ben oui, c’est évident. Je suis désolé, mais dans mon autre pays, ça fait dix ans qu’on nous bloque internet pour ne pas qu’il n’y ait d’islamistes, alors pour nous quand on ne voit plus, ça n’existe plus. On a encore quelques mauvais réflexes, désolé. Bien sur que ça ne règle rien au problème et que la pédophilie continuera à exister, sinon à prospérer.

Pendant qu’on y est, on contrôle aussi grâce à l’ARJEL les sites de jeux et on censure ceux qui ne paient pas leurs redevances à l’état français. Le CSA qui lève le doigt aussi et veut pouvoir contrôler la VOD, pour le moment. Mais les élections approchent, et à mon avis les sites qui ne respecteront pas le temps de parole des politiques, censurés.

Et vous savez quoi, ils ont voulu fusionner tout ce petit monde.

Alors moi, je vais vous dire une chose, nous autres tunisiens, nous ne savons peut être pas encore grand chose de la démocratie, mais en revanche on sait comment un régime autoritaire s’installe gentiment dans l’inconscient collectif,  on en connaît les ficelles, les mécanismes, les attributs. Certes, nous ne serons jamais sous la dictature d’un homme en France, mais une dictature est sournoise et peut prendre plusieurs formes, croyez nous. Et l’une de ces formes, c’est aussi la dictature de l’État, la dictature du Système. Mes chers amis du Parti Pirate, il n’est pas très loin le jour où vous devrez agir à partir de la Tunisie. Et vous pourrez compter sur notre coup de main comme nous avons pu compter sur le votre. Car au delà d’être peuple d’un pays, nous sommes tous le peuple de la terre, libre de choisir notre destin, mais il faut choisir.

En France, on pense le peuple anesthésié, mais s’il était en train de s’organiser ?

(texte initialement publié sur le blog du parti pirate Français, en licence CC-by)

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Tunisie : la démocratie ‘Facebook inside’ ? http://fr.readwriteweb.com/2011/01/24/a-la-une/tunisie-dmocratie-facebook-inside/ http://fr.readwriteweb.com/2011/01/24/a-la-une/tunisie-dmocratie-facebook-inside/#comments Mon, 24 Jan 2011 13:29:50 +0000 Fabrice Epelboin http://fr.readwriteweb.com/?p=11834

A l’époque de la dictature, alors qu’il était de mise de se taire dans les espaces semi publics de Facebook, les Tunisiens y étaient déjà de grands bavards (une caractéristique méridionale ?). Depuis une semaine à peine, ce qu’il se passe sur le Facebook Tunisien est d’une toute autre nature.

On n’y bavarde plus, on y discute, de façon très sérieuse et étonnamment constructive, de l’avenir du pays.

La Tunisie est préssée d’une dictature brutale à une démocratie qui se cherche en un mois, sans même passer par les inévitables scènes de lynchage (une première ou presque dans l’histoire des révolution), et surtout, sans leader sur qui retomberait la légitimité d’une révolution (première, là aussi).

La télévision, bien incapable d’étancher la soif de débat des Tunisiens, doit faire avec la prépondérance de Facebook dans le pays pour tout ce qui relève de l’échange et du débat. C’est là qu’il a lieu, la télévision, média ‘top to bottom’ par nature, étant bien incapable de satisfaire au besoin (sans parler qu’elle manque de crédibilité)

Du coup, ce tout jeune processus démocratique a très largement lieu sur l’espace naturel de Facebook, avec milles discussions passionnées, certaines ayant pour initiateur un même contenu, toutes réparties dans des espaces semi public ou semi privés de Facebook. Là encore, première, pas de mass media pour imposer un agenda politique à une population.

Quelles seront les conséquences de la prépondérance de Facebook et de ses multiples conversations éclatées aux quatre coins de l’espace Tunisien qu’il abrite ? Difficile à dire, mais la relecture du livre de Versac, qui abordait le problème posé par un processus démocratique sans média fédérateur pourrait apporter quelques réponses, pour peu qu’on prenne en compte que son analyse – globalement négative – de ce phénomène, portait sur son application à la démocratie Française, et pas du tout sur un processus de construction démocratique à l’échelle d’un pays sortant d’une dictature.

Un long sujet de débat en perspective. En attendant, ceux qui sont Tunisiens ou qui ont une large proportion de leurs amis Facebook qui le sont, voient leur timeline occupée essentiellement par la mise au monde de la toute première démocratie arabe de la planète.

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Le compte Facebook de Nicolas Sarkozy piraté : LULZ activiste ? http://fr.readwriteweb.com/2011/01/24/analyse/compte-facebook-de-nicolas-sarkozy-pirat-lulz/ http://fr.readwriteweb.com/2011/01/24/analyse/compte-facebook-de-nicolas-sarkozy-pirat-lulz/#comments Mon, 24 Jan 2011 02:01:49 +0000 Fabrice Epelboin http://fr.readwriteweb.com/?p=11839

C’est courant en Tunisie, où de nombreuses personnalités ont vu leur compte Facebook piraté à la veille d’élections, pour se voir déclarer soudainement pro RCD (le parti de Ben Ali), mais c’est la première fois que cette mésaventure arrive à un chef d’Etat.

Durant cinq minutes, hier soir, le compte de Nicolas Sarkozy a donc été piraté. Les pirates y ont déposé une phrase dans la bouche du chef de l’Etat :

Chers Compatriotes, compte tenu des circonstances exceptionnelles que connait notre pays, j’ai décidé en mon âme et conscience de ne pas me représenter à l’issu de mon premier mandat en 2012. Pour vous expliquer ce geste, je vous convie tous d’ors et déjà à ce grand rassemblement populaire [lien vers un rendez-vous Facebook]

(Screenshots rtlinfo.be)

L’information vient à priori de Franck Margain, conseiller régional UMP d’Ile-de-France, ou de ses services, qui hébergent sur son blog deux copies d’écran prise cinq minutes après le piratage du compte, dimanche 23 janvier a 20:51. Neuf minutes plus tard, RTL réalisait les screenshots qui lui ont servi a illustrer son article, avant de déclencher un joli buzz :  26 article à l’heure où j’écris ces lignes, 5 heures après le piratage, dont un nombre anormalement élevé de titres de presse pour que ceci puisse être un phénomène ‘naturel‘ pour un buzz. Entendez par là qu’il s’agit d’un coup préparé, planifié et exécuté, avec des compétences de RP évidentes alliés à du hacking. Le genre de chose dont est capable la police de l’internet de Ben Ali (toujours pas démantelée à ce jour), pour l’avoir fait à de nombreuses reprises en Tunisie. (update : Vincent Glad avait le scoop 4 minutes après le piratage, il suit la page de Nicolas Sarkozy sur Facebook – on hésite cependant à dire qu’il est fan de Sarko pour autant, du coup la propagation, à partir d’un compte twitter d’un journaliste très branché Twitter et qui y est très suivit est plus crédible, la méthode de piratage reste elle très louche)

TF1, 20minutes, France Soir, Europe 1, RTL, sans oublier l’indispensable Jean-Marc Morandini, en moins de trois heures chrono. Il ne s’agit pas d’un buzz mais d’un plan média, conçu pour l’heure du web temps réel. Reste à voir si ce buzz si savamment orchestré n’est qu’un coup ou s’il fait parti d’une séquence qui pourrait s’accélérer dans la journée.

Ce piratage ‘à la Tunisienne’, où l’on fait dire ce que l’on veut à ses opposants politiques pour déclencher un buzz (l’acteur Mohamed Ali Ben Jemaa avait ainsi vu son profil piraté), n’est pas sans rappeler une pratique assez courante des Anonymous, le piratage de compte pour le simple plaisir sadique d’en ridiculiser son propriétaire (attention, ce lien est ‘not safe for work‘). Une pratique qualifiée de LULZ.

On retrouve derrière l’opération un évènement Facebook qui compte à cette heure plus de 200.000 participants confirmés, créé en juillet dernier par un groupe dont les administrateurs ont pris soin de se retirer afin qu’on ne puisse les pister plus loin. Du travail soigné, mais rien n’indique qu’il y ait un rapport entre le piratage du compte de Nicolas  Sarkozy et ce groupe, les pirates ayant peut être choisi d’ajouter ce lien à leur ‘coup’ pour brouiller les pistes.

