ReadWriteWeb French edition » Prospective http://fr.readwriteweb.com Libertés numériques, innovations disruptives, et trucs digitaux en tout genre Tue, 07 Feb 2012 23:21:47 +0000 en hourly 1 Les Anonymous appellent à continuer le combat #sidibouzid http://fr.readwriteweb.com/2011/01/15/a-la-une/les-anonymous-appellent-continuer-combat-sidibouzid/ http://fr.readwriteweb.com/2011/01/15/a-la-une/les-anonymous-appellent-continuer-combat-sidibouzid/#comments Sat, 15 Jan 2011 21:52:26 +0000 Fabrice Epelboin http://fr.readwriteweb.com/?p=11744

Dans un appel rédigé de façon collaborative et traduit sur une plateforme de coédition (qui semble être une création maison), localisée sur le serveur AnonNews, les Anonymous appellent à ne pas relacher la pression sur les restes de la dictature de Ben Ali.

Disponible en français, en anglais ainsi qu’en Allemand, l’appel des Anonymous est précédé d’une citation du ‘Cinquième Soleil‘, un texte de la rappeuse Française Keny Arkana. Marseillaise originaire d’Argentine, l’artiste dont les Anonymous ont choisi les vers milite pour des causes proches de la philosophie altermondialiste et de la désobéissance civile, au sein d’un collectif, « La Rage Du Peuple », créé en 2004.

« Prend conscience, mon frère, reste près de ton cœur
méfis-toi du système, assassin et menteur
éloignes-toi de la haine qui nous saute tous aux bras
humanité humaine, seul l’Amour nous sauvera
écoute le silence quand ton âme est en paix
la lumière s’y trouve, la lumière est rentrée
Vérité en nous-même, fruit de la Création
n’oublie pas ton histoire, n’oublie pas ta mission »

Etant donné les engagements de l’artiste, les chances qu’elle porte plainte pour contrefaçon ou violation de copyright sont des plus minimes. Elle saura sans nul doute également leur pardonner d’avoir placé d’autorité sous licence Creative Commons ‘by’ un texte initialement protégé par le droit d’auteur. Une grosse approximation juridique sur la gestion de la propriété intellectuelle, donc (à moins qu’il s’agisse là d’un message subliminal).

‘Cinquième Soleil’, dont est issu cet extrait, est le dernier morceau du dernier album de la rappeuse, il appelle à une prise de conscience sombre mais teintée d’espoir et de solidarité, adressée à la « dernière génération à pouvoir tout changer ».

Le 12 janvier 2011 à 14h, la veille de l’annonce par Ben Ali de son retrait des élections de 2012 et de la fin de la censure, alors que les massacres redoublaient d’intensité, le producteur de la rappeuse annonçait sur Facebook la sortie prochaine de sa mixtape « L’Esquisse 2″, prévue pour le printemps prochain. Une annonce saluée par plus de 1800 clics sur le bouton « j’aime ». De quoi rendre vert de jalousie bien des grandes marques qui se creusent la tête sur la façon de pénétrer la culture Facebook pour y marketer leurs offres.

La jeune femme, qui réuni plus de 80.000 fans sur sa page Facebook, rassemble un public qui réunit une jeunesse francophone venue d’un peu partout. Elle fait un usage intensif des média sociaux : pas moins de 6 sites officiels, touchant aussi bien à sa musique, ses engagements politiques, ses espaces sociaux sur Facebook ou MySpace, ou bien encore un site eCommerce, sans oublier l’indispensable Skyblog (la plateforme, dont le rôle d’agora politique dans les évènements en Tunisie reste à étudier, prend au passage une dimension particulière qui doit en réjouir certains).

Un bon exemple des approches ‘direct to fan‘ que nous avons défendu dans ces colonnes durant la bataille d’Hadopi.

Agressif, mais civilisé

Le texte des Anonymous, outre ce clin d’oeil appuyé entre la France solidaire et la Tunisie qui se révolte, est un point sur les évènements en cours ainsi qu’une mise en garde adressée à ceux qui seraient tentés de porter secours au dictateur Ben Ali.

Il y a un mois, un jeune appelé Mohammed Bouazizi, s’est immolé afin de protester contre les pratiques d’un système corrompu. Son sacrifice a donné à tous les tunisiens le souffle et le courage qu’il leur fallait pour s’émanciper de vingt-trois années de tyrannie. En un mois, les tunisiens et les tunisiennes, ont mis fin à l’injustice avec un acte de civisme exemplaire.

Depuis que les rats on quitté le navire, Anonymous a recu des rapports constants de violations des droits de l’homme, de pillages et de destructions systématiques mises en place par la police tunisienne, les militants du RCD, et les criminels qui sont echappés de prison pendant le chaos.

Peut être, dans votre villa en Arabie Saoudite, vous jouissez des luxes dont vous avez privé votre peuple. Peut-être, vous pensez que vous êtes en securité. Que vos forces de la terreur vont créer une situation si catastrophique, que les tunisiens vous demanderont de revenir en gloire. Comme d’habitude, vous prenez les gens dignes de ce monde pour des cons. Tu te trompes.

On s’addresse a toi, Ben Ali, et à ton régime de terreur. Loin de désirer ta mort, on te jure, sur le sang de tous les martyrs tunisiens et sur les esprits des gens libres de ce monde, qu’on ne s’arrêtera pas jusqu’a ce que TOUS les responsables de ce massacre, soient jugés dans un tribunal Tunisien, formé par le peuple libre de Tunisie.

Aux autorités d’Arabie Saoudite: toute institution qui soutient ces criminels face à la justice tunisienne, sera dès maintenant, un but légitime a nos yeux. Nous vous conseillons vivement de songer aux implications de votre soutien à cet individu.

Aux consciences libres de ce monde: aidez les tunisiens avec toutes vos ressources, identifiez les assassins, localisez-les, faites pression sur vos gouvernements et médias, générez et analysez les preuves, twittez, informez le monde, pour aider le peuple tunisien à avoir une véritable justice, et supprimer TOUTE liberté à ces criminels.

We do not forget.
We do not forgive.
Expect us.

Le mélange d’un ton agressif tenu par des individus qu’on imagine légitimement à bout de nerf, avec l’objectif affichée d’un procès promis à Ben Ali et ses complices sur le sol Tunisien tranche de façon abrupte avec ce à quoi nous a habitué l’Histoire. Même si ce n’est pas une première, c’est une preuve indéniable de maturité et surtout de cohérence avec des idéaux humanistes revendiqués.

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Le mythe du Community Management ne survivra pas à la réalité du Trust Management http://fr.readwriteweb.com/2011/01/10/prospective/mythe-du-community-management-ne-survivra-pas-ralit-du-trust-management/ http://fr.readwriteweb.com/2011/01/10/prospective/mythe-du-community-management-ne-survivra-pas-ralit-du-trust-management/#comments Mon, 10 Jan 2011 07:30:16 +0000 Frédéric Bascuñana http://fr.readwriteweb.com/?p=11578

Frédéric Bascuñana est le président de Webcastory, partenaire de longue date de RWW. Avant de monter Webcastory, il a créé, durant ses études à HEC, Jobsesame, revendu par la suite à Monster en 1999 dont il a assuré les opérations en Europe. Il a par la suite étudié à la Femis pour se lancer ensuite dans l’aventure de Webcastory au sein de laquelle quel il a incubé techtoc.tv ainsi que d’autres socialTV collaboratives.

Nous n’avons jamais géré de communauté. Le community management n’existe pas.

Pour la bonne et simple raison  qu’on ne « gère » pas une communauté. C’est une notion que nous avons inventée, le plus souvent pour nous rassurer, parfois aussi pour étoffer des offres de prestation, crédibiliser les dispositifs de communication via les médias sociaux qui prolifèrent. Et passons sur la tentation idiote qui consiste à confondre le score d’une fan page avec la notion même de communauté. Dans ce concept de « gestion de communauté » il y a du  déni : un déni de la marque, confrontée à la réalité de son impuissance, et qui tout au plus, quand elle occulte le terme de « gestion » va au moins cristalliser quelque fol espoir sur celui d’ « influence ». La marque, et ses promoteurs, ont désespérément besoin de rentrer dans le cadre d’un raisonnement pragmatique, rationalisé, factorisable, avec de possibles indicateurs de résultats – des résultats qui pourront toujours faire l’objet d’un discours soporifique et consensuel auprès de la hiérarchie, pour justifier que quelque chose « se passe », sensationnalisme des chiffres à l’appui. Justifier, avant tout, que ce quelque chose est maîtrisable, puisqu’on le gère. Où le choix d’un terme n’a rien d’innocent – et révèle une propension à l’illusoire.

Je veux certes bien gérer tout ce que vous voudrez, du moment qu’on se penche sérieusement sur la bonne méthode. Mais il faut choisir de gérer ce qui s’y prête. L’empereur Marc-Aurèle lui-même pratiquait le lâcher-prise et ne se confrontait qu’à ce qu’il pouvait contrôler – pour le reste, il lui a bien fallu se forger le socle d’une sagesse dont la doctrine est d’ailleurs la plus puissante des philosophies depuis 5000 ans.

Quoiqu’il en soit, et pour en revenir à nos médias sociaux des années 2010, on se trompe si l’on croit « gérer une communauté » : parce que la seule chose que l’on n’ait jamais eu à gérer tant que bien que mal, c’est la confiance dont on peut éventuellement faire l’objet. Non pas qu’elle soit totalement contrôlable, loin s’en faut, les paramètres sont d’une complexité et d’une profondeur inouïes, mais toujours est-il que je peux la construire, c’est le matériau intellectuel brut dont je peux toujours essayer de me porter le garant. A plus forte raison parce que la confiance n’existe pas sans son objet. Cet objet, je peux encore décider de lui donner du corps, d’y insuffler des valeurs, sans me contenter de l’affubler de vagues alibis moralisateurs et autre oripeaux démagogiques enfonçant les portes ouvertes de quelques positions éthiques consensuelles. Je peux travailler un socle solide, celui de la confiance dont je peux me rendre digne. Cela ne signifie pas là non plus que j’obtiendrai mécaniquement le succès, et la confiance que j’escompte, mais aussi sophistiquée que soit la démarche de construction de la confiance, elle est encore « gérable »: il ne tient qu’à moi d’en avoir une approche qualitative et approfondie.

Même si j’avais tort sur ce qui précède, je pourrais néanmoins faire ce constat lucide : vous ne gèrerez plus jamais de communautés. Ce propos n’est ni gonflé, ni simplificateur, ni enclin à la figure de style ou à une forme refoulée de coquetterie – il s’agit simplement de ne pas nier l’évidence : essayez juste de gérer une communauté qui n’a plus confiance en vous.  Vous verrez. Si tant est que la gestion d’une communauté existe par excès de langage, et que nous puissions tolérer ce dernier, c’est bien parce que la confiance la rend possible. D’où mon postulat : le seul capital sur lequel vous ayez libre champ de vous appuyer c’est votre capital confiance. Il se gagne et s’entretient.

Aujourd’hui, ce sont une poignée d’acteurs et d’internautes puissants, implantés dans un écosystème plus complexe que jamais, et mieux organisés que les autres, qui « gèrent », tantôt par cynisme, tantôt par militantisme jusqu’au-boutiste, l’avenir d’une poignée de marques qui se savent sur la sellette. Et certainement pas l’inverse.

Le concept profondément disruptif de la « fuite comme service » (« Leak as a Service »), inauguré par Wikileaks, n’a été appréhendé dans ses conséquences multiples que par une minuscule poignée d’intellectuels et de lobbyistes lucides. Bientôt, les marques vont devoir tout faire pour s’acclimater à cet environnement surprenant où force est de constater qu’elles ne « gèrent » plus rien – et certainement pas les communautés dont l’enthousiasme peut à tout instant s’effriter, jusqu’à s’avérer totalement perverti par un sentiment de défiance. Et la défiance peut à son tour mener à une sourde colère.

L’épée de Damoclès que les marques ont désormais au-dessus de leurs logos est fondée sur un chiffre affolant : 15% des administrateurs réseaux des grandes entreprises US ont admis être prêts à faire fuiter de l’information ou des documents compromettants pour leur employeur, moyennant rémunération. On ne parle ici que de ceux qui ont osé le dire aux enquêteurs, rassurés sur leur anonymat. Plus drôle encore pour illustrer cette nouvelle donne, et probablement devenir un cas d’école pour des observateurs dans mon genre, la fuite orchestrée la semaine dernière sur un mémorandum envoyé par Washington à tous les directeurs d’agences de renseignement : un document dont la finalité était de se prémunir des risques de fuites en tentant d’évaluer, au besoin avec l’aide de psychiatres et de sociologues, le niveau de confiance accordé par 3 millions d’employés – directs et indirects – au sein de toutes les agences de renseignement US. Le lecteur sera seul juge du degré d’ironie intense suscité par cette mésaventure. Mais plus importante et fascinante se trouve être l’incapacité à gérer une communauté pourtant assermentée. Parce que si la défiance prend le dessus, même les agences de renseignements les plus puissantes au monde n’y peuvent plus rien : leurs tentatives de contrôles ressemblent à une farce, tout au plus à une auto-parodie.

Ce qui nous amène inévitablement à la question suivante : peut-on même employer le terme de « management » ou « gestion » de la confiance si ce n’est par un autre abus de langage dont le dessein était certes, d’atténuer les dégâts du premier ? – A vrai dire cette réflexion n’en est qu’à ses débuts et Vincent Berthelot me rappelle que la confiance se gagne, s’entretient, et se trahit – et que ce qu’on recherche c’est avant tout l’engagement qu’elle autorise. Je conserverai néanmoins le terme, ici mieux employé qu’à l’égard d’une prétendue communauté. Parce qu’après tout, la confiance fait l’objet d’un capital confiance, et qu’un capital dont je suis le principal créateur est encore ce que je peux le mieux contrôler. Une communauté n’est pas en soi un capital, même si on tente de vous le faire croire de temps à autre, elle en constitue éventuellement un dividende parmi d’autres, elle est le signe de la solidité d’un capital confiance qui a bien mûri. La meilleure façon de commencer à trahir une communauté, c’est de la tenir comme acquise.

Personne n’a encore formalisé le concept de « Trust Management », parce que c’est bien plus compliqué de définir une doctrine de management intégrant celle, éthiquement, sociologiquement, plus complexe que celle de communauté agrégée un peu bêtement autour d’un centre d’intérêt partagé : à savoir celle de la « confiance ». Il faudra du temps pour définir cette notion de « confiance », ramenée au contexte de la marque, notion faussement amicale, et dont l’apparente évidence est elle-même fallacieuse à tant d’égards.

Tant qu’on s’extasie sur 800.000 fans agglutinés sur une fan page dédiée aux mérites d’un gentil chocolat bien emballé, on ne fait de mal à personne. On peut toujours faire croire qu’on a su avec brio découvrir la bonne équation pour attirer, et gérer « sa » communauté. On peut toujours plastronner en conférence ou dans tout autre contexte mondain, et faire preuve d’un fantastique culot en faisant croire à quelques marketeux bon chic bon genre qu’on a saisi tout seul les arcanes du Community Management. Et nous l’avons dit plus haut : c’est si rassurant.

On confond malheureusement le succès ergonomique de Facebook, qui a su coller aux usages, et inventer le stimuli compulsif du bouton « j’aime », avec la notion de gestion de communauté, totalement illusoire. Quand les mêmes « fans » apprendront que la marque concernée utilise de l’huile de palme en contribuant outrageusement à la déforestation, le capital confiance aura du plomb dans l’aile. La communauté ne sera plus jamais aussi facile à « gérer » qu’auparavant. D’ailleurs, ce n’est plus ladite communauté qu’il faut gérer : vous l’aurez compris, il n’existe pas de formule magique 2.0 pour ça. Il faudra retravailler le fond, ne plus se contenter de la forme, mériter la confiance de ses pairs en commençant ainsi par ne plus les prendre pour un club de Panurge.

Cela passera toujours par une communication transparente, un travail éditorial qui dépasse slogan et design habiles pour se confronter aux terres instables du dialogue et du soin apporté aux doctrines et à la vision du monde que l’on défend. Les marques ne pourront plus se contenter d’avoir un discours – ne tireront leur épingle de ce jeu dangereux que celles qui ont eu des convictions qu’elles se sont donné les moyens d’assumer. Prédominera, espérons-le alors, cette idée toute simple, pour le coup, qu’il faut juste arrêter de croire qu’on peut « gérer » sa communauté, comme s’il s’agissait d’une entité prévisible et parce qu’on a mis le bon visuel et le bon bouton « j’aime » au bon endroit dans un code html.

Les xleaks vont permettre au dialogue entre marques et consommateurs de passer à ce que l’on analysera peut-être plus tard, avec le recul, non pas comme un « changement de paradigme » (il faut reconnaître que ça sonne bien en séminaire), mais tout bêtement comme un passage de ce dialogue-là à une ère plus adulte, le début d’une forme de maturité. Un peu comme les parents réalisent un jour ou l’autre que leurs enfants seront bientôt en âge de les juger, et qu’il faudra bien cesser de passer par la case de l’affectif pour l’emporter, les marques qui naguère nous maternaient en nous faisant boire le petit lait de leurs gentilles bisounourseries, vont devoir accepter l’échange d’égal à égal. Elles vont devoir se justifier et se montrer plus convaincantes que jamais – parce que oui, n’en déplaisent à certains d’entre nous, le consommateur est déjà prêt à payer le prix de cette transparence – il en fait explicitement la demande, et il ne craint plus de le faire à ses frais pour faire entendre sa colère.

C’est bien la preuve que l’engagement existe.

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Du Cross- au Trans- Media : la métamorphose des consommateurs captifs http://fr.readwriteweb.com/2010/12/31/prospective/du-cross-trans-mdia-mtamorphose-des-consommateurs-captifs/ http://fr.readwriteweb.com/2010/12/31/prospective/du-cross-trans-mdia-mtamorphose-des-consommateurs-captifs/#comments Fri, 31 Dec 2010 10:45:23 +0000 Frédéric Dumas http://fr.readwriteweb.com/?p=11412

Entretien avec Karine Halpern, médiatrice culturelle et productice, entre New York et Paris.

Parce qu’il rend accessible des podcasts audio, des diffusions video, des e-books, parce qu’il est le lieu de l’interactivité par le t’chat, Twitter et les « réseaux sociaux », parce qu’il invite les consommateurs que nous étions à se métamorphoser en auteurs, parce que finalement il est agnostique à la forme du contenu qu’il transporte et à la manière dont les récepteurs l’utilisent, l’Internet est l’outil de prédilection des créateurs d’oeuvres « transmedia ».

Le terme se rencontre de plus en plus fréquemment et prend acte d’une réalité nouvelle: sur un même sujet, nous sautons sans effort de l’écrit à la video, nous le commentons sur les blogs, nous passons de l’ordinateur au téléphone portable, nous contribuons parfois financièrement, et nous alternons présence virtuelle et réelle en nous retrouvant aussi à des apéros géants. A la frontière entre multimédia et culture participative, des créateurs et des producteurs profitent de cette ubiquité. Leurs oeuvres, dites « transmedia », voudraient intéresser leur public en le faisant courir d’un moyen de communication à un autre et en réclamant sa présence active.

A travers le point de vue de Karine Halpern, venue de l’univers du cinéma et de l’audiovisuel, et qui explore désormais les modèles applicables au web, un pied à New York et l’autre à Paris, Read Write Web cherche à comprendre ce que sont les oeuvres dites « transmedia », à découvrir ce qui se fait déjà, et à dessiner les tendances entre productions commerciales et créations artistiques.

Propos recueillis par Frédéric Dumas.


Frédéric Dumas: On entend aujourd’hui parler de « transmedia », quand avant on disait « multimédia » ou « produits dérivés ». Une « oeuvre transmedia » est-elle un mixte des deux ?

Karine Halpern: L’effet de mode, comme autour de tout nouveau mot, est inévitable. Des expériences ou oeuvres transmedia ont déjà eu lieu, sans être en quelque sorte labellisées sous ce concept.

F.D.: Quand la diffusion par Orson Welles de « La guerre des mondes » de son presque homonyme H.G. Wells, sur les ondes d’une radio New Yorkaise deux ans avant la seconde guerre mondiale, provoque une telle réaction de panique de la population que les standards téléphoniques sautent, produit-il sans le vouloir une oeuvre transmedia ?

« Orson Welles a empoché des retombées positives de notoriété, aujourd’hui on dirait qu’il a profité du buzz »

K.H.: On trouve dans cette émission du Mercury Theatre quatre éléments combinés. D’abord, une narration conçue par son auteur, le storytelling, c’est en ça qu’une création transmedia est avant tout une oeuvre. Ensuite le medium radio, puis le téléphone, un second médium différent du premier. Enfin, les discussions entre auditeurs, en famille, au travail, dans les dîners en ville… il a fallu quelques jours pour que la poussière retombe. La participation active du public est une dimension essentielle dans une oeuvre ou expérience transmedia.

Ecouter l’émission en anglais: The War of the Worlds (October 30, 1938) (mp3)

F.D.: Le téléphone n’a pu encourager ici la réaction en chaîne, comme on peut l’observer avec l’e-mail ou Twitter, car il fut essentiellement utilisé pour appeler les autorités; mais il a certainement permis à des foyers de s’interpeller, c’était bien un embryon de média au service de l’oeuvre.

K.H.: Evidement, dans cette expérience, l’effet était inattendu, et ne fut donc pas contrôlé. Au lieu de l’entretenir au fil des semaines, dans une création continue, comme un feuilleton, et comme on pourrait le vivre dans une œuvre transmedia contemporaine, on a avant tout rassuré les gens, rangé la fiction au placard, et cherché à éteindre la contagion. Ce qui n’a pas empêché Orson Welles d’empocher des retombées positives de notoriété, aujourd’hui on dirait qu’il a profité du « buzz ». Cette vraie expérience transmedia, bien qu’incomplète, nous rappelle que s’il les facilite, l’Internet n’est pas strictement indispensable aux oeuvres transmedia.

F.D.: Elle nous redit aussi que la publicité sera comme toujours une composante des modèles économiques qui prennent forme.

Une oeuvre transmedia n’est donc que lointainement apparentée aux « produits dérivés », à la déclinaison sur différents supports (de la BD au jeu video en passant par la peluche), spécialité à laquelle l’industrie du cinéma nous a habitués pour maximiser son profit. Où est la frontière, quelles sont les conditions à réunir pour labelliser une oeuvre comme « transmedia » ?

K.H.: Entre l’oeuvre transmedia et la déclinaison d’une oeuvre en produits dérivés, il y a des similitudes, mais l’intention et les effets recherchés doivent être distingués. L’oeuvre transmedia entraîne son public sur plusieurs terrains de jeu, pour susciter l’interaction, pour le faire participer, pour que le public devienne partie de l’oeuvre vue dans son ensemble. Ce phénomène est visible avec les « user generated contents«  et les « fans fictions« : des passionnés d’un film (par exemple de « Matrix » ou d’ »Avatar ») forment des groupes, ils tournent et montent des séquences vidéo qu’ils diffusent sur l’Internet; ils parviennent ainsi à étendre la narration originale, y ajoutent une dimension ludique imprégnée de l’univers du film, donc conditionnée par le récit de départ. Ces fans passent à plusieurs reprises du statut de spectateurs à celui d’acteurs, voire de co-créateurs.

« Pour qu’une oeuvre puisse être une expérience transmedia, il ne suffit pas qu’elle s’étale sur plusieurs supports »

F.D.: Oui, même s’ils fabriquaient à l’occasion des T-shirts pour marquer leur initiative, l’exemple montre que le but premier n’est pas la commercialisation, mais la participation à la narration.

Le commerce des produits dérivés a lui une ambition exclusivement financière; faire acheter au consommateur deux ou trois fois la même chose, souvent sous la forme d’un film d’abord, puis sous la forme d’un ou plusieurs objets liés à l’oeuvre originale. Ici, la transaction avec le public est à sens unique: il consomme et débourse. Et quand bien même le public est invité à composer un numéro audiotel pour poursuivre l’histoire par ce moyen, cet embryon d’interactivité n’est qu’un prétexte pour lui vendre un peu plus, pas pour le faire participer.

K.H.: Pour qu’une œuvre puisse être une expérience transmedia, il ne suffit pas, à mon sens, qu’elle s’étale sur plusieurs supports, il faut que tous les médias qu’elle utilise pour la diffusion du récit ouvrent une communication entre les auteurs, les créateurs et le public que l’on appelle alors les « usagers ».

Cette interaction peut-être en temps réel ou en différé, tous les cycles de lecture et de participation sont possibles. Les variantes sont ici nombreuses, nous n’en sommes qu’à la phase exploratoire, c’est l’objet de mes recherches aujourd’hui. Mon but est de trouver une corrélation entre les créations de contenus et les nouveaux modèles économiques que l’on doit mettre en place.

F.D.: Un peu à la façon de Georges Méliès expérimentant de nouveaux effets spéciaux au moment du montage.

La différence essentielle entre « trans-media » et « cross-media » vient donc de l’extension de la narration, là où le « cross-media » ne fait que rejouer la même oeuvre sur différents supports ?

K.H.: L’existence d’une narration initiale, le recours à plusieurs médias pour diffuser une création, l’expérience personnelle vécue par chaque membre du public à travers ces médias, et enfin, l’extension de la narration grâce à cette participation, sont effectivement les éléments principaux qui permettent de qualifier une oeuvre de « transmedia ».

« Ces livres ont renouvelé le genre de l’aventure écrite, en s’approchant aussi prêt que possible de l’interactivité apportée par le silicium, avec seulement du papier imprimé »

F.D.: Il y a 20 ans ou un peu plus, l’adolescent dévorait ces livres d’aventures, souvent d’heroic-fantasy, dans lesquels le personnage qu’il incarnait, les choix qu’il faisait, conditionnaient la page à laquelle poursuivre la lecture, et modifiaient ainsi à chaque paragraphe le cours de la narration. D’une certaine façon, ces oeuvres, par leur interactivité couchée sur papier, n’annonçaient-elles pas cette dimension participative ?

K.H.: Comme toujours, une nouvelle activité artistique ou un nouveau type de production commerciale, prend ses racines quelque part. Nous avons à notre disposition un corpus de techniques cinématographiques, épistolaires ou marketing dont le transmedia se nourrit. Il faudra un jour en écrire la taxinomie appliqué au transmedia.

F.D.: Ces livres ont renouvelé le genre de l’aventure écrite, en s’approchan aussi prêt que possible de l’interactivité apportée par le silicium, avec seulement du papier imprimé, un média passif par excellence. Non, il ne s’agit pas d’oeuvres transmedia, il leur manque à l’évidence de poursuivre la narration à l’aide d’un autre média. Mais imaginons qu’il s’agisse d’une oeuvre écrite, disponible sous la forme d’un e-book, lui-même connecté à l’Internet par un réseau pervasif type 3G, et propulsant l’enquête dans une ville réelle à la recherche d’indices… et d’interactions avec d’autres joueurs.

Combien de touristes ont passé les portes de l’église Saint-Sulpice à Paris, à la recherche des signes imaginés par Dan Brown dans son Da Vinci code ? Equipons maintenant ces mêmes gens d’un Kindle (un lecteur d’e-books doté d’un émetteur sans fil Wi-Fi). On ouvre alors la porte à des formes de jeux transmedia dits « en réalité alternée » ou même à « réalité virtuelle améliorée », ce dernier concept étant un peu différent.

« Ce n’est pas parce qu’une oeuvre transmedia est moderne qu’il faut réinventer la roue ! (Il faut) faire travailler ensemble une équipe multidisciplinaire de professionnels aguerris aux techniques traditionnelles »

K.H.: On peut citer « In Memoriam » de Eric Viennot (ici, se lancer dans une enquête policière) comme exemple de ce que vous dîtes.

La seconde dimension importante que peut illustrer le précédent de ces livres, c’est la nécessité de maîtriser les techniques d’aujourd’hui et d’hier. Ce n’est pas parce qu’une oeuvre transmedia est moderne qu’il faut réinventer la roue ! Au contraire, la création de l’oeuvre, la narration initiale (souvent un film, une série télévisée ou un roman), la mise en place de médias, supports et formats complémentaires, exigent de faire travailler ensemble une équipe multidisciplinaire de professionnels aguerris aux techniques traditionnelles, dans les domaines exploités par l’oeuvre.

F.D.: Pour reformuler à l’aide d’un exemple, si à certains moments prévus par le scénario, il faut faire monter le buzz parmi le public par marketing viral, même si le principe n’est pas très compliqué à saisir, la mise en oeuvre ne laisse que peu de place à l’amateurisme, sauf à risquer un flop. Est-ce un des défis des productions transmedia: utilisant des supports de diffusion à maillons multiples, elles augmentent la probabilité que l’un d’eux ne fonctionne pas comme prévu ? Or, il influe la réussite de l’ensemble.

K.H.: Il y a des techniques pour s’en prémunir, mais d’une manière générale, la création transmedia impose de l’exigence dans la sélection des auteurs et de l’équipe qui les entoure…

F.D.: …là où le succès d’un livre est finalement souvent affaire de budget promotionnel.

K.H.: C’est un propos volontairement provocateur. Non, le succès c’est le talent, la qualité… Je suis pour le retour de la qualité …. !

« Pour dérouler un scénario transmedia, il faut savoir entretenir la curiosité du public, (…) le porno n’est pas sur la même longueur d’onde »

F.D.: Concrètement, quels sont les thèmes qui s’essayent aux productions transmedia aujourd’hui ? Peut-on déjà citer celles pour lesquelles ça marche ? Faut-il comprendre que les applications ludiques sont motrices ? Par ailleurs, on considère couramment qu’une part importante du trafic sur l’Internet est de nature pornographique, même si les évaluations sont peu précises. Le Web 3.0 annoncé par l’approche transmedia va-t-il finalement aboutir à fournir la branlette à domicile, comme une forme de « continuation de la narration » et de « réalité alternée » ?

K.H.: On est là dans le domaine de la supposition par analogie. Je vous laisse répondre à la dernière  question, et je reviendrai sur les premières.

F.D.: On peut penser que l’industrie pornographique développera également des oeuvres transmedia, lorsque l’idée sera remontée des testicules à l’encéphale. D’un autre coté, la présence active du public, qui est un des éléments constitutifs de l’oeuvre transmedia, ne se combine pas avec la consommation de films pornos, essentiellement une affaire individuelle. Une fois que la branlette est passée, la motivation à « poursuivre la narration » a disparu, le désir est éteint. A l’inverse, pour dérouler un scénario transmedia, il faut savoir entretenir la curiosité du public, une curiosité insatisfaite, et quand on voit les fan fictions on peut même dire une persévérance. Le porno n’est pas sur la même longueur d’onde.

« Nous sommes dans une phase de découverte des effets induits, de la maîtrise combinée des techniques, des réactions du public »

KH: Il est trop tôt pour décerner des médailles, et dire ce qui marche et ne marche pas. Nous sommes dans une phase de découverte des effets induits, de la maîtrise combinée des techniques, des réactions du public, et de son acceptation à dépenser un budget pour ces oeuvres. Je crois que vous en savez quelque chose, pour avoir vous-même réfléchi sur la commercialisation de l’intangible sur l’Internet. Dire ce qui marche, c’est décréter quels sont les bons modèles économiques. On n’en est pas encore là. Je me répète, j’explore ces questions par des expériences en grandeur réelle. C’est la meilleure façon d’apporter des réponses.