Rappelons que le timing est particulièrement bien choisi. Aujourd’hui lundi 24 janvier, le chef de l’Etat doit faire une déclaration à la télévision sur des sujets d’actualité. On voit mal comment il pourrait éviter d’aborder la Tunisie.

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Ceci n’est ni une Wikileaks-révolution ni une Twitter-révolution #sidibouzid http://fr.readwriteweb.com/2011/01/16/a-la-une/ceci-nest-ni-une-wikileaksrvolution-ni-une-twitterrvolution-sidibouzid/ http://fr.readwriteweb.com/2011/01/16/a-la-une/ceci-nest-ni-une-wikileaksrvolution-ni-une-twitterrvolution-sidibouzid/#comments Sun, 16 Jan 2011 08:09:41 +0000 Fabrice Epelboin http://fr.readwriteweb.com/?p=11756

Avant de se ruer sur les analyses d’un phénomène que beaucoup viennent de découvrir, ou pire de ressortir les vieux papiers sur la révolution verte iranienne – et d’en tenter une réecriture rapide – pour être les premiers sur Google News, il conviendrait d’entendre ceux qui sont au front et qui m’ont poussé à écrire ce billet. Il serait, au regard de la disproportion entre l’ampleur de l’évènement et la taille de sa couverture par la presse, de bon ton de laisser les héros de cette révolution laisser lui apposer des qualificatifs marketing tels que Jasmin, qui semble en énerver plus d’un.

Ils sont artistes, blogueurs, rappeurs, et même si leur agenda est quelque peu bousculé ces temps-ci et qu’ils sont difficiles à joindre, ils sont parfaitement rompus à l’art de l’expression publique. Leur demander leur avis (ou à défaut les lire), évitera bien des malentendus, et surtout contribuera à limiter les dégâts considérables qu’a subie l’image de la France en Tunisie ces dernières semaines.

Les Tunisiens, très connectés et désormais libérés, ne manqueront pas pour témoigner (on va en publier ici, vous vous en doutez). De mon coté, après quelques Tweets et quelques mails échangés, il m’a paru important de donner une impression globale, notamment sur le rôle de Twitter et Wikileaks, dont le choix pour illustrer journalistiquement la Revolution 2.0 exaspère ceux qui, sur place, comptent les morts.

Twitter n’est apparu que très récemment dans la Révolution Tunisienne. Il n’y a eu qu’un rôle tardif et secondaire. Il montre une vraie capacité à lancer des alertes, qu’elles soient issues d’un individu isolé appelant à l’aide ou destiné à prévenir d’un évènement, au milieu du chaos qui a suivit le départ de Ben Ali (et qui semble être repris en main par l’armée, je vous incite à rester des plus vigilants là dessus).

Comme durant la révolution verte, il sert à diffuser l’info, a approuver les Tweet des uns et des autres par un retweet. Assez classique, finalement, en dehors des alertes qui pourraient jouer un rôle intéressant et utile dans le chaos post-exil de Ben Ali.

Nous auront droit sans nul doute aux habituelles ritournelles sur la fiabilité des sources, et la façon de faire avec des sources non vérifiées en abordant le problème de façon plus statistique (il y a une mine d’or, au passage, en matière de realtime datajournalism, à bon entendeur…/-).

On a aussi assisté à de réelles difficultés de compréhension des usages de la part de journalistes, qui peinent à saisir qu’ils sont face à des activistes en pleine infowar et pas face à des confrères ou des apprentis journalistes. L’épisode de l’avion de Ben Ali en fuite fut un sommet d’incompréhension savoureux.

Facebook, lui, a eu un rôle bien plus profond. Seul service social non censuré en Tunisie (enfin, partiellement censuré), il a agit comme une distribution gratuite de liberté d’expression, à la sortie des écoles et chez pas mal d’adultes, et force est de reconnaitre que les Tunisiens sont devenus accros à leur petit fix de liberté virtuelle, au point de se prendre à rêver de liberté tout court.

Wikileaks, quant à lui, n’a pas eu le moindre rôle sur le territoire Tunisien, pour autant que j’ai pu en juger. A l’extérieur, par contre, c’est une autre histoire. Autan certains cables concernant la Tunisie étaient sinistres, autant l’un d’entre eux, traitant de la corruption poussée au paroxysme du système Tunisien, peut se lire en quelques minutes, et ressemble à un scénario de film comique, parodiant Le Parrain, avec Leslie Nielsen dans le rôle de Ben Ali.

La réalité n’a(vait) bien sûr, rien de drôle, mais l’épisode du yatch volé, à lui seul, est un classique de l’histoire de fin de repas chez les Tunisiens de la diaspora (et sans doute au pays), et si vous savez raconter une histoire, vous pouvez faire rire vos amis, tout en œuvrant pour la cause Tunisienne. Ce câble, en particulier, a beaucoup servi pour faire découvrir la situation Tunisienne à beaucoup de ceux qui n’en avait jamais entendu parler, partout dans le monde.

Mais avant tout, la révolution Tunisienne est due à une situation générationelle désespérée, et a été déclenchée par le geste tragique d’un jeune enfermé dans une situation d’une banalité affligeante en Tunisie. Vendeur ambulant, à vie, avec l’équivalent d’un bac+5, c’est un sort courant là bas, lié à un système éducatif qui a hissé vers le haut toute une génération, sans pour autant lui offrir de débouchés à la hauteur de leurs espérances et de leur capacités. Eduqués, informés, jeunes et enfermés dans un système absurde ne leur offrant pas la moindre perspective, la situation était explosive, avec ou sans internet.

Infowar

Le rôle joué par les technologies sociales (et les technologies tout court) est radicalement différent selon que l’on parle de ce qu’il s’est passé en Tunisie ou à l’extérieur, en soutien à celle-ci.

Al Jazeera a commencé là dessus un travail de synthèse interessant qui permet de remettre les choses en perspective.

Nawaat.org est sans doute l’acteur qui a le plus et le mieux déployé les usages possibles de technologies sociales durant la révolution Tunisienne. Il se retrouve, du coup, au centre d’une infosphère Tunisienne en pleine recomposition. Le site se charge, en dehors de son rôle de portail d’informations politiques sur la Tunisie qu’il tient depuis longtemps, d’inventorier de façon exhaustive les témoignages, notamment vidéo. Il effectue également, entre autre choses, un travail de curatoring militant sur une quantité faramineuse de vidéos, exfiltrées de Tunisie via différentes filières, mise en place par des hackers, avant et durant la révolution, à l’époque du filtrage frénétique de Ben Ali.

Les contenus rassemblés par Nawaat sont ensuite publiés via Prosperous. Le compte Twitter de Nawaat, lui, servant de fil de news, de caution réputationelle dans ses retweets, et de lanceur ou relais d’alerte. Autant dire qu’ils ne dorment pas beaucoup depuis un mois. Le site impressionne par sa capacité à encaisser aussi bien des arrivée massives de vidéos aussitôt classés et documentés au mieux, que les attaques informatiques de la police de l’internet, qui l’ont réduit au silence plus d’une fois.

C’est d’ailleurs le besoin de déborder du cadre de l’audience de Nawaat, ainsi que l’urgence d’alerter la presse, mardi dernier, sur la brusque montée de violence lors des massacres de Kasserine, liés à des témoignages faisant état d’escadrons de la mort, qui nous a poussé à rentrer dans le lard de YouTube en hurlant un peu vite à la censure sur un service de modération… qui n’avait tout simplement pas entendu parler de la Tunisie (et qui a laissé passer tout ce qui venait de Tunisie dès qu’il a été mis au courant, tout en nous fournissant un guide destiné à en optimiser le référencement et à faciliter le travail de leur service de modération, que nous avons retransmit à nos lecteurs).

Une opération parfaitement réussie. Autant la presse française ne se ruait pas sur la Tunisie pour en parler à ses lecteurs, autant quand il s’agit de casser du sucre sur le dos de Google…

Inside eTunisia

A l’intérieur du pays, tout se passe sur Facebook. Il n’y avait jusqu’à vendredi dernier rien d’autre en dehors de quelques courageux blogs, dont la censure soudaine relevait souvent de l’arbitraire idiot, au point de se demander si le but n’était pas tout simplement de semer le chaos et la peur plus que de censurer quoi que ce soit (spéciale dédicace à Massir ;-). Facebook, le géant américain si tancé pour ses atteintes aux libertés, est là bas le seul espace de liberté.