J’observe deux tendances. Une première avec des productions créatives et un modèle commercial, principalement littéraires, cinématographiques ou télévisées, qui sont des œuvres transmedia et non crossmedia. Et une seconde que j’appelle l’activisme transmedia qui véhicule des valeurs sociales, parfois politiques, qui expérimente le temps réel, ou qui met en valeur les communautés actives sur le terrain de la coopération internationale. La liste n’est pas exhaustive.

Dans la première catégorie, on peut citer un mélange de fiction et de documentaire interactif « Collapsus: Energy Risk Conspiracy » de Tommy Pallotta et la web-série « Bar Karma« , produite par Current TV, qui demande au public de co-créer.

Dans la seconde catégorie, on doit citer Pierre Côté qui anime depuis un studio de Montréal, ou un studio mobile, des émissions vidéos interactives par le web, associant Twitter et Skype. Son implication lors du dramatique tremblement de terre en Haïti (il s’est rendu sur place) a démontré la capacité de sa plateforme « Realtime Réalité » à faire connaître la situation des victimes, mais plus encore, à mettre en contact les intervenants de bonne volonté où qu’ils se trouvent, qui ont ainsi pu avoir sur place une action concrète.

F.D.: Les clés du succès ici ont non seulement été l’instantanéité de l’information (ça, TV5 Monde aussi en est capable), mais surtout le sentiment d’action, de participation personnelle du public, qui a décuplé l’efficacité des gens. Ou comment faire du web 2.0++.

Dernière question: dans quelle tendance vous situeriez-vous, et quelle type d’oeuvres transmedia majeures vous attendez-vous à voir apparaître ?

K.H.: Par conviction personnelle, je me sens proche de la tendance « activisme » dans laquelle la notion de « culture participative » a une place à prendre et où chacun devient acteur ou en tout cas actif. C’est pourquoi il est pour moi très important que les productions transmedia que je réalise ou que je conseille, préparent l’implication réussie du public.

« La participation du public ne peut se substituer à des compétences professionnelles »

F.D.: Pour autant, il ne faut pas tomber dans le syndrôme du Bisounours 2.0 (copyright kidedroit), et s’imaginer que tout d’un coup, simplement parce qu’il le voudrait bien, Monsieur Untel se métamorphose en auteur interprète de génie, l’oeuvre est magiquement sublimée par la spontanéité candide des spectateurs, et que nous touchons là une sorte de singularité dans l’art, à défaut de la connaître déjà dans l’Intelligence Artificielle.

K.H.: Non, ce n’est vraiment pas le propos. La participation du public ne peut se substituer à des compétences professionnelles. Or, ces compétences, il faut les rémunérer. C’est là que les modèles économiques sont à confirmer, et que l’approche transmedia à but non lucratif, si elle est éminemment sympathique parce que « citoyenne et démocratique », ne peut répondre à cet enjeu autrement que par la subvention publique. Il y a de la place pour toutes les initiatives.

« L’approche « open source » peut apporter aux oeuvres transmedia ce qui est presque un message éthique »

Ma conviction est que cette participation du public, sur laquelle j’insiste, ne peut être réussie et authentique, que si les créateurs ont du respect pour lui. Le producteur doit s’imposer une déontologie vis-à-vis des consommateurs, de son public. La cohabitation avec les producteurs issus des traditions commerciales risque de provoquer des frictions. Vous m’interrogiez sur le type d’œuvres que je m’attends à voir apparaître ces prochaines années ? Des œuvres collaboratives, des expériences en temps réel, des sujets et enjeux sociaux, et des négociations entre les annonceurs et les consommateurs !

F.D.: Du respect pour le public, dites-vous, là où le marketing nous apprend si souvent à le rendre captif pour créer une rente de situation. Or, la captivité fait mauvais ménage avec la motivation à participer. Et c’est peut-être la contribution majeure des démarches copyleft popularisée par Antoine Moreau et open source prêchée par Richard Stallman: pour s’épanouir, l’oeuvre transmedia doit adopter une posture qui préserve la liberté du consommateur, qui le respecte comme personne, et le voit autrement que comme une vache à lait. Je crois que l’approche « open source » peut apporter aux oeuvres transmedia ce qui est presque un message éthique.

Karine, merci pour notre échange.

L’invitée:
Karine HalpernKarine Halpern a fait carrière dans la production et la programmation cinématographique sur le marché international. Diplômée d’un master de communication politique et d’un certificat de compétences en médiation culturelle, elle exerce maintenant en tant que consultante, productrice et réalisatrice cross media.

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http://fr.readwriteweb.com/2010/12/31/prospective/du-cross-trans-mdia-mtamorphose-des-consommateurs-captifs/feed/ 9
Wikileaks pour les entreprises http://fr.readwriteweb.com/2010/12/20/a-la-une/wikileaks-les-entreprises-communication/ http://fr.readwriteweb.com/2010/12/20/a-la-une/wikileaks-les-entreprises-communication/#comments Mon, 20 Dec 2010 07:12:20 +0000 Fabrice Epelboin http://fr.readwriteweb.com/?p=11352

Autant la profession de journaliste dans son ensemble se remet profondément en question depuis l’avènement de l’ère Wikileaks, autant celle de communicant, dans son ensemble, ne semble pas particulièrement concernée par le problème. Etonnant.

Pourtant, leurs clients, les dirigeants des grandes entreprises – les plus malins en tout cas – on déjà compris que la bombe qui s’est abattue sur la diplomatie américaine allait tôt ou tard leur tomber dessus.

« Les entreprises qui n’arriveront pas à comprendre l’importance du moment risquent d’être désavantagées par son impact. Le risque ne repose plus sur les mesures de sécurité mise en place, mais sur le plus petit maillon de la chaîne dans chaque acte de communication ». Annoncent David Gordon et Sean West dans la très sérieuse Harvard Business Review.

Les marchands de sécurité ont eux, de leur coté, commencé par essayer de rassurer, mais les enjeux du secteur sont critiques, et la nature du risque a changé. Le plus terrible (pour cette industrie), c’est qu’il est beaucoup trop tard pour qu’elle ne puisse envisager être une solution au problème Wikileaks. Les fuites ont déjà eu lieu, depuis longtemps, seule la date de leur publication reste inconnue. Il est temps de se rendre à l’évidence, ce coup d’Etat du numérique sur le réel était préparé, sans doute instinctivement, de longue date, et par beaucoup.

Mais ce changement dans la nature du risque concerne avant tout ceux qui ont fonction de communication entre les grands pouvoirs de ce monde et les peuples. Parmi ces grands pouvoirs, on trouve les politiques, d’où l’effervescence du journalisme qui jouait jusqu’ici le rôle d’intermédiaire dont il tire son (quatrième) pouvoir, mais il serait sôt d’ignorer que les grandes entreprises sont toutes autant de grandes puissances. Leurs intermédiaires, à elles, outre les journalistes, ce sont les ‘communicants’.

Demain, en tout cas dans les années à venir, c’est tout un secteur d’activité, celui de la com’, qui va passer violemment du marketing à l’infowar, et devinez quoi, l’eMarketing n’est vraiment pas la bonne voie pour y parvenir.

Les premières amorces de scandales pour des entreprises sont pour l’instant passées relativement inaperçues, mais les communicants qui on vu passer le missile auraient tord de s’imaginer que le coup a manqué sa cible. Ce serait mal connaitre internet. Le temps, voyez vous, s’y écoule différemment, ou plutôt, il ne s’y écoule pas, il s’y stocke.

Cette affaire, comme mille autres, reviendra hanter la communication (et le fonctionnement) des entreprises, voir la mettre totalement en échec, parce qu’un gamin aura trouvé un soir le moyen d’en faire un buzz d’une fuite (le Cablegate ou une autre), ou parce que les Anonymous auront décidé de s’attaquer à elles.

C’est dans cet environnement informationnel, où une part déjà conséquente et de plus en plus importante de la population ne croit déjà plus à ce qu’on lui raconte au 13h de TF1, qu’elles auront à communiquer avec leurs clients, demain.

Internet, infiniment plus qu’aujourd’hui, y tiendra une place centrale, tant il est invraisemblable, techniquement, d’isoler les deux mondes et de faire taire Wikileaks.

Les bouleversements que cela aura sur les agences de com’ vont être au moins aussi conséquents que ceux en cours depuis quelques temps dans les média. Comprendre ‘réellement’ internet et savoir l’anticiper deviendra indispensable à la réussite de tout projet, quel qu’il soit. On s’en doute, les services eMarketing ne sont pas fait pour cela, pas plus que le service de gestion de crise, d’ailleurs. La preuve, il aurait du vous avertir de ce qui allait se passer depuis longtemps, s’ils s’y connaissaient en crise 2.0.

Est-ce le cas ? 

Greenpeace face à Nestlé sur Facebook reste à ce jour l’une des opérations les plus marquantes de l’histoire de l’activisme en ligne vis à vis des entreprises. Cela ne sera un jour qu’une toute petite escarmouche, qui a à peine réussi à destabiliser temporairement le cours de bourse du géant de l’agro-alimentaire. De telles attaques seront légion demain, et certaines porteront des coups très durs, peut être même mortels, à de grandes entreprises, notamment celles qui cachent au grand public des secrets inavouables.

Pour faire face à ce nouveau territoire de risque, les entreprises vont devoir aborder la communication sous un tout autre angle, et elles ont besoin plus que jamais de changer la façon dont elles comprennent internet.

Ce n’est ni un outil, ni un média, c’est une civilisation.

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http://fr.readwriteweb.com/2010/12/20/a-la-une/wikileaks-les-entreprises-communication/feed/ 34
Les Anonymous, première forme d’intelligence collective ? http://fr.readwriteweb.com/2010/12/14/prospective/les-anonymous-premire-forme-dintelligence-collective/ http://fr.readwriteweb.com/2010/12/14/prospective/les-anonymous-premire-forme-dintelligence-collective/#comments Tue, 14 Dec 2010 07:35:35 +0000 Fabrice Epelboin http://fr.readwriteweb.com/?p=11294

Il faut bien l’avouer, Wikipedia comme démonstration de l’intelligence collective, ça ne m’a jamais convaincu. Triomphe de la collaboration intelligente, sans aucun doute, mais dans le fond, rien de bouleversant. La somme des parties qui ont fait Wikipedia est largement supérieure au tout, en ce sens que si l’on rassemblait tous les esprits qui ont fait Wikipedia, ont pourrait, finalement, faire bien plus.

Les Anonymous, eux, offrent une autre forme de phénomène collectif. On s’y sépare de son identité, comme souvent sur Wikipedia, mais contrairement à cette dernière, on n’use pas d’une identité virtuelle pour participer à l’effort collectif, on partage une seule identité avec le groupe. Plus de eRéputation, mais des jeux d’influences et des dynamiques de groupes fascinantes qui donnent naissance à quelques chose de radicalement nouveau.

Cliquer ici pour voir la vidéo.

Après avoir joué les vandales et les manifestants bruyants, les Anonymous évoluent dans leurs forme d’action, au fur et à mesure que le groupe initial s’étoffe de nouvelles recrues, et (très) visiblement, de nouvelles compétences.

Cliquer ici pour voir la vidéo.

Ces derniers temps, des tacticiens semblent s’être joints au groupe, ainsi que des professionels des arts graphiques. Flood de fax sur les responsables des sociétés qui ont banni Wikileaks, ou immense jeu de copier coller et de commentaire des contenus du Cablegates aux quatres coins du «web 2.0» afin de rendre définitivement toute censure invraisemblable (quelque chose de bien plus proche de l’esprit initial de Wikileaks, prévu pour être collaboratif, lors de son lancement en 2006). Mais aussi, apparition de clips de plus en plus léchés, fait par des pros, ou des amateurs de haut niveau, comme le clip traduit au bas de ce billet.

Les Anonymous vont de pair avec la société de la transparence (ou dictature, ça dépend de quel coté vous vous placez). Ils sont l’incarnation de la volonté non pas (encore ?) d’un peuple (sans parler qu’ils n’ont pas de nation autre qu’internet), mais d’un magma d’identités fondues en une seule, qui se revendiquent comme un tout, et ce tout est capable de choses que la somme des parties ne saurait faire : manifester aux yeux du monde entier, et dans ce clip, célébrer l’inévitable arrivée de l’ère de la transparence.

It is inevitable, Mister Anderson

Si le propre d’une forme d’intelligence est d’évoluer en fonction de son environnement pour s’y adapter et y proliférer, et surtout de créer des objets culturels qui font acte de communication, alors on a bien à faire là à une forme d’intelligence, et il ne fait aucun doute qu’elle soit collective.

C’est le premier phénomène socio-culturel qui soit propre au XXIe siècle, propre à cette génération qui a construit son identité sur Facebook et qui l’ôte pour aller de l’autre coté du miroir, dans un monde compris par si peu d’adultes qu’on y est à l’abri. Un monde où, nécessairement, se construit la société de demain (en tout cas une partie), de nouveaux idéaux, de nouvelles luttes.

Les Anonymous sont bien partis pour être un phénomène majeur, au même titre que Facebook, avec des répercussions culturelles, sociales et politiques d’une amplitude considérable. Un composant de la société civile de demain, et de toutes évidences, un garant de certains droits fondamentaux, ou en passe de le devenir.

(update: correction orthographe et traduction des ‘meme’ en français)

Cliquer ici pour voir la vidéo.

Corrupt governments of the world, we are anonymous.
Gouvernements corrompus de par le monde, nous somme les Anonymous

For some time now, voices have been crying out in unison against the new ACTA laws.
Depuis quelques temps déjà, des voix se sont élevées à l’unisson pour dénoncer ACTA.

The gross inadequacies of the new laws being passed internationally have been pointed out repeatedly.
La grossière inadaptation de ces nouvelles lois qui sont votées partout dans le monde a été dénoncée de façon répétée

Our chief complaint is that such measures would restrict people’s access to the internet.
Notre principal reproche est que de telles mesures restreindraient l’accès du peuple à internet

In these modern times access to the internet is fast becoming a basic human right.
En ces temps modernes, l’accès à l’internet devient rapidement un droit de l’homme fondamental

Just like any other basic human right, we believe that it is wrong to infringe upon it.
Comme tout droit de l’homme fondamental, nous pensons qu’il est mauvais de le violer

To threaten to cut people off from the global consciousness as you have is criminal and abhorrent.
Menacer de couper quelqu’un de la conscience globale comme vous l’avez fait est criminel et abject.

Il est possible de voir dans l’utilisation du terme ‘global consciousness’ une allusion à un projet de techno-parapsychologie initié à l’Université de Princeton en 1998.

To move to censor content on the internet based on your own prejudice is at best laughably impossible, at worst, morally reprehensible.
Passer à la censure des contenus sur internet sur la base des seuls préjudices qu’ils pourraient vous causer est au mieux risible, au pire moralement répréhensible.

Le coté « risible » de la ‘solution’ de la censure tient au fait que les individus à l’origine du message raisonnent sur la logique du réseau qu’ils comprennent de façon instinctive. La censure absolue, tout comme la sécurité absolue, sont des impossibilités absolues sur internet, du fait même des lois inscrites dans son génome. Les plus curieux peuvent jeter un oeil à ce billet pour comprendre le pourquoi du comment. Cet autre billet vous permettra de mesurer à quel point il est de toutes façons trop tard pour envisager la sécurité comme une solution.
Vous aurez par ailleurs noté le visuel d’émeutes place de la Bastille pour illustrer le propos sur la coupure d’accès à Internet. Signature de l’origine du message ou simple reconaissance meta-nationale à la place de choix qu’occupe notre beau pays dans la lutte qui s’annonce ?

The unjust restrictions you impose on us will meet with disaster and only strengthen our resolve to disobey and rebel against your tyranny.
Les restrictions injustes que vous nous imposez provoqueront un désastre et ne feront que renforcer notre résolution à désobéir et à nous rebeller contre votre tyrannie.

Such actions taken against you, and those you out source your malignant litigation too, are inevitable, unavoidable and unstoppable.
Les actions prise envers vous, ainsi qu’envers ceux avec qui vous faites vos affaires putrides, sont inévitable, nécessaires, et impossibles à stopper.

Même remarque, si vous ne comprenez pas pourquoi ceci est inévitable et impossible à stopper, lisez ce billet , pour ce qui est d’être nécessaire, je vous laisse juger.

We Are Anonymous,
Nous sommes les Anonymous

We Are Legion And Divided By Zero.
Nous sommes légion et divisé par nul

« We are divided by zero » : cette expression souligne le danger représenté par les Anonymous (e.g. si vous divisez quoi que ce soit par zero dans un programme, vous le faites planter). En affirmant que Anonymous est « divisé par zéro », on image ainsi sa capacité à être à l’origine d’un plantage général du programme. Tout comme le concept de la fuite d’Assange est un social hack, l’idée ici est d’illustrer cette possibilité que les Anonymous soient, eux aussi, un social hack, thèse à laquelle je souscrit totalement, sans nécessairement y voir une intention, contrairement au social hack introduit par Wikileaks.

We Do Not Forgive Internet Censorship
Nous ne pardonnons pas la censure de l’internet

And We Do Not Forget Free Speech.
Nous n’oublions pas la liberté de parole.

We Are Over 9000,
Nous sommes plus de 9000

« We are over 9000″ est un « meme », qui signifie « nous sommes nombreux ». J’ai tendance à y ajouter « et sur le point de connaitre une croissance exponentielle ». Je vous laisser consulter l’encyclopédie du meme pour vous faire votre propre idée (via @Michael)

Expect Us!
Attendez-vous à nous !

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Jiwa, le dernier acteur français indépendant de la musique en stream disparait http://fr.readwriteweb.com/2010/08/03/a-la-une/jiwa-dernier-acteur-franais-indpendant-de-musique-en-stream-disparait/ http://fr.readwriteweb.com/2010/08/03/a-la-une/jiwa-dernier-acteur-franais-indpendant-de-musique-en-stream-disparait/#comments Tue, 03 Aug 2010 06:33:04 +0000 Fabrice Epelboin http://fr.readwriteweb.com/?p=9452

cimetiere-france-innovationC’était la dernière startup Française ambitieuse et indépendante dans le secteur de la distribution musicale en stream : Jiwa vient de jeter l’éponge.

Le retrait par Warner de son catalogue pour les acteurs du stream, des aides sectorielles promises par le gouvernement  qui sont restés… à l’état de promesses, et des demandes venues de toutes parts d’une licence comparable à celle obtenue par la radio dans les années 30, rejetées avec véhémence par Christine Albanel au parlement lors des discussions sur la loi Hadopi, rétorquant alors que le secteur n’en avait pas besoin : l’Etat a fait tout ce qui était en son pouvoir pour prendre le contrôle de cette forme de distribution, quitte à la tuer.

L’ancienne ministre, qui patauge dans les conflits d’intérêts plus que quiconque, profite  aujourd’hui de ses manoeuvres d’hier. Grâce au travail accomplit, celle qui est désormais l’une des dirigeantes de l’opérateur historique, n’a plus personne pour lui barrer la route vers la domination espérée par Orange de la distribution musicale (pour ce qui est des acteurs Français, bien entendu).

La stratégie gouvernementale vis à vis du stream, qui s’annonce comme le véritable remplaçant du CD, pour le moment tout du moins, s’est avérée un tantinet machiavélique (ce qui, dans la novlangue instaurée depuis peu se dit ‘pédagogique’). Un temps tenté, par le biais de l’opérateur internet contrôlé par l’Etat, de s’aventurer dans le secteur, il lui a bien fallu reconnaitre que jouer à la startup revenait pour Orange à courir une régate avec un supertanker tournant aux 35 heures. Wormee, bien qu’ayant pris soin de maquiller sa filiation à l’opérateur historique avec autant de soin qu’un travesti qui se maquille pour sortir en boite, espérant tomber sur un internaute passablement éméché avec lequel il pourra terminer la nuit, n’a jamais réussi à séduire.

Il ne restait à Orange que la prise de contrôle de Deezer pour espérer devenir un acteur qui compte dans le secteur. Mais l’avenir s’annonce sombre, à l’image du vieux riche qui prend pour épouse une jeune pucelle, l’alliance est de raison, et les chances pour la mariée, une fois ramenée au donjon, d’y couler des jours heureux, sont aussi grandes que si elle avait épousé Henri VIII.

Enfant mort né d’un coté, sur le point d’être étouffé par un ogre de l’autre, il ne reste plus donc en France le moindre acteur innovant dans la distribution de la musique (et avant de remplir les commentaires de mentions d’obscures startups, précisons que ce panorama concerne celles ayant levé quelques millions, et qui ont, du coup, été jugés comme à fort potentiel par des investisseurs).

Le contrôle absolu et la ferme volonté de conserver les choses telles qu’elles étaient avant la révolution du numérique commence à porter ses fruits : l’économie numérique en France n’est décidément qu’une vaste blague.

La musique est pourtant un vecteur de socialité d’une importance première, et ce depuis… toujours. Son potentiel d’innovation, sans même parler de ce que lui apporte le web des données, est encore vaste rien qu’avec le web social. Certes, ni Jiwa, ni Deezer, n’ont su apporter une véritable dimension sociale à la consommation de musique, et aucun de ces deux acteurs n’a trouvé comment faire de la musique un liant dans le social du web contemporain, mais peut-on décemment reprocher à celui qui tente de faire pousser du blé dans le désert de ne pas avoir su développer l’art culinaire qui va avec ? Cette innovation là, à moins d’un miracle, ne se fera pas en France : l’agent Orange n’est pas propice à la culture.

Au delà du formidable gachis qui fait rater au pays, une fois de plus, un train dans la gare de l’innovation, et après deux années de lutte acharnée menée par les autorités contre toute forme de consommation culturelle qui ne rentrerait pas dans une vision étriquée du monde dictée par des lobbies, il est probablement temps, à l’heure ou l’emprise de ces même lobbies semble se desserer, de se poser quelques questions.

On passera rapidement sur l’aspect malsain et nauséabond de ce que réserve à la démocratie l’alliance en cours des contenus et des réseaux. A ceux qui doutaient encore du caractère indispensable à l’innovation de la neutralité des réseaux – dont le principe est d’interdire à ces derniers de faire quoi que ce soit d’autre que de transmettre du contenu, quel qu’il soit, d’ou qu’il vienne et où qu’il aille, la mort de Jiwa souligne également que cet accouplement contre nature (allez, carrément) sonne également le glas de l’économie numérique.

L’autre enseignement, c’est qu’avec la disparition avérée ou prochaine des acteurs Français du stream, c’est la mort de tout espoir de préserver un autre archaïsme bien Français, celui de l’exception culturelle qui se manifeste dans les quotas obligatoires.

Dans un monde où la musique sera consommée ‘on demand’ depuis l’étranger, les chances d’imposer à un acteur américain ou suédois une proportion de musique Française sont de l’ordre du ridicule, et sans cette béquille, la production locale au pays du fromage risque de souffrir terriblement.

En voulant tout contrôler, les autorités Françaises ont tué dans l’œuf tout espoir de voir naitre sur nos terres un champion de la distribution culturelle. Les petits labels auront le plus grand mal à négocier avec des acteurs internationaux bien trop débordés pour s’occuper d’eux, ils seront dès lors sous le joug des majors, la boucle est bouclée.

Les fondateurs de Jiwa l’affirmaient depuis le début : Les conditions commerciales imposées par les majors font qu’aucun business de musique sur Internet n’est viable.

Tout se passe pour l’instant comme si l’industrie de la Culture, qui contrôle de façon étroite l’appareil d’Etat, avait déclaré la guerre à internet. Cette guerre est la sienne, ce à quoi elle fait face n’est que résistance, et celle-ci ne peut qu’aller en s’amplifiant.

Tenter de faire culpabiliser les gamins qui téléchargent risque d’être un exercice des plus délicats. Plus que jamais, pirater sera un acte de rébellion valorisé par ses pairs, plus que jamais, rentrer dans les rangs clairsemés de la légalité sera vécu comme une soumission à un pouvoir aveugle, injuste, et qui ne sert que ceux qui savent le nourrir.

« Puisque c’est comme ça, je vais reprendre mes habitudes et pirater des mp3, hors de question de nourrir ces gorets » nous confiait, sous couvert d’anonymat, l’un des dirigeants du département internet d’un grand groupe média, habitué de Jiwa, avec qui nous échangions aujourd’hui.

Si la France ne veut pas devenir rapidement une puissance culturelle de troisième plan, il devient plus qu’urgent de changer de cap, de s’ouvrir à autre chose, de cesser surveillance et répression, fussent-elles ‘pédagogiques’, et de faire l’autopsie de l’innovation française, incapable de survivre en dehors des grands groupes, eux même coupés du monde et trop gras pour adopter le style des startups, indispensable dans un monde en pleine mutation où la révolution se fait par les idées et les usages, et non par les investissements industriels dans la technologie.

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http://fr.readwriteweb.com/2010/08/03/a-la-une/jiwa-dernier-acteur-franais-indpendant-de-musique-en-stream-disparait/feed/ 106
Le futur de l’internet, selon Vint Cerf http://fr.readwriteweb.com/2010/08/02/a-la-une/futur-de-linternet-selon-vint-cerf/ http://fr.readwriteweb.com/2010/08/02/a-la-une/futur-de-linternet-selon-vint-cerf/#comments Mon, 02 Aug 2010 07:20:56 +0000 Richard MacManus http://fr.readwriteweb.com/?p=9273

vint-cerf

Vint Cerf est l’un des ingénieurs qui a marqué de son empreinte le développement de l’internet, de l’email, et bien d’autres choses que nous utilisons quotidiennement aujourd’hui. Depuis 2005, il travaille chez Google en tant que ‘Chief Internet Evangelist’.

Au printemps dernier, il a donné une conférence dans les locaux de Google appelée «Imaginer à nouveau l’internet». Les 80 minutes que durent son exposé méritent d’être visionnées en intégralité (sous titré en anglais, et assez facile à suivre), mais nous en avons extrait pour vous 10 minutes qui nous semblent particulièrement intéressantes. Attendez-vous a découvrir des idées qui peuvent vous sembler folles, pour Vint Cerf, elles pourraient être le futur de l’internet.

L’internet des objets et le web interplanétaire

Dans le premier extrait ci dessous, Vint Cerf nous raconte l’histoire d’un réseau de capteurs qu’il a installé à son domicile comme l’exemple du déferlement prochain de capteurs de données omniprésents qui constitueront une large part de l’internet des objets. Là où il y a des données, il y a de la place pour de l’innovation et des services à valeur ajoutée. Ce sujet nous est cher, chez ReadWriteWeb. Si ce concept est nouveau pour vous, je vous conseille cette excellente vidéo d’introduction au sujet.

Ensuite, Cerf évoque le web interplanétaire, un sujet dont je dois avouer j’ignorait tout jusqu’ici. C’est une initiative à long terme, destinée à rassembler tous les pays engagés dans l’exploration spatiale, afin de leur faire adopter un standard adapté à la communication spatiale, et qui ferait d’un engin spatial une balise une fois leur mission achevée. C’est un projet pour lequel Cerf s’est personnellement engagé, et qui, c’est le moins que l’on puisse dire, est plutôt cool.

Réalité augmentée et interfaces neuronales

Dans l’extrait suivant, Cerf parle de connectivité omniprésente, qui augmenteraient notre rapport sensoriel avec le monde réel, et assureraient une interface sensorielle avec l’internet. Un implant cérébral Google ? On en est pas encore là, mais on s’en approche.

Anticiper l’avenir des technologie est notre raison d’être, ici, chez ReadWriteWeb, et c’est la passion qui nous réuni tous et nous donne l’envie d’écrire et d’en parler. Quand l’un des inventeur de l’internet nous offre sa vision, c’est un privilège de l’écouter nous parler de ce qui nous attend, selon lui, demain, sur internet.

La vision que Vint Cerf partage de l’avenir qui attend internet est enthousiasmante, et vous, quelle est la votre ?

(photo CC-by de Charles Haynes)

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Après le voyage, la prochaine acquisition de Google sera-t-elle dans le jeu vidéo ? http://fr.readwriteweb.com/2010/07/09/analyse/google-acquisition-jeux-videos/ http://fr.readwriteweb.com/2010/07/09/analyse/google-acquisition-jeux-videos/#comments Fri, 09 Jul 2010 14:39:27 +0000 Mike Melanson http://fr.readwriteweb.com/?p=9028

Heather Hopkins de HitWise avait prévu depuis 2006 l’arrivée de Google dans le secteur du voyage en regardant la répartition des visites par secteur générée par Google et en s’attardant sur les secteurs dans lesquels Google n’avait pas de présence. Ses prédictions d’aujourd’hui, qui utilisent la même approche, sont du coup d’autant plus intéressantes.

Pour elle, Google ne peut désormais avoir qu’un secteur en vu : le jeu vidéo.

Dans l’analyse qu’elle propose, Hopkins a scruté les 20 secteurs d’activités qui recoivent le plus de trafic de la part de Google et a relevé ceux dans lesquels Google était présent. Pour ce qui est du divertissement, YouTube, pour l’éducation, Google Books et Google Scholar, etc, etc. A la douzième position se trouve le tourisme, secteur dans lequel Google vient de faire une acquisition significative avec ITA, et juste après, le jeu.

Hopkins prédit du coup que le secteur du jeu est la suite logique de la stratégie d’acquisition de Google :

«Cela a peu être pris quatre année pour que notre prédiction initiale se réalise, mais les données qui nous ont permit de faire cette prédiction pointent dans une direction claire : le jeu. Après le tourisme, le jeu est le secteur auprès duquel Google fourni le plus de trafic, et dans lequel Google n’est pas présent… Cela ne saurait tarder.»

Hier encore, Sarah Perez de RWW écrivait à propos d’une nouvelle fonctionnalité de Google Chrome, sa capacité à savoir distinguer le haut du bas. Comme elle le soulignait, il semble que Chrome OS, le futur système d’exploitation mobile de Google, se prépare a être utilisé pour le jeu vidéo, et que les developpeurs «travaillent d’arrache pied sur des applications destinées à Chrome OS destiné à garnir le Chrome Web Store».

Une question demeure, bien sûr : quelle société pourrait être la cible de Google pour une acquisition dans le secteur ? Cette acquisition marquera-t-elle un mouvement vers le jeu sur mobile, comme semble l’indiquer les dernières fonctionnalités relevées sur Chrome OS ? S’agira-t-il au contraire d’une approche multiplateforme, basé sur le Cloud Computing et susceptible de fonctionner sur le web, le mobile et sur la dernière annonce de Google, la Google TV ? L’avenir nous le dira…

(image CC-by de Diodoro)

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http://fr.readwriteweb.com/2010/07/09/analyse/google-acquisition-jeux-videos/feed/ 7
L’Afrique en haut débit http://fr.readwriteweb.com/2010/06/15/a-la-une/afrique-en-haut-debit/ http://fr.readwriteweb.com/2010/06/15/a-la-une/afrique-en-haut-debit/#comments Tue, 15 Jun 2010 06:41:49 +0000 Fabrice Epelboin http://fr.readwriteweb.com/?p=8825

afrique-cable-sous-marinLa pose annoncée d’un câble sous marin assurant une liaison très haut débit sur toute la façade ouest du continent Africain, qui viendra compléter un dispositif haut débit en place depuis peu annonce une décennie de changement radicaux pour toute une partie de l’Afrique.