Adolescents, lycéens, étudiants, homme de la rue, universitaires, journalistes, avocats, écrivains : tout le monde est sur Facebook.

Imaginez que vous croisiez, ‘en France’ et sur Facebook, la plupart des grands professeurs d’universités, des avocats de renom, des poètes célèbres, des icones culturelles de la scène locale… Imaginez la richesse de la vie qui s’y développerait…

Ajoutez à cela l’angoisse, la paranoïa, l’obligation de cacher son identité de peur d’être reconnu et harcelé, le soupçon permanent d’un délateur potentiel, caché parmi un groupe, la coupure de l’accès à votre compte Facebook comme une épée de Damoclès, qui peut vous couper de tout contact culturel et social (autre que la télévision d’Etat, bien sûr), et vous avez une idée de ce à quoi ressemblait Facebook en Tunisie jusqu’ici.

Imaginez qu’après avoir mis au point une astuce de community management consistant à faire vivre la population Facebook Tunisienne dans la crainte d’un harcèlement islamiste fabriqué de toutes pièces, la police internet se soit mis à mettre au point un stratagème destiné à vous voler vos identifiants Facebook et Gmail (ici pour l’alerte US), et qu’une fois celui-ci découvert, il redouble de technicité pour en mettre au point un autre beaucoup plus sophistiqué encore (découvert en début d’année 2011 par TheTechHerald)…

C’est ça, le climat sur Facebook en Tunisie.

Le rôle de Facebook comme outil de support opérationnel à la révolution Tunisienne, qui reste à étudier de près par ceux qui l’ont utilisé pour coordonner des actions et des rassemblements sur place, finira par émerger assez rapidement. Il a indéniablement servi, mais la nature même du réseau social qui sous tend Facebook (bidirectionel, contrairement à Twitter) n’a pu en faire un outil de coordination des masses, un vieux fantasme en passe de devenir un marronnier, né en Iran lors de la révolution verte.

Mais avant tout il émergera parce qu’il existe des centaines de milliers de tunisiens parfaitement en mesure de témoigner. Parmi eux, des sociologues, des experts internet de tout poil, quantité de journalistes…

Sur Facebook, bien avant la révolution tunisienne, une vie culturelle prolifique s’est déployée malgré un climat littéralement étouffant (y compris vu de Paris où il ne présentait pas le moindre risque, et où une désactivation de compte se règle en 5 minutes avec un mail à un VP).

Le Facebookeur tunisien est particulièrement bavard, je l’ai appris à mes dépends après avoir publié ce billet repris sur TunisiaWatch et qui m’a valu un afflux de demandes d’amis sur mon compte. En tout, un bon quart de mes ‘amis’ sur Facebook doivent être des ressortissants Tunisiens (je met ‘amis’ entre guillemets parce qu’avec un score de plus de 1600, ça ne veut plus rien dire).

Malgré cette faible proportion, les Tunisiens sont vite arrivés a représenter l’essentiel de ma timeline. Très, très bavards. Mais il y a pire : ils utilisent couramment trois langues sur Facebook, le Français, l’arabe et le dialecte local. Ajoutez à cela que ce dernier n’est pas compris par Google Translate, qui par ailleurs est nul avec l’arabe… Au final, invitez des Tunisiens, et ils auront tôt fait de vous pourrir votre timeline avec des choses absolument incompréhensibles pour un petit Français installé à Paris. Comme quoi tout ce que dit notre gouvernement n’est pas si idiot : un arabe, ça va, c’est quand il y en a plusieurs ;-)

Tout cela n’est pas une méthode bien scientifique pour déterminer les spécificités du Facebook Tunisien de l’époque Ben Ali, et le lien entre Facebook et la révolution n’est pas évident, mais il est à mon sens profond.

Tout d’abord, à titre personnel, à force d’être en contact avec des interlocuteurs qui vivaient sur place, il m’a permis de réaliser ce que signifiait de vivre dans une dictature comme la Tunisie. La parano, la crainte, les rancoeurs qui s’accumulent, le sentiment permanent d’être surveillé, et pour le coup, des gens qui disparaissent du jour au lendemain, qui voient leur profils désactivés, privés de toute vie sociale en ligne, laissant derrière eux des amis qui s’angoissent et partagent leur angoisse… sur Facebook, ajoutant au climat étouffant de l’ensemble.

Facebook as a platform : le système social de transition de la Tunisie ?

Pour les Tunisiens, Facebook a non seulement été leur seul espace de liberté d’expression dans un cadre public et semi public, mais il a aussi été un espace de rencontre avec d’autres personnes, dont ils partagent les goûts et la langue sans partager la nationalité (l’œuvre de Keny Arkana par exemple). Il a aussi probablement été une alternative au rêve de l’exil pour les plus jeunes, qui comme tous ceux de cette génération, se prennent à imaginer un monde où des règles si naturelles sur internet auraient cours dans la ‘vraie vie’.

Facebook a très profondément structuré la société Tunisienne, en grande partie parce qu’il n’y avait rien d’autre pour le faire, et il aura à l’avenir un rôle essentiel dans le développement de cette nation (et vous imaginez à quel point, après tout ce que l’on a pu dire ici sur Facebook et ses dangers, cela coûte à un auteur de RWW d’écrire cela).

Mis au courant dès les premiers heurts que nous avons rencontré avec ce qui s’est avéré être des policiers de l’internet de Ben Ali, Facebook a continuellement joué a l’autiste, et les rapports entre ReadWriteWeb, complètement soudé à l’occasion, et Facebook, sur lequel nous avons mis toute la pression possible sans jamais obtenir la moindre explication, ont été particulièrement tendus. Il faut reconnaitre que durant la même période, nous sortions au moins un billet par semaine dénonçant les dérives de Facebook sur la notion de vie privée, et ce en cinq langues.

Mais Facebook a agit. Le nombre de profils désactivés a diminué, la police de l’internet a cessé l’escalade entamée de cette stratégie de terreur (pour passer au phising de compte).

Il y a moins d’une semaine, lors de la désactivation du compte de l’un de nos auteurs, le jour où Ben Ali se lançait à la télévision dans l’amalgame entre blogueurs (en cavale), terroristes (imaginaires) et casseurs (ses propres troupes), pour la première fois, Facebook a donné un feedback aux alertes et aux listes de comptes désactivés que nous lui faisons régulièrement parvenir depuis presque un an : «nous sommes au courant et une enquête est en cours». Tout indique que l’enquête Tunisienne ait été ouverte depuis des mois et qu’ils aient agit. Tout indique également qu’ils l’ont fait dans l’intérêt du peuple Tunisien afin de le protéger au mieux de la cyberpolice qui y semait la terreur.

Tout cela n’est qu’une toute petite partie de la galaxie de systèmes sociaux de tout poil qui s’est mis en place avant, et surtout pendant la révolution Tunisienne, et n’est probablement pas grand chose par rapport à ce que cette nation inventera en matière de technologie sociale, si elle s’en saisi pour se reconstruire, demain.

Les photos de la manifestation de samedi à Paris en soutien au peuple tunisien sont © Respect Mag (album Flickr)

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Tunisie 2.0 : bootstrapping http://fr.readwriteweb.com/2011/01/14/a-la-une/tunisie-20-bootstrapping/ http://fr.readwriteweb.com/2011/01/14/a-la-une/tunisie-20-bootstrapping/#comments Fri, 14 Jan 2011 04:31:45 +0000 Fabrice Epelboin http://fr.readwriteweb.com/?p=11674

Slim Amamou libéré, fin de la censure d’internet, mesures économiques d’urgence et promesses de démocratisation, la Tunisie pourrait entrer sous peu dans une ère nouvelle, le pouvoir, enfin, vacille. C’est peut être le début de la fin, peut être le commencement de quelque chose de radicalement nouveau.

Aujourd’hui, le principal syndicat Tunisien a appelé à la grève générale, les manifestations auront lieu seront sous l’oeil de la planète toute entière, à travers des dizaines de milliers de smartphones qui prendront soin de documenter dans les moindres détails les manoeuvres du gouvernement Ben Ali destinées à tout faire pour que le mouvement retombe.

Déjà, les manifestations de joies faites à la suite des dernières promesses de Ben Ali ont été documentées comme étant orchestrées. Les voitures klaxonnant dans les rues sont tous des véhicules de location. Une mise en scène digne de Tintin chez les Soviet.