Entre les différents dispositifs mis en place par des consortiums télécom français ou américains, plus un seul pays de l’Afrique de l’ouest n’est désormais coupé du très haut débit, et ceci pour un prix divisé par 10. En tout, c’est plus d’une vingtaine de pays, dont une large partie sont francophones (et dont tous pratiquent couramment une langue Européenne), qui vont pouvoir tirer partie, dans la décennie à venir, de l’économie numérique et de la société du savoir.

Pour ceux qui sauront prendre le train du numérique qui entre en gare, les bouleversements à venir s’annoncent considérables, non seulement au plan national, mais également au niveau du continent Africain tout entier, de sa relation avec le Nord, et avec la France en particulier.

Les secteurs qui pourraient connaitre une transformation radicale sont nombreux, et pour peu que cela soit correctement orchestré, l’entrée de l’Afrique sub Saharienne dans la société du numérique pourrait profiter massivement à l’ensemble de sa population.

Un pari qu’ont déjà relevé plusieurs pays d’Afrique du nord, qui mobilisent des investissements colossaux, comme au Maroc, où plus de 700 millions d’euros ont été alloués à un plan de développement «Maroc Numéric 2013» destiné à amener à 13% du Produit National Brut la part liée aux nouvelles technologies.

Economie

Avec l’accélération du télétravail au Nord, les délocalisations ne seront plus à l’avenir l’apanage de l’industrie. Comme ce fut le cas entre les Etats-Unis et l’Inde, on pourrait assister à une délocalisation progressive du secteur des services vers l’Afrique où les diplômés ne manquent pas, parlent la même langue, et son situés, qui plus est, dans un créneau horaire parfaitement compatible avec les heures d’ouverture des bureaux en Europe.

Du graphisme à la comptabilité en passant par l’informatique, ce sont ainsi des milliers d’entreprises du secteur tertiaire qui pourraient, grâce au haut débit, naître un peu partout en Afrique et proposer leurs services aux sociétés occidentales à la recherche de souplesse et de réduction de leurs coûts, en particulier pour des fonctions qu’elle jugent peu stratégiques. Cela vous semble fou ? Affiliated Computer Services, une société Texane spécialisé dans l’outsourcing de services, est pourtant dors et déjà le premier employeur privé du Ghana.

On pourrait même assister à des spécialisations dans certains pays, et même, pour les plus opportunistes, à un véritable boom de l’économie des services, appelée à représenter une partie conséquente du PIB et une proportion importante de la croissance, à l’image de l’île Maurice, qui a connu une telle période d’euphorie ces dix dernières années.

Après avoir pillé ses matières premières durant plusieurs siècles et avoir annoncé son intention de faire de même avec sa matière grise sous la terminologie d’ «émigration choisie», c’est en pratique le contraire qui pourrait prendre place. Un joli pied de nez à l’histoire, qu’internet n’a pas fini de bouleverser, tout comme l’imprimerie en son temps.

Education

Dans un continent où la population est beaucoup plus jeune qu’au Nord, l’éducation est plus encore qu’ailleurs le meilleur investissement qu’un pays puisse faire pour son avenir, or là aussi, internet a tous les atouts pour changer de façon radicale les fondamentaux de cette équation.

L’homme a toujours su s’adapter aux réalités de sa situation, mais avant d’affronter les problèmes auxquels il doit faire face, il doit être en mesure de les voir clairement. A cet égard, l’éducation est un outil vital dont internet est en passe de devenir la clé du développement en Afrique.

L’eLearning, déjà largement expérimenté en Europe, aux Etats-Unis, mais aussi un peu partout en Afrique, même s’il est loin de pouvoir se substituer aux modèles traditionnels de l’enseignement, a pour lui le mérite de pouvoir en abaisser les coûts et de permettre une montée en puissance rapide de la capacité de formation d’un pays.

Au delà de la scolarité, l’eLearning recèle aussi une mine d’opportunités pour ce qui est de la formation permanente, et là encore, le jeune âge des populations africaines laisse entrevoir un public par nature moins réticent à l’outil informatique pour se former tout au long de la vie.

Au passage, la France dispose d’une collection qui commence à être conséquente en terme de matériel pédagogique en ligne, qu’elle pourrait tout a fait envisager de partager (il suffirait d’appliquer les dispositifs de la DAVDSI relatifs aux droits d’auteur dans les documents pédagogiques).

Les enseignants ont montré leur capacité à créer des outils pédagogiques numériques disponibles gratuitement en dehors des systèmes commerciaux, et hors de l’emprise du copyright, c’est d’ailleurs un mouvement qui, même en France, semble inéluctable tant les réductions de coûts semblent indispensables.

Ce corpus pédagogique, qui fait désormais parti du bien commun de l’humanité, ne va cesser de croitre dans les années à venir et pourrait profiter demain tout autant à un élève de primaire de Rennes qu’à celui de Brazzaville.

Même si l’infrastructure n’est pas le seul frein, loin de là, à l’avancée de l’eLearning en Afrique, celui-ci devrait pour ainsi dire disparaitre petit à petit, permettant aux différents acteurs du système de se concentrer sur les derniers obstacles à l’extension des dernières technologies de l’éducation.

En poussant vers le haut le système éducatif Africain et en permettant à un plus grand nombre de ses citoyens d’accéder aux savoirs, l’Afrique pourrait ainsi relever un autre défi qui se pose à elle pour le XXIe siècle et qui marquerait symboliquement son accession à la société du savoir : inscrire l’un des sien dans la liste des prix Nobel en sciences.

Santé publique

Mais l’eLearning peut également servir à des objectifs de santé public, comme la lutte contre le Sida, ce que soulignait déjà en 2008 un rapport de l’Institut de Recherche pour le Développement. L’eLearning peut se mettre au service de la lutte contre les multiples problématiques sanitaires, qu’une meilleure information des populations peut grandement contribuer à enrayer, et qui empoisonnent encore de nombreuses zones du continent Africain.

Ajoutez à la popularisation de notions d’hygiène quelques notions de nutrition, et l’effet démographique pourrait devenir radical : chute de la mortalité infantile et augmentation de la durée de vie (et non, une augmentation de la population ne serait pas une catastrophe, bien au contraire).

Médecine

Le mobile a déjà largement fait ses preuves pour ce qui est de la démocratisation des services de médecine sur le continent Africain, en particulier dans les zones où le personnel médical vient à manquer, mais le très haut débit pourrait apporter sur le continent des innovations en terme de télémédecine, permettant à la qualité des soins de s’améliorer de façon considérable.

De l’opération chirurgicale réalisée à distance – probablement ce qu’il y a de plus impressionnant en télémédecine, mais également de plus expérimental à ce jour – au diagnostic réalisé à distance, quelque chose de courant désormais aux Etats Unis où les radiologues Indiens sont très présents et effectuent leurs diagnostics à distance, le secteur médical qui évolue à grand pas dans le monde du numérique, pourrait voir l’Afrique profiter pleinement de ses dernières innovations.

Au regard du sort réservé dans les hôpitaux Français aux diplômés de médecine issus du continent Africain, un retour au pays où leurs compétences seraient reconnues à leur juste valeur serait, là encore, un pied de nez cocasse fait par l’internet à une politique d’émigration discutable.

Accessoirement, ce serait une mauvaise nouvelle pour les hôpitaux Français qui ont cruellement besoin de cette main d’œuvre peu chère, compétente, et corvéable à merci. Une vision plus optimiste serait d’envisager des programmes de coopération Nord-Sud sur la télémédecine, mutuellement bénéfiques.

Média

Il existe déjà de nombreux média sociaux Africains, et la plupart des pays d’Afrique ont aujourd’hui leurs portails d’information, mais le marché est loin d’être arrivé à maturité, et avec l’arrivée et la démocratisation de l’accès à internet, il y a fort à parier que le marché de l’information explose. Qu’il s’agisse de journaux en ligne ou de blogs personnels, le Nord a clairement montré que l’usage massif par les populations de l’outil internet s’accompagnait inexorablement d’une explosion et d’une redéfinition du secteur média.

La situation sur place est fort différente de ce que l’on connait ici, et l’avenir dira si l’on assistera à un déploiement des média traditionnels sur le numérique ou si de nouveaux acteurs se feront jour pour devenir demain de véritables petits empires médiatiques nationaux, voir trans nationaux.

Une chose est certaine cependant, le secteur va connaitre une évolution rapide dans la décennie à venir.

Longtemps restée sur un modèle média où la radio dominait largement, l’Afrique pourrait tout simplement zapper l’étape de la télévision dominante et aller directement à la phase des média numériques, notamment mobiles. Une évolution qui semble coller avec les développements de France24, très présent sur le continent Africain, qui donne, au fur et à mesure des ses différentes versions, l’impression que la télévision n’est qu’une étape vers une autre forme de média d’information mêlant vidéo, internet et mobilité, où l’actualité elle même est en partie issue de réseaux citoyens orchestrés par des journalistes.

Vie sociale et culturelle

La Tunisie a montré a quel point un outil comme Facebook pouvait se retrouver dans une situation centrale pour l’animation et le développement de la vie sociale et culturelle, les autres pays d’Afrique n’ont aucune raison de ne pas suivre ce chemin, que ce soit sur Facebook ou sur d’autres système sociaux, comme Twitter, qui a une très belle carte à jouer en Afrique ou de nouveaux entrants dans le secteur des média sociaux, qui auront su proposer une formule adaptée à la culture locale. Il n’est pas impossible non plus qu’un des nombreux acteurs de la scène startup africaine remporte le marché de la vie sociale en ligne en Afrique de l’Ouest.

Montée en puissance de la eFrancophonie

Parmi les pays de la côte ouest Africaine désormais reliés massivement à internet se trouvent un grand nombre de pays francophones, et la possibilité pour des millions d’habitants de disposer d’outils d’autopublication gratuits tels que les blogs ne peut qu’avoir un effet radical sur la francophonie sur internet.

Au début des années 90, la francophonie sur internet était dominée par les Québécois, le temps pour les Français d’oublier le minitel pour entrer timidement, à la fin des années 90, dans l’ère du numérique. Les années 2010 pourrait marquer l’arrivée des Africains dans la francophonie numérique, et impacter durablement la Culture de la langue française.

La culture des pays d’Afrique francophone a toutes les chances de prendre une place plus importante dans la décennie à venir. Jusqu’ici négligée par les média traditionnels et reléguée à des niches, la voici, avec internet, dans la position de participer pleinement à la culture du XXIe siècle d’une façon bien plus proactive que durant le siècle précédent, où même si son apport à l’art contemporain est incontestable, elle n’a pas eu l’occasion de maitriser son impact et moins encore d’en tirer un quelconque bénéfice.

Même si la musique du siècle passé a largement puisé dans des racines africaines, il faudra, grâce au numérique, faire désormais avec toutes les palettes de la culture d’un continent tout entier : cinéma, art contemporain, littérature, mythologies… Le réservoir est immense et promet de donner à ceux qui s’en empareront un rôle de premier plan dans la culture du XXIe siècle, où le poids des réseaux de distribution et des mass média aux mains des pays du nord aura bien moins d’impact sur la Culture qu’il n’en a eu au XXe siècle.

Après la Coupe du Monde de Football – qui ne durera qu’un temps – la Culture est sans aucun doute le moyen de plus sûr et le plus «durable» de projeter dans le monde entier une image positive du continent Africain, apte à compenser une image d’Epinal peu flatteuse véhiculée par un Nord qui se complait dans une supériorité culturelle qui repose, en grande partie, sur la puissance déclinante de son industrie culturelle et son circuit de distribution obsolète.

Agriculture

L’agriculture en Afrique n’a pas été massivement industrialisée comme au Nord, c’est à la fois une chance – pour l’environnement – et un drame, car il lui faut nourrir une population de plus en plus nombreuse.

Internet, là aussi, peu apporter un plus indéniable, notamment en mettant en place des outils permettant aux agriculteurs de partager leurs savoirs faire afin d’augmenter l’efficacité de leurs fermes sans pour autant sacrifier l’environnement.

L’arrivée et la pénétration progressive de l’internet dans le territoire Africain pourrait dynamiser le secteur agricole et lui offrir une voie en matière de développement radicalement différente de celle emprunté dans les pays développés durant le XXe siècle.

Un espoir, tant pour la préservation de la nature que pour la population tout entière, qui pourrait ainsi bénéficier des gains substantiel de productivité apportés par les nouvelles technologies.

Avec la montée en puissance de l’agriculture, on peut également imaginer l’arrivée d’une industrie agro-alimentaire locale, ce qui permettrait au pays d’être moins dépourvus face aux variation des matières premières agricole.

Internet pourra également servir de vitrine aux productions agricoles locales, et à la défense d’un patrimoine qui, comme partout ailleurs, se retrouve souvent en danger, comme le miel Malgache, en voie de disparition (à vrai dire ce sont plutôt les abeilles qui sont menacées). La valorisation par les technologies de l’information de ce patrimoine agricole pourrait demain permettre d’ouvrir de nouveaux marchés, et permettrait également d’assoir le commerce équitable sur une véritable relation entre producteurs et consommateurs, incarnée par des média sociaux.

Conclusion (provisoire)

L’internet apporte une mine d’opportunités au continent Africain, mais il existe bien sûr des spécificités et des obstacles avec lesquels il devra faire face, que nous passeront en revue dans un prochain article.

Le champ des possibles n’est reste pas moins immense, et la course est lancée.

(Photo d’ouverture CC-by de noodlepie, infographies de Appfrica)

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Contenus de marque et medias sociaux sur Internet : à nouveaux formats, nouveaux contenus http://fr.readwriteweb.com/2010/06/01/analyse/contenus-de-marque-brand-content-nouveaux-formats-nouveaux-contenus/ http://fr.readwriteweb.com/2010/06/01/analyse/contenus-de-marque-brand-content-nouveaux-formats-nouveaux-contenus/#comments Tue, 01 Jun 2010 07:05:19 +0000 Audrey Bartis http://fr.readwriteweb.com/?p=8696

« Le succès du cinéma est venu avec le développement des salles de cinéma » m’a dit récemment un jeune réalisateur américain de cinéma indépendant. Cette petite phrase au premier abord anodine a alimenté une réflexion en cours sur la façon dont on peut considérer l’évolution des médias sociaux sur Internet, notamment dans leurs rapports avec les contenus de marque.

Entre le moment où la technologie des frères Lumière a été mise au point et celui de son succès public, il a fallu, en effet, mettre au point les conditions de réception qui en ont fait un divertissement populaire : la salle de projection avec les sièges, la musique jouée en direct et toute la ritualisation du « spectacle » cinématographique. Progressivement, alors que la technologie de départ n’a pas fondamentalement évolué (mis à part l’ajout de nouvelles technologies sonores et visuelles comme le son synchronisé, le Dolby Surrond ou la 3D), les contenus créatifs (scénario, montage, réalisation) ont, eux, profondément muté pour s’adapter aux attentes des spectateurs et créer un véritable langage cinématographique. En résumé, c’est le « cadre » de la salle de cinéma qui a permis aux « contenus » cinématographiques d’évoluer, de rencontrer leur public et de transformer la technologie de départ en une culture mondiale, aujourd’hui pleinement mature et prospère.

Qu’en est-il du Web aujourd’hui ? Symétriquement l’inverse. L’énergie développée dans les avancées du Web s’est essentiellement concentrée sur la recherche de nouveaux outils, particulièrement ces dernières années. Que ce soit par l’application de nouvelles idées  ou par l’assemblage de fonctionnalités existantes (la culture des mash-ups), Internet a plus évolué à travers ses canaux et ses outils que par une recherche de contenus spécifiquement adaptés à ces derniers.

A l’époque de l’Internet « pré-social », ce sont les graphistes, les photographes et les maquettistes qui ont proposé des contenus appropriés à l’Internet de l’époque et qui les ont fait évoluer : création d’images en deux dimensions, puis trois dimensions, animations, principes d’ergonomie et de design Web, puis la création vidéo, c’est toute une génération qui s’est attelée à la tâche. Internet ne serait certainement pas ce qu’il est aujourd’hui sans eux, c’est-à-dire facile d’accès et surtout agréable à utiliser, à la fois universel et identitaire, ludique au quotidien, profond dans ses apports esthétiques et culturels. Une importante vague de créativité a donc déjà eu lieu dans l’histoire de l’Internet. Cette époque bénie d’enthousiasme dans la recherche de contenus et de formes spécifiques à ces nouveaux médias peut sans aucun doute se reproduire à l’ère du Web social afin de rattraper les efforts de conception déjà effectués dans les outils et les « contenants ».

Entre ces évolutions du Web « pré-social » et ce que l’on constate aujourd’hui dans les médias sociaux, la recherche de nouvelles formes de contenus a été freinée par une course obsessionnelle au nouveau gadget, chaque nouvelle trouvaille inventant un nouvel usage en chemin. C’est l’adoption (ou le rejet) de ces nouveaux usages qui effectue aujourd’hui une sélection naturelle au sein de ces outils. Parfois, certains prennent tellement d’importance dans la vie quotidienne qu’ils transforment les rapports à l’information ou à l’interaction de chacun, et ce à tel point que nous nous y conformons tous. C’est le cas de tous les « géants » du Web : Google (qui a transformé radicalement le rapport à l’information à travers la recherche), Twitter (en transformant le rapport des internautes à leur production de contenus, entre autres, par un nombre limité de caractères pour s’exprimer), Facebook (qui a profondément transformé le rapport des individus à la socialité, à l’identité et au partage de contenus personnels).

D’un côté, les contenants, les outils, les canaux…

Pour les individus les utilisant au quotidien, ces outils, pensés pour un usage gratuit et personnel, permettent une relative liberté d’appropriation, voire de détournement. Ils y centralisent et échangent à l’envi des contenus issus de l’ensemble du Web pour constituer un contenu éditorial personnel. La seule finalité de ces pratiques individuelles est globalement de publier des contenus comme des « objets sociaux » qui alimentent virtuellement des relations avec d’autres individus (même si le but de certaines de ces relations n’est pas toujours purement « gratuit », mais c’est un autre sujet).

Pour les marques qui n’ont aujourd’hui plus d’autre choix que de communiquer à travers ces médias sociaux, la situation est infiniment plus complexe puisque leurs finalités (se faire connaître, développer ou maintenir leur image, mettre en valeur leurs produits, gagner de nouveaux clients) y est radicalement différente.

Ainsi, on assiste à des tentatives plus ou moins réussies, mais pour le moment toujours expérimentales, d’utilisation de ces outils (ou nouveaux canaux de communication) par des marques qui ne savent réellement ni quoi y faire, ni ce que les internautes attendent d’eux dans ce contexte.

Le conseil spécialisé aujourd’hui apporté aux entreprises dans leur conquête du Web social se limite souvent à un constat effrayant (« vous n’y êtes pas, vous ne savez pas vous en servir, vous allez perdre votre audience ») ou à des gadgets marketing qui s’avèrent être assez dangereux s’ils sont utilisés avec abus (le buzz marketing, le tout-quantitatif, le tout-design). Les grands pouvoirs amènent de grandes responsabilités, comme disait Stan Lee. Cela semble avoir été oublié dans le monde du Web (il serait temps que SuperFacebook s’en souvienne !) et dans celui du conseil et de la communication sur Internet.

Une des responsabilités des experts du Web aujourd’hui serait de proposer des solutions concrètes et viables aux entreprises qui, je le rappelle encore, n’ont pas d’autre choix que d’insérer leurs marques dans ces outils sociaux. Le temps du joli site corporate vendu à prix d’or par des directeurs artistiques de talents, et offert au patron comme une « danseuse », a bien vécu. Les enjeux sont aujourd’hui considérables, voire vitaux, a fortiori dans une période de crise économique globale où la panique cède très souvent le pas à la réflexion stratégique en profondeur. Puisque les chefs d’entreprise tentent au quotidien de tenir la barre en pleine tempête, c’est aux gens qui pensent le Web de trouver les idées qui vont faire que le monde économique développé anarchiquement dans les médias sociaux, devienne mature.

Dans un précédent article, j’ai exposé les différentes problématiques qui s’offrent aux marques pour communiquer sur ces nouveaux canaux du Web social. Aujourd’hui il me paraît important de développer cette notion de contenus de marque spécifiques afin de proposer une amorce de solution pratique. Il paraît en effet impossible de rendre saine et viable la présence des marques dans ces canaux sans partir à la quête de contenus adaptés qui pourraient, en amont d’une stratégie globale, transformer la marque en média, et en aval, servir d’objet social et fédérer une communauté autour de la marque.

À travers cette recherche de nouveaux formats, optimisation des contenus et perfectionnement de l’usage des contenants devraient produire une dynamique pragmatique, économique, mais aussi culturelle (quelles nouvelles esthétiques, quelles nouvelles créations pour ces nouveaux formats ?) de la présence des marques dans les médias sociaux.

… De l’autre, les contenus : à la recherche de formats spécifiques

Pour le moment, l’observation de la présence des marques sur ces canaux permet de repérer deux approches : celle du placage de méthodes du marketing traditionnel, et celle d’un début d’ « éditorialisation » de la marque. Pour beaucoup de marques, il a semblé naturel d’utiliser les médias sociaux pour se « faire entendre » auprès d’un public acquis (fans sur Facebook, followers sur Twitter), sans pour autant maîtriser l’acquisition de nouveaux «auditeurs » et interlocuteurs. Dans une logique de stratégie de marque, cela pose problème, puisque c’est précisément l’acquisition de nouveaux publics qui reste au centre de la logique de développement des entreprises, le maintien de la relation avec une cible fidèle n’étant pas suffisant dans le temps.

Du point de vue des contenus, les recettes traditionnelles du marketing sont simplement adaptées à ces nouveaux outils, et on peut voir des marques utiliser Facebook ou Twitter plus comme un espace d’information (news, nouveaux produits, offres commerciales, soldes…) et moins comme un outil social à proprement parler. Les marques se contentent souvent d’adapter leurs contenus marketing à des outils qui ne sont pas conçus à cet effet. En utilisant les médias sociaux comme porte-voix ou prospectus, l’essentiel des marques passent complètement à côté du véritable potentiel de ces outils. Une promotion ou l’annonce du lancement d’un nouveau produit, publiés sans cohérence sur une page Facebook, ne constituent pas de base pour un dialogue avec une audience, ni des contenus suffisamment intéressants pour êtres partagés.

On peut de moins en moins rétorquer un manque de connaissance des outils, puisque leur utilisation personnelle quotidienne en permet une rapide compréhension. Après observation de leurs comportements sur le Web et un peu d’écoute de leurs retours, on se rend compte que le problème se situe ailleurs que dans la maîtrise d’outils qu’elles s’efforcent, malgré tout, de comprendre.

Pour d’autres entreprises, peut-être mieux conseillées, ou plus visionnaires, les médias sociaux sont devenus le lieu d’une éditorialisation de leurs marques, notamment à travers des réflexes d’utilisation et la production de contenus plus appropriés. Personnalisation et humanisation du dialogue (sensation de communiquer avec une « vraie » personne), début de cohérence des publications, réelles prises de position, certaines marques proposent quelques bonnes pratiques qui restent pour le moment très empiriques ou isolées, mais qui restent encore loin d’une stratégie à proprement parler.

On peut voir apparaître, ça et là, des tentatives de création de « micro-contenus », essentiellement sous forme de vidéos, issus de la tradition virale du marketing online. Sur ce point, il est important de rappeler que toutes les marques ne sont pas égales face à la création et à la production de contenus. Celles qui ont dans leur culture de communication, ou dans leur identité, l’habitude de créer des contenus qualitatifs, ou une facilité pour le storytelling, ont naturellement une longueur d’avance sur les autres. En effet, produire du contenu intéressant (informatif, ludique, artistique, humoristique, politique) et cohérent avec l’identité de la marque n’est pas chose naturelle ou aisée, notamment dans certains secteurs où la culture du marketing et les formats de la publicité classique ont remplacé depuis longtemps l’identité de la marque.

Dans les médias sociaux, les marques sont obligées de s’adapter à des cadres conçus pour des logiques et des comportements individuels. Afin d’amorcer le dialogue, elles doivent « personnifier » un discours longtemps resté monodirectionnel et hégémonique (« je suis la plus belle », « je suis la meilleure », « je suis la plus moderne », « achetez moi »). Une page Facebook, par exemple, propose aux marques et aux organisations diverses un cadre plus approprié que le profil, mais limite considérablement l’expérience sociale des utilisateurs. En individualisant son discours la marque change automatiquement de registre de communication en passant du « moi, je » au « vous et moi ». Afin de développer cette relation interpersonnelle, la marque propose des contenus qui peut la transformer en média, comme chaque individu devient son propre média à travers l’utilisation des outils sociaux (« je publie donc je suis »).

Finalement, le réel enjeu ne réside pas seulement dans le fait d’ « éditorialiser » une marque, mais de savoir quels contenus proposer pour faire de la marque un média cohérent, intéressant, vivant, au sein d’une stratégie globale de communication offline / online. J’avais déjà abordé cette problématique stratégique par ce que j’ai nommé un nécessaire « retour à la marque ». J’ajouterai aujourd’hui que cette stratégie devrait s’orienter à la fois sur les contenus de marque et la façon dont ces contenus peuvent constituer une stratégie éditoriale de marque.

Editorialisation de la marque et nouveaux formats à l’ère du Web social

Du point de vue des outils, on peut déjà constater une tendance à un certain nivellement des fonctionnalités des outils sociaux sur Internet. Par rapport à l’époque de l’avènement du « Web 2.0 » et notamment des blogs, le niveau d’interaction se réduit globalement au « j’aime » de Facebook. On a le choix très simpliste d’une appréciation ou de ne rien dire sur le contenu. En comparaison, les blogs offrent une infinité de possibilités de réactions plus qualitatives que quantitatives, l’implication de l’internaute y est bien plus importante mais finalement plus problématique, puisque réservée à une petite population créatrice de contenus ou souhaitant prendre la parole.

Moins impliquant, rapide et simple, le « j’aime » de Facebook se situe habilement ente le rating et le commentaire, avec une dimension déclarative forte (« moi, j’aime cela »). Avec ses nouveaux développements de normalisation sur le Web, Facebook va généraliser cette pratique de rassemblement déclaratif d’individus autour d’un objet qui devient, de fait, social. Les marques devraient donc bénéficier de cette fonctionnalité sur leurs propres sites, pour leurs messages et leurs produits, mais cela va-t-il leur permettre pour autant de mieux maîtriser le Web social ? Rien n’est moins sûr. Peut-être serait-il intéressant pour le moment d’apprendre aux marques à développer leur propre « langage » sur les média sociaux, notamment à travers leur éditorialisation, au cas par cas.

Pour le moment, c’est comme si on avait d’un côté les contenus (dans le meilleur des cas !), et de l’autre les contenants (les outils). Une manière de lier les deux serait, en amont, de mener une réflexion stratégique profonde sur l’identité de la marque et en aval d’aider les marques à la production de contenus spécifiques pour les articuler dans un discours identitaire et éditorial global.

Dans l’article sur les problématiques des marques face aux médias sociaux, j’avais déjà utilisé la marque Hermès comme exemple. Quand on analyse son approche du Web à travers la notion de contenus, il se dégage quelque chose d’intéressant et de révélateur. Le site de la marque Hermès se divise en deux parties, toutes deux accessibles par une première page « portail » : le site e-commerce d’un côté et le site plus orienté sur l’identité de la marque de l’autre. Il existe de nombreuses passerelles entre les deux parties du site, afin de faciliter l’acte spontané d’achat quand on découvre la marque, et l’éducation au produit quand on souhaite l’acheter.

Si l’on entre dans la partie du site orientée sur l’identité, on voit une mosaïque de contenus proposés par la marque autour de ses produits, son savoir-faire, ses news, etc. Hermès est le parfait exemple de ce que j’avançais plus haut sur une culture de marque naturellement dotée pour la production de contenus. Nous sommes invités à plonger dans la marque, comme le montre le petit bonhomme de l’animation d’ouverture. C’est un pays à découvrir, en amassant des connaissances, en jouant, en s’émerveillant, en se perdant. Cette partie du site d’Hermès présente un parfait exemple d’éditorialisation de marque. Les contenus sont produits en quantité importante, selon une ligne éditoriale qui est celle de l’identité (le temps, le voyage, la famille, la nature, la main humaine, …), des discours de la marque (la fantaisie, l’illustration, le conte, …), et de son interprétation des valeurs du luxe (la transmission, le rapport au temps, la qualité par le savoir-faire, la noblesse des matières,…).

À travers l’exploration de ces contenus variés, la marque propose une expérience Web enrichissante et réussie, mais une expérience fermée. Bien que du point de vue de la création et de l’éditorialisation globale de ses contenus, la marque Hermès ait une longueur d’avance et une leçon à donner aux autres marques, elle ne permet aucune interaction avec les visiteurs du site. Du moins peuvent-ils jouir de ces contenus très riches, mais aucune conversation n’est enclenchée à partir de ces contenus et ils ne peuvent pas les récupérer pour les proposer à leurs réseaux.

Dans un registre différent, certaines marques sont bien présentes dans les médias sociaux, mais ne produisent pas de contenus spécifiques, ou alors par à-coups : une vidéo par ci, un jeu-concours par là, mais aucune stratégie éditoriale ne semble se dégager pour autant. Celles qui s’en sortent le mieux et qui acquièrent le maximum d’audience (ou de fidélité) restent celles qui utilisent les médias sociaux pour mettre en valeur leur notion du service à la clientèle.

Il y a eu dans RWW un article fort intéressant sur cette notion de service mise en avant par KLM à travers les médias sociaux et tous les outils mobiles à sa disposition. De mon côté, j’ai pu constater cette tendance balbutiante chez d’autres marques qui ont aussi une problématique de service. Par exemple, les marques de cosmétiques peuvent proposer une approche intéressante du service puisque beaucoup de la décision d’achat dépend du conseil obtenu en boutique ou sur un corner de grand magasin. Bien que ce conseil ait été récemment supplanté par le bouche-à-oreille (particulièrement sur Internet), cette notion d’écoute et de réponse immédiate fait pleinement partie de la relation qu’entretiennent traditionnellement ces marques avec leur clientèle.

Comme KLM, toutes les marques devraient pouvoir être justement conseillées sur la manière d’éditorialiser leurs pratiques de service, voire sur la manière d’inventer une nouvelle pratique via les médias sociaux, notamment en se demandant « quels sont le ou les service(s) apportés par ma marque ? Quels services ma marque peut-elle proposer ? ». Afin de mener cette réflexion, il faudrait penser la notion de service sur Internet comme un contenu de marque à part entière, avec un format et des discours spécifiquement adaptés à ces contextes. Ce qui peut être intéressant dans la notion de service, pour n’importe quelle marque ayant des services clairement lisibles ou non, c’est que ce concept soit élargi et pensé en terme de « contrat de marque ». Les notions de « service » ou de « contrat de marque » dans les médias sociaux devraient  alors prendre des formes bien spécifiques et développer le langage des entreprises sur Internet.