Cliquer ici pour voir la vidéo.

Ce que Ben Ali tentera lors des manifestations d’aujourd’hui sera ni plus ni moins qu’une infowar, destinée à faire croire aux grands média internationaux et à son propre peuple que tout va bien, et que la situation est sous contrôle (tout comme il a tenté de lui faire croire à des islamistes sur Facebook). Mais tout cela aura lieu sous la sousveillance des smartphones, transformés en caméra de videosurveillance, et avec un libre accès à Youtube, qui avec Facebook, Twitter et les blogs, se sont imposés comme le seul moyen sérieux de suivre ce qu’il se passe, et couperont l’herbe sous le pied de toutes les tentatives de manipulation.

Ce qu’il se passe sous nos yeux et – pour beaucoup – sur nos écrans, pourrait bien être la première révolution 2.0. Un mouvement local soutenu par un mouvement global, ces millions d’internautes de toutes nationalités et de tout pays, qui non seulement regardent – comme au temps de Ceaucescu -mais participent. Du simple Retweet à l’organisation d’opérations de grande ampleur, en passant, bien sûr, par l’opération OpTunisia des Anonymous, la révolution Tunisienne a pris, sur internet, une dimension mondiale.

Les Tunisiens portent aujourd’hui sur leurs épaules bien plus que leur destin, à l’heure où en France les premières lois de surveillance et de censure de l’internet viennent d’être votées, ils montrent (et ouvrent) au monde tout entier, une autre voie.

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http://fr.readwriteweb.com/2011/01/14/a-la-une/tunisie-20-bootstrapping/feed/ 9
Les Anonymous s’attaquent au gouvernement Tunisien et à celui du Zimbabwe http://fr.readwriteweb.com/2011/01/05/analyse/les-anonymous-sattaquent-gouvernement-tunisien-celui-du-zimbabwe/ http://fr.readwriteweb.com/2011/01/05/analyse/les-anonymous-sattaquent-gouvernement-tunisien-celui-du-zimbabwe/#comments Wed, 05 Jan 2011 07:21:21 +0000 Curt Hopkins http://fr.readwriteweb.com/?p=11549

Les Anonymous, ces alliés de 4chan et défenseurs de Wikileaks, ont apparement lancé une attaque de déni de service distribuée sur le site officiel du gouvernement Tunisien ainsi que sur celui du président Zine El Abdine Ben Ali. Au Zimbabwe, le site de la première Dame ainsi que le site officiel du gouvernement et celui du ministère des finances ont été visés.

Ces deux attaques semblent bien liées à Wikileaks, au nom duquel les Anonymous ont attaqué, selon le même mode opératoire, Visa, Paypal et d’autres. Dans le cas du Zimbabwe, Grace Mugabe, la première Dame, poursuit en justice un journal local, The Standard, pour avoir publié une fuite du Cablegate affirmant qu’elle profite d’un trafic de diamants. La Tunisie, de son coté, a bloqué l’accès principal du site Wikileaks, mais là bas comme ici, il s’avère absolument impossible à censurer.

Sophos, un acteur majeur de la sécurité informatique, a fait état d’une déclaration des Anonymous trouvé sur de nombreux sites et espaces internet qu’ils fréquentent.

«Le gouvernement Tunisien veut contrôler le présent avec des mensonges et de la désinformation, afin d’imposer le futur en cachant la vérité à ses citoyens.
Nous ne resterons pas silencieux face à ces actes.
Les Anonymous ont entendu l’appel à la liberté du peuple Tunisien. Nous, Anonymous, sommes décidés à aider le peuple Tunisien dans sa lutte contre l’oppression. Cela se fera. Cela se fera.
(ndt: «It will be done. It will be done» – est-ce une allusion à quelque chose ??)

Ceci est un avertissement pour le gouvernement Tunisien : les attaques à l’encontre de la liberté d’expression et d’information faites envers ses citoyens ne seront plus tolérés. Toute organisation impliquée dans la censure sera attaquée sans relâche jusqu’au jour où le gouvernement Tunisien entendra les appels à la liberté de son peuple»

La Tunisie et le Zimbabwe sont connus pour surveiller et censurer sévèrement internet, même si cela n’a pas empêché de nombreux Tunisiens de devenir internautes.

La perfect storm Tunisienne ?

Je ne connais pas suffisamment la situation au Zimbabwe, mais pour ce qui est de la Tunisie, nous avons longuement eu l’occasion d’en parler sur ce blog. La situation du pays présente des caractéristiques uniques.

Dictature sévère, la Tunisie est menée d’une main de fer par un président parfaitement conscient de ce qu’est internet (contrairement au président Français, Ben Ali «est un geek»). Il a permit au pays d’accéder très tôt à internet, et la population y est la plus connectée d’Afrique du nord. Elle bénéficie par ailleurs d’un haut niveau d’étude, Ben Ali, comme Castro, étant porté sur l’éducation. Les compétences en informatique de haut niveau ne sont pas rares en Tunisie, l’outsourcing y emploi beaucoup de personnes – de très nombreux sites français ont ainsi été réalisés en Tunisie.

Les activistes digitaux sont également nombreux, et très connus (entendez qu’après 24h sans nouvelle, RSF s’inquiète officiellement), qu’il s’agisse de Tunisiens de la diaspora ou de ceux qui vivent sur place. Ils sont rompus aux usages internet, ont constitué depuis longtemps des réseaux et éprouvé de nombreuses stratégies. On compte dans leurs rangs des experts internationalement reconnus aussi bien sur des domaines très techniques de l’internet que sur l’activisme digital et les média sociaux.

Facebook, un des rares services sociaux mondiaux non censurés en Tunisie, y est le lieu de la liberté d’expression par excellence, même si les autorités locales et des organisations à son service y rôdent et on tenté par le passé d’y faire régner la terreur. Couper Facebook provoquerait la colère de toute la jeunesse (une large part de la population dans ce pays d’Afrique du nord). Ce n’est pas une option pour Ben Ali, même s’il le censure partiellement (le partage de photo était impossible il y a peu).

Enfin, la richesse de la Tunisie provient essentiellement du tourisme, et cette activité, plus que tout autre, repose pour beaucoup sur internet, notamment pour la vente de produits. Un mauvais buzz pourrait avoir des conséquences sur les choix de nombreux Européen pour leurs prochaines vacances et se traduire durablement dans le PIB du pays.

Internet sera-t-il le talon d’Achille de la dictature Tunisienne ? Les possibilités d’attaques sont nombreuses, qu’il s’agisse des Anonymous, d’activistes digitaux locaux, de la diaspora, ou d’ONG internationales qui décideraient de passer à l’action comme l’a fait, en son temps, Greenpeace avec Nestlé.

La description faites au travers des cables de Wikileaks de la dictature Tunisienne est accablante, et même si les attaques des Anonymous ont très certainement été déclenchées par la récente montée de l’activité d’Amar, le surnon donné au Big Brother Tunisien, qui censure et qui surveille, il ne faudrait pas oublier que tout cela a démarré par des émeutes qui ont fait suite au suicide d’un jeune diplomé, désespéré de ne trouver aucun emploi.

Pour avoir un aperçu de ce qu’est Facebook, l’un des rare espaces public de liberté en Tunisie, et sur l’internet Tunisien en général, nous vous conseillons la lecture de ces billets.

Cliquer ici pour voir la vidéo.

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http://fr.readwriteweb.com/2011/01/05/analyse/les-anonymous-sattaquent-gouvernement-tunisien-celui-du-zimbabwe/feed/ 44
Chroniques de l’infowar – 2010, de Hadopi à Wikileaks #ebook http://fr.readwriteweb.com/2011/01/02/a-la-une/chroniques-de-linfowar-2010-de-hadopi-wikileaks-ebook/ http://fr.readwriteweb.com/2011/01/02/a-la-une/chroniques-de-linfowar-2010-de-hadopi-wikileaks-ebook/#comments Sun, 02 Jan 2011 15:32:00 +0000 Fabrice Epelboin http://fr.readwriteweb.com/?p=11535

Il est temps d’ouvrir les yeux, nous vivons, comme Wikileaks nous l’a révélé de façon flagrante, une véritable infowar, de plus en plus appréhendée comme une guerre civile, ou une guerilla, que certains spécialistes n’hésitent pas a appeler ‘guerilla open source‘. Une infowar où les armes sont l’information et les milles et une techniques pour la diffuser. Ce n’est pas (sans pour autant l’exclure) une cyberwar, c’est tout autre chose : là où la cyberwar est un sport d’élite, l’infowar, elle, est en passe de devenir une activité populaire. Twitter, Facebook ou les blogs : les gentils outils « web 2.0″ d’hier sont les armes de l’infowar d’aujourd’hui. Accessibles à tous, nombreux sont ceux qui savent s’en servir avec finesse.

Les acteurs institutionnels de cette infowar, qu’il s’agisse de gouvernements qui contrôlent tout ou partie de ses média nationaux, d’autres encore qui font régner la terreur sur le virtuel comme ils le faisait hier ‘IRL’, ou bien encore d’entreprises consacrant des sommes folles à lutter contre certaines informations ou – pour l’instant, essentiellement – à en imposer d’autres : les puissants d’hier et d’aujourd’hui sont entrés, ou sont sur le point d’entrer, dans une logique d’infowar.

En 2010, des acteurs jusqu’ici plus discrets se sont également révélés être de véritables warlords. Des hackers aux Anonymous, en passant bien sûr par Wikileaks et, en France, toute une catégorie de blogs et de média alternatifs : les rangs des combattants de l’infowar sont plus nombreux de jour en jour.
En mettant en place ce qui est reconnu comme la tentative de régulation du net la plus maladroite de la planète, la France a créé de toutes pièces, sur ses terres, des forces de résistance d’une puissance considérable. Pire encore, ces forces sont unies par des valeurs profondément enracinées et clairement affichées dont peu, en face, appréhendent la puissance et la résonance générationelle.

Il faut reconnaitre ce mérite à Hadopi, sans elle, et sans l’opposition qu’elle a fait naître, le pays serait entré dans cette ère de la transparence avec une mentalité radicalement différente. Des années de luttes entre un gouvernement faisant systématiquement acte de désinformation pour justifier Hadopi, Loppsi, ou la mise à mort de la Neutralité du Net, ont fini de convaincre une large partie de la population du caractère injuste de la régulation en cours.

Pire encore, en poussant des millions de personnes – jusqu’ici simples consommateurs/partageurs – vers des alternatives au P2P, un nombre considérable d’entre eux s’est au passage enrichit de compétences indispensables à leur ralliement, demain, à diverses formes de protestation. Anonymat, buzz militant, hacktivisme : s’il existe d’autres pays où ces pratiques sont largement répandues, comme la Tunisie ou l’Iran, peu de démocraties ont réussi, comme la France, à faire naitre un tel terreau contestataire. Avec Hadopi, l’Etat (et pas seulement le gouvernement) s’est littéralement tiré une balle dans le pied. Réviser ou même abroger Hadopi ne changera strictement rien à l’état du pied qui servait, hier encore, à avancer.

Refermer la boite de Pandore

Les gouvernements tentent désormais maladroitement de refermer une boite de Pandore – internet – tout en sachant pertinemment que leur survie économique dépend de cette même technologie. Les diverses lois de censure de type Loppsi étaient censées appréhender un phénomène pressenti comme marginal et dispersé, mais face à une attaque massivement soutenue comme Wikileaks, seul l’arbitraire pouvait accompagner la précipitation, montrant aux yeux de tous que gouvernements et entreprises étaient parfaitement en mesure de ne pas respecter les lois qui les font vivre, et ce dans la plus parfaite impunité.

Une désagréable impression – pour ceux qui ont le privilège de vivre dans une démocratie – renforcée par les contenus mêmes qu’on cherche à faire disparaitre.
Le résultat de ces débordements démocratiques et corporate se mesurent à travers une vaste série de sondages : Wikileaks est massivement soutenu par les populations, où qu’elles soient. Le soutien de ceux qui maitrisent un tant soit peu l’outil internet fait qu’il est ridicule d’envisager de censurer ce type d’information. Il faut se rendre à l’évidence, tout comme l’industrie de la musique va devoir faire avec le mp3, le monde devra se faire avec les fuites ou sans internet.

Wikileaks marque cependant un tournant, non pas avec les informations qu’il a publié jusqu’ici, qui sembleront fades par rapport à ce qui sera publié un peu partout dans les mois et les années à venir, mais par la popularisation du concept même de Wikileaks, et la mondialisation soudaine de l’infowar.
Car au delà des contenus du CableGate, ce qui frappe le plus est leur portée universelle. Tous les gouvernements sont ou seront concernés par ces contenus, chaque habitant de la planète en mesure d’accéder à internet – soit 2 milliards d’individus – sait qu’il existe là une information qui le concerne, lui et ceux qui aspirent à son vote (ou à sa soumission, selon là où il habite), lui et beaucoup de ceux qui lui proposent des biens ou des services.

Pour refermer la boite, l’argument sécuritaire semble évident tant il a fait ses preuves. C’est d’ailleurs, encore aujourd’hui, l’axe choisi par Hadopi pour présenter sa mission salvatrice. Mais mettre les pieds dans le plat de la sécurité informatique relève, en 2011, du timing le plus maladroit. Les grands acteurs du secteur ne s’y sont d’ailleurs pas trompés, quand ils ont demandé de façon unanime à l’Hadopi d’aller voir ailleurs.

Dans l’année qui vient, la notion de sécurité lié à internet va connaitre un bouleversement systémique majeur et en fera certainement l’un des sujets de conversation hypes de 2011. Un temps confinée aux directions informatique et aux hackers, le passage brutal de la sécurité informatique à la sécurité de l’information demandera de faire place à une myriade de nouvelles compétences. Bradley Manning, la gorge profonde du Cablegate, n’était qu’un soldat désabusé, dont les illusions qui l’avaient amené à prendre part à une guerre ont été brisées. Il n’a jamais été considéré comme une menace pour la sécurité de quiconque. Pas plus que le type que l’on appelle quand son ordinateur ne fonctionne plus au bureau, considéré trop souvent comme une femme de ménage des temps modernes, malgré ses cinq années d’études supérieures, et qui a bien souvent de bonnes raisons d’être désabusé, lui aussi.

Wikileaks step 2 – The corporate world

L’année qui arrive verra les entreprises – Bank of America en tête – débarquer sur le champ de bataille de l’infowar en ordre dispersé.

Dispersées car leurs nécessaires adaptations face à cette nouvelle donne sont spécifiques à chacune d’entre elles, mais également parce qu’elles sont, d’une certaine façon, déjà dans la bataille depuis des décennies, en ordre dispersé.

Communication et marketing, tels qu’appréhendés et surtout vécus par une partie de plus en plus nombreuse de la population, sont d’une certaine façon une forme d’infowar menée contre les consommateurs. Les entreprises s’y battent depuis longtemps, pour du temps de cerveau disponible hier, et dans une ‘économie de l’attention’ aujourd’hui. Ces consommateurs, un temps appréhendés par les entreprises sous le terme de consomacteurs, vont pour beaucoup se révéler des consorebels.

Les plus jeunes d’entre eux disposent d’armes informationelles qui, elles aussi, avaient été appréhendées maladroitement comme des outils au service de la communication : le buzz, vendu il y a peu encore comme la panacée auprès des annonceurs, va rapidement devenir ce qui les empêchera de dormir.

Les outils qui servaient hier encore à mesurer la diffusion d’un message favorable à la marque, seront de plus en plus utilisés par ces dernières pour appréhender ce qu’il leur faudra bien reconnaitre comme étant un champ de bataille, où elle devront lutter contre des fuites susceptibles de nuire à leurs affaires, et non plus seulement contre le message du concurrent. Enfin, les métiers traditionnels du marketing et de la communication, qui se sont mis douloureusement à internet cette dernière décennie, devront faire de la place à d’autres compétences, radicalement différentes, issues du terrain, du monde du renseignement, du hacking, et de maintes cultures souterraines qui rigolent (ou s’énervent) quand elle sont appréhendées sous la terminologie simpliste de ‘geek’ ou de ‘pirate’.

A l’image de Bank of America, nombre d’entreprises vont s’équiper de war-rooms, se préparer à la gestion de crise permanente, et pour beaucoup d’entre elle, repenser en profondeur leur fonctionnement.

Hadopi, catalyseur et/ou test drive ?