Finalement, un autre danger pour les entreprises, serait de se plonger dans la piste du « brand content », comme ce fut le cas dernièrement avec le buzz-marketing, sans mener une réflexion stratégique en amont. Tous les contenus de marque ne conviennent pas aux problématiques ou stratégies de toutes les entreprises. Produire des « brand contents » au kilomètre n’aidera pas à maîtriser le sujet des médias sociaux, au même titre qu’un livre d’images ne permet pas de maîtriser une langue étrangère pour lire le journal, d’avoir une conversation enrichissante ou découvrir une culture.

Les contenus qui devraient aller dans ces canaux sont donc encore en gestation, voire à peine à l’état de rêverie, puisque la prise de conscience de ce besoin n’a pas encore eu lieu. Il faut rapidement pousser la réflexion des contenus, en laissant mûrir celle des outils, afin de laisser le temps aux acteurs économiques de trouver leur place dans cette révolution culturelle.

La marque comme média social et culturel

À travers ce questionnement de la production de contenus de marque spécifiques aux médias sociaux sur Internet, il s’agit aussi de la poursuite d’une tradition, celle de la production culturelle des marques à travers leur communication. À l’époque de la publicité reine, entre les années 50 et 90, les marques ont grandement participé à la culture contemporaine, notamment en employant des artistes et des créatifs de tous poils pour la conception de leurs contenus publicitaires et de leurs produits.

Aujourd’hui, les marques sont toujours de puissants vecteurs de production artistique et créative, voire de grands mécènes. Par exemple, une marque comme Absolut Vodka poursuit sa tradition de « mécène publicitaire », depuis les pages de magazines à Internet. On a pu voir récemment en ligne un site dédié à un film inédit de Spike Jonze, spécialement produit par la marque. On est ici en présence d’un « brand content » hautement qualitatif, à l’apport artistique indéniable, et très bien ciblé d’un point de vue générationnel. Cependant, l’expérience proposée par la marque est fermée, puisqu’elle oblige le visiteur à accéder au contenu en sortant des médias sociaux, à travers un site en Flash. Le film lui-même, qui est un court-métrage, ne permet pas sa diffusion virale, tant du point de vue de sa longueur que de son format (le film n’est pas publié sur YouTube, par exemple).

On voit bien que les marques sont toujours force de propositions et de prises de risque lorsqu’il s’agit de communiquer de manière créative sur Internet, mais qu’elles n’utilisent pas suffisamment les médias sociaux pour diffuser des contenus spécialement formatés pour ce contexte (micro-contenus, vidéos courtes, ouverture vers un dialogue, une adhésion ou une participation…). Malgré tout, la recherche se poursuit de manière empirique, comme le prouve l’arrivée d’un nouveau format de photographie de mode pour Internet : le « vidéo-shooting ». Il semblerait que la tendance du shooting vidéo soit aujourd’hui une réelle déferlante et que ce soient les marques, et non pas les magazines, qui en produisent le plus.

Au-delà du brand content et du Web marketing, il s’agit avant tout une d’une évolution culturelle entraînée par le besoin économique des marques à communiquer là où se trouve son audience. À plus d’un titre, il s’agit même plus d’une révolution que d’une évolution : dans la manière de la marque à communiquer (à émettre des signes, des messages), dans la manière d’interagir et de dialoguer avec ses prospects, ses consommateurs et bientôt, avec les autres marques, dans son rôle d’acteur culturel, en plus de celui d’acteur économique. Et puisque à l’ère du Web social on parle beaucoup de transparence, il est aussi important de noter que les évolutions des marques dans leur changement de culture digitale font déjà, et vont faire de plus en plus, l’objet d’observations, de critiques et d’analyses. Chaque avancée, chaque tentative se fait directement sous le regard des utilisateurs, des fans, des communautés qui ont pris pour habitude de prendre la parole. Ces métadiscours critiques deviendront, de plus en plus, une part importante de l’image de la marque. Les entreprises devraient prendre cette nouvelle conséquence en compte, mais cela est un autre sujet.

En produisant et en publiant des contenus en cohérence avec une stratégie éditoriale spécifique, les marques pourront devenir des médias sociaux qui feront le lien entre marketing, prise de parole, création et engagement (engagement de service, engagement humanitaire ou artistique). Comme dans beaucoup de cas, ce sont des acteurs économiques qui devraient pousser les médias sociaux vers un nouvel âge d’Or, celui des contenus de marque en particulier, et par extension, celui des contenus Web, en général.


Audrey Bartis est sémiologue, théoricienne de l’art et consultante en stratégie de marque. Elle est responsable de la stratégie identitaire et créative de marque pour Various Content. Sur RWWfr, elle publie des articles sur la communication des marques sur Internet et sur les arts numériques.

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http://fr.readwriteweb.com/2010/06/01/analyse/contenus-de-marque-brand-content-nouveaux-formats-nouveaux-contenus/feed/ 29
Et toi, tu télécharges ? http://fr.readwriteweb.com/2010/05/20/nouveautes/toi-tu-tlcharges/ http://fr.readwriteweb.com/2010/05/20/nouveautes/toi-tu-tlcharges/#comments Thu, 20 May 2010 06:30:35 +0000 Alban Martin http://fr.readwriteweb.com/?p=8575

et-toi-tu-telecharge-alban-martinComme le relatait Numerama au début du mois,  58 % des spectateurs interrogés dans l’étude Médiamétrie pour Allociné ont au moins une fois téléchargé illégalement ou obtenu de manière illicite une copie de film (ou de série TV). Cet usage général se confirme encore plus chez les 15-24 ans, où la proportion de « pirates » atteint les 84,2 % dans cette tranche d’âge. En terme d’usage donc, poser la question « et toi, tu télécharges ? » en 2010, c’est un peu comme demander « et toi, t’es sur Facebook ou pas ? ». Ou bien se demander entre professionnels du cinéma « et toi, tu vas à Cannes cette année ? ».

Cet usage illégal et généralisé est-il préjudiciable ou non à l’industrie cinématographique, notamment aux producteurs et aux distributeurs ? Difficile, à première vue, de pencher pour le manque à gagner quant on sait que 2009 est une année record pour le nombre de places de cinéma vendues depuis 1982 avec 201 millions d’entrées en France. Il est également intéressant de noter qu’une majorité des spectateurs les plus assidus téléchargent (58%).  Mais on pourrait répondre que le ralentissement des ventes de DVDs, ainsi que le non décollage de la Video à la demande sur PC, trouvent leurs sources dans la concurrence du gratuit au sens large du terme (légal et illégal).

Et si la question du lien de cause à effet entre le piratage de films et la santé de l’industrie cinématographique menait à une impasse ? Ainsi à la question « dans le cinéma français, y a-t-il aujourd’hui des films qui ne sont pas tournés à cause du piratage? », Nicolas Seydoux, porte-parole de l’industrie cinématographique, répondait  : « Au 1er novembre 2009, non, parce que le piratage est un risque supplémentaire, par rapport au risque de se dire “je fais ou je ne fais pas ce film” ; ce n’est pas encore le piratage qui fait qu’il ne se fait pas »

Le seul impact que l’on puisse trouver de la démocratisation du piratage sur le fonctionnement de l’industrie cinématographique est une accélération du rythme d’innovation de cette dernière, afin justement de rester étanche aux autres impacts, tels que la filière musicale a pu les ressentir par exemple :

  • influence et impact grandissant sur le marché musical des acteurs de l’édition de logiciels  (à titre de comparaison, qui a entendu parlé de l’ouverture de l’Itunes Movie Store en France le mois dernier ?)
  • ringardisation, et donc baisse durable de la valeur apportée par le format CD (alors que pendant la durée de vie du CD, la VHS, le DVD,  le Blue Ray, et maintenant le Blue Ray 3D se sont succédés pour éviter cet effet)
  • transfert de valeur de l’objet CD vers les concerts et les produits dérivés, historiquement exclus des deals passés par les maisons de disque (à titre de comparaison, la filière cinématographique garde au maximum l’exploitation en salle au centre de son modèle économique, et inclus depuis bien longtemps les produits dérivés dans le calcul de rentabilité d’une oeuvre)
  • concurrence des écrans et des formats : sonneries, MP3, versus CD et DVD (alors que les œuvres dîtes transmedia se multiplie dans l’univers audiovisuel et cinématographique, intégrant d’emblée une expérience multi-écran complémentaire)

A l’inverse de la filière musicale, le rythme d’innovation de l’industrie cinématographique, tant sur les contenus que sur les technologies qui les supportent, la rend donc indépendante du piratage de ces œuvres. Pour preuve la réaction à  la concurrence qui aurait pu naître entre l’écran web, la télévision, et les salles de cinéma : l’industrie aurait pu être tentée de réduire les différentes fenêtres d’exploitation liée à la sortie d’un film en salle face à mise à disposition de ses œuvres sur les réseaux peer to peer au mieux en même temps que la sortie dufilm. Le réalisateur Steven Soderbergh milita même dans ce sens, expliquant que  « Les sorties simultanées [multi-écrans] existent déjà ; cela s’appelle le piratage ». Il réalisa ainsi une sortie multi-écran de son film Bubble, pour finir par se rendre compte qu’il réduisait ainsi grandement ses marges de manœuvres pour rentabiliser son oeuvre. Finalement, la stratégie d’innovation choisie par l’industrie cinématographique est tout à fait autre :

1) 3D pour se demarquer

La filière toute entière, depuis les scénaristes jusqu’aux distributeurs, a décidé de redonner une place centrale et vraiment différentiante à la sortie en salle par rapport aux autres écrans, au travers de la 3D ; Signe d’une vraie tendance de fond, l’industrie du X s’y met aussi. Le temps d’équiper tous les foyers en home 3D cinema, voilà une dizaine d’années de gagnée pour toute la filière. Ensuite, qui sait si une nouvelle technologie ne permettra pas de redonner un coupe d’avance (l’hologramme ?)…

2) Une nouvelle fenêtre d’exploitation…en plus !

Au lieu de réduire ses marges de manœuvre en aval de la sortie du film (en réduisant les fenêtres d’exploitation ou via la sortie multi-écran), l’industrie cinématographique se créé de nouvelles fenêtres en amont de la sortie en salle. Le crowdfounding, sur le modèle de peopleforcinema ou touscoprod, permet de créer une audience, monétisable qui plus est, au stade du simple scénario. L’expérience devrait être poussée à son paroxysme avec we-are-producteurs, promettant à l’audience en devenir de suivre et d’interagir avec l’œuvre à toutes les étapes de sa conception, plus d’un an et demi avant sa sortie.

3) La complémentarité des écrans avec les récits transmedia

Enfin le principal métier d’Hollywood de « raconteur d’histoires » est en pleine ébulition pour s’adapter à la nouvelle donne technologique. Les récits transmedia, effectuant des rebonds d’un écran à l’autre (voir par exemple le marketing transmedia de The Dark Knight),  et intégrant la multiplicité des écrans comme terrain de jeu pour l’auteur et le spectateur, sont de précieux remparts à la ringardisation du support de l’oeuvre. « Pirater une œuvre transmédia » n’a pas de sens, d’une part car seul un écran à la fois est « piratable », et d’autre part car ce nouveau genre d’œuvre se vit ou « s’expérimente » plutôt qu’il ne se regarde.

A la lumière de ces trois éléments, le seul impact qu’il semble possible d’établir aujourd’hui entre le piratage et l’industrie cinématographique est bien le rythme d’innovation de cette dernière, qui se rapproche dorénavant plus de celui du secteur des nouvelles technologies, que du domaine culturel !  Mais sans doute est ce le prix à payer pour éviter que le piratage n’ait trop d’emprise sur elle…

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(1) Propos tenu dans l’émission Envoyé Spécial, « Cinéma et musique sur Internet, la fin des hors-la-loi ? », France 2, jeudi 19 novembre 2009

(2) « Thinking outside the box office », Wired magazine, décembre 2005.

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Liberty in a box http://fr.readwriteweb.com/2010/05/17/a-la-une/liberty-box/ http://fr.readwriteweb.com/2010/05/17/a-la-une/liberty-box/#comments Mon, 17 May 2010 06:28:58 +0000 Fabrice Epelboin http://fr.readwriteweb.com/?p=8477

delacroixL’apparition de solutions ou de projets de solutions de réseaux sociaux décentralisés soulève un problème plus délicat : le hardware.

Une solution comme Diaspora ne pourra être adoptée à large échelle que si chacun confie à nouveau son identité à un service centralisée ou met en place à la maison un serveur. Un rêve de geek, inaccessible pour Madame Michu, mais qui se présente aujourd’hui non plus comme une approche philosophique de l’internet, telle que la prêche depuis longtemps des figures comme Jean Michel Planche, mais également comme une condition sine qua non à un avenir où les utilisateurs seront enfin au contrôle de leur vie privée.

Notre beau pays – la France – est un tiers monde pour ce qui est de l’économie numérique, mais nous avons pourtant des atouts certains qui prennent, du coup, la forme d’un carré d’As : notre fameuse infrastructure, l’une des meilleures du monde, composé de réseau haut débit accessibles à une large partie de la population, et gérée par un quarteron de fournisseurs d’accès à internet qui ont tous adopté la même solution : la box.

9box

La box est une petit ordinateur, très rudimentaire par rapport à un PC de gamer, mais suffisant pour faire tourner un logiciel appelé à devenir un nœud dans le maillage complexe des réseaux sociaux décentralisés de demain.

Les codes de ces nouveaux systèmes de réseaux sociaux décentralisés étant ouverts, il ne reste plus qu’à trouver des box ouvertes elles aussi, or justement, SFR/9 vient d’ouvrir le code de la sienne, ouvrant par la même occasion la perspective d’y voir tourner un jour des logiciels comme Diaspora, connectés à l’internet 24h/24 et 7j sur 7, depuis son salon.

Free, qui vient de se voir ravir le titre de challenger, et bientôt celui de la coolitude geek, ne pourra pas résister longtemps à l’ouverture de la sienne. A eux deux, cela fait 9 millions d’internautes français qui pourraient rejoindre un tel réseau. Il ne manque qu’un installeur qui fonctionne en un clic, et le tour est joué (la réalité technique est plus complexe, mais pas de quoi effrayer une bande de hackers habitués à détourner des objets technologiques bien plus exogènes).

Même France Télécom pourrait s’y mettre, sans doute pas en ouvrant son code, mais pourquoi pas en proposant d’héberger dans ses box ces même logiciels et en misant sur l’inconscience de ses utilisateurs, prêt à confier leur identité à une boite noire contrôlée par une société connue pour traiter l’être humain de façon… discutable, c’est le moins que l’on puisse dire.

Accessoirement, Fon et ses Foneras pourrait voir là une nouvelle jeunesse, du point de vue de sa communication et de sa marque, autant dire qu’ils sont prêts depuis longtemps (Free aussi, d’une certaine façon, malgré de sérieux couacs ces derniers mois).

fon-liberty

Diaspora est sous licence aGPL, c’est un point essentiel à mettre dans la balance dans le choix d’une solution technique. Cette licence, contrairement à une GPL classique, interdit de modifier le logiciel sans en reverser le code, même dans le cas d’un webservice (c’est là où la GPL est défaillante). Cela offrirait un minimum de garantie en cas d’hébergement au sein d’une boite noire qui n’appartient pas à l’utilisateur (ce qui ferait de ce logiciel un service).

La France cumule ici de nombreux atouts : un des pays les plus dynamiques au monde sur le terrain du logiciel libre, une infrastructure haut débit solide, un parc constitué presque exclusivement de box, des fournisseurs d’accès qui se battent pour trouver des éléments différentiants et pour être au niveau les uns des autres, et un esprit contestataire profondément ancré dans sa culture qui lui fait sérieusement douter du bien fondé de confier son identité à Facebook.

Se pourrait-il que nous puissions être un territoire d’innovation majeur pour les réseaux sociaux de seconde génération ?

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zeroW, le premier digital media sans site web ! http://fr.readwriteweb.com/2010/05/10/prospective/zerow-premier-digital-media-sans-site-web/ http://fr.readwriteweb.com/2010/05/10/prospective/zerow-premier-digital-media-sans-site-web/#comments Mon, 10 May 2010 06:15:55 +0000 Michel Levy Provençal http://fr.readwriteweb.com/?p=8389

zerowDepuis mars dernier le trafic de Facebook a dépassé celui de Google. Les réseaux sociaux en général et Facebook en particulier sont alors devenu des enjeux importants pour la presse.

De plus en plus de sites media adoptent des « stratégies de pollinisation ». Se multiplient donc les comptes Twitter et pages fan Facebook au nom de ces medias, mais aussi au nom des thématiques les plus porteuses (le sport, la politique, le people, la culture…). Le meilleur exemple reste celui du HuffingtonPost qui propose toute une série de « connecteurs sociaux » à ses lecteurs. Il réussit ainsi à constituer son propre « graphe social » plutôt que de le céder sans contrepartie à Facebook et Twitter.

Jusqu’où ira cette tendance? Pourrait-on imaginer que les sites de media finissent par être totalement absorbés par ces plateformes sociales? Certains le pensent à l’instar de Vadim Lavrusik digital journalist au New York Times.

Mais creusons cette piste sur un cas concret et voyons à quoi pourrait ressembler un tel media. Imaginons un journal qui s’appellerait zeroW. La stratégie de zeroW sur Internet est de ne pas avoir de site web ! Seul subsisterait un nom de domaine (zeroW.com), auquel serait associé une simple carte de visite virtuelle comportant l’ensemble des coordonnées de zeroW sur les différents réseaux sociaux. Les contenus audio, video, images et textes, qu’ils soient produits ou seulement sélectionnés depuis des sources externes, seraient donc postés dans des espaces dédiés sur ces différents réseaux sociaux : par exemple, des vidéos et des diaporamas sonores sur Youtube, des textes, contenus multimédias et images sur Facebook et Twitter, des débats animés sur des forums de discussions hébergés sur Yahoo, Facebook, Google… La règle d’or à respecter serait de ne rien héberger sur le domaine zerow.com !

Les objectifs de zeroW sur Internet sont simples :

- ne plus avoir une toute petite parcelle d’internet comme espace de publication mais l’internet tout entier
- se concentrer sur l’audience et utiliser au maximum les mécanismes viraux
- diminuer drastiquement les couts (notamment les couts techniques)
- jouer la carte de l’innovation en étant le premier media de ce type
- accumuler la base de contacts (fans Facebook, followers twitter, mailing-list Yahoo – Google, etc…)
- capitaliser sur la marque véhiculée systématiquement dans chaque contenu dispersé (logo, djingle)

… et surtout valoriser cet actif en proposant des produits et services à haute valeur ajoutée via ces nouveaux canaux

L’idée est donc de jouer à fond la carte de la pollinisation tout en diminuant drastiquement les côuts de fonctionnement. Parmi les produits et services proposés on pourrait trouver :
- des éditions hebdomadaires ou mensuels payantes sur iPad & iPhone
- un magazine papier en série limitée, à la facture soignée et au côut élevé
- la création et la monétisation de l’accès à un club au nombre limité de membres (ces derniers se verraient proposer des services et produits exclusifs)
- l’organisation d’événements payants réservés seulement aux membres du club
- etc…

A ma connaissance zeroW n’existe pas encore, mais je suis prêt à parier cher que dans moins d’un an plusieurs media utiliseront ce modèle pour se développer.

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Le web social et ses conséquences (interview RSR) http://fr.readwriteweb.com/2010/05/08/analyse/web-social-ses-consquences-interview-rsr/ http://fr.readwriteweb.com/2010/05/08/analyse/web-social-ses-consquences-interview-rsr/#comments Sat, 08 May 2010 08:05:02 +0000 Fabrice Epelboin http://fr.readwriteweb.com/?p=8369

rsr-logoDeux interviews pour le week end, faites à la Radio Suisse Romande avec Miruna Coca-Cozma dans l’émission Médialogue sur les conséquences sociale d’un web des les usages sociaux sont de plus en plus dominant, et un focus à plus court terme sur l’irruption de Facebook dans l’univers des média où ils promet de devenir rapidement un élément stratégique essentiel.

Le web qui nous lie

Facebook tout puissant

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Facebook changera-t-il le paradigme du visiteur unique ? http://fr.readwriteweb.com/2010/05/03/a-la-une/facebook-changera-t-il-le-paradigme-du-visiteur-unique/ http://fr.readwriteweb.com/2010/05/03/a-la-une/facebook-changera-t-il-le-paradigme-du-visiteur-unique/#comments Mon, 03 May 2010 06:10:52 +0000 Fabrice Epelboin http://fr.readwriteweb.com/?p=8304

facebook-visiteur-uniqueGoogle, malgré de nombreux efforts, n’a jamais réussi a devenir un acteur majeur du web social. Mais il faut lui reconnaitre une chose, il est le maitre absolu du web 1.0, celui de l’information, le fameux « formidable moyen d’accès à l’information », un paradigme construit dans les années 90 et encore largement exploité aujourd’hui.

Parmi les axiomes mis en place par le web 1.0 : le visiteur unique. Cette mesure obscure – pas toujours cohérente d’un outil de mesure à l’autre – indique le nombre d’internautes venus sur un site, au moins une fois, sur une période données (généralement un mois). Que vous surfiez sur lemonde.fr tous les matins au petit déjeuner, ou que vous y rendiez plus ou moins par hasard un fois par mois, à l’occasion d’un lien sur un agrégateur comme Google News, cela ne fera aucune différence aux yeux de ce mode comptable. Cela revient à comptabiliser, dans la même colonne, un lecteur qui aura jeté un œil négligent sur la Une du Monde dans un kiosque à journaux, et un abonné fidèle.

Cela semble fou, mais toute l’économie du gratuit dans l’industrie du contenu est bâtie sur cette comptabilité bancale. Est-il surprenant, dès lors, que les résultats économiques ne soient pas au rendez-vous ? Les annonceurs ont-il conscience de l’absurdité d’une telle unité de mesure pour décider de leurs investissements ?

Cette mesure peut-elle être corrigée d’une quelconque façon par d’autres mesures connexes, comme le temps passé en moyenne sur une page, le rapport avec le nombre de pages vues, ou autre chose ? En aucun cas. Il faut se rendre à l’évidence : le paradigme de base qui a tenté de remplacer (pour ne pas dire calquer) la mesure de la diffusion de la presse papier n’a absolument aucun sens, et comme toute l’économie de l’information (à l’exception de l’information payante) est construite dessus, il y a fort à parier que l’une des voies de la sortie de crise de la presse en ligne passe par la révision des fondamentaux, en particulier des outils de calculs de la valeur de l’information. Après tout, c’est la mode, et c’est tout de même bien moins grave que les outils financiers sur-mathématisés qui ont donné les subprimes.

Mais ce changement de paradigme sera lourd de conséquences, bousculera les classements, tous ne s’en sortiront pas.

Que dire d’un grand quotidien, dont les ventes papier dépassent péniblement les cent mille exemplaires, et qui affiche ses visiteurs uniques en millions de lecteurs, si ce n’est que l’on est probablement face à une bulle ? Comment interpréter le différentiel de croissance sur les sites d’info – +30% – avec celui de la pénétration de l’internet sur la même période : 13%. La raison pousse à croire que les outils de mesure sont biaisés, qu’ils ne mesurent, en réalité, pas grand chose, en tout cas rien qui ne permette de construire, avec une quelconque sérénité, un modèle économique. Il en restera toujours pour imaginer de savants calculs permettant de démontrer que deux carrottes et trois choux fleurs font sept betteraves, mais même ceux-là seront bien obligés d’admettre que l’addition, au final, ne pèse par lourd en euros.

Les subprimes du web de l’information

Comme à chaque fois qu’un outil mathématique sert d’indicateur de succès, le jeu consiste à modeler ses produits de façon à en tirer parti. De la même façon que les ‘derivative‘ et les subprimes ont donné naissance à une cohorte de produits financiers contenant l’erreur originelle, le ‘visiteur unique’ a infecté l’ensemble de l’économie des contenus et a profondément impacté le ‘produit information’. La salle de presse est devenue une machine à engranger du visiteur unique, avec toutes les dérives que l’on connait, sacrifiant au passage des composantes fondamentales du métier de journaliste. Cette infestation par la dictature du buzz a touché tout ce qui ressemble de près ou de loin à de l’information : pour avoir le moindre espoir d’être rentable, et donc de survivre, elle doit faire du ‘hit’, engranger son lot de visiteurs uniques, augmenter ce score, devenu – en dix ans – le principal indicateur des annonceurs et des média.

Les dérives sont nombreuses, et régulièrement dénoncées. Journaux autrefois respectables donnant dans le blog putassier dans le seul but de redresser des chiffres d’audiences jugés trop faibles pour attirer les annonceurs, avec des incidents de parcours parfois cocasses, comme ‘la rumeur‘. Personne ne s’étonne plus de l’agrégation, au sein d’un Groupe, des audiences de sites n’ayant absolument aucun rapport les uns avec les autres, afin de masquer une audience, là encore jugée trop faible, de ce qui fut naguère le titre phare de la maison…

Les multiples ‘montages’ et tricheries sont plus primitifs que ceux imaginés par les experts du monde de la finance, mais relèvent de la même intention : booster les chiffres affichés par les outils de mesure, quitte à faire n’importe quoi avec le produit, au risque de voir l’ensemble s’effondrer, tôt ou tard.

Principal accusé dans cette bulle du visiteur unique : Google. La firme de Mountain View est l’agneau sacrificiel préféré de la presse, qui sans forcément avoir identifié les tréfonds du problème auquel elle est confrontée, se doute que le problème n’est pas loin. Si ce n’est toi, c’est donc ton frère. Or, en l’occurence, Google n’y est pour rien, c’est bien son frère le responsable : le web de l’information, sur lequel il reigne en maitre.

En faisant passer l’information de la forme journal – une série d’article packagés – à une forme liquide – une immensité d’articles disparates -, le web de l’information a tué le journal aussi surement que la musique numérique a tué l’album. L’outil de mesure du visiteur unique tente de masquer le problème, d’où la bulle, qui, jusqu’à son explosion imminente, n’a que deux conséquences : la baisse du tarif publicitaire sur le web et la course au visiteur unique pour tenter de compenser cette dernière. Les choses n’étant pas élastiques à l’infini, et le nombre d’internautes forcément limité, la catastrophe est dès lors inévitable.

Cette catastrophe, que vit dans sa chair la presse du monde entier, est celle d’un web de l’information qui a allègrement confondu audience et lectorat, et qui a trop souvent négligé l’idée que l’audience de demain était plus proche d’un autre concept courant sur internet, celui de communauté (avec toutes les lourdes conséquences que cela a, là aussi, sur le journalisme). Elle est due, bien plus qu’à Google, à des outils mathématiques biaisés, sur lesquels s’est construit une large partie de l’économie numérique, en particulier l’essentiel de celle qui touche à l’information en ligne.

Sortie de crise

Il y a plusieurs issues possibles à cette crise. La plus évidente est de continuer : course effrénée à l’audience, réduction des coûts de production de l’information, et refonte des produits afin de les rendre les plus efficaces possibles dans cette course. Le canon à dépêches n’est qu’une étape dans cette course, demain, la mitrailleuse, après demain, le napalm, tôt ou tard, la bombe atomique. Certains pourront, sans aucune doute, y trouver un modèle économique, mais peu y arriveront, et le journalisme est sûr d’y laisser ses plumes.

Le second est celui envisagé quasi-unanimement par la presse aujourd’hui : le retour au payant. Sans s’attarder sur ce point, ni même sur son Veau d’Or, l’iPad, il est là aussi peu probable que tous y trouvent leur compte. Deux générations se sont fait à l’idée du gratuit, et changer leurs habitudes ne sera pas aisé (en France, le conservatisme n’est pas l’apanage des vieux). Une presse qui s’imagine que la solution tient au changement de support et à la mobilité, sans pour autant remettre en question la façon dont elle traite l’information, un lectorat habitué à picorer dans une multitude de publications son information, là où les générations précédentes donnaient toute leur confiance à un ou deux supports pour leur apporter une vue globale… Les obstacles sont nombreux, et tous, là encore, ne pourront pas trouver refuge dans cette voie.

Le troisième enfin, est le retour aux fondamentaux, et la remise en question de la dictature du Visiteur Unique, sans pour autant passer par le visiteur payant (qui en France, s’annonce rare, la crise de confiance entre la presse et ses lecteurs étant plus aiguë qu’ailleurs). Pour cela, il faudra passer du paradigme du visiteur à celui de la communauté, ce que fort peu ont fait jusqu’ici. Cette dernière stratégie consiste bel et bien à fusionner le web de l’information avec le web social, et à trouver dans ce dernier des indicateurs susceptibles d’attirer de nouveaux annonceurs, sur une offre et une grille de tarifs sans commune mesure avec ce qui était pratiqué à l’époque où l’on confondait allègrement le surfeur curieux avec celui, fidèle, attaché, voir impliqué, qu’une marque média peu légitimement prétendre ‘influencer’.

Après Google, Facebook

C’est là que Facebook entre en scène. Même s’il ne pèse pas encore bien lourd face au géant Google dans l’apport de lecteurs pour un média, il convient de pondérer cela par une décénie de ‘Search Engine Optimisation’, et de ‘Search Engine Marketing’, qui n’ont guère fait que plonger les média dans l’abîme économique du visiteur unique. Grâce (ou à cause, c’est selon) Facebook, les média peuvent enfin espérer rattraper leur retard sur le web social. En y intégrant ses fonctionnalités, ils peuvent non seulement espérer attirer un lectorat plus intéressé par leurs contenus (ce dernier étant prescrit par leurs amis), mais également les intégrer dans une vraie communauté, et en faire des visiteurs récurrents (et pas uniques).

Parfaitement renseigné sur leurs goûts, leurs habitudes, leurs réseaux d’amis, leur localisation, et moultes détails naguère privés, Facebook sera en mesure de valoriser l’espace publicitaire d’une façon bien supérieure à ce qui se pratique aujourd’hui. Il y a même fort à parier que cette publicité sera infiniment plus sophistiquée, personnalisée et intégrée aux média qu’elle ne l’a jamais été. Imaginez, pour peu que Facebook dispose de suffisamment d’informations (géolocalisation, statut marital, nombre d’enfants, extrapolation sur les revenus, données qu’il est en mesure de détenir sur ses membres), ce à quoi pourrait ressembler un publirédactionel entièrement personnalisé sur l’immobilier, par rapport à celui, sponsorisé par le Crédit Foncier, proposé aujourd’hui par Le Monde. Le nombre de ‘leads’ envoyé par le média vers l’annonceur serait non seulement bien plus grand, mais ceux-ci seraient infiniment mieux qualifiés, rendant bien plus facile la transformation, une fois les prospects dans les mains de l’annonceur. Un tel espace publicitaire peut générer bien plus de valeur que tout ce qui pourra être construit sur le paradigme du visiteur unique.

Pour le média, la communauté des lecteurs pourrait affiner ses gouts, au fur et à mesure de leurs visites, et se voir proposer un média de plus en plus personnalisé, rendant la relation au lecteur de plus en plus proche. Revers de la médaille, ces données de personnalisation étant liées au profil et appartenant à Facebook, n’importe quel média pourra en profiter pour, lui aussi, construire sa relation avec ces même lecteurs (oui, tout n’est pas rose).