Hadopi est encore une fois emblématique d’un nouveau type de conflit informationnel. Sur ce terrain, la bataille a pour le moment été remportée haut la main par tout un tas de gus dans tout un tas de garages. Peu de média traditionnels osent encore employer le terme officiel de sécurité pour définir la mission d’Hadopi, et ce malgré une pression sans cesse renouvelée de la part de la Haute Autorité, qui n’hésite pas à décrocher son téléphone pour faire part de son mécontentement à un journaliste.

En vain. Même les opérations portes ouvertes se soldent par des fiascos en terme de communication en moins de temps qu’il n’en faut pour l’imprimer. Surveillance, filtrage, censure et spyware sont aujourd’hui indissociables des activités de l’Hadopi. La réalité, telle qu’elle apparaîtra un jour – où Hadopi sera mis en perspective avec une architecture plus globale et souterraine – est sans doute bien pire encore.

Aujourd’hui, la marque, les éléments de langage, l’imagerie, le marketing et la communication de l’Hadopi sont entièrement aux mains de ses opposants (sabotés par ses opposants, pour être exact, sur le modèle de la guerilla open source). Vous imaginez le cauchemar si cela arrivait à une entreprise ? Ca arrivera, soyez en sûr.

Les média qui hier se rendaient volontiers complices – par militantisme ou par paresse – des raccourcis officiels et des approximations conceptuelles de l’Etat au sujet de la régulation du net, se rendent bien compte désormais que tout cela n’a strictement rien à voir avec de la sécurité informatique. Il s’agit d’une toute autre forme de sécurité, celle de l’information. L’information de l’Etat, celle des entreprises, de la ‘propriété intellectuelle’ en général, un concept qu’on essaye maladroitement de faire passer comme éternel et qui n’a, en réalité, fait son apparition que dans les années 80.

Bref, c’est tout sauf le consommateur ou le citoyen que l’on cherche a sécuriser.

Mais trop de sécurité tue la sécurité. Hadopi a marqué le passage d’un monde en paix à celui d’un territoire en guerre, le ‘virtuel’, mobilisé contre un autre, le ‘réel’ (ou IRL), et a fait naitre des forces de résistance qu’elle devra se résoudre à appeler terrorisme, faute de savoir comment les appréhender sans sortir de façon radicale de la démocratie et de la justice.

Chroniques de l’infowar – 2010

2010 aura été marqué par la mondialisation de l’infowar, mais également par la multiplicité de ses formes locales. Conflit ouvert entre une ONG comme Greenpeace et une multinationale comme Nestlé, système de surveillance et de terreur mis en place par le gouvernement Tunisien pour mater virtuellement les véléïté démocratiques de son peuple, et tentatives plus ou moins maladroites de différents politiques, habitués à l’infowar depuis longtemps, mais fraichement débarqués sur un territoire – internet – où les règles du jeu les mettent littéralement à nu : de très nombreux articles que j’ai publiés sur ReadWriteWeb durant l’année qui vient de s’écouler sont, au final, de petits bouts d’infowar.

C’est ce qui a guidé cette sélection – première d’une série – qui reprend une quarantaine de billets déjà publiés (avec leurs trop nombreuses fautes d’orthographe, désolé), sous la forme d’un album de l’année 2010 qui vient de s’écouler.

Les lecteurs réguliers n’y trouveront rien de neuf, les lecteurs occasionnels y découvriront forcément quelque chose, mais il se destine avant tout à ceux qui ne lisent pas les blogs, et dont on n’hésitera pas à pourrir l’imprimante laser couleur afin de leur offrir ce beau cadeau à l’occasion de la nouvelle année :-)

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http://fr.readwriteweb.com/2011/01/02/a-la-une/chroniques-de-linfowar-2010-de-hadopi-wikileaks-ebook/feed/ 24
Amazon, Wikileaks et le gouvernement américain : cherchez l’intrus http://fr.readwriteweb.com/2010/12/30/analyse/amazon-wikileaks-gouvernement-amricain-cherchez-lintrus/ http://fr.readwriteweb.com/2010/12/30/analyse/amazon-wikileaks-gouvernement-amricain-cherchez-lintrus/#comments Thu, 30 Dec 2010 13:08:46 +0000 Klint Finley http://fr.readwriteweb.com/?p=11403

Hier, le service de Cloud Computing d’Amazon, AWS, a envoyé un email promotionnel faisant un bilan de l’année écoulée. Sans surprise, l’email ne faisait nullement mention de l’affaire Wikileaks-Amazon, pourtant sans l’ombre d’un doute la plus significative pour le service d’Amazon durant l’année 2010.

Dave Winer a remarqué autre chose dans cet email : un paragraphe sur un client d’Amazon, le gouvernement américain, dont vingt agences fédérales utilisent les services. Un client qui, a en croire l’email promotionnel d’Amazon, est de plus en plus important. Winer y voit une explication possible de l’expulsion de Wikileaks des serveurs d’Amazon.

«Il est évident que le gouvernement américain est un gros client d’Amazon. Il est évident qu’Amazon ne voudrait pas porter atteinte à son propre business» écrit Dave Winer. «Il n’y a peut être même pas eu de coup de fil échangé, cela n’a probablement pas été nécessaire».

Dave Winer note également que dans les jours qui ont suivi l’annonce faite par l’armée américaine de l’achat prochain d’iPhones ou d’Android pour l’ensemble de ses troupes, Apple a lui aussi expulsé Wikileaks de l’App Store.

Les explications de Dave Winer sont purement spéculatives, et certains pourraient appeler cela une théorie du complot, mais elles mettent le doigt sur un enjeux important pour le Cloud Computing face à la liberté d’expression : que se passe-t-il si un petit client critique un gros ?

A l’époque du web 1.0, si vous étiez expulsé de chez un hébergeur, vous pouviez en trouver un autre sans encombre. Aujourd’hui, le nombre de fournisseurs de services tels que celui d’AWS est faible, et comme le souligne la promo d’Amazon, le Cloud Computing donne la possibilité à de petits acteurs de tirer parti d’installations techniques de pointe.

Oublions Wikileaks un instant. Que se passerait-il si un petit média utilisant le Cloud Computing à des fins de Data Journalisme se trouve, à travers de tels outils, mettre en accusation l’un des gros clients du fournisseur de Cloud Computing qu’il a choisi [allez, au hasard, Owni, qui, s’ils ont choisi AWS - aucune idée si c’est le cas -, doivent s'apprêter à changer d’hébergeur durant le réveillon - bonne fête quand même les gars].

On peut aussi imaginer des journalistes ultra conservateurs critiquant le gouvernement Obama, où d’autres, anti-libéraux, s’attaquant aux révélations faites à propos d’une grande institution financière. Peut importe. Ce qui compte, c’est que ces acteurs puissent avoir accès aux ressources dont ils ont besoin pour découvrir ce qu’ils cherchent et publier ce qu’ils veulent.

La liberté d’expression n’est pas le seul problème soulevé par cette situation. La liberté de commercer est également en jeu. Que se passera-t-il si une petite startup cherche a entrer en concurrence avec un géant comme Netflix, un client majeur de AWS ? AWS trouvera-t-il que ses conditions d’utilisation ne sont pas respectées ? La réalité risque d’être plus pernicieuse encore, dans la mesure où des rumeurs insistantes font état du lancement prochain par Amazon d’un concurrent de Netflix.

Je me suis attardé sur Netflix dans cet article, mais ces préoccupations s’appliquent à tout fournisseur de solution de Cloud Computing. Presque tous les articles de prospectives concernant le Cloud Coputing que j’ai pu lire annoncent des consolidations dans le secteur pour 2011. S’ils voient juste, le nombre d’acteurs sur ce marché devrait baisser considérablement. Les Data Centers deviendraient-ils petit à petit de véritables moyens de production dans l’économie numérique ?

Comme la neutralité du net, c’est un problème qu’il sera difficile de résoudre sans législation. Mais je reste ouvert aux propositions : comment le résoudre autrement ? Et est-ce réellement un problème, après tout…

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http://fr.readwriteweb.com/2010/12/30/analyse/amazon-wikileaks-gouvernement-amricain-cherchez-lintrus/feed/ 15
Le dîner du siècle : lettre ouverte à Denis Kessler http://fr.readwriteweb.com/2010/12/20/analyse/dner-du-sicle-lettre-ouverte-denis-kessler/ http://fr.readwriteweb.com/2010/12/20/analyse/dner-du-sicle-lettre-ouverte-denis-kessler/#comments Mon, 20 Dec 2010 15:41:06 +0000 Fabrice Epelboin http://fr.readwriteweb.com/?p=11369

La lettre ouverte de l’ancien numéro deux du Medef, Denis Kessler, tentant de répondre aux récentes manifestations qui accompagnent le ‘diner du siècle mensuel’ est, comme aiment à le dire nos amis anglosaxons, “a recipe for disaster”. Nul doute que beaucoup de ses amis le suivront droit dans le mur, mais étant donné la diversité des convives, il est permit d’espérer que certains réalisent à temps ce qui va leur tomber dessus.