Cette troisième voie s’ouvre aujourd’hui non seulement aux média, mais également aux annonceurs, tout comme à l’ensemble des éditeurs de sites web. Si le pari de Facebook est réussi, son impact sur le web sera tout aussi grand que celui qu’a eu en son temps Google, c’est dire s’il sera conséquent. Tout comme les dérives du web de l’information qui a donné cette bulle sur le point d’exploser, ce web ’3.0′ aura les siennes, car cette alliance du web de l’information et du web social, soudés par le web sémantique, sera contrôlé par Facebook, une société connue pour son irresponsabilité et qui a, à plusieurs reprises, changé de façon radicale sa politique de confidentialité, sans jamais en assumer les conséquences.

Le timing est donc – relativement – simple, soit Facebook se plante, ce qui ne semble pas être la cas pour l’instant (on se souvient de la montée de boucliers face au projet Beacon, rien de comparable pour l’instant), soit il réussi, et dans ce cas, la course est déja engagé pour savoir qui, dans le web de l’information, seront les vainqueurs du web social et sémantique de demain.

Au passage, le fait que Facebook ait procédé en deux temps, annonçant l’ouverture de ses données autrefois privées en novembre dernier, pour révéler ce qu’il comptait en faire cinq mois plus tard, montre bien qu’ils ont tiré les leçons des échecs du passé. Si Facebook avait procédé à ces deux annonces coup sur coup, les protestations auraient probablement eu raison de son initiative.

Le mécontentement – parfaitement légitime – contre cette nouvelle politique de Facebook sentent aujourd’hui la naphtaline (cinq mois, sur internet, c’est une éternité), les geeks et les analystes avertis se sont pour la plupart fait une raison, ils ont dors et déjà fait évoluer leurs usages de Facebook, voir l’on carrément quitté, reste que cette aristocratie du web n’a plus aujourd’hui l’impact qu’elle pouvait avoir hier, le web s’est massifié, et même si on peut le regretter, tout semble indiquer que Facebook est sur le point de remporter son pari.

Si vous éditez un site web, et que celui contient de l’information, les conséquences sont phénoménales. Vous voilà avertis.

(photo CC-by de Laughing Squid)

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http://fr.readwriteweb.com/2010/05/03/a-la-une/facebook-changera-t-il-le-paradigme-du-visiteur-unique/feed/ 29
Le nouveau Facebook : un guide complet pour les éditeurs, les annonceurs, les utilisateurs et la concurrence http://fr.readwriteweb.com/2010/04/26/a-la-une/nouveau-facebook-guide-complet-les-diteurs-les-annonceurs-les-utilisateurs-concurrence/ http://fr.readwriteweb.com/2010/04/26/a-la-une/nouveau-facebook-guide-complet-les-diteurs-les-annonceurs-les-utilisateurs-concurrence/#comments Mon, 26 Apr 2010 06:15:02 +0000 Fabrice Epelboin http://fr.readwriteweb.com/?p=8232

f8Facebook a secoué le monde des technologies en annonçant une série d’innovations majeures qui constituent, prises dans leur ensemble, un mouvement destiné à faire du web tout entier un web social et sémantique. Les rumeurs faisait état d’un simple bouton ‘Like’ : en lieu et place, Zuckerberg et son équipe ont révélé une nouvelle plateforme ambitieuse que l’on ne peut pas ignorer.

Les constituants de cette plateforme dessinent la vision d’un web social, personnalisé et sémantique, qui a été discuté par tous les spécialistes depuis que del.icio.us a lancé le web 2.0 en 2004. La vision de Facebook est à la fois minimaliste et globale, mais ne vous y trompez pas : son intention est bien de réduire à néant la concurrence, et d’utiliser ses centaines de millions d’utilisateurs pour prendre d’assaut le web tout entier.

Que l’on aime ou pas Facebook, il est important de comprendre ce que signifie cette évolution, ses conséquences sur les utilisateurs de Facebook, les éditeurs de sites web, le monde de la publicité, la concurrence et, bien sûr, Facebook lui même. Dans ce (long) billet, nous allons tenter, Alex et moi, de résumer les annonces de Facebook et d’anticiper les conséquences qu’elles auront sur les différentes acteurs du web d’autjourd’hui.

L’Open Graph de Facebook

Commençons par un aperçu rapide des nouveautés introduites par Facebook lors de la dernière conférence F8. Nous avons délibérément laissé de coté la monnaie virtuelle annoncée par Facebook, nous y reviendrons dans un prochain billet, mais vous vous en doutez, là aussi, l’introduction d’une monnaie sur un territoire de plus de 400 millions d’habitants n’est pas quelques chose d’anodin et sans conséquences.

Les widgets pour éditeurs

L’offre de Facebook consiste en une collection de plugins (ou plutôt de widgets au sens où l’on entend ce mot en France, des petits morceaux de fonctionnalités que l’on peut aisément ajouter à un site existant), un langage de marquage sémantique, et une API pour développeurs (pas de panique, on va tenter d’être clair).

Les widgets “Login with Faces” et “Facepile” : les plus simples des widgets pour éditeur améliorent Facebook Connect, devenu depuis son lancement l’une des méthodes les plus populaires qui soit pour se connecter à un site web simplement. Ils rendent facile et agréable l’identification sur un site tiers avec son compte Facebook, et montrent les avatars de vos amis qui sont déjà membres du service.

Les boutons “Like” et la “Likebox” qui va avec : ces widgets ajoutent la possibilité de placer un bouton de recommandation Facebook (“Like”) sur n’importe quel contenu – typiquement une page web. Chacun peut être customisé avec un marquage sémantique, décrit plus loin, mais à la base, leur but est d’amener les utilisateurs à recommander un contenu, ce qui en publira le lien dans leurs flux Facebook, le stockant au passage de façon permanente sur leurs profil. Ce lien sera également partagé et apparaitra dans le flux de leurs amis, créant ainsi du trafic vers vos contenus.

Les widgets “Activity Feed” et “Live Stream” : ces widgets montrent l’activité qui a lieu sur le site. Les flux d’activité listent les commentaires récents faits sur Facebook à propos de vos contenus et les recommandations, le « live stream » montre une vue en temps réel, qui ressemble à un chat, c’est plutôt destiné aux évènements en direct.

Le widget “Recommandations” : ce widget affiche des recommandations personnalisées basées sur le réseau social de chacun de vos visiteurs, il prend également en compte l’avis global de la communauté Facebook à propos des contenus de votre site. Son but est de faire rebondir vos visiteurs sur d’autres contenus au sein de votre site et d’accroire la ‘stickiness’ de celui-ci.

Le marquage sémantique

Facebook a lancé un langage de marquage sémantique simple, basé sur le RDF, qui rendent ces plugins intelligents et conscients du contexte non plus simplement social dans lequel ils s’affichent, mais qui leur permettent de prendre en compte le contenu autour duquel a lieu l’interaction sociale.

Pour aller vite, le marquage des contenus donne la possibilité aux éditeurs de spécifier quels objets sont présents dans ses pages : un film, un livre, un chanteur, un événement, une équipe de foot, etc. Cela permet de mettre en œuvre de la sémantique, c’est à dire une compréhension par cette technologie que le visiteur ne fait pas qu’interagir avec une page web, mais qu’il est en train de regarder, de commenter ou de recommander une chose en particulier. Le langage sémantique classe les objets en catégories comme les livres, les films, la musique, etc., et ouvre la voie à une multitude d’applications, en particulier des systèmes de recommandations personnalisés.

Plus important encore, ce langage de marquage sémantique aide Facebook à relier les internautes ayant un intérêt commun à travers différents sites web. Si Pandora et Last.fm annotent une page concernant les Beatles à l’aide du langage sémantique de Facebook, les visiteurs pourront ainsi voir leurs amis qui aiment les Beatles sur tous les sites utilisant ce langage dès que cela sera approprié.

C’est d’une importance capitale, car ce genre de données concernant vos amis est jusqu’ici dispersée à travers de multiples sites. Auparavant, Facebook faisait apparaitre ces informations dans les flux de chacun sans en extraire quoi que ce soit d’utile, désormais, les goûts de vos amis en matière de sport, de musique, de littérature ou de cinéma seront stockés de façon permanente sur leurs profils, et disponibles pour être mis en contexte à travers le web tout entier.

La nouvelle API

La nouvelle API de Facebook est élégante et puissante. Elle rend aisé l’accès aux informations des utilisateurs (avec leur autorisation, bien sûr) tels que les informations de leur profil, leurs amis, etc. Les appels utilisent REST, les réponses JSON. L’authentification est basée sur le protocole OAuth 2.0, et rend aisée la connexion et l’autorisation de transfert d’informations personnelles demandée aux visiteurs.

Cette nouvelle API transforme Facebook en annuaire, accessible en lecture et en écriture, référençant les goûts de tous les membres de Facebook. A chaque fois que vous recommandez ou ‘Likez’ un contenu, vous enrichissez votre profil et augmentez la capacité de Facebook et des sites utilisant cette technologie de vous fournir une expérience personnalisée.

Implications pour les utilisateurs de Facebook

Avec cette nouvelle version, Facebook demande clairement (ou presque) à ses utilisateurs de renoncer à la confidentialité d’une partie de leurs données personnelles en échange de personnalisation. Il faut être clair : aucune personnalisation n’est possible sans que les utilisateurs ne donnent des informations au système sur leurs goûts. Ce que Facebook demande est nécessaire à la création d’une expérience web personnalisée.

Que les internautes veuillent ou non bénéficier de ce genre d’expériences personnalisées est une tout autre question, mais c’est, si Facebook réussi à imposer sa technologie au web, ce genre de personnalisation qui va fleurir un peu partout sur internet dans les années qui viennent.

Les goûts de vos amis, en termes de divertissement, de sport, de voyages, etc. seront classés, référencées, et disponibles. Il sera aisé de voir qui sont réellement vos amis, à la fois sur Facebook et sur le web tout entier. En plus de cela, Facebook utilisera sa propre technologie pour vous recommander des contenus.

Ceci devrait accélérer la découverte de nouveaux contenus et les liens multiples et enrichis entre amis. Cela va également affecter l’activité de recherche sur le web (e.g. Google) au profit de la recommandation sociale : comme le pointe Fred Wilson, les liens passés entre amis vont en parti remplacer en partie la recherche.

Pourtant, l’essentiel des conséquences de ces innovations du point de vue de l’utilisateur est ailleurs, et se résume à un mot : la vie privée.

Il n’est pas clair à ce stade si ceci est un réel sujet de préoccupation pour les utilisateurs de Facebook, même si ce point constitue sans nul doute une préoccupation majeure pour nous chez RWW, ainsi que pour bon nombre de commentateurs du web comme Dave Winer ou Jeff Jarvis au Etats-Unis, Pierre Tran ou Korben en France, tout comme pour l’essentiel de la communauté qui commente ici, et nous fait régulièrement part de ses préoccupations à ce sujet.

Il convient cependant de prendre des distances avec tout cela : les analyses publiées ici sont très loin de la compréhension qu’à l’utilisateur moyen de Facebook, et la communauté des lecteurs de RWW est très largement plus avertie que celle qui surfe sur Facebook.

Malgré cela, beaucoup disent que non seulement Facebook en saura trop sur nous (Google en est à ce stade aujourd’hui), mais que son contrôle sur tout cela sera bien trop grand.

Résistance au changement

Nous sommes assez septiques sur le fait que tout cela préoccupera particulièrement l’utilisateur moyen de Facebook. Les gens sont d’une naïveté incroyable quant au fait qu’on les surveille sur internet, et ce point ne fera pas exception. Les récentes lois Loppsi et Hadopi, qui ont instauré une surveillance étroite du web, potentiellement bien plus intrusive que cela, n’ont pas soulevé de protestations particulières en dehors des milieux avertis. Pire encore, elles ont mis les politiques qui les ont voté dans une situation bien délicate quand il s’agira de critiquer la paille dans l’œil du voisin.

Le plus vraisemblable est que l’internaute moyen appréciera cette expérience personnalisée d’un internet « powered by » Facebook, jusqu’au moment où l’incroyable capacité de ciblage publicitaire qu’elle rend possible leur posera question.

En France, les politiques, dont le rôle devrait être d’alerter l’opinion publique, se sont totalement décrédibilisés. Leur discours systématiquement négatif à tout sujet dès qu’il s’agit de parler d’internet leur ont fait perdre toute crédibilité, ils ne pourront pas jouer leur rôle et ne comprennent pas, pour la plupart, ce genre de subtilités. A force de crier au loup…

Aux Etats Unis, la notion de vie privée est bien moins importante qu’ici. Là bas, c’est la liberté d’expression qui prime alors qu’ici, elle est limitée par la loi et moins importante, culturellement, que le respect de la vie privée.

D’un point de vue politique, il n’y a pas grand chose à attendre. Les initiatives du gouvernement Allemand, qui a pris des positions fortes contre Facebook et qui est bien plus crédible que le gouvernement Français quand il s’exprime à propos d’internet, n’ont pour l’instant pas porté leurs fruits. Elles sont cependant à surveiller de très près.

La presse, elle, qui n’a, pour l’essentiel, jamais développé quoi que ce soit de sérieux en matière de fonctionnalités sociales, a objectivement tout a gagner à adopter massivement cette nouvelle plateforme car elle leur permettra d’accroître de façon significative leur lectorat et le nombre de pages vues sur leurs sites. Il y a dès lors peu de chance pour qu’elle monte au créneau contre ce qui ressemble, avec l’iPad, à un bouée de sauvetage.

Reste les blogs comme celui-ci, que se sont toujours fait écho des préoccupations en matière d’arbitrage entre vie privée et technologies, mais ceux-ci s’adressent à des spécialistes ou des lecteurs avertis, curieux des technologies internet et, comme vous avez pu le constater à travers les multiples articles, tant sur l’édition francophone qu’anglophone de RWW, les avis sont partagés : La plateforme offerte par Facebook est également riche en innovations, notamment car elle promet de faire passer la sémantique au mainstream. Les services web, demain, pourraient, grâce à elle, voir surgir des innovations phénoménales.

L’essentiel, à notre sens, reste cependant d’avertir et d’expliquer, sans verser d’un coté ou de l’autre dans la démagogie, afin que chacun puisse décider en son âme et conscience, et expliquer à son tour à son entourage, les tenants et les aboutissants de ce tournant qu’est sur le point de prendre Facebook et l’internet dans son ensemble.

Conséquences pour les annonceurs

Bien sûr, le sujet du respect de la vie privée et de la publicité n’ont pas été abordés lors de la conférence F8, mais il est évident que Facebook utilisera les informations qu’il collectera sur ses membres pour cibler ses publicités. Il est même fort probable que Facebook devienne dans les prochaines années l’une des plus puissantes régies pub au monde, du fait même de sa capacité de ciblage sans précédent. Derrière cette sémantisation du web et des relations sociales, se cache quelque chose qui pourrait rendre obsolètes les innovations de Google en matière de publicité.

Reste à voir la réaction des utilisateurs quand le ciblage, du fait de son efficacité, deviendra trop visible. Facebook aura alors la possibilité de faire passer la pilule en leur offrant des réductions considérables – du fait du volume phénoménal qu’il sera en mesure de négocier – ainsi qu’en leur faisant bénéficier de ‘crédits’ issus de sa propre monnaie, elle aussi annoncée lors de la conférence F8.

Les annonceurs, qui jusqu’ici avaient tendance à prendre à la légère le système de publicité proposé par Facebook, devront rapidement réviser leur copie. D’ici peu, Facebook leur fournira la possibilité de cibler une population en fonction d’une quantité impressionnante de facteurs : goûts, centres d’intérêts, marques favorites, réseau social, sujets abordés sur la page où est placé la publicité, et géolocalisation.

Avec un tel système, il sera possible pour Renault de proposer ses pubs à ceux qui ont montré de l’intérêt récemment pour un modèle particulier de la concurrence, pour peu que ces derniers soit situés à proximité d’une concession, cette publicité pourrait tout a fait prendre la forme d’une proposition de rendez vous pour un essai, tout en vous suggérant d’en parler à une sélection d’amis, fans de la marque. Vendre un livre ou un film se ferait sur un mode tout aussi personnalisé, le renouveau apporté par cette technologie au monde de la publicité est totalement disruptif, tout comme l’a été en son temps celui proposé par Google.

Pour les secteurs offrant une vaste gamme de choix, comme la mode ou le tourisme, c’est l’ensemble des sites eCommerce et des « landing pages » qui pourraient être intégralement personnalisés en fonction de chaque visiteur (faisant, là encore, un renversement d’équilibre entre « recherche » et « recommandation »).

C’est une potentielle révolution en matière de marketing, dans lequel il faudra encore injecter une bonne dose d’algorithmie et d’expertise en média social.

Il serait par ailleurs étonnant que la publicité proposée par Facebook reste longtemps cantonnée sur Facebook, une fois le web sémantisé et ses widgets largement distribués, il sera aisé pour Facebook de proposer des widgets publicitaires aux éditeurs de sites web, à la façon d’AdSense de Google, ce qui fera passer le ciblage contextuel ou comportemental comme une antiquité du jour au lendemain.

Si la vision de Facebook se réalise, ce dernier pourrait devenir la plus grosse régie publicitaire de l’internet, en particulier en ce qui concerne le display. Il pourrait bien renverser la tendance dans l’équilibre actuel entre display et liens sponsorisés, et redonner un rôle dominant au display en augmentant à la fois ses capacités de ciblage, mais également la possibilité de personnaliser en profondeur le message transmit, de l’affichage d’une banner à l’expérience proposée sur le site qui arrive derrière.

Conséquences pour les éditeurs web

En apparence, Facebook propose aux éditeurs une offre qu’ils ne peuvent pas refuser. Qui ne souhaite pas voir sur son site plus d’activités sociales ?

Mais à y regarder de près, c’est loin d’être aussi évident. Pour comprendre cela, il faut distinguer deux types de sites : ceux qui sont déjà des réseaux sociaux ou qui ont un réseau social intégré, et ceux qui n’ont qu’un simple système de commentaires.

Dans le premier camp, vous trouverez des sites comme Last.fm, Flixter ou Allociné. Aucun de ces sites n’étaient un partenaire privilégié de Facebook pour le lancement de leur nouvelle plateforme, et on peut comprendre pourquoi. Les connexion sociales autour de la musique, des films ou des livres sont leur raison d’être, tout comme les notes et les commentaires postés par leurs utilisateurs, ainsi que leurs systèmes de recommandation. S’ils passent à la technologie de Facebook pour tout cela, que leur restent-ils ?

N’importe quel site qui a déjà un réseau social intégré doit décider s’il doit abandonner cela avant de sauter dans l’aventure, et le problème critique réside dans la propriété des commentaires et des notations. Les éditeurs sont-ils prêt à abandonner cela ? Personne ne pense sérieusement qu’un utilisateur va noter quelque chose sur Facebook puis le faire à nouveau sur le site d’un éditeur.

Alors, comment cela va-t-il fonctionner ? Ce n’est pas clair à ce stade, mais il y a des chances que les éditeurs exigeront que soit mis à leur disposition un moyen pour répliquer ou exporter les commentaires et les recommandations faits à partir de leurs sites. Peut être sous la forme d’une API ouverte qui permettrait aux éditeurs de manipuler les données. Quoi qu’il en soit, on peut comprendre que certains éditeurs soient particulièrement préoccupés.

Ceci dit, si vous éditez un site eCommerce, un blog, un service comme Pandora ou imdb.com qui n’ont pas beaucoup de fonctionnalités sociales, l’offre de Facebook est un cadeau extraordinaire, qui permettra d’améliorer de façon quasi instantanée les performances et l’attractivité de votre site.

A titre d’exemple, les widgets mis en place ici sur RWW France on généré en moins de 48h près de mille visiteurs supplémentaires (sur un total de 10.000 par jour). C’est cependant à pondérer du fait que l’on parle de Facebook en ce moment et que, forcément, cela attire les visiteurs en provenance de Facebook, ce même effet se répète à chaque fois que l’on parle de Twitter, déclenchant une arrivée impressionnante de visiteurs en provenance de Twitter.

C’est difficile à estimer, mais en terme de trafic, c’est un surplus non négligeable que peut apporter ainsi Facebook, surtout si ces fonctionnalités sont couplées à une vrai stratégie de community management sur Facebook. Largement de quoi payer au prix fort une armée de community managers pour les gros sites de contenus, ainsi que les meilleurs experts de la place, afin de tirer parti de cette mine d’or ouverte par Facebook.

Conséquences pour les concurrents de Facebook

Cette brillante et agressive avancée de la part de Facebook va rendre Twitter, Google, Yahoo, MySpace, AOL, eBay, Amazon… tout le monde, en fait – à l’exception de Microsoft – très inquiet. Microsoft est le seul à tirer son épingle du jeu et se satisfait du partenariat qu’il a avec Facebook.

Un accord concernant Bing, son moteur de recherche, est probablement dans les cartons, et alimenter Bing avec toutes les données issues de Facebook aurait beaucoup de sens : cela permettrait une amélioration sensible des résultats de recherches proposés par le moteur de Microsoft.

Pour certains acteurs, on peut imaginer des synergies intelligentes : eBay ou Priceminister, par exemple, pourraient ajouter un bouton ‘Like’ sur chacune de leurs annonces, et reverser une commission d’affiliation à l’internaute ayant ainsi aidé à diffuser l’annonce, s’il attire un acheteur sur celle-ci.

Mais pour tous les grands acteurs de l’internet, le soucis est que Facebook est en train d’essayer de s’accaparer un territoire où il aurait le contrôle exclusif de l’attention des internautes. Apparemment, Facebook ne se contente plus de connecter les gens entre eux, il ambitionne désormais connecter les gens et les choses, non seulement sur son site, mais partout sur le web, et pas simplement les gens, mais vos amis.

Il ne faut pas longtemps pour s’apercevoir que Facebook met en place un circuit fermé qu’il contrôle et qui inclut ses utilisateurs, le reste du web, tout en excluant ses concurrents.

La réaction des autres gros acteurs de l’internet peut être variée, la pire étant d’essayer de faire la même chose. Le syndrome du copier-coller, bien trop courant sur le web entre gros acteurs dominants, n’a jamais marché, et il est certain d’échouer dans le cas présent.

Ils peuvent ensuite essayer de bloquer Facebook, cela pourrait marcher. Entre ce qui préoccupera les utilisateurs et ce qui ennuiera les éditeurs, les critiques sont nombreuses, et si elles sont bien orchestrées et cordonnées, une campagne de lobbying peut mettre à mal le projet de Facebook. Souvenez vous de la façon dont Beacon a été abandonné face à une campagne de presse agressive, une masse d’utilisateurs en colère et une blogosphère « high-tech » vent debout contre Facebook.

La troisième option est de jouer le jeu et de construire quelque chose dans l’écosystème proposé par Facebook. D’innover au sein de cet écosystème. C’est à priori, d’un point de vue stratégique, la meilleure option. L’innovation a toujours triomphé de l’immobilisme sur le web. Reste que cela ne sera pas forcément facile, ce n’est pas comme si Facebook avait réuni tout le monde autour d’une table pour discuter et coopérer autour de ce projet. Rien ne dit que Facebook soit ouvert à la collaboration, mais si c’est le cas, c’est sans doute la meilleure décision pour un éditeur web.

Techniquement parlant, ce que Facebook propose est élégant et propre. Le langage de balisage sémantique, les widgets, l’API, tout cela est performant et utilise les technologies les plus modernes. Le point noir reste que Facebook semble être le seul dépositaire de toutes les données dans cette équation, ce qui rend l’ensemble particulièrement fermé. Les éditeurs et les utilisateurs n’ont pas le choix en ce qui concerne l’endroit où stocker les données. Elles vont chez Facebook et seulement chez Facebook. Le système peut sans doute être amélioré pour changer cela, et nous suivront de près les évolutions de Facebook sur ce point.

Les conséquences pour Facebook

L’annonce de cette nouvelle plateforme est un nouveau changement radical pour Facebook. Avant la conférence F8, Facebook était le plus gros réseau social de la planète. Si la vision proposée par Facebook voit le jour, Facebook sera le plus grand réseau de personnes et de choses sur la planète, où, pour dire cela autrement, ce sera le répertoire des goûts et des couleurs du monde entier.

Objectivement, il faudra que Facebook développe de nouvelles technologies pour compléter celles dont il dispose. Celles concernant les réseaux sociaux sont déjà particulièrement au point, mais en terme d’analyse sémantique, de moteurs de recommandation, de classements verticaux comme les livres ou les films, ainsi que l’ouverture d’un système accessible en lecture comme en écriture répertoriant les goûts de chacun… Tout cela est complètement nouveau pour l’équipe de Facebook. Le plus gros challenge auquel Facebook devra faire face sera sans nul doute de d’injecter toutes ces données dans son système, de les rendre disponibles, et plus important encore, d’en tirer du sens et de la valeur.

Facebook va devoir manipuler des sommes colossales de données informatiques pour cela, et retravailler en profondeur son interface utilisateur afin de se préparer à la prochaine étape de sa vie, et la plus grosse phase expérimentale qu’il a devant lui consistera à fournir à ses utilisateurs quelque chose de pertinent. Google a réussi cela dans le domaine de la recherche, Facebook doit désormais le faire dans la recommandation et le ciblage publicitaire, en se basant sur les goûts de ses utilisateurs.

Conséquences pour le web sémantique

L’une des annonces les plus excitantes faites lors de la conférence F8 de Facebook est l’avancée considérable que cela pourrait apporter au web sémantique, annoncé comme la prochaine grande évolution du web. Un thème qui nous est cher chez ReadWriteWeb. Nous avons beaucoup écrit sur le sujet et de nombreux auteurs qui s’expriment dans nos colonnes sont passionnés par le sujet.

Le protocole proposé par Facebook est très simple. Pour décrire un objet sur une page, l’éditeur doit lui donner un titre, une typologie, une image, une url et le nom du site en utilisant de simples metatags. Le format est extensible et des tags supplémentaires peuvent être ajoutés. Un livre, par exemple, peut se voir ajouter son ISBN (un code identifiant unique). Ce format laisse de la place pour une certaine ambiguité, ce qui n’était pas le cas des langages de marquage sémantique jusqu’ici, qui avaient pour habitude d’être très stricts dans leur marquage. Le protocole de Facebook ne semble pas faire cela. C’est une bonne chose car il est du coup plus facile et moins couteux à implémenter, mais les puristes y trouveront beaucoup à redire.

Il y a eu par le passé de nombreuses initiatives pour marquer sémantiquement le web, comme RDF, les microformats, les Google Rich Snippets, Search Monkey de Yahoo (basé sur les RDF et les microformat), et dernièrement, Abmeta. De tous ces formats, celui de Facebook est proche de Abmeta car les marqueurs sont placés dans des metatags, et qu’ils sont simples et lisibles par un humain. Cette simplicité est essentielle pour que ce format soit adopté massivement. (disclosure : Alex Iskold, co auteur de cet article, est à l’origine de Abmeta avec l’aide de Peter Mika de Yahoo).

(le protocole Facebook)

(le protocole Abmeta)

Au final, l’initiative de Facebook est une chance incroyable offerte au web sémantique de devenir mainstream et d’envahir le web tout entier.

Ce que Facebook vient de faire a une chance de rendre concret le rêve d’un web sémantique en offrant aux éditeurs un réel retour sur l’investissement nécessaire à la sémantisation e leurs contenus. Les sites web dont les contenus traitent de cinéma, de littérature, de musique, d’évènements, de sport ou d’actualités peuvent désormais adopter le format proposé par Facebook, et recevoir en retour des fonctionnalités sociales particulièrement performantes. Cela leur permettra d’offrir à leurs visiteurs une expérience personnalisée impossible jusqu’ici. Comme nous le constations nous même (et sans même avoir marqué sémantiquement nos contenus), cela se traduit également par un apport significatif en termes de visites et d’interactions sur le site.

C’est une opportunité incroyable pour faire du web sémantique une réalité et le rendre mainstream, le web sémantique serait ainsi le chaînon manquant entre le web des contenus et le web social. Autant dire qu’au delà de l’aspect léger du langage par rapport à la rigueur habituelle de la sémantique, cette proposition de sémantisation du web pour en unifier ses deux facettes, sociale et contenus, qui prend largement en compte la valorisation de ces même contenus, est intellectuellement très séduisante.

Conséquences pour les developpeurs

Chaque nouvelle plateforme sortie ces dernières années a offert une mine d’opportunités pour la communauté des développeurs, et celle-ci ne fait pas exception. Bien que nous ne sachions pas encore à ce stade quels types d’applications seront construites au sein de l’ecosystème proposé par Facebook, il ne fait aucun doute que ces dernières seront indéniablement utiles, et peut être même révolutionnaires.

Cette plateforme a non seulement le potentiel pour donner naissance à un tout nouveau genre de personnalisation, mais elle pourrait bien bouleverser l’économie de l’attention dont on parle depuis des années. Elle a également des chances d’être massivement rejetée, mais comme nous vous le disions précédemment, nous n’y croyons pas trop.

Il y aura sans aucun doute une véritable ruée vers l’or qui durera au moins une année, comme la précédente, quand Facebook avait ouvert sa plateforme afin d’y accueillir des applications tierces. Il est trop tôt pour dire si cette plateforme vivra longtemps et ne portera pas préjudice à ceux qui y participeront. Cependant, il y a de fortes chances que les meilleures applications construites dans cet écosystème appartiennent à Facebook.

Comme Facebook finira par entrer en bourse, il y a également de fortes chances pour que ce dernier se mette à acquérir les perles issues de son écosystème, d’autant que, si la communication est bien menée, cela aurait tendance à renforcer le dynamisme de l’écosystème tout entier et a offrir une forte motivation aux développeurs : qui, parmi eux, ne rêverait pas de terminer millionnaire et de travailler dans l’une des startups les plus prestigieuse au monde ?

Echec et mat ?

Facebook a fait là une avancée majeure dans le monde du web social, au point d’entrevoir la prise de contrôle du web des contenus par le web social. En faisant cela, il pourrait avoir remporté la partie face à la concurrence, à moins que toute cela se termine en échec retentissant comme cela avait été le cas avec Beacon. Quoi qu’il en soit, à l’heure où nous écrivons ces lignes, l’annonce de Facebook a des conséquences très lourdes pour ses concurrents, pour les éditeurs de sites web, les utilisateurs de Facebook et le web dans son ensemble.

Ce que Facebook vient de faire ne peut être ignoré ni balayé d’un revers de la main, et cracher dessus est parfaitement futile. Chacun doit trouver comment ajuster sa stratégie afin de prendre en compte ce qui pourrait bien être la fin du web 2.0 et le début du web 3.0 (au sens du web sémantique), car si le pari de Facebook réussi, c’est bien à un changement systémique majeur auquel nous avons à faire face.

En attendant, rejoignez RWW sur Facebook

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http://fr.readwriteweb.com/2010/04/26/a-la-une/nouveau-facebook-guide-complet-les-diteurs-les-annonceurs-les-utilisateurs-concurrence/feed/ 99
Le nouveau Facebook est il diabolique ? http://fr.readwriteweb.com/2010/04/22/a-la-une/nouveau-facebook-est-diabolique/ http://fr.readwriteweb.com/2010/04/22/a-la-une/nouveau-facebook-est-diabolique/#comments Thu, 22 Apr 2010 06:59:18 +0000 Marshall Kirkpatrick http://fr.readwriteweb.com/?p=8208

Facebook a bluffé tout le monde hier lors de sa grande messe annuelle, la conférence F8, mais une fois l’enthousiasme passé, il reste un arrière goût désagréable : tout cela est un peu flippant.

La société a annoncé un système simple et puissant pour offrir une personnalisation instantanée sur n’importe quel site web, a initié une adoption significative du web sémantique en claquant des doigts, a révolutionné la relation entre cookie et login, a probablement donné le signal de départ à une toute nouvelle catégorie de startups basées sur la recommandation en leur ouvrant un marché de 400 millions d’internautes dès leur ouverture.

Elle a popularisé le bookmarking social et rendu la souscription aux flux rss facile, et elle a vraisemblablement révolutionné comme jamais on ne l’avait fait depuis des années l’analyse de traffic sur les sites web, en donnant la possibilité d’avoir accès à des données démographiques sur les visiteurs liées à leur véritables identités. Les annonce étaient si nombreuses hier que cette dernière nouvelle n’a même pas trouvé sa place dans la keynote.

Tant de nouvelles technologies, liées de façon si intime à une gigantesque société, c’est une raison suffisante pour prendre le temps de s’arrêter un instant et regarder les possibles conséquences de tout cela. Il existe des raisons d’avoir peur. L’offre de Facebook est très séduisante, mais ce n’est pas forcément une bonne affaire pour le web.

Nous n’iront pas dans les détails à travers ce billet. Vous pouvez lire les minutes de la conférence ici, ou sur Techmeme ou encore, sur des point précis, dans l’édition anglophone de RWW.

Pour l’instant, je souhaite juste vous faire part d’une préoccupation particulière.

Nous savons désormais pourquoi Facebook a opéré un changement à 180° concernant la gestion de la vie privée en décembre dernier : ils souhaitaient utiliser les données autrefois privées pour rendre l’ensemble du web social. La vie privée demeure une préoccupation centrale dans ce nouveau scénario proposé par Facebook, mais Facebook a également reçu un accueil favorable dans la façon dont il utilise les iFrames sur des sites tiers et son support du format OAuth pour proposer un système de login sans mot de passe.

Les developpeurs du monde du web sémantique ont certes de quoi être préoccupés par la façon dont Facebook a superbement ignoré des années de travail, mais l’Open Graph Protocol donne tout de même l’impression de respecter l’état de l’art. Shelley Powers qualifie ce dernier de “démarrage brutal, mais démarrage quand même”.

Les partisants de la portabilité des données auront du mal à reprocher à Facebook de désormais permettre aux utilisateurs d’exporter leurs données vers le cache d’un site tiers, et donc potentiellement vers un autre réseau social. Ceci étant dit, Eric Marcoullier de Gnip a initié une conversation sur Twitter en laçant : “Par ‘ouverture’, Zuck entends qu’il est ouvert pour prendre toutes vos données et ne rien donner en retour”.

A première vue, du point de vue de l’utilisateur, il n’y a pas grand chose à critiquer dans les annonces faites par Facebook hier. Ces critiques, n’en doutons pas, commenceront une fois que les détails seront analysés en profondeur, mais une critique, plus générale, me préoccupe plus particulièrement, celle de voir demain un web envahi par Facebook.

La centralisation est une chose dangeureuse pour l’internet et Facebook est une jeune entreprise qui a prouvé par le passé qu’elle était prête à rompre le contrat qui la liait à ses utilisateurs.

Pour des centaines de millions de personnes, Facebook etait déjà le web. Ceci va s’avérer encore plus vrai dans le futur. Pour tout un tas d’usages et de pratiques, quand il s’agit du web social, il n’y a plus d’autre option que Facebook pour la plupart des gens. C’est une position très vulnérable pour le web.

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Adieu clavier, la génération digitale grandira avec les écrans tactiles http://fr.readwriteweb.com/2010/04/09/prospective/adieu-clavier-gnration-digitale-grandira-avec-les-crans-tactiles/ http://fr.readwriteweb.com/2010/04/09/prospective/adieu-clavier-gnration-digitale-grandira-avec-les-crans-tactiles/#comments Fri, 09 Apr 2010 11:56:02 +0000 Sarah Perez http://fr.readwriteweb.com/?p=8035

Les analyste de Gartner ont du être drôlement impressionnés par l’iPad, leur dernier rapport d’étude prédit que plus de 50% des ordinateurs achetés pour les enfants seront dotés d’écrans tactiles d’ici à 2015. Gartner définit les enfants comme ayant moins de 15 ans, ce qui correspond peu ou prou à la génération digitale. Ils sont nés dans un monde où les ordinateurs et les téléphones portables sont disponible dès le plus jeune âge, où les iPods ont toujours existé, et où tous ceux qu’ils connaissent sont sur Facebook. Désormais, il semble qu’ils sont appelés à grandir avec des ordinateur d’une façon radicalement différente.

En tant que jeune mère de famille, je suis à la fois fascinée et effrayée par la façon dont la technologie s’est immiscée dans nos vie. Mon bébé de quatre mois adore les “couleurs” de l’iPad et je regrette encore de ne pas avoir filmé ce moment, j’aurais fait un carton sur YouTube. Mais regardez cette vidéo où l’on voit une fillette de deux ans et demi s’amuser avec un iPad, elle donne toute la mesure de la capacité des enfants à interagir avec ces nouvelles interfaces. Une révolution est en marche, cela ne fait aucun doute.

Cliquer ici pour voir la vidéo.

D’un autre coté, je suis inquiète à l’idée qu’un jour ma fille préfère son écran virtuel à ses crayons de couleur. Je suis dubitative concernant les conséquences qu’auront les histoires que l’on raconte aux enfants à l’heure du coucher quand elles seront lues par un outil métallique et froid plutôt que choisies parmi une pile de livres pour enfants – physiques et tangibles – rangés dans une bibliothèque, et qu’elle pourra retrouver avec émotion dans vingt ans, rangés au grenier.

Les enfants qui grandiront en jouant sur un iPad appréciront-ils les jeux de société faits de carton et de petits bout de plastique avec lesquels on interagit avec un dé ? Apprendra-t-elle un jour à battre un jeu de cartes ?

Quand l’ordinateur n’était encore qu’un écran, une souris et un clavier, il n’était qu’un outil. Un moyen pour réaliser une tâche. C’était quelque chose que l’on utilisait au bureau, à la place d’un stylo et d’un cahier, un moyen pour communiquer avec les autres situés à l’autre bout du monde, mais au final, ce n’était qu’un objet.

Désormais, grâce à l’internet mobile, aux tablettes comme l’iPad, et à Apple et ses iToys, l’ordinateur n’est plus seulement un objet. C’est bien plus que cela.

160.000 applications – et ce n’est pas fini – sont disponibles sur l’iStore, et des applications pour l’iPad apparaissent chaque jour. L’iPad peut remplacer de nombreux objets de tous les jours : un livre, un lecteur de mp3, un poste de télévision, un lecteur de DVD, un livre de coloriage, un jeu de société, un canevas pour dessiner, un cahier pour prendre des notes, une table de mixage de DJ, un globe terrestre, une carte, etc, etc…

Pour les enfants nés dans l’ère du digital, il y a de fortes chances qu’il en soit ainsi.

Que les analystes de Gartner se trompent ou pas dans leurs prévisions concernant les chiffres d’affaire, les parts de marché et les délais quant à l’adoption de l’écran tactile importe peu, il est plus intéressant de lire qu’ils prédisent également que dans les cinq ans qui viennent, ils s’attendent à ce que plus de la moitié des écoles américaines adoptent ces technologies. D’une façon ou d’une autre, à plus ou moins brève échéance, l’écran tactile est l’avenir.

Quant à nous, nous risquons rapidement de n’être qu’une bande de dinosaures pestant contre le progrès et nous lamentant du bon vieux temps où l’ont pouvait taper avec confort sur des claviers digne de ce nom.

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Google et la Chine : quelles suites ? http://fr.readwriteweb.com/2010/03/24/prospective/google-chine-quelles-suites/ http://fr.readwriteweb.com/2010/03/24/prospective/google-chine-quelles-suites/#comments Wed, 24 Mar 2010 07:18:32 +0000 Marshall Kirkpatrick http://fr.readwriteweb.com/?p=7864

google-chine Google vient d’annoncer qu’il cessera de censurer ses résultats de recherche en Chine et qu’il redirigera désormais ses visiteurs chinois vers une version non censurée de son site basée à Hong Kong.

En annonçant sa décision de stopper la censure de ses résultats de recherche, Google n’a pas avancé l’argument que la censure était intolérable, mais a expliqué que la situation en Chine se dégradait de jour en jour : une vague d’attaques informatiques, les comptes Gmail d’activistes de droits de l’homme piratés, ainsi que la censure de YouTube, Blogger, Twitter et Facebook.

Mais quelles pourraient être la suite de ce scénario ?

La Chine pourrait bloquer l’accès au site de Google à Hong Kong qui ne censure pas ses résultats de recherche, et Google pourrait alors se retourner vers le gouvernement américain pour lui demander son aide. La réaction de ce dernier, et son implication dans le conflit entre Google et la Chine reste à voir.

Google pourrait également conclure qu’il a fait au mieux et qu’il a désormais les mains propres. Les chinois souhaitant avoir accès à Google pourront toujours utiliser un proxy ou l’une des multiples solutions utilisées couramment en Chine pour contourner la censure. L’intérêt pour Google du marché Chinois serait limité pour Google (bien que Google contrôlerait près de 30% des parts de marché du search en Chine, la société a affirmé que ses revenus y étaient “immatériels”).

Enfin, Google pourrait, en se retirant du marché chinois, anticiper une pression politique américaine destinée à lutter contre la censure à travers la planète. C’est l’hypothèse, déjà défendue ici, d’un Google qui fonctionne main dans la main avec le gouvernement américain (ou d’un Google instrumentalisé par le gouvernement américain, question de point de vue).

Les sénateurs démocrates américains ont annoncé récemment qu’ils déposeraient sous peu une proposition de loi qui imposera aux sociétés internet de prendre des mesures raisonnables pour protéger les droits de l’homme si elles ne veulent pas risquer de sérieux ennuis juridiques aux Etats Unis.

D’autres sociétés ont des réactions très différentes à de telles pressions politiques. Facebook, par exemple, a affirmé à une commission sénatoriale américaine qu’il était encore trop petit pour décider comment aborder la question de la censure.

Dans cette optique, Google pourrait très bien avoir manœuvré de la sorte en Chine afin de s’épargner de lourdes pressions politiques à venir… A moins qu’il ne s’agisse que d’une décision d’ordre morale.

La question n’est pas évidente à trancher, d’autan que ce qui a mis le feu aux poudres n’est pas tant la censure du moteur de recherche mais des attaques informatiques sur Gmail et la fermeture de l’accès à des sites comme YouTube et Blogger.

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Facebook devient un enjeu stratégique pour la presse http://fr.readwriteweb.com/2010/03/23/analyse/facebook-devient-enjeu-stratgique-presse/ http://fr.readwriteweb.com/2010/03/23/analyse/facebook-devient-enjeu-stratgique-presse/#comments Tue, 23 Mar 2010 07:30:09 +0000 Fabrice Epelboin http://fr.readwriteweb.com/?p=7836

Tout le monde le sait désormais, aux Etats-Unis, Facebook a détrôné Google en terme de fréquentation. Deux choses sont désormais évidentes : d’une part, après presque une décennie de domination du web par Google, une page est en train de se tourner sous nos yeux, celle du web social, qui se traduit aujourd’hui en chiffres qu’il est impossible de balayer de la main comme n’étant qu’un effet de mode. D’autre part, nous ne faisons qu’effleurer les conséquences que cela aura sur l’écosystème de l’information que constitue également le web.

S’il est encore d’usage, dans les milieux qui ne savent pas de quoi ils parlent, de faire allusion au web comme un formidable outil d’accès à la connaissance, cette litote sera désormais l’apanage des ringards. Aux Etats Unis, et sous peu partout ailleurs, le web est désormais avant tout un outil social.

Sa régulation relève, dès lors, d’une politique sociale, ce qui achève de mettre en perspective la brutale réorientation de l’axe éditorial de la bloggosphère ‘high tech’, naguère obsédée par le dernier gadget à la mode, et qui s’intéresse de plus en plus à la société numérique.

Le web n’en reste pas moins un gigantesque espace d’information, mais c’est l’accès à celle-ci qui va, les usages en pratique évoluant massivement, changer de façon radicale. L’accès à l’information du temps de Google était un but en soit, c’est en passe de devenir un sous produit d’une activité sociale qui prend désormais le dessus sur tout autre forme d’usage.

La valeur du visiteur

Du point de vue d’un producteur d’information, tous les visiteurs ne se valent pas. Un visiteur récurrent a bien plus de valeur qu’un nouveau visiteur, il pourra, à terme, être bien mieux monétisé, et surtout, c’est parmi ces derniers que l’on peut espérer trouver ceux qui seraient enclins à payer pour de l’information, d’une façon ou d’une autre. Ce type de visiteur est capital – dans tous les sens du terme – pour un média.

Il existe bien des méthodes pour faire venir un visiteur sur un site média, et parmi celles-ci, deux d’entre elles permettent d’entrevoir ce qui va changer dans les années à venir du fait même de la future domination de Facebook.

Google News, bien connu des média pour être un gros apporteur de trafic, a en outre l’immense avantage de s’afficher sur la page de résultat de Google. Il a fait l’objet, en France et ailleurs, de toutes les critiques de la part de la presse. Or la dernière étude de HitWise, qui compare le taux de visiteurs récurrents en provenance de Google News et de Facebook est riche en enseignement pour les média, au point d’orienter de façon radicale leurs stratégies pour les années à venir.

visiteurs-rec

Même si ces chiffres ne concernent que les média américains, ils mettent en évidence un changement radical lié aux usages dans la consommation de l’information (et non, il n’existe aucun chiffres équivalent pour le territoire français, désolé).

Qu’il s’agisse de presse écrite ou audiovisuelle, un visiteur en provenance de Facebook est un visiteur fidèle, là où il l’est beaucoup moins quand il arrive de Google News. Autre enseignement issu de ces chiffres, les média audiovisuels américains ont en moyenne une audience internet plus fidèle que la presse écrite. On peut facilement parier sur le fait qu’ils ont su, mieux que leurs confrères de l’écrit, créer des synergies entre télévision et web.

Le poids, en terme d’apport de visiteurs, reste encore pour l’instant du coté de Google, mais cette tendance elle aussi bascule petit à petit pour faire place aux usages mis en place par Facebook.

SEO vs. Community Management : round 1

Le community management voit là la confirmation de l’importance qu’il est appelé à prendre, dans les média comme ailleurs, dans les années à venir. Si le SEO (Search Engine Optimisation) était LE moyen, dans la décennie écoulée, pour augmenter le nombre de ses visiteurs, le community management pourra sous peut non seulement prétendre à ce rôle, mais il sera bien plus efficace quant à la fidélisation de ce lectorat.

A terme, le rôle du community management devrait dominer complètement celui du SEO

Aujourd’hui déjà, sur le territoire américain, Facebook génère trois fois plus de visites sur les sites des média audiovisuels que Google News, et ces visites sont faites par des visiteurs récurrents, soulignant l’importance pour ces média de disposer, au sein de Facebook, d’une véritable stratégie.

Pour les média comme pour les marques, une partie de leur business – une large part du CRM – est désormais situé au sein de Facebook, et les conséquences, comme pour les marques, seront immenses.

Après avoir vu le kiosque à journaux remplacé par Google, voilà que les conversations de salon, qui s’alimentent souvent d’informations, se retrouvent elles aussi sur internet, et contrairement à ce que beaucoup auraient aimé voir, elle n’ont pas lieu sur les dispositifs mis en place par les média, mais sur Facebook.

Que ce soit pour ceux qui, comme le New York Times, Le Post ou Rue89, ont lourdement investit dans des outils et du communautaire, ou ceux, comme Le Monde ou 20minutes, qui les ont totalement négligé, le constat est le même : une part significative de leur avenir se joue désormais sur Facebook.

Les investissement réalisés ces dernières années n’ont cependant pas été fait en vain. La capacité à réaliser du community management est avant tout une problématique RH : formation interne, recrutement de compétences, réflexion sur la place à donner au sein de l’organigramme à ce nouveau rôle, tout cela apparait aujourd’hui non seulement comme un bon investissement, mais également comme un investissement péreine. L’argent dépensé pour créer, avec plus ou moins de succès, un réseau social adossé à un média ne représente pas, au final, le plus important. Ce n’est pas cela qui permettra à certain média de devenir dominants demain, ce sont les hommes qui maitrisent celà en leur sein.

Après l’ennemi Google, l’ennemi Facebook ?

Reste à voir la réaction des média face à l’arrivée de Facebook comme un partenaire majeur. Vont-ils, comme avec Google, le diaboliser et tenter de le taxer, ou vont-ils s’en saisir pendant qu’il est encore temps pour en faire une composante majeure de leur stratégie dans la décennie à venir ?

Pour ceux qui ont une perspective allant au delà de quelques années (ce qui est souvent une variable de l’âge du capitaine), le choix est vite fait : il est urgent de réfléchir à la façon de mettre en œuvre des synergies entre média et Facebook, de recruter et de former plus de community managers, et de leur trouver une position et une rémunération au sein des média qui permettra d’attirer et de retenir les meilleurs.

Beaucoup de travail en perspective.

Si les chiffres américains s’avéraient prémonitoires pour la situation à venir du marché Français (et c’est souvent le cas), la presse écrite, plus encore que la presse audiovisuelle, du fait même de la différence significative en terme de visiteurs récurrents apportés par Facebook par rapport à Google, est la première a pouvoir engranger de sérieux bénéfices en adoptant au plus vite des stratégies Facebook qui prennent en compte cette nouvelle réalité : non, le web n’est pas un formidable outil d’accès à la connaissance, c’est désormais et avant tout un outil social, pour ne pas dire un corps social globalisé.

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Le Social Rich Media : la télévision devient sociale http://fr.readwriteweb.com/2010/03/18/prospective/social-rich-media-tlvision-devient-sociale/ http://fr.readwriteweb.com/2010/03/18/prospective/social-rich-media-tlvision-devient-sociale/#comments Thu, 18 Mar 2010 13:29:19 +0000 un auteur invité http://fr.readwriteweb.com/?p=7795

Frédéric Bascuñana est le CEO de Webcastory, qui produit différentes chaines de WebTV dont Techtoc.tv dont RWW est partenaire. A la veille de la sortie de plusieurs nouvelles chaînes thématiques (RWW sera partenaires de certaines d’entres elles), il fait le point sur l’arrivée de cette nouvelle forme de télévision spécifique à internet où la dimension sociale est présente de bout en bout. Outre une plateforme mêlant diffusion de contenus vidéo et réseau social, Webcastory opère deux studios de télévision et produit plusieurs centaines d’émissions par an. Techtoc.tv, la chaine la plus populaire du groupe, a atteint une fréquentation de près d’un million de pages vues par mois en proposant des contenus centrés sur les nouvelles technologies au sein d’un réseau social dédié.
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Nous avions jusqu’ici le Social Media d’une part, avec son tissu complexe de technologies et d’influences croisées, et le Rich media d’autre part, qui depuis un peu plus de 10 ans désigne les sites web enrichis de vidéos, scénarisées de façon plus ou moins complexe, parfois même synchronisées entre elles.

En mariant les deux approches on obtient le « Social Rich Media ».

De la même façon que les interfaces sont devenues des « interfaces riches », que les plateformes e-commerce ont évolués vers le « rich commerce », une partie du Social Media s’engage dans le « Social Rich Media ». Il ne s’agit pas ici de plateformes de diffusion comme YouTube, mais de plateformes permettant aux participants de travailler ensemble à la conception et la création d’un contenu “rich media”.

Quelle pertinence y a-t-il à pointer cette nuance conceptuelle ?

Tout d’abord, elle nous projette dans une nouvelle dimension : la scénarisation collective.

Cette évolution de certains média sociaux n’affecte en rien ce qui fait leur force, à savoir une alchimie communautaire qui permet à chacun de poser sa brique participative. Elle encourage en le structurant un peu plus un certain engouement collectif spontané. Elle repose enfin sur la production d’intelligence qui surgit de la friction et des frottement des points de vue – qui permet d’ailleurs de parler d’apprentissages informels croisés.

Désormais l’enrichissement du média social par la vidéo permet d’accentuer ce qui fait la force des communautés qui durent au-delà d’un engouement initial : avoir un but commun, construire quelque chose ensemble.

Plusieurs expériences récentes sur lesquelles nous reviendrons dans de prochains billets montrent clairement que le partage d’un objectif commun, matérialisé en l’occurrence dans la cocréation d’un talk-show (ce qui exige un minimum de scénarisation ), crée une vrai légitimité tant communautaire qu’éditoriale.

Le Social Rich Media se révèle donc un dispositif stimulant : c’est une opportunité pour concrétiser collectivement un message formalisé dans une émission et préparé par plusieurs intervenants dont l’expertise assure la légitimité au sein de la communauté et la qualité éditoriale du résultat final.

Ce résultat final est qui plus est discuté afin de poursuivre la conversation et également dans le but de préparer les prochaines vidéo sur des sujets similaires. La boucle est bouclée, on obtient ainsi une conversation continue, qui se traduit par une véritable ligne éditoriale, non plus pour une vidéo mais bel et bien pour une chaîne webTV.

Wikipedia est un media collaboratif par excellence, mais il a pour finalité la production d’un contenu encyclopédique patrimonial, qui justifie par essence l’intervention d’experts ainsi que d’un filtre qualitatif assuré par une police de conformité (les power users).

Dans le Social Rich Media, le mécanisme vu de très haut est le même, mais l’objectif est de créer et diffuser à l’arrivée un contenu rich media. On ne peut néanmoins pas dire par exemple que YouTube soit un support « collaboratif » : c’est un support communautaire dédié à une diffusion de contenus créés par des utilisateurs individuels, même si parfois ces contenus se répondent les uns aux autres, la création des contenus se fait en dehors de YouTube.

A l’opposé, une webTV dite « collaborative » mobilise sa communauté pour la cocréation du contenu : celui-ci est discuté en amont, et sa diffusion en aval nourrit la réflexion sur les sujets des épisodes suivants.

Enrichir le media social de cette logique peut être un excellent levier pour motiver la formalisation et la structuration d’un objectif éditorial commun.

Ce concept étant au stade de la réflexion expérimentale – osons le mot, “beta” -, dites-nous si vous souhaitez que nous allions plus avant dans sa formalisation, avec votre aide, et vos propres retours d’expérience si le cœur vous en dit.

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La civilisation numérique : un nouveau contexte stratégique pour l’entreprise http://fr.readwriteweb.com/2010/03/05/analyse/civilisation-numerique-nouveau-contexte-strategique-entreprise/ http://fr.readwriteweb.com/2010/03/05/analyse/civilisation-numerique-nouveau-contexte-strategique-entreprise/#comments Fri, 05 Mar 2010 13:30:35 +0000 Henri Verdier http://fr.readwriteweb.com/?p=7658

henriverdierHenri Verdier est un spécialiste de l’innovation en matière de contenus et services numériques, il est directeur de la prospective a l’Institut Télécom et président du Pôle de compétitivité Cap Digital.

Ce n’est pas seulement le management ou la distribution qui sont bouleversés par le numérique : c’est la valeur, l’échange et les aspirations sociales. C’est une nouvelle civilisation qui se dessine, dans laquelle les règles stratégiques fondamentales seront redéfinies.

Chaque grande époque de civilisation peut être analysée comme un équilibre entre des technologies disponibles, un état de l’économie (lié à ces technologies – par exemple via leur besoin en concentration de capital), des politiques (ou des techniques de pouvoir) et des aspirations sociales. L’Antiquité, la Renaissance s’équilibraient autour d’une cohérence entre la manière de construire, de régir, de produire, de voyager… La Révolution industrielle a connu un autre équilibre avec le charbon, l’acier, le chemin de fer, Haussmann, des méthodes de police, le balbutiement des démocraties, l’émergence du concept de nation. Comme les Trente Glorieuses avec un accord entre l’avion, l’automobile, l’électricité, le pétrole, l’habitat vertical, la production de masse, les mass médias, le marketing et la consommation de masse. Ce qui est intéressant pour l’entreprise, c’est de sentir à chaque époque l’équilibre entre ce qu’est une entreprise, comment elle s’organise, ce que veulent les gens, ce qu’ils achètent, la manière dont ils s’informent… Tout cela est cohérent.

Or, j’ai la conviction que nous sommes en train de vivre l’émergence d’une nouvelle époque, dont les technologies de bases seront l’informatique, les télécoms et les nanotechnologies et qui verra émerger un nouvel équilibre. On en voit déjà les prémices : le marketing et la consommation de masse s’essoufflent ; on aspire à la personnalisation, la participation, à la transparence et au contrôle.

Ce qui change, ce n’est donc pas l’économie, c’est la civilisation et les entreprises devront y trouver leur place, leurs chaînes de valeurs,  leurs méthodes, leurs stratégies, leur organisation du travail et leurs techniques de management appropriés. Marc Giget, titulaire de la chaire d’innovation du Cnam, appelle cela la « synthèse créative » (et ce concept déborde largement l’économie). Tous les grands changements se sont passés ainsi : pendant un temps plus ou moins long, d’innombrables inventions s’accumulent et, soudain, une nouvelle synthèse prend corps. Pour illustrer son propos, ce chercheur 2 300 innovations technologiques : les techniques de construction, de taille des pierres, le travail du verre, etc. explique que le passage du roman au gothique intègre

Le numérique est au fond un long processus de transformation globale de la société. Un moment de synthèse créative.

Quels seront les secteurs porteurs pour la création d’entreprise ?

Concrètement, cette transformation, contient en particulier trois transformations essentielles pour les entreprises :

Premièrement, on assiste au décollage ultra-rapide de secteurs complètement nouveaux : le jeu vidéo, le serious game, la robotique, l’image 3D, les TIC appliquées à la santé…  Pour les entreprises qui veulent se positionner sur ces secteurs qui atteignent parfois des croissances annuelles de 500 %, l’agilité et la réactivité sont la clé : comment puis-je aller vite et me développer dans de tels secteurs ? Par sa culture, la France n’est pas forcément le pays le mieux armé dans ces secteurs : elle devra compter sur ses PME et les  aider à atteindre cette hypercroissance sans ce heurter à ce plafond de verre qui pénalise nos petites entreprises.

Deuxièmement, on assiste à la redéfinition de secteurs industriels entiers : à des mutations spectaculaires de vieilles industries, lourdes, capitalisées et structurées.

L’exemple de la distribution d’énergie aux États-Unis est très représentatif de cette question. À l’arrivée de l’administration Obama, les piètres infrastructures américaines offraient au pays deux options : soit réinvestir sur l’infrastructure existante, soit repenser radicalement la logique du système. Il a opté pour cette deuxième solution, et le smart grid en lançant des recherches pour redéfinir la distribution, mettre en place un système de distribution point à point, avec des logiques de routages, des voies de retour… au fond comme Internet. C’est l’activité même de distribution d’énergie qui est repensée.

On voit la même chose dans le domaine des transports. Quand Peugeot annonce commercialiser des «unités de mobilité», le système «Mu», il émet un signal fort de mutation : son métier n’est plus uniquement de faire et vendre des automobiles, mais de proposer une expérience utilisateur autour du transport. Il en va de même pour la banque, qui se diversifie, et dans de nombreux autres secteurs. On peut aussi analyser les stratégies d’Apple ou d’Amazon comme des manières de redéfinir profondément les métiers autour de l’expérience utilisateur.

La troisième grande transformation englobe et dépasse les deux autres. C’est une transformation stratégique globale. Les méthodes qui ont du succès aujourd’hui reposent toutes sur l’intégration d’une stratégie numérique. On l’a vu avec la campagne d’Obama. Il ne s’est pas contenté de « twitter », d’être présent sur Facebook. Au lieu de communiquer en martelant des messages, il a suscité des groupes à qui il a donné des outils et du pouvoir d’agir. Il a fait du « vrai » community management et de l’ »empowerment », notamment sur Internet. C’est juste un exemple de bouleversements stratégiquess : community management, empowerment, modèles open source, interopérabilité des systèmes, plateformes d’innovation ouvertes et partagées… majeur

Ce sont des axes forts pour les entreprises, et même pour les Etats. Et ce n’est pas simple, car « conduire une politique » d’innovation « ouverte, collaborative et sociale » ressemble, en première analyse, à un paradoxe.

D’autant que tout cela ne fait évidemment pas disparaître le reste : on continue à faire de l’agriculture, de secondaire et du tertiaire, mais on le fait différemment  C’est la ligne de front qui se déplace.

Vers quel modèle d’entreprise s’oriente-t-on ?

Toujours selon cette analogie de la ligne de front (qui montre que l’ancien théâtre d’opération existe toujours, mais que le maximum d’intensité se déplace), on constate, dans le monde proche de la révolution numérique, un modèle de succès qui semble dominant et dans lequel la clé du succès semble être la capacité à capter le potentiel d’innovation et de créativité de l’écosystème.

C’est la théorie du capitalisme cognitif de Yann Moulier Boutang. Pour le dire simplement, elle souligne qu’à l’époque de la première Révolution industrielle, on mécanisait la force physique, et on injectait de l’intelligence du savoir et du savoir-faire dans les machines. D’où l’importance incroyable, dans ce modèle, de la propriété intellectuelle, des brevets et du droit d’auteur. L’objectif était de capter et de décupler la force physique des salariés. Ensuite, on la vendait via une conception centralisée et un marketing de masse.

Aujourd’hui, à l’évidence, on industrialise aussi les fonctions symboliques et computationnelles qui sont de l’ordre de l’intelligence. Et cela amène des transformations massives. Les machines sont capables de calculs complexes, il faut désormais injecter de l’innovation et de la création collective dans le système. La question de la propriété intellectuelle va ainsi beaucoup changer, car on se nourrira, des autres. Depuis les années 80, on essaie de breveter le plus de choses possibles : le vivant, le génome… Ce sont des tentatives pour sauver un modèle qui s’essouffle. Mais l’avenir semble plus à la captation des énergies extérieures aux entreprises qu’à la sécurisation à outrance de ses actifs immatériels. de l’extérieur

Les grandes stratégies des acteurs structurants du numérique, tels Apple ou Facebook, ne reposent plus sur les dialectiques produit / service ou contenu/contenant. Qu’est-ce qu’un iPod au fond ? Un contenu ? Un contenant ? Un usage ? Tout à la fois : c’est un écosystème cohérent qui fait graviter en harmonie des interfaces, des contenus, des gens, de l’argent, de la liberté pour l’utilisateur, qui sécrète et agrège un maximum de valeur autour de lui. On sent la même chose avec le Kindle d’Amazon : lorsque je me connecte, l’objet me reconnaît, si je le perds et que je le remplace, je peux retrouver mes ouvrages, n’importe tout dans le monde y compris sur mon PC ou mon iPhone. Et la belle interface du Kindle dissimule en même temps un accès 3G prépayé pour télécharger des livres du monde entier, ainsi que l’accès confortable à tout cet écosystème.. C’est un écosystème accueillant qui capte de la valeur.