Petit rappel, le ‘diner du siècle’ réuni chaque mois les élites intellectuelles et dirigeantes française de tout bord afin d’échanger discrètement points de vue et opinions de façon informelle. Imaginez un barcamp, mais en confidentiel, portant sur les affaires du monde et non sur un sujet de niche, avec du foie gras et du champagne à la place des pizzas et du coca.

Sémantique : comment se prendre les pieds dans le tapis

Je vais, en tentant de n’y ajouter aucune acrimonie, tenter de décortiquer la réponse faite par Mr Denis Kessler à ses opposants, au regard des nouvelles réalités du monde d’aujourd’hui, au lendemain du coup d’Etat réalisé par le numérique, dont il ne semble pas (encore) avoir réalisé la portée.

“on évoque « complot » et « conspiration », ces mots ayant toujours fait partie du magasin des oripeaux populistes.”

Cette incompréhension de votre part, je vous en fait le crédit, est plus liée à l’ignorance de la signification du mot “complot” tel qu’il est entendu dans le camp d’en face. Cette fois, c’est différent. Je vous suggère humblement de lire ceci (déjà lourdement ‘linké’ dans cet article) afin de réaliser que vous ne parlez pas du tout de la même chose.

Votre organisation est sans l’ombre d’un doute un complot, tel que ce terme est entendu par la civilisation du numérique, au sens où elle fonctionne sur la base du partage, entre un petit groupe de ‘privilégiés’, d’une information exclusive détenue par un petit nombre, et qui leur permettent d’aborder, avec un sérieux avantage sur les autres, la marche du monde, et surtout celle de leurs affaires respectives.

Vous le confirmez d’ailleurs à plusieurs reprises vous même dans ce même texte publié dans Le Monde, ce qui, vu du camp d’en face, est entendu, comprenez-le, comme une confirmation de leurs accusations :

“il s’interdit de s’afficher à l’extérieur en n’ayant aucune publication contrairement à la plupart d’entre eux.” et plus loin, “Réunir des responsables [...] quelles que soient leurs opinions pourvu qu’ils attachent leur attention aux problèmes politiques au sens le plus large du terme, c’est-à-dire aux problèmes généraux qui concernent l’évolution de la société.

Pire encore, Olivier Duhamel, appelé à la rescousse de votre démonstration, enfonce le clou en mettant le doigt sur, très précisément, ce qui permet sans l’ombre d’un doute de qualifier vos petites sauterie mensuelles (ou diner du siècle) de complots :

« Nous vivons dans des couloirs ou derrière des cloisons, Le Siècle ouvre des fenêtres et construit des ponts. »

Certes, cela ne constitue pas un complot au sens où on l’entend dans les films de James Bond, avec un Dr Evil prêt à prendre le contrôle du monde. Par contre, au sens où l’entendent ceux qui ont imaginé Wikileaks et qui ont changé de façon irréversible le concept et l’importance de la transperance dans la gestion des affaires de la cité, navré, mais c’est précisément ce qu’ils considèrent comme un complot.

Mais le pire (pour vous, en tout cas), c’est que ce genre d’activités est promise à la catastrophe si vous ne réalisez pas cela.

« Les entreprises qui n’arriveront pas à comprendre l’importance du moment risquent d’être désavantagées par son impact. Le risque ne repose plus sur les mesures de sécurité mise en place, mais sur le plus petit maillon de la chaîne dans chaque acte de communication ».
Annoncent David Gordon et Sean West dans la très sérieuse Harvard Business Review, et ceci sera la seule citation dans cet article, reprise d’un précédent billet publié ici, qui ne reprennent pas votre article publié dans Le Monde.

La seule chose qui vous sauvera d’une émeute au pied du Crillon, où ont lieu vos réceptions, est le génie du baron Haussman, qui a prévu de larges avenues dans les alentours, fort peu pratiques pour ériger des barricades.

Le fait de “construire des ponts” comme le souligne si bien Olivier Duhamel, ce grand intellectuel du siècle dernier, correspond, dans la vision ‘internet’ qui vient d’imposer ses règles de transparence et d’ouverture, à une description exacte de votre monde tel que le dénonce les tenants de Wikileaks, c’est à dire à l’établissement de liens faibles dans le meta-réseau social de ceux qui contrôlent quelque chose (Organisme public de toute sorte, instances représentatives, entreprise, média…). C’est ce mode de fonctionnement que Wikileaks vise à détruire. Là encore, vous ne faites que confirmer ce dont vous êtes accusé, et mettez le doigt sur l’une des dimensions du quatrième pouvoir appelée à changer rapidement.

Creuser sa tombe de façon collaborative

Passons, dans un ordre quelque peu aléatoire et arbitraire, à un rapide passage en revu du reste de votre réponse, Mr Kessler, qui contient un nombre incalculable d’erreurs, dues, je vous en fait (pour l’instant) le crédit, à une profonde ignorance du monde qui s’est construit depuis deux décennies. Un monde jusqu’ici confiné au virtuel, mais dont le mur de Berlin qui séparait les deux logiques, celle d’internet et ‘du monde réel’, vient de tomber, pour laisser place, au choix, à un affrontement ou à une unification (et vous portez à ce titre une lourde responsabilité, tout comme vos convives).

“Il serait au demeurant impossible de rendre compte de quelque 40 conversations libres qui se déroulent simultanément sur les 40 tables, composées différemment chaque mois. »

Figurez vous que si, on y arrive très bien. Je ne vais pas m’étendre sur les Barcamp, mais ce modèle ‘ouvert’ de rencontre informelles et de conversations, qui produit une quantité d’échanges assez comparable à votre dîner du siècle, arrive à être parfaitement transparent. Votre assertion est fausse, même si, il y a vingt ans, elle aurait été frappée du bon sens. Là encore, je vous fais le crédit – et tous mesurent ici ma générosité – de croire que cette impossibilité de la transparence est lié à l’absence de solution. Maintenant que vous avez une réponse à cela, il ne vous reste plus qu’à l’appliquer lors de votre prochain dîner, ou d’assumer une fois pour toute la place centrale du secret et de la discrétion dans votre système.

“Ses participants sont choisis par un conseil d’administration en fonction de leurs qualités professionnelles et humaines, mais c’est en tant que citoyens qu’ils participent à nos débats où ils n’engagent qu’eux.”

Doit-on comprendre que des responsables élus (syndicalistes, politiques) et d’autres censés répondre publiquement d’une éthique (journalistes) se voient offrir une pause dans leur sacerdoce les invitant à se débarrasser de leur devoir pour ne se préoccuper que de leurs intérêts particuliers ? Avouez que cela n’a pas de quoi réjouir ceux qui s’opposent à vous, et que, là encore, vous tombez dans LEUR définition du complot (pas la votre, encore une fois, la leur).

Ce serait « un lieu où les puissants s’entendent » : Le Siècle n’est pas un lieu de prise de décision. Jamais rien ne s’y est décidé. C’est un lieu d’échange et de débat.

Bis repetita. Si vous faites l’effort de comprendre (et vous finirez par le faire, même sans l’admettre publiquement) ceux qui manifestent durant vos ripailles (en particulier les partisans de la transparence), et que vous saisissez ce qu’ils entendent par complot, vous verrez que vous ne faites là, encore une fois, que confirmer leurs accusations.

Personne ou presque, en tout cas parmi les pro-transparence venus de la mouvance internet, ne vous accuse de faire du Diner du Siècle un lieu de décision des maîtres du monde, juste un lieu d’échanges et de débats sur la base d’informations cachées du plus grand nombre (d’où la discrétion qui accompagne ces échanges). Même si certains joueront – par populisme sans doute – de la confusion que tout cela va engendrer et profiteront de ce glissement sémantique que vous leur offrez sur un plateau d’argent, il est essentiel que vous et vos convives sachiez faire la différence (quitte à continuer sur cette ligne de défense, mais cette fois, en parfaite connaissance de cause).