C’est ce qu’explique Yann Moulier-Boutang : on se met maintenant à rechercher des valeurs qui étaient jusqu’alors hors marché : les échanges, l’intensité, l’excitation, le nombre d’amis, la vitesse de circulation des idées, l’économie de la contribution, etc. Pour expliciter l’intérêt de ce mouvement, il utilise l’excellente métaphore  des abeilles. Les économistes américains ont en effet voulu chiffrer l’économie de l’apiculture calculée en termes de production de miel et de cire. Une fois que ceci fut fait, on essaya de calculer le coût de leur disparition. On s’aperçut alors que la disparition des abeilles coûterait 350 fois plus que le manque à gagner pour les apiculteurs. En fait, la pollinisation, avec ses échanges fluides, sa circulation, génèrait 350 fois plus de chiffres d’affaires par son action dans d’autres secteurs, à l’extérieur du marché de l’apiculture. Il en va de même dans le numérique. On crée beaucoup de valeur d’usage, d’échanges, de circulation, de contribution ou de «remix» autour des usages du numérique.  Et les grands acteurs essaient désormais de capter ces valeurs extérieures à la valeur directe.

Ce modèle ne s’applique pas à tout le monde, mais à beaucoup. Tous ceux qui étaient dans une relation cliente étroite peuvent penser à un passage aux services.

Comment va évoluer l’innovation au sein des entreprises ?

C’est un peu la même chose. L’économie a découvert tardivement que l’innovation était l’une des principales source de la croissance. L’idée a mis du temps à rentrer dans les politiques publiques. Et cette question est encore bien souvent traitée dans un ancien cadre stratégique. Nous sommes restés très proches d’une innovation planifiée, ce qui, grâce à nos très bons ingénieurs et fonctionnaires, nous a permis de remporter de grands succès, par exemple dans le nucléaire, l’aérospatial ou l’aéronautique.

Mais dans le numérique, les grandes ruptures ne sont jamais venues de la sorte : le web, le p2p, la messagerie instantanée, Google, les réseaux sociaux : toutes ces innovations sont nées dans des startups, des laboratoires de recherche publique ou chez des activistes. Il y a là un modèle d’innovation collaborative qu’il faut s’approprier.

J’ai pensé un temps qu’en raison de la jeunesse du numérique, la «barrière à l’entrée » des sociétés sur le marché était faible, ce qui justifiait la prééminence de cette innovation ouverte. Je pense aujourd’hui que les causes sont plus profondes. D’abord parce que cette tendance d’innovation «low tech», ultra-rapide et proche des usages n’est pas prête de se tarir. Nous sommes au tout début du web social. Regardez Facebook, qui n’est grand public que depuis quatre années et regroupe 400 millions d’internautes, représente un quart des pages vues aux États-Unis, et est la troisième source d’information en ligne du pays. Et pourtant, il ne propose quasiment aucune rupture technologique. C’est juste une autre manière de configurer l’information.

Mais derrière ces révolutions du web social, nous aurons les services mobiles, surtout de la géolocalisation peu exploitée jusqu’à présent et les paiements sans contact de type NFC (Near Field Contact ou Communication en Champ proche, technologie de transmission d’informations par radio à quelques centimètres). Nous aurons le développement de l’Internet des objets, puis l’interfaçage entre le monde d’internet et celui de l’objet physique, qui commence à s’intéresser à l’open source pour créer des modèles collaboratifs. Les nanotechnologies, notamment appliquées à la santé, vont se déployer, mais demanderont sans doute plus de moyens.

Toutes ces ruptures à venir nous laissent présager l’importance durable des formats d’innovation ouverte, collaborative et sociale au moins en équivalence avec les formats d’innovation planifiée.

La France sera-t-elle capable de créer de nouveaux acteurs majeurs du numérique ?

J’ai d’abord la certitude que nous sommes bien capables de créer des acteurs majeurs. Les Français sont très créatifs et entreprenants, et mondialement connus pour cela. Le problème est plutôt que nous ne savons pas faire croître nos entreprises. Nous sommes faibles en marketing, en business development voire en management. Nous faisons sans doute partie des trois plus grands pays pour former des ingénieurs, ce n’est pas le cas concernant les managers, les banquiers et les capitaux-risqueurs.

Cela n’a pas toujours été le cas. A la fin XIX°, la France était leader mondial dans 22 innovations sur 25 : automobile, aviation, haute-couture, banque, etc. C’était l’époque où l’on construisait la Tour Eiffel en prévoyant de la démolir à la fin d’une exposition universelle. À cette période, les gens étaient visionnaires et n’avaient pas peur d’entreprendre. Nous y avons inventé la plupart des formes juridiques des entreprises. La force de la France était dans ses entrepreneurs, avec un esprit concret et un esprit universaliste. Nous avons détruit cette dynamique au cours de la première guerre mondiale, mais nous en sommes capables.

Nous sommes toutefois restés très «Ancien Régime », sensibles aux étiquettes, au protocole, aux corps, aux clans, aux diplômes.  Dans la Silicon Valley, si vous n’avez pas échoué deux fois on se méfiera un peu de votre manque d’expérience (mais on vous prêtera quand même quelques millions d’euros si le projet a l’air bon…). En France, si vous avez raté deux startups, on vous considèrera comme un cas difficile. Le système éducatif, avec toutes ses qualités, n’encourage pas non plus la prise de risque, tant l’on y paye cher et longtemps le plus petit échec.

La stratégie de capital-risque à la française est dans la même veine. Elle protège le portefeuille. Un venture capitalist américain va plus jouer à la manière d’un producteur d’Hollywood : essayer de faire au moins un blockbuster sur dix investissements, quitte à se rater sur six autres films. Il a une stratégie d’investissement et de gestion complètement différente et ne joue pas la même partie que nous. D’ailleurs, les résultats sont différents : nos PME ne coulent pas trop, mais elles deviennent rarement de grosses sociétés comme Google.

Nous partons donc avec quelques handicaps pour la pure création d’entreprises, même si l’on sent un changement d’état d’esprit collectif. Mais nous avons d’autres atouts : des secteurs très performants, des grandes entreprises capables de mutations rapides, des infrastructures exceptionnelles, quelques points forts très importants pour les prochaines batailles du numérique (télécommunications, design, jeu vidéo et image 3D, robotique ou e-learning par exemple).

Comment enseigner l’innovation et l’entrepreneuriat ?

Notre système éducatif, jusqu’à l’université, est sans doute meilleur que l’américain pour la transmission de connaissances solides structurées. Mais, au sortir du supérieur, les Américains ont confiance en eux, le goût d’entreprendre, le sens du travail collectif et n’ont pas peur de l’échec. Pendant que nous apprenons la dictée puis la dissertation, ils apprennent à mener un débat, à défendre une thèse, ils travaillent le storytelling. Notre système éducatif est bon dans la transmission du savoir, mais il transmet en même temps des comportements sociaux datés.

Mais il est bien loin d’être seul en cause : il faut changer certaines attitudes à toutes les échelles.

Nos venture capitalists sont généralement très proches des banques de dépôt. Ce ne sont pas des pures players et ils ont des stratégies d’investissement assez conservatrices. Nos petites entreprises n’ont pas forcément l’ambition de devenir des grandes structures. Nos diplômés des Grandes écoles ne s’orientent pas forcément vers des PME à forte croissance, même si certains commencent à s’intéresser à la création d’entreprises.

Comment va évoluer le management ?

Je serais bien incapable de prédire toutes les évolutions à venir dans le management.

Je suis en revanche convaincu qu’il devra prendre en compte un nouvel état de fait : l’entreprise est devenue poreuse, les gens viennent avec leurs réseaux sociaux, leurs ressources, leurs «alliés». Ce mouvement a été très visible avec les traders, qui ont réussi à s’approprier 30 % de la plus-value qu’ils généraient parce que cette richesse était générée par leur carnet d’adresses, leur système d’information et non pas par la société qui les embauchait. Ils étaient au fond les seuls salariés qui avaient repris en main leur valeur ajoutée (peut-être cela explique-t-il en partie l’opprobre qu’ils ont subie face à la défaillance complète d’un système)… Avec les réseaux sociaux et le numérique, cet aspect va s’étendre à d’autres secteurs d’activité.

Cela se traduit par exemple très concrètement sur les systèmes d’information. Il y a plus de puissance distribuée hors de l’entreprise que dedans. Les gens contournent les systèmes de sécurité pour se connecter à leurs boites mails, leurs réseaux sociaux, etc. Il va falloir repenser en profondeur les stratégies de sécurité qui ne peuvent plus consister en une grande muraille, mais qui vont devoir travailler la diffusion de l’information et savoir ce qui doit être sanctuarisé. Cela implique de revoir la gouvernance, les organigrammes, les personnes décisionnaires…

Les gens sont moins protocolaires et aspirent à « moins de pyramides». Je l’ai constaté de près dans certains lieux de pmouvoir, avec la coexistence de deux cultures, assez étanches, globalement réparties entre les plus de 40 ans et les autres. Les plus anciens centralisent et conservent l’information (qui est, naturellement, une forme du pouvoir), et fonctionnent donc de manière pyramidale et cloisonnée. Pendant ce temps, les plus jeunes construisent leur pouvoir à travers la diffusion des informations qu’ils ventilent, afin de devenir le nœud stratégique à travers lequel tout doit passer. C’est un peu moins caricatural dans la réalité, mais je vois bien cette tendance à l’oeuvre.

Qu’appelez-vous « plafond de verre » pour les entreprises et comment le traversera-t-on ?

Parmi les 500 plus grandes sociétés mondiales, la moitié environ sont américaines et juste un peu moins sont européennes. Parmi les Européennes présentent dans le classement, très peu de grosses entreprises ont moins de 25 ans : elles sont presque dix fois plus nombreuses parmi les Américaines. Le plafond de verre que j’évoque cette barrière invisible qui interdit quasiment d’accéder au CAC 40 quand on crée une entreprise en France aujourd’hui. Cela s’explique en partie par l’efficacité de nos grands groupes, très internationalisés, qui savent muter et changer de métier et qui, du coup, tiennent les nouveaux arrivants à l’écart. S’y ajoute ce que nous avons évoqué précédemment sur le côté conservateur de l’économie française.

Ca pourrait ne pas être grave, mais ça nous a sans doute fait rater la révolution ultra-rapide du web puis du web 2.0.

Il n’y a pas de solution miracle à un problème à ce point culturel. On pourrait envisager un Small Business Act européen pour rediriger une partie des dépenses publiques dans les PME. On pourrait également travailler profondément l’éducation. On pourrait encourager la mobilité des hauts fonctionnaires dans le monde des PME.

On pourrait chercher et trouver des formats d’actions publiques qui favorisent l’innovation ouverte, collaborative et la mise en réseau. C’est ce que sont, au fond, les pôles de compétitivité qui reposent sur une idée novatrice : ne plus investir seulement sur les technologies, ni sur des sociétés, mais sur des écosystèmes dont la gestion est assurée par ceux qui le composent.

Et puis, surtout, il faudrait se promener. Les choses changent, le numérique permet d’abolir les distances et le temps : le monde s’est raccourci et il faut en prendre conscience. Je trouve que toutes les PME françaises devraient pouvoir partir à l’étranger au moins une fois par an. En France, on a tendance à beaucoup se positionner par rapport aux États-Unis : on aime ou on adore mais, au fond, on ne connaît pas. Et je ne parle même pas du reste du monde… Alors voyageons !  Ca relancera pas mal de choses.

(article initialement publié sur le blog d’Henri Verdier)

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http://fr.readwriteweb.com/2010/03/05/analyse/civilisation-numerique-nouveau-contexte-strategique-entreprise/feed/ 5
Que nous apprend 4chan sur l’internet de demain ? http://fr.readwriteweb.com/2010/02/15/prospective/4chan/ http://fr.readwriteweb.com/2010/02/15/prospective/4chan/#comments Mon, 15 Feb 2010 07:30:08 +0000 Fabrice Epelboin http://fr.readwriteweb.com/?p=7415

4chan 4chan, pour ceux qui ne savaient pas, est désormais filtré par certains fournisseurs d’accès américain (sur leur propre initiative). 4chan, pour ceux qui ne savent pas ce que c’est, est l’archétype de ce que le web peut faire de pire.

4chan est un ‘imageboard’ anonyme, un concept de forum à base d’images, né au japon et repris par un ado américain, qui en a fait, en quelques années, le plus gros site du genre au monde.

Des millions de participants y publient des images accompagnées de commentaires, dans le plus parfait anonymat. L’utilisateur type est du genre adolescent boutonneux, tendance geek, doublé de nerd, représentant de ce qu’il est convenu d’appeler l’âge ingrat.

Mais 4chan est aussi un bouillon de culture. Le Rick Rolling, la blague bien connu consistant à faire cliquer un ami sur un lien menant au tube des années 80, est né sur 4chan, ainsi que les célèbre LOLcats, et une multitude d’autres blagues potaches.

On y trouve aussi un terreau fertile pour le militantisme 2.0 : des raids organisés sur la scientologie ou les sites de dating chrétiens, au piratage de l’email personel de Sarah Palin… Bref, ce système basé sur l’expression par l’image détournée et l’anonymat absolue produit sa propre culture, et tout le monde ou presque est tombé un jour sur un morceau de culture issu de 4chan.

Le concept du ‘meme’, ce jeu de chaine et de surenchère, est aussi très pratiqué sur 4chan. C’est ce même principe de viralité qui est le moteur d’opérations comme “Sarko on the Moon” ou les détournements de logo Hadopi. Bref : une puissante dynamique virale, pas encore récupérée par les marques, mais cela ne saurait tarder.

Quand le LOL devient LULZ

Car 4chan a une face sombre, et elle est bien visible. A coté du coté très LOL, se cache le Lulz, le jumeau maléfique du LOL.

L’humour y est gras – dans le meilleur des cas – et terriblement de mauvais gout la plupart du temps. On y trouve de tout, pourvu que ce soit de mauvais gout. Images pédophiles postées par pure provoc, photos pornos qui vont bien au delà de l’extrême (la scatophilie étant de toute évidence à classer dans le rayon softcore de 4chan), des tonnes de manga (souvent porno, eux aussi), des tonnes de blagues de mauvais gout, beaucoup de racisme… bref : le trou du cul du net.

Demain, tous anonymes ? (4chan everywhere ?)

Il y a encore un an, l’anonymat sur internet était très relatif. Tout le monde ou presque savait qu’il existait un moyen plus ou moins fiable de remonter la piste d’un individu. Cela n’a jamais empêché le trolling, mais en cas de dérive grave, une adresse IP permettait de remonter sur – à défaut d’un individu – une connexion internet, et d’enquéter.

Hier encore, seuls les vrais délinquants et les paranoïaques se servaient d’outils d’anonymisation. Mais ces temps sont révolus. Grâce à Hadopi, des millions d’internautes Français savent désormais parfaitement masquer leur adresse IP et devenir réellement anonymes.

Le petit univers de 4chan pourrait sembler anodin, mais il illustre à merveille les conséquences d’un anonymat généralisé, or c’est précisément l’une des tendances forte que va faire naitre des lois comme Hadopi et Loppsi, poussant chaque citoyen ayant les compétences techniques pour le faire à s’abriter derrière des technologies le rendant parfaitement anonyme et intraçable (VPN, Tor, je vous laisse choisir).

Sur ce blog, par exemple, il est courant de voir des commentaires postés via une adresse IP appartenant à un VPN anonyme. En cas de problème, pas moyen de remonter la moindre trace.

Demain, quand une partie significative des utilisateurs de l’internet utilisera de tels outils d’anonymisation, le mauvais gout de 4chan, son racisme extrême et la violence de ses échanges se répandra-t-il sur l’internet Français tout entier, devenu une grande zone d’anonymat.

Ce scénario catastrophe est plus que probable, et c’est l’une des multiples conséquences perverses des lois destinées à contrôler l’internet.

La suite est cousue de fil blanc : obligation, comme en Corée, de disposer d’une identité certifiée par l’Etat pour publier quoi que ce soit sur le web, surveillance renforcée des réseau, etc, etc.

4chan sera probablement filtré en France sous peu (après tout, on peut y trouver de la pédophilie, même si celle-ci est la plupart du temps de l’auto production faite par les utilisateurs eux même), et cela ne fera guère que déplacer le problème ailleurs (Freenet, par exemple).

L’anonymat, qui devrait n’être qu’une solution pour dissident chinois, est en passe de devenir courant sur internet, utilisée sous peu par des millions d’internautes soucieux de préserver leur vie privée d’une surveillance généralisée. Les conséquences seront terribles. Les coupables ? Une bande d’ados stupides ou des députés irresponsables ? (les qualificatifs étant interchangeables).

Le jour où l’internet sera véritablement devenu une poubelle, rappellez-vous d’où cela vient. 4chan n’y est pour rien, jusqu’ici, les poubelles était soigneusement rangées dans le local à ordures.

Pour en savoir plus sur 4chan

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http://fr.readwriteweb.com/2010/02/15/prospective/4chan/feed/ 140
Les pédophiles (eux aussi) sont pour la Loppsi http://fr.readwriteweb.com/2010/01/29/a-la-une/loppsi-pedophiles-business-analyse/ http://fr.readwriteweb.com/2010/01/29/a-la-une/loppsi-pedophiles-business-analyse/#comments Fri, 29 Jan 2010 07:20:51 +0000 Fabrice Epelboin http://fr.readwriteweb.com/?p=7152

Dans une semaine, la Loppsi sera soumise au vote du parlement et nos représentants auront à se prononcer sur un énorme texte comprenant, entre autre, le filtrage des réseaux pour en éliminer les contenus pédopornographiques.

Mais qu’est ce que la pédopornographie sur internet ?

Les rares spécialistes qui s’expriment, souvent issus des forces de l’ordre, d’où peut être un certain devoir de réserve, ne s’attardent pas sur le fonctionnement de ce business auquel la Loppsi veut mettre fin.

Aucune étude sérieuse n’a été faite sur le sujet. Seul les cris d’alarme des associations de protection de l’enfance font office de rapport, tant il est difficile de laisser de coté l’indignation face au crime pour laisser place à la raison et à l’analyse.

Mais pour combattre le mal, il nous a semblé indispensable de le comprendre. Les études sur la pédophilie ne manquent pas, mais ce n’est pas ce qui nous intéresse ici. C’est la pédopornographie que la Loppsi se propose de filtrer, et rien qu’elle. C’est donc au business, qui alimente les pédophiles en images et en vidéos, que la loi veut porter atteinte. A première vue, une bonne idée. Mais peut être eut-il été intéressant de comprendre le détail de ce business avant de l’attaquer.

le commerce de la pédopornographieC’est donc à l’étude de ce business que nous nous sommes attaqué : sa taille, ses acteurs, son histoire, ses modèles économiques, son chiffre d’affaire et bien sûr, son usage des technologies.

L’étude que nous publions aujourd’hui (pdf, 300Ko) propose, pour la première fois, une analyse détaillée de l’évolution des réseaux de distribution de pornographie enfantine ces dix dernières années.

Il aura fallu près d’une année d’enquête et de recherches, de nombreuses rencontres – virtuelles, pour la plupart – des échanges avec des représentants des forces de l’ordre, anglais, américains et français, avec des hackers, des experts en sécurité informatique, des activistes des libertés numériques, des heures de lecture d’articles divers et de conversations avec leurs auteurs, des tonnes de chiffres, et de longs moments à comprendre la façon dont ils avaient été utilisés ou détournés.

Au final, c’est un hacker, Decerebrain (merci à lui), qui nous a orienté vers un texte publié par Wikileaks.org nous permettant, enfin, de comprendre la façon dont fonctionnait les réseaux de la pédopornographie sur internet. Sans lui, nous serions encore dans le flou, nous doutant que quelque chose nous échappait, sans trop savoir quoi.

Voter cette loi sans avoir lu ce texte serait une faute impardonnable, car c’est le seul document à ce jour expliquant, preuves à l’appui, les détails de ce business et de son évolution, la façon dont il utilise les technologies et de nouvelles pistes permettant de le combattre.

La semaine prochaine, cette étude sera également disponible au sein d’un livre (papier) rassemblant une série de textes sur Loppsi, le filtrage, et ses conséquences. Aux cotés de cette étude, vous pourrez y lire les textes de deux experts travaillant dans la lutte contre la pédophilie en ligne : un spécialiste de la sécurité informatique reconnu auprès des tribunaux anglais, et un directeur d’enquête de la gendarmerie Française, à qui l’on doit l’arrestation de dizaines, si ce n’est de centaines de pédophiles.

Enfin, vous trouverez les textes de figures bien connues de la lutte pour les libertés numériques, comme Mathieu Pasquini, fondateur de In Libro Veritas, qui est aussi l’éditeur de ce livre, Guillaume Champeau, de Numérama, Jérémie Zimmermann, cofondateur de la Quadrature du Net, et Jean-Michel Planche, le patron de Witbe et l’animateur du blog satirique Superdupont.fr. A nos cotés, Robert Ménard, vétéran dans le combat pour la liberté d’expression et fondateur de Reporter Sans Frontières, nous a fait l’amitié de rédiger la préface de l’ouvrage.

Chacun d’entre nous apporte dans ce livre un regard qui lui est propre sur le filtrage, ses conséquences, et la façon dont il impactera le monde de demain.

Vous vous en doutez, le filtrage n’est pas efficace, cette conclusion ne surprendra personne. Les chinois traversent par millions la grande muraille numérique qui censure les contenus accessibles en chine, les pédophiles feront de même. Les enfants, de leur coté, sont également à l’abri, pas plus que vous et moi, ils ne peuvent de nos jours tomber ‘par hasard’ sur de tels contenus (ce qui n’était ceci dit pas le cas il y a encore quelques années).

La menace que fait peser le filtrage sur la liberté d’expression est bien sûr réelle, mais ce n’est pas, de mon point de vue, le plus terrible des dangers qui nous guette avec la Loppsi, et surtout, c’est un argument qui ne pèse rien ou presque face à la légitime émotion suscitée par le crime pédophile.

Le filtrage, en réalité, est probablement la meilleure chose qui puisse arriver aux criminels qui font le commerce de pédopornographie. Pour comprendre comment nous en sommes arrivés à cette sinistre conclusion, il vous faudra lire ce livre, car il faut pour cela comprendre le business de la pornographie enfantine, ce qui est bien trop long pour un simple billet.

Imaginez que vous en soyez à l’ère du minitel, et que l’on vous parle de peer to peer : c’est la distance qui vous sépare entre l’idée que vous pouvez vous faire du commerce d’images pédophiles et la réalité de la situation.

Je vous souhaiterais volontiers une bonne lecture, mais autant vous le dire tout de suite, elle ne sera pas agréable.

>>> Télécharger l’étude « Le commece de la pédopornographie de 2000 à 2010″

>> A lire également, l’article courageux de Guillaume Champeau, qui donne le point de vue d’un pédophile.

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http://fr.readwriteweb.com/2010/01/29/a-la-une/loppsi-pedophiles-business-analyse/feed/ 127
Projet Manhattan 2.0 : les Etats-Unis préparent-ils la bombe libre ? http://fr.readwriteweb.com/2010/01/28/prospective/projet-manhattan-20-les-etatsunis-prparentils-bombe-libre/ http://fr.readwriteweb.com/2010/01/28/prospective/projet-manhattan-20-les-etatsunis-prparentils-bombe-libre/#comments Thu, 28 Jan 2010 14:42:10 +0000 Fabrice Epelboin http://fr.readwriteweb.com/?p=7242

Après les déclarations hostiles de Google face à la Chine, appuyées par des propos tout aussi belliqueux de Hillary Clinton face aux nations qui filtrent l’internet, voilà que nous apprenons coup sur coup que le projet de DNS de Google (les ‘aiguilleurs du ciel’ de l’internet) est pensé pour protéger la vie privée de ses utilisateurs. Le tout alors qu’au lendemain de l’hypothèse d’une guerre froide en préparation, formulée par Ethan Zuckerman, le fondateur de Global Voice, celui-ci lance un réseau dédié aux “technologies pour la transparence”.

Dernier poids lourd à rallier la coalition (?), Twitter, qui vient de révéler qu’ils travaillent à la mise au point de technologies destinées à contourner le filtrage.

Il faut se rendre à l’évidence, face au clan des nations qui censurent semble se mettre en place une coalition faite d’entreprises, d’un Etat, et d’ONG bien décidées à tout faire pour sabrer toute tentative de censure.

Face à une telle accumulation de faits, l’idée d’une succession d’évènements déclenchés par les attaques faites il y a peu sur les sites de Google ne tient décidément plus la route. Tout cela n’a pas pu être décidé et mis en place en l’espace de deux semaines, nous avons clairement à faire à un plan préparé de longue date, ou à une suite incroyable de coïncidences – à vous de décider.

ONG 2.0 : de nouveaux venus dans le jeu politique international ?

Passé relativement inaperçue, l’annonce faite la semaine dernière par Matt Mullenweg, le fondateur de WordPress, d’une fondation destinée à promouvoir la démocratisation de la publication pour tous à travers des logiciels open source est peut être une élément à ajouter à la longue série ininterrompue de faits qui laissent à penser qu’une forme d’action politique d’un tout nouveau genre est en train de se mettre en place.

Google, Twitter, WordPress, ces trois sociétés ont été, à un moment ou à un autre, approchées par le gouvernement américain, ou par ce qui était en passe de le devenir lors de la campagne présidentielle US, pour ce qui est de WordPress. L’idée d’une action concertée n’est pas à exclure, ou tout du moins d’une bénédiction implicite donnée par les plus hautes instances de l’état américain.

La fondation WordPress, tout comme le réseau pour les technologies pour la transparence illustrent bien ce qui pourraient être un nouveau type d’acteurs dans la politique mondiale. Ce n’est pas la première fois que des fondations issues ou profondément enracinées dans le monde des technologies annoncent soutenir une vision politique, mais celles-ci commencent à prendre un poids de plus en plus important, et là aussi, Google n’est pas en reste.

Tout comme les ONG ‘à la Française’ comme Médecin du Monde ou Reporters Sans Frontières ont marqué par leur action la marche du monde au XXe siècle, le temps est peut être venu pour un nouveau type de fondations de prendre en mains ce que les politiques ont abandonné dans bien des pays. De toutes évidence, la censure semble être l’objectif du moment, mais il ne fait aucun doute que cela ne s’arrêtera pas là.

Il ne manque plus qu’un ralliement massif de grands leaders mondiaux rassemblés pour affirmer que la technologie pèsera de tout son poids dans la marche du monde de demain, avec ou sans les politiques, et le tableau serait complet. Quelque chose me dit que cela ne devrait plus trop tarder.

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La ligue Odébi passe à l’attaque http://fr.readwriteweb.com/2010/01/27/prospective/ligue-odbi-passe-lattaque/ http://fr.readwriteweb.com/2010/01/27/prospective/ligue-odbi-passe-lattaque/#comments Wed, 27 Jan 2010 19:31:39 +0000 Fabrice Epelboin http://fr.readwriteweb.com/?p=7207

Le temps du militantisme courtois touche probablement à sa fin. L’époque où les opposants à un projet de loi discutaient avec ministres et députés, parfois de façon tendue, mais toujours selon des règles implicites héritées de combats politiques passés, ne sera plus d’ici quelques temps, qu’un aimable souvenir. Il n’a pas dit son dernier mot, mais bientôt ce n’est plus lui qui fera la Une de la bloggosphère et des trending topics sur Twitter.

Dans la nuit de mercredi à jeudi, la ligue Odébi et son armée numérique passera à l’attaque. Un peu partout sur internet se retrouveront publiés le passé judiciaire de 95 députés pro hadopi. C’est une première, et cela marque l’arrivée d’une nouvelle forme de militantisme sur l’internet Français, celle qui s’apparente à une forme – light – de terrorisme, effectuée par un réseau clandestin, totalement à l’abri derrière moultes outils de cryptages, de VPN, d’identités virtuelles créées durant l’année 2009, prêt à se ruer sur un profil Facebook ou un site officiel avant de disparaitre dans la nature.

Combien de divisions ? C’est difficile à dire, quelques centaines, tout au plus, mais très certainement cloisonnées, impossible à démanteler autrement que cellule après cellule, et probablement des milliers d’identités, utilisées comme des marionnettes et prêtes à être sacrifiées, une fois leur vraie nature révélée par un acte tel que celui aura lieu cette nuit.

Ces identités, crées depuis longtemps sur Facebook, des forums, ou encore des sites officiels comme les Créateurs de Possible, sont probablement très nombreuses, et la guerre que s’apprête à lancer la Ligue Odébi risque de durer très longtemps.

La première vague reste à peu près dans les clous de la légalité, les dossiers qui vont être mis à jour ne sont à priori que des compilations d’articles et probablement quelques fuites de l’autorité judiciaire, mais les vagues suivantes – celle-ci n’ayant aucune chance de donner quoi que ce soit – franchiront nécessairement la ligne jaune.

On se souvient de rumeurs d’une altercation entre Nicolas Sarkozy et DSK, ce dernier accusant l’autre de préparer un dossier à destination de la presse pour l’éliminer dans le cas d’une velléité présidentielle. Ce type de manœuvre, courant en politique entre adversaires, et dont Julien Dray a fait l’amère expérience l’année dernière, s’est désormais démocratisée.

Partouzes, témoignages d’anciens amants, pratiques déviantes, enfants cachés, coucheries entre média et classe politique, dossiers pourris que la presse n’ose sortir et qu’elle aura fini par faire fuiter parce qu’ayant abandonné l’idée de pouvoir s’en servir, des Jean Claude Méry comme s’il en pleuvait… Bientôt l’internet regorgera de ce qui sera, enfin, conforme aux délires de ses plus farouches adversaires : un tas de saloperies qui, même si bon nombre seront sans doute véridiques, ne profiterons pas à grand monde.

Les militants courtois vont prendre une place d’arrière plan, sous peu, ils seront probablement mis dans le même sac, vraisemblablement qualifiés de terroristes 2.0 ou quelque chose comme cela, condamnés à un exil que certains commencent dès à présent à envisager très sérieusement.

La fin d’une époque.

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Google va-t-il déclarer la guerre à la Chine ? http://fr.readwriteweb.com/2010/01/25/a-la-une/google-guerre-chine/ http://fr.readwriteweb.com/2010/01/25/a-la-une/google-guerre-chine/#comments Mon, 25 Jan 2010 07:30:42 +0000 Fabrice Epelboin http://fr.readwriteweb.com/?p=7171

hillary-clinton Le départ annoncé de Google de la Chine n’est il que la première étape d’une guerre d’un nouveau type, que le géant américain pourrait déclarer à la Chine, et plus généralement, aux pays qui censurent l’internet ?

C’est l’hypothèse que formule Ethan Zuckerman, le fondateur de Global Voices, une plateforme de blogs internationale prônant la liberté d’expression et la défense droits de l’homme et des libertés numériques (diclosure : nous sommes partenaires de Global Voices).

Hillary Clinton, ministre des affaires étrangères américaine, lors d’un discours fait au musée du journalisme à Washington la semaine dernière, annoncait l’arrivée d’un monde qui verra deux camps s’opposer, celui des pays qui censurent l’internet et le monde libre dont les Etats Unis se veulent le porte étendard, et l’idée de Zuckerman, formulée au lendemain de ces déclarations, est loin d’être idiote.

Le discours de la femme la plus puissante des Etats Unis fait suite à l’attaque par ce que l’on devine être la cyber-armée Chinoise des installations de Google, et fait écho aux annonces peu diplomatiques de Google à l’égard des autorités Chinoises.

Pour rappel, suite à une attaque sur ses serveurs que Google attribue, à demi mots, aux autorités chinoises, ce dernier a cessé de censurer son moteur de recherche Google.cn, s’exposant de facto à être bloqué par le gouvernement Chinois. Google a annoncé en parallèle son intention de se retirer du marché Chinois, de façon particulièrement bruyante. Avec des millions d’utilisateurs fidèles en Chine, la disparition de Google ne pourra que donner le sentiment à la population locale que les choses n’avancent pas dans le bon sens.

La première explication a d’abord été l’opportunité donnée à Google de se retirer d’un marché qu’il n’arrivait pas à dominer. Google est là bas second, et loin derrière Baidu, le moteur de recherche national. Le marché Chinois est par ailleurs très difficile à conquérir, et plusieurs rumeurs faisaient état de ces difficultés, couplées à de multiples coup bas portés tant par la concurrence que par l’administration locale.

Cette explication n’est pas pour autant contradictoire avec une seconde, avancée par Zuckerman, où Google, après avoir pactisé avec le Diable, reviendrait sur ses fondamentaux: “Don’t be Evil”.

Proposer à un très large public des outils de contournement de la censure n’est pas une chose aisée, des systèmes comme Tor, dont Google est d’ailleurs l’un des sponsors, n’ayant pas vocation à fournir à l’ensemble de la population Chinoise, Iranienne ou Tunisienne la possibilité de contourner la censure instaurée par les régimes en place. Issu d’une communauté open source, Tor s’avère efficace mais incapable de monter en charge au point de fournir ses services à des dizaines, voir des centaines de millions d’utilisateurs.

Il faut, pour proposer un tel outil, ajoute Zuckerman qui est spécialiste en la matière, disposer, entre autre, d’une très grande quantité d’adresses IP, afin de rendre leur filtrage difficile, de quantités incroyables de bande passante, et d’une capacité à fournir régulièrement de nouvelles adresses IP aux utilisateurs. Il faut bien sûr bien d’autres choses, mais ces trois points en particulier ne sont pas à la portée d’une petite entreprise ou d’une communauté open source telle celle qui a conçu Tor.

Google a les moyens de faire cela. Il a même des intérêts à le faire.

Back to the roots : don’t be evil

En terme de gestion de marque, Google a été très sévèrement critiqué lors de son arrivée en Chine, contrairement à Yahoo ou Microsoft. Il faut dire que ces deux derniers n’ont jamais prôné de valeurs morales comme baseline, et que les internautes, du coup, s’estimaient en droit de demander des comptes à Google. La marque a été assez affectée par l’affaire, et partout dans le monde, son image s’est clairement dégradé à partir de ce jour là.

Se poser en porte drapeau de la lutte contre la censure donnerai l’occasion à Google de redorer son blason.

Un plan de longue date ?

Google a déjà lancé un produit qui pourrait n’être en réalité que la première pièce d’un tel dispositif : un service de DNS, sorte d’aiguilleurs du ciel de l’internet, une pièce qui pourrait s’avérer maitresse pour un futur système de contournement de la censure.

Si cela s’avérait être le cas, l’incident Chinois apparaitrait alors comme un prétexte, le service de DNS de Google ayant été lancé avant l’attaque par la Chine sur ses installations.

Un deal avec le gouvernement américain ?

Menacé de démantèlement pour position monopolistique sur son marché, Google doit impérativement trouver un compromis avec le gouvernement américain.

Faire d’une société le bras armé d’une guerre froide électronique obligerait le gouvernement américain à conserver une société puissante, car celle-ci deviendrait la pièce maitresse d’un nouveau type de guerre froide qui est peut être en train de se jouer sous nos yeux.

Une sémantique guerrière

« Pearl Harbor Numérique », « monde libre », le vocabulaire utilisé par la secrétaire d’état américaine puise abondamment dans les références à deux guerres du XXe siècle.

La seconde guerre mondiale, tout d’abord, qui du point de vue américain, a commencé avec l’attaque de Pearl Harbor, qualifiée de lâche, qui a pris les américains par surprise (les points de vue des historiens varient à ce sujet, certains affirmant que J. Edgar Hoover était au courant de l’attaque et l’a laissé avoir lieu de façon délibérée afin d’obtenir un effet de choc nécessaire à l’approbation du peuple américain à une entrée en guerre de la nation).

Le monde libre, enfin, qui qualifiait le bloc de l’ouest lors de la période de guerre froide qui fit suite à la seconde guerre mondiale, et qui vit s’affronter deux idéologies, tout comme l’on voit se dessiner deux façons opposées de voir internet changer le monde moderne : un monde qui l’accepte et qui tire parti de sa capacité disruptive pour se réinventer, et un autre qui le rejette, le censure, cherche à lui imposer les règles du passé quitte, selon les mots d’Hillary Clinton, à “se couper des progrès du XXIe siècle”.

Un choix posé au monde

Autant la position de pays comme l’Iran, la Chine ou la Tunisie est parfaitement claire dans le monde que dessine la nouvelle doctrine américaine, autant beaucoup de pays se retrouvent désormais face à un choix. C’est le cas de plusieurs pays Européens, comme l’Espagne, l’Italie et la France, qui prenaient jusqu’ici en matière d’internet la même direction que la Chine, au point d’aller prendre des conseils auprès des autorités Chinoise en matière de régulation de l’internet.

Cliquer ici pour voir la vidéo.

Voir les Etats-Unis comme sauveurs du monde libre serait aller bien vite en besogne et oublier que ceux-ci ont toujours su s’accommoder, si ce n’est sponsoriser, des dictatures étrangères pour peu que cela profite à leur économie et leur permettent de conserver, chez eux, une démocratie, mais toujours est-il que nous avons peut être assisté, à travers le discours prononcé au Newseum à Washington à un tournant dans l’histoire du XXIe siècle.

Une joute verbale

Au final, ce conflit ne concerne pas seulement la liberté d’accès à l’information, il s’agit de savoir quel type de monde nous voulons, et dans quel monde nous voulons vivre, il s’agit de savoir si nous voulons vivre sur une planète avec un seul internet, une communauté globale, une base de connaissances commune, qui profite à chacun et nous unis, ou sur une planète fragmentée, où l’accès à l’information et aux opportunités [offertes par internet] est dépendant de l’endroit où vous vivez, et de la volonté des censeurs” déclarait Hillary Clinton, le 21 janvier dernier au musée du journalisme à Washington DC.

La réponse de son homologue Chinois, à travers le porte parole du ministre Chinois des affaire étrangère ne s’est pas fait attendre : “Ces déclarations [...] sont préjudiciables aux relations sino-américaines”, ajoutant que “l’internet chinois est ouvert”, et que “la Constitution chinoise protège la liberté d’expression des citoyens”.

En France, aucune déclaration officielle sur cette affaire n’a été faite pour l’instant, seul Frédéric Mitterrand, tout en prévenant de “l’intox” qui circule sur les blogs et regrettant l’anonymat qui y reigne (??), s’est dit “pour reguler le marché mais sans faire de contrainte excessive« .

Une demi mesure qui semble ne plus être de mise face aux Etats Unis.

Ici comme en Chine et dans tous les pays sur la planète, la Toile est devenue ces dernières années une plateforme importante pour l’expression du mécontentement social et politique, les internautes repoussant les limites imposées par leurs gouvernements.

(image CC de SEIU International)

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Predictions 2010 and beyond http://fr.readwriteweb.com/2009/12/28/a-la-une/predictions-2010/ http://fr.readwriteweb.com/2009/12/28/a-la-une/predictions-2010/#comments Mon, 28 Dec 2009 13:38:59 +0000 Fabrice Epelboin http://fr.readwriteweb.com/?p=6680

C’est la saison des prédictions, alors pour ne pas faillir à la tradition, voici ce petite exercice traditionnel de prospective version ReadWriteWeb. -

Technologies & services

Ikea révolutionne l’ecommerce

Premier à proposer sur iPhone 3GS une large sélection de son catalogue en Réalité Augmenté, Ikea sonne le départ d’une nouvelle ère pour l’eCommerce. Cette première donnera lieu, dans les mois et années qui suivent, à une multitude de répliques de tous les marchands susceptibles d’utiliser la réalité augmentée.

La plupart de ces tentatives seront des échecs dus à une mauvaise compréhension des enjeux par les services marketing, et un manque criant de compétences technologiques sur le marché. L’application iKea, elle, sera un succès majeur. Téléchargé à plusieurs centaines de milliers d’exemplaires durant la semaine de sa sortie officielle, elle sera rentabilisée en moins de deux semaines.

Sa sortie sur Androïd boostera les ventes de cette plateforme jusqu’ici limitée aux geeks, et fera entrer la réalité augmentée dans le quotidien de millions de personnes. Ikea, qui était déjà une marque mythique au sein de la génération X, hissée au même niveau que Microsoft par des auteurs comme Douglas Coupland, s’affirmera comme LA marque qui n’a rien à voir avec le numérique mais qui s’y est pourtant parfaitement intégré.

Cliquer ici pour voir la vidéo.

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Popularisation des Darknets

Des solutions de P2P cryptés et autres Darknets, indétectables par la surveillance mise en place par Hadopi et Loppsi, deviennent suffisamment ergonomiques et simples à configurer pour être adoptées par le grand public.

En un an, on y retrouvera une richesse en contenus comparable à ce que l’on pouvait trouver dans les réseaux P2P. Même si les performances ne sont pas encore au rendez-vous, l’argument de la sécurité, qui ne profite pas toujours aux mêmes, est suffisant pour initier une bascule inexorable vers des systèmes qu’aucune loi ne peut prétendre arrêter.

Il est désormais trop tard pour envisager de réformer le copyright et l’adapter au monde du numérique, c’est sa mise à mort qui est désormais prononcée.

L’utilisation de ces réseaux est perçue comme un acte de rébellion face à un pouvoir vécu comme oppressant, et rencontre un succès foudroyant dans les écoles, lycées et universités.

Mais leur succès a un coté obscur : en précipitant des millions d’adolescents dans la clandestinité, l’Etat a pris la responsabilité de les précipiter dans un espace où se côtoient pèle mêle des gamins cherchant le dernier épisode de leur série préférée et des criminels profitant de l’anonymat numérique et de celui offert par la foule pour se livrer à des trafics qui avaient autrefois lieu dans des espaces bien distincts. Tout comme enfermer un voleur de bicyclette avec un grand délinquant n’a jamais eu d’effet particulièrement rédempteur, une cohorte d’adolescents à la recherche de revenus faciles viendra par la suite grossir les rangs de la mafia 2.0. -

Evolution en douceur de la marque Free

Démarré comme un service d’accès gratuit d’accès à internet – d’où le nom ‘Free’ -, le fournisseur préféré des geeks s’affirme comme le garant de la neutralité des réseau, même s’il est contraint par la loi à certaines entorses.

Avant même de proposer au public son offre mobile, la société repositionne fortement sa marque sur ce concept pour l’instant assez obscur mais que Loppsi contribuera grandement à populariser. La surveillance des réseaux fera des geeks les prescripteurs ultimes pour tout ce qui touche à internet, et ceux-ci, déjà massivement client de Free, porteront la marque au nues.

Pour Free, dont la gestion de marque n’a jamais été un point fort, c’est l’occasion de s’imposer auprès d’une population qu’il n’arrivait pas jusqu’ici à toucher. Le passage de Free comme gratuit à Free comme Libre s’effectue sans à coup : il reflète assez fidèlement l’évolution, ces dix dernières années, de l’ADN de la société et de ses dirigeants.

Prévue pour 2012, l’offre mobile de Free contraint les grands opérateurs à changer durant les années 2010-2011 leurs tarifs en les faisant chuter de façon phénoménale, afin de ne pas subir d’exode massif de leurs abonnés une fois que ceux-ci découvriront à quel point les tarifs exigés durant des années étaient prohibitifs.

Dès 2010, le taux de renouvellement de contrat de téléphonie mobile pour une durée de 24 mois chute de façon significative, les consommateurs souhaitant garder la possibilité de changer d’opérateur dès que l’offre Free sera disponible. Free, loin de faire la confusion entre Gratuit et Libre, réussi une transition sans que qui que ce soit y trouve à redire.

Cliquer ici pour voir la vidéo.

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Media -

Evolution des blogs

2009 a été l’année où, grâce à Hadopi, les blogs se sont imposés comme média alternatifs à par entière. Démarré relativement timidement en 2008, les protestations émises par la blogosphère contre la loi Hadopi ont été massive et ont rassemblé des milliers de blogs en 2009, face à des média de masse silencieux pour la plupart jusqu’en mars. 2010 verra la continuité de cette affirmation des blogs comme média alternatifs et la montée en puissance de plusieurs d’entre eux comme média à part entière.

Leur mode d’expression ne se limitera plus au simples billets mais mettra en musique tout une palette de mode de communication destiné à devenir un véritable média d’opinion. -

La TV s’affirme comme média pour vieux

tf1 Déjà marquée par un retour en arrière à travers l’update récente d’émissions qui ont fait sa gloire comme L’Ecole de Fans, Tournez Manège, La Roue de la Fortune ou encore le retour en grâce de Patrick Sabatier, la télévision affirme son emprise sur une classe d’âge marquée par une ferme volonté de regarder son avenir dans un rétroviseur.

L’arrivée de séries américaines à succès comme The Mentalist, bien qu’elle rencontre un réel succès, ne permet en rien de renouveler et de rajeunir un public, habitué depuis des années à s’approvisionner en série américaines à la source à travers le piratage. L’apprentissage de l’anglais, naguère vécu comme une matière rébarbative par les élèves de la génération X, est désormais perçu comme un préalable indispensable pour accéder à une culture qui ne se réfugie pas dans son passé, et le niveau d’anglais des jeune génération connait une nette amélioration.

Le piratage de série TV américaines et de films en V.O. est l’un des principaux facteurs de ce soudain sursaut dans le niveau d’anglais traditionnellement faible des petits français. -

La Tablet Mac : l’iPod de la presse

Même si elle ne présente pas une disruption aussi grande que l’arrivée de l’iPhone en terme d’interface utilisateur, la tablette Mac est un succès et elle est perçue comme une bouée de sauvetage par l’industrie de la presse, qui s’y jette à corps perdu. iTunes, qui a réussi sa transition vers l’appStore, devient rapidement un kiosque et certains journaux, qui ont su y proposer de véritables expérience interactive comme le New York Times, y génèrent des revenus significatifs, bien qu’insuffisants pour espérer y voir une issue à la crise. Le journalisme de données connait un succès notable grâce à la capacité qu’offre la tablette de ‘jouer’ avec les données, de le manipuler, et de partager ses découvertes ou ses interrogations.

Les interfaces d’exploration de données brutes deviennent un enjeu critique pour le journalisme et certains comme le New York Times (encore eux) excellent à cette nouvelle forme d’information.

De nouveaux acteurs comme la Sunlight Foundation et, en France, Regards Citoyens, proposent également ce type de journalisme ou tout du moins les données nécessaires pour le réaliser. Cette forme de journalisme sera critique (et largement critiquée) durant les élections de 2012. La vidéo sur internet est également l’un des grands succès sur la nouvelle plateforme d’Apple, qui voit les ventes de ses programmes vidéo exploser.

Politique & société numérique

Prohibition 2.0

prohibition Hadopi passera à l’action, avec de nombreux hics, Loppsi passera en force avec une assemblée qui se discréditera définitivement aux yeux d’une population pro internet de plus en plus contingentée à la jeunesse du pays, et la fracture générationelle continuera de s’accentuer.

Parallèlement à cette fracture générationelle, une autre fracture, celle qui sépare les utilisateurs avancés d’internet du tout venant, fera de ces premiers les seuls à pouvoir se risquer sur internet à la recherche de bien numériques ‘piratés’ sans craindre la surveillance mise en place. prohibition-ad Une véritable ère de prohibition s’installe brutalement en France, ponctuée d’arrestations qui feront la Une des journaux où des adolescents imprudents seront déférés devant des tribunaux pour avoir mis en place des solutions plus ou moins intelligentes destinées à perpétuer une culture du partage, désormais indissociable d’une génération toute entière.

Mafia 2.0

NORML_Remember_Prohibition_ Le Peer to peer n’ayant plus les faveurs du grand public, des solutions plus frustres mais plus sécures dans une société numérique désormais devenue société de surveillance, se mettent en place.

En mettant en œuvre des schémas ingénieux destinés à proposer des fichiers copyrightés au grand public tout en se jouant des lois et des frontières, certains petits malins accumulent très rapidement des fortunes colossales.

Streaming illégaux, sites de direct download et solutions de VPN génèreront d’ici à la fin de l’année 2010 un chiffre d’affaire avoisinant des dizaines si ce n’est des centaines de millions d’euros rien que sur le territoire Français.

D’ici à la fin de la période de prohibition, ces mafias seront en mesure de corrompre des gouvernements, de financer les campagnes de ceux qui leur seront favorables, et de porter au pouvoir les candidats qu’elles auront choisi.

Le numérique fait dans l’action sociale

Face à l’incapacité des politiques de proposer des solutions à une crise sociale qui s’installe, une multitude d’initiatives visant à utiliser le numérique pour l’action sociale se font jour.

On distingue rapidement deux camps : celui constitué par le monde issu de l’open source, qui fonctionne sur le mode du partage d’expérience, et pour qui de telles initiatives ne représentent pas une évolution philosophique fondamentale, et celui du monde commercial, en quête d’un renouveau en terme d’image, fait d’initiatives isolés et lourdement financées.

Ce dernier se heurte à son ADN de base fondamentalement étranger à l’action sociale, et quelques rares acteurs arrivent à jouer sur les deux tableaux. Le discours de SAS la reine Rania de Jordanie à l’édition 2009 de LeWeb restera comme le coup d’envoi symbolique d’une tendance qui marquera la décennie à venir et qui finira par redéfinir le rôle de l’Etat dans l’action publique.

Le Hacker s’impose comme figure moderne du révolutionnaire

Dans une société qui n’arrive pas à s’adapter au monde moderne et qui accumule les tensions intergénérationelles, le Hacker est de plus en plus perçu comme montrant la voie d’un avenir possible basé sur une nouvelle forme de contrat social entre les hommes, que ce soit en terme de redistribution des richesses matérielles et (surtout) immatérielles, de solidarité et de partage, ou de transmission de la connaissance.

Les premières tentatives de récupération par le monde de la communication se heurte à un contre buzz phénoménal en réaction à la vision pasteurisé du hacker proposé au public, et ils sont propulsés comme la figure de proue d’une culture alternative qui s’affirme de plus en plus comme porteuse de solutions constructives et non en simple opposants.

Cette culture, underground en France, est bien plus visible à l’étranger, notamment aux Etats Unis où elle est désormais passé dans le mainstream à travers, par exemple, des séries TV comme JPod ou Mythbusters, où le hacking est présenté comme un mode d’exploration du savoir parfaitement légitime. Elle est également de plus en plus visible en Russie où une large presse lui est déjà consacrée mais elle s’y montre sous un angle plus obscur dans un pays qui s’affirme de façon ostensible comme une grande puissance dans les cyberguerres à venir.

Aux coté des hackers se retrouverons différents mouvements culturels comme la Culture Libre ou l’Open Source, qui sera de moins en moins perçu comme un phénomène purement technologique mais comme un phénomène issu des technologies et visant à une dimension sociale. Ce bouillon de culture sera à l’origine des plus grandes avancées de la décennie à venir en matière d’action sociale par le numérique.

Le Remix s’affirme comme œuvre culturelle et création à part entière

Fini les remix de manga agrémenté de musique techno montré en exemple par Lawrence Lessig durant ses conférences sur la Free Culture, on voit désormais apparaitre de véritables petits chefs d’œuvres entièrement composés en remixant des sons et des images d’autres œuvres protégées par le droit d’auteur, et donc parfaitement illégales.

Cette forme de création est adoubée par certains détenteurs de droits, mais quand la liste des ayants droits remixés est trop longue, ils sont inexorablement condamnés à la clandestinité et contribuent à l’émergence d’une culture artistique alternative et underground.

Cliquer ici pour voir la vidéo.

(Upular, trouvé chez Astrid)

(image d’ouverture en CC par Terwilliger911)

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La réalité augmenté en intérieur va-t-elle révolutionner l’eCommerce ? http://fr.readwriteweb.com/2009/12/22/nouveautes/realite-augmente-en-interieur/ http://fr.readwriteweb.com/2009/12/22/nouveautes/realite-augmente-en-interieur/#comments Tue, 22 Dec 2009 09:43:05 +0000 Fabrice Epelboin http://fr.readwriteweb.com/?p=6669

Les démonstrations de technologies de réalité augmentée – qui plaquent sur une video prise en live des éléments virtuels – sont certes bluffantes, mais jusqu’ici, se heurtaient à l’éternel question de markéteux se demandant à quoi cela allait bien pouvoir servir.

On l’oublie trop souvent, mais à ses yeux, la technologie n’est bonne qu’à une chose : faire du fric. Il n’y a rien de mal à cela, c’est souvent ainsi qu’elle se finance, et la réalité augmentée affichait jusqu’ici des modèles économiques  certes prometteurs mais lointains et complexes. Voilà qu’elle vient de mettre les pieds dans le plat d’un des business les plus prospères (et quelque peu poussiéreux) de l’internet : l’eCommerce.

Oubliez le catalogue Ikea de papa, il est en passe de rejoindre le musée, remplacé sous peu par un application iPhone (ou Androïd), qui prendra en charge pour vous une facultés jusqu’ici reléguée à votre cerveau : la visualisation.

A quoi ressemblerait ce joli canapé rouge dans votre salon ? Et en vert, serait-il mieux assorti à votre papier peint rose ? Il y a une application pour ça (enfin, bientôt).

Cliquer ici pour voir la vidéo.

Dans ses prédictions 2010 sur la réalité Augmantée, Patrick A’Shaughnessey voir arriver dans très peu de temps des catalogues en réalité augmenté. Ikea, Habitat, Leroy Merlin, Conforama… le nombre de poids lourd de l’eCommerce concernés donne le vertige et promet de faire de 2010 une année plus qu’intéressante pour le petit monde plutôt tranquille de l’eCommerce.

“Alors que les navigateurs de réalité augmentée comme Layar et Wikitude continueront de se concentrer sur leur capacité à rendre visible des informations découvertes dans votre environnement extérieur, une nouvelle catégorie d’application va apparaitre, qui aideront leurs utilisateurs à visionner ce que pourrait être leur intérieur. Nous allons voir une multitude d’applications publiées par des fabricants d’objets destinés à votre habitation.

Ces applications seront bien plus sophistiqués que la récente campagne d’Ikea en Allemagne, elles permettrons d’utiliser le flux vidéo capté par un smartphone pour ‘comprendre’ l’environnement de l’utilisateur, et permettront d’acheter les produits ainsi visualisés directement à partir de l’application.

Les produits qui pourrons ainsi être ‘essayés avant d’acheter’ sont nombreux : mobilier, objets de décoration, électronique, rideaux, vêtements, peut être même des gammes de couleurs de pots de peinture à appliquer virtuellement sur vos murs.

(trouvé sur Artimes via @mikiane)

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Les usines à contenus, une menace pour les media, les blogs et Google http://fr.readwriteweb.com/2009/12/14/a-la-une/usine-contenus-une-menace-les-media-les-blogs-google/ http://fr.readwriteweb.com/2009/12/14/a-la-une/usine-contenus-une-menace-les-media-les-blogs-google/#comments Mon, 14 Dec 2009 09:12:40 +0000 Fabrice Epelboin http://fr.readwriteweb.com/?p=6636

usine-a-contenuCes derniers temps, on a assisté à une véritable explosion de ce qu’il convient d’appeler des ‘usines à contenu’  telles que Demand Media ou Answers.com. Ces sociétés créent des milliers d’articles par jour et ont un impact considérable sur l’écosystème informationnel du web anglosaxon. Preuve de leur avancée, ces deux entreprises sont désormais bien installées dans le top20 du web américain, aux cotés de géants tels AOL et Apple.

Les grands groupes média, les blogs et Google sont désormais assez préoccupés par ces nouveaux entrants qui, même s’il ne sont pas encore arrivés dans la francophonie, ne sauraient tarder.

Chris Ahearn, le Président de la branche Media de Thomson Reuters, a récemment publié un article sur la façon dont le journalisme peut survivre à l’ère d’internet. Michael Arrington de Techcrunch a fait de même, parlant d’AOL, lui aussi en train de devenir une usine à contenus, comme ayant adopté “la stratégie de Toyota, consistant à fabriquer des milliers de sites de contenus de niche, à l’aide de ceux qui se sont fait licencier des vieux média”, et citant un article de Wired sur Demand Media d’octobre dernier.

Richard MacMannus avait lui commencé son analyse du phénomène Demand Media en août en montrant comment la société opérait sur une recette du succès simplissime : créer des tonnes de sites de contenus de niche, la plupart du temps sans intérêt, destinés essentiellement aux moteurs de recherche, puis utiliser les bonnes vieilles recettes du marketing viral à travers les réseaux sociaux et les monétiser avec de la publicité.

Demand Media a levé des fonds afin de mener à bien cette mission : 355 millions de dollars. C’est énorme. C’est une véritable machine de guerre, bien huilée et parfaitement opérationnelle, la plus efficace génératrice de pages vues qui soit, et elle s’abat sur un univers particulièrement fragile ces temps ci : les contenus.

En novembre, Marshall Kirkpatrick, encore lui, avait enquêté sur la façon dont Demand Media produit 4000 articles par jour en se basant sur un interview du fondateur qu’il avait réalisé en septembre – c’est dire s’il est particulièrement attentif au sujet, pour ne pas dire préoccupé. Il avait par la suite publiquement posé la question : le contenu fait pour la monétisation a-t-il franchi la ligne jaune ?

Qualité médiocre, gros impact

Une chose est claire : la qualité des contenu ainsi créé est très médiocre, et ceci a un impact sur les éditeurs et les lecteurs.

La semaine dernière, nous avions analysé la façon dont wikiHow produit ses contenus : ses utilisateurs font le travail d’écriture et d’édition gratuitement, sur une plateforme similaire à celle de Wikipedia. Il y a de bonnes raisons de penser que le modèle proposé par wikiHow produit des contenus de meilleure qualité que celui de Demand Media, en tout cas en ce qui concerne les tutoriaux, dont eHow, filiale de Demand Media, est spécialiste.

Le web va-t-il bientôt être envahi de contenus médiocres créés dans des usines à contenus telles que Demand Media, Answers.com et désormais AOL ? A priori, la réponse est oui.

Les contenus issus de telles usines sont creux et ne contiennent aucune forme d’analyse, c’est ce qu’il est ressorti de plusieurs explorations faites par Marshall Kirkpatrick. Jack Herrick, le fondateur de wikiHow, parle lui carrément d’eux comme n’ayant ‘pas d’âme’, et même sans aller aussi loin, on peut certainement affirmer qu’il ne contiennent ni passion et reflètent souvent un manque critique de connaissances sur le sujet qu’il traitent. L’analogie utilisée par Mike Arrington est limpide : c’est du fast food.

La qualité peut-elle survivre ?

A en juger par l’impact que les usines à contenu ont aujourd’hui, comment les éditeurs de contenus ‘de qualité’ peuvent-ils survivre ?

Chris Ahearn de Thomson Reuters affirme que le journalisme fera “plus que survivre à l’ère d’internet, il en sortira grandi”. Il note que Reuters réalise “la majorité de ses revenus” avec des services payants destinés à des sites verticaux et des sites de niches, de plus, ajoute-t-il, Reuters offre “des services, pas juste du contenu”.

Ahearn indique également que certaines technologies comme Open Calais, le moteur d’analyse sémantique maison  donnera naissance à de nouveaux type de réseau de contenus B2B, où les créateurs de contenus et les éditeurs pourrons aisément collaborer et faire de l’argent.

Google doit se réveiller

Les créateurs de contenus et leurs éditeurs doivent travailler sérieusement pour faire gagner les contenus de qualité. Il est clair qu’un article issu du New York Times est plus intéressant qu’un article traitant du même sujet produit par Demand Media, mais les lecteurs ont besoin de l’aide de Google et des autres moteurs de recherche.

Pour l’instant, la quantité est le maitre mot sur le web, la qualité est difficile à trouver. C’est peut être ce qui fait pencher Reuters pour un modèle payant, faisant ainsi payer pour accéder à de la qualité sans avoir à la chercher, un jeu qui pourrait vite se retrouver aussi difficile que de trouver une aiguille dans une bote de foin, au rythme où vont les choses.

Si c’est bien dans cette direction que vont les choses, Google sera à l’avenir moins utile, et de nouveaux acteurs, que ce soit du coté des technologies sémantiques ou de la curation de liens, pourraient devenir les passages obligés vers le web de qualité.

Sont-il inquiets ? Oui, sans aucun doute, si le web continue a être envahi de contenu médiocres comme c’est le cas aujourd’hui, leur prédominance en terme d’accès à l’information pourrait bien fondre comme neige au soleil.

Pour John Battelle, Google échoue sur le front de la qualité et c’est tout le web qui pourrait s’en trouver changé.

Vu des média, la situation est doublement ironique : c’est l’industrialisation extrême d’un process de création de contenus demeuré jusqu’ici, sommes toute, plutôt artisanal, qui pourrait venir à bout de ce qu’il s’évertuent à considérer comme leur ennemi juré. Le revers de la médaille, c’est que cela représente un danger tout aussi considérable pour eux.

Les média sont-il en danger ?

Alors qu’en France, il est de bon ton, quand on est dans l’industrie des média, d’accuser Google de tous les maux, les usines à contenus représentent une menace bien plus grande encore : celle de concurrents directs, ayant trouvé le moyen de réaliser des contenus à un prix impossible à atteindre pour les média classiques.

Ceux qui produisent de la qualité devraient – s’il passent les autres obstacles qui se présentent à eux – pourrait survivre, mais ceux qui ont déja pris le parti de la quantité et sacrifié depuis longtemps la qualité, n’ont aucune chance.

Ceci dit, il leur faudra pour survivre s’appuyer sur de nouveaux acteurs – dans l’hypothèse où Google serait défaillant – et faire avec une réalité désormais bien installée : l’internet a créé et continuera de créer de nouveaux intermédiaires entre les lecteurs et les créateurs de contenus, que cela leur plaise ou non.

Les usines à contenus n’ont pour l’instant pas encore perturbé l’écosystème Francophone, mais ce n’est qu’une question de temps. Prenez un call center situé dans un pays où la main d’œuvre n’est pas chère, recrutez des diplômés du supérieur, qui ne manquent pas en Afrique Francophone, remplacez les téléphones par des ordinateurs : et voilà.

La seule véritable question n’est pas de savoir si cela va se produire mais quand, et qui va le faire : un média Français ? Une startup lourdement financée ? Une société américaine parti à l’assaut du marché Européen ?

(image CC par Poolie)

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