“D’autres accusations sur Internet laissent pantois. Des « bâfreurs », « avec l’argent de nos impôts »

Cette accusation est ridicule. Je suis parfaitement d’accord avec vous. Les pauvres sont un peu cons parfois, au point de s’imaginer que la location d’une salle à l’hôtel Crillon et l’organisation d’un repas pour 40 tables soit cher au point d’avoir à demander des subsides à l’Etat. C’est stupide, mais à force de voir les revenus des élites se détacher à ce point des budgets des familles, on en arrive à cette triste réalité : les pauvres sont tout aussi déconnectés des réalités financières des élites que la réciproque. Ce qui coûte peut être moins cher que le cadeau de Noël de l’un de vos rejeton correspond à plusieurs années de salaire de ceux qui manifestent lors de vos diners. Comprenez-les, ils sont aussi détachés des réalités financières de la planète et de ses dirigeants que vous l’êtes de leur approche de l’argent.

“Elle fonctionne uniquement avec les cotisations de ses membres (160 euros, réduite de moitié pour certaines catégories de membres). Chaque participant paie son repas, un repas qui n’a rien de gastronomique… Avec le surplus, Le Siècle subventionne chaque année des associations qui agissent en faveur de publics en difficulté.”

C’est mignon, mais c’est totalement à coté de la plaque. Laisser ses miettes à ces salauds de pauvres, ça a un coté méprisant, et ces gens là s’énervent pour un rien, méfiez-vous.

Si vous faites une douzaine de repas par an, comme j’ai cru le comprendre, cela revient à dire que le prix de la ‘table’ revient approximativement, avec 160€ de cotisation annuelle divisée par 12 repas annuels et pour 40 tables = 33 centimes par table. Même en imaginant des tables de trois ou quatre convives seulement (10 centime le repas par tête), vous êtes très en dessous de ce qu’arrive a faire, malgré une longue expérience, les Resto du Coeur. Tout ça pour un dîner chic au Crillon. Franchement. Vous avez forcément quelques notions de mathématiques, vous réalisez bien à quel point cet exercice de transparence auquel vous venez de vous livrer sonne faux. Il existe de toutes évidence d’autres sources de financement à ces petits diner. Dans le monde d’internet, il existe un mot pour qualifier ceci, que vous apprendrez tôt ou tard, alors autant vous y familiariser : Fail.

Cette démarche de transparence bisounours est l’archétype de ce qui s’appellera sous peu du “social washing”, au même titre que beaucoup d’entreprises se sont engagées un peu vite dans le “green washing”. Tout cela ne résistera pas à la révélation prochaine de détails croustillants, sous forme de fuites, de la réalité qui se cache derrière cette générosité de facade (et de pacotille).

Quant à baisser une cotisation déjà faible de moitié pour ceux de vos membres qui sont dans la nécessité ou qui agissent pour aider ceux qui le sont, franchement, c’est prendre les lecteurs du Monde pour des cons, je n’ai pas d’autre mot.

“La liberté d’association est fondamentale à toute démocratie vivante”

Sans nul doute. Comme la liberté de la presse et la liberté d’expression. Faites vous une raison une bonne fois pour toute, tout ça est derrière nous. Si vous pensez encore vivre dans une démocratie et que vous êtes confiant sur le fait que cela va durer, il est temps de se réveiller. Vous faites parti d’une classe dominante qui contrôle une partie la marche du monde, c’est déjà pas mal. Habiller tout cela de démocratie à l’heure où la censure d’Etat sans contrôle a été voté au parlement (juste en face du Crillon), où la surveillance des communications de la population, par des officines privées au service d’entreprises privées, est en place (elle aussi votée dernièrement), c’est ridicule, et cela ne crédibilise pas votre discours.

Les accusations complaisamment véhiculées seraient profondément risibles si elles n’étaient le symptôme d’une grave dérive qui caractérise notre époque : l’obsession du complot, la recherche du bouc émissaire, bref, le populisme sous toutes ses formes. Et la perversité veut qu’aujourd’hui le populisme s’habille d’une soi-disant recherche de « transparence ».

Si votre stratégie de défense face à ce qui vient de vous tomber dessus se résume à cela, je ne peux qu’imaginer la mine réjouite de vos opposants (j’ai un miroir dans mon bureau). J’ai peur, là encore, que vous ayez manqué un épisode pour comprendre la réalité de la situation.

Ces dérives que vous dénoncez ne sont que des leviers d’actions pour les extrémistes « traditionnels », et n’ont, encore une fois, rien à voir avec la nouvelle force en présence dans le jeu de la gouvernance : cette saloperie d’internet qui vient, presque du jour au lendemain, de rendre définitivement précaire toute organisation basée sur le secret et la confidentialité de ses échanges. Tâchez de ne pas, vous, faire l’amalgame entre des positions politiques démagogiques auquel vous ferez face, quoi qu’il arrive, et quelque chose de radicalement nouveau auquel nous ne comprenez rien.

Soit vous pensez vraiment ce que vous avez écrit, et dans ce cas votre situation est catastrophique, soit tout cela n’est qu’un acte de communication fait dans la panique, et c’est un signe inquiétant à l’heure où beaucoup de personnes ont annoncé depuis longtemps le bouleversement qui vient (voir l’insurrection, pour certains).

Comprendre le futur en y plaquant de façon désespérée les modèles du passé ne peut que vous mener dans le mur. Les mots n’ont pas la même signification dans la culture à laquelle vous faites face et dans votre bouche.

Si votre stratégie repose sur le malentendu sémantique, prenez le soin de vous attarder sur les résultats de cette même stratégie, initiée par le gouvernement, Orange, et les adversaires de la neutralité du net lors du débat volé, en septembre dernier, sur la Net Neutralité. Leur stratégie repose elle aussi sur la confusion sémantique autour du mot ‘Open’, qui lui aussi à une toute autre signification selon qu’il soit utilisé par quelqu’un comme moi ou par une pub pour le fournisseur d’accès à internet contrôlé par l’Etat.

Le résultat ? Plutôt que de provoquer un débat au parlement, on a préférer passer en force par ordonnances. Démocratique ? Pas vraiment.

Continuons…

“Les journalistes sont des citoyens comme les autres et on ne voit pas au nom de quoi ils devraient être exclus de ces réflexions.”

Dans la mesure où il est désormais visible aux yeux de tous que bon nombre d’entre eux (et 100% de ceux qui sont invités à vos soirées) ont caché la vérité à leurs lecteurs et qu’ils servent avant tout, comme de vulgaires blogueurs, leur égo et leurs intérêts personnels, tout comme celui de leurs employeurs, le fait de les convier ne constitue, au final, qu’une preuve de plus d’un complot (au sens ou vos adversaires l’entendent, encore une fois, pas comme vous définissez ce qu’est un complot).

Les cris de bon nombre de journalistes sur le fait que “on apprend rien dans les cables” sont des clous supplémentaires enfoncés dans ce cercueil que vous vous construisez. Pourquoi n’ont il pas dénoncé tout cela s’ils le savaient ?

“Libre à qui veut de critiquer notre association, voire en la caricaturant. Pas de vouloir, pour se faire de la publicité, l’empêcher de fonctionner par l’invective ou la violence – ce, au mépris d’un des principes fondamentaux de la démocratie, à savoir le respect de l’autre.”

Vous m’accorderez de ne pas la caricaturer, et à vrai dire, il n’y a pas vraiment de caricature dans la façon dont les adeptes de la transparence venus de l’internet vous voient aujourd’hui, juste deux visions du monde, pour ne pas dire deux civilisations qui posent un regard différent sur la même chose (pour les organisations d’extrême gauche traditionnelles, je ne dis pas, je ne me prononce ici qu’au nom du point de vue de ces nouveaux aliens partisans de la transparence, et dans mon cas, au nom de l’impossibilité de faire autre chose).

Pour ce qui est des fondamentaux démocratiques, ayez le courage de reconnaître qu’ils ne sont plus là. L’e gouvernement Français censure sans contrôle et contre pouvoir, le gouvernement américain interdit à ses fonctionnaires de consulter et de commenter les infos du Cablegates et averti les élèves que s’ils le font, ils se couperont de toute possibilité d’intégrer le service public.

Franchement, c’est ça, pour vous, une démocratie ?

